Nomination à la tête du CCA : Yasmina Khadra s’explique

Répondant à son ami Mohamed-Chafik Mesbah qui s’étonnait de sa nomination au poste de directeur du Centre culturel algérien de Paris, l’écrivain Yasmina Khadra s’explique sur les raisons qui l’ont conduit à accepter de diriger l’institution culturelle parisienne tant convoitée.

Chafik Mesbah : «Je suis étonné par ta disponibilité empressée»

(…) Nous sommes tous deux militaires, du moins le suis-je resté personnellement, dans mon habitus social et culturel. Pas question de nous raconter, mutuellement, «des histoires». Autant que de nombreux intellectuels algériens, je suis pour le moins étonné par cette tournure des événements, non pas tant, d’ailleurs, de l’offre qui t’a été faite que de ta disponibilité empressée à assumer la tâche.

Je me refuse par rigueur morale de juger des décisions des uns et des autres, même s’il s’agit d’amis chers. (…) C’est dire que ton cas, aussi bien, je ne me considère pas habilité à juger de tes décisions même si, effectivement, je suis un peu blessé, au fond de moi-même, que tu aies accepté cette offre. Tu es, après tout, seul responsable devant ta conscience.

C’est à ton bilan, au demeurant, que le peuple algérien, et plus sûrement, l’histoire auront à te juger. J’ai appris par la bande que cette désignation avait été initiée par des contacts préalables entre le président de la République et toi-même. J’ignore de quoi vous avez discuté, mais je suppose qu’il y a eu un plan de charges adopté qui agrée les deux parties. C’est ce plan de charges, implicite ou explicite, qui me préoccupe.

J’évoque, sans transition, le plan de charges pour exclure l’hypothèse triviale que certains milieux avancent pour expliquer ta nomination. Ceux-là supposent, en effet, que ta nomination répondrait à une pure logique de clan que conforterait un soubassement régionaliste. Le cercle présidentiel veut quelqu’un à lui à un poste jugé important pour l’image du régime, voilà tout. Te connaissant suffisamment, grâce à nos échanges intellectuels, grâce à nos rencontres et surtout, grâce à l’avis autorisé de ceux qui t’ont fréquenté sur les bancs de l’école des cadets de la Révolution ou au sein des unités de combat de l’ANP, je suis enclin à penser que tu es inaccessible à cette logique d’incultes ou, pour le mieux, de «ripailleurs». On ne transite pas impunément par les écoles des cadets de la Révolution si chères aux yeux du défunt président Boumediene. Devisant, tantôt, avec un ancien de tes condisciples, je lui ai, à cet égard, posé, brutalement, cette question : «Actuellement, la chaîne de commandement militaire est composée, essentiellement, d’officiers issus des écoles des cadets de la Révolution. Penses-tu que l’origine géographique des uns et des autres puisse affecter la cohésion de leur groupe ?» La réponse a fusé d’un jet : «Non, certainement pas !»

6. Il reste, alors, le plan de charges en lui-même. La «carte blanche» du président de la République évoquée par la presse nationale, ce serait, en somme, la garantie d’un projet de portée stratégique pour le renouveau de la culture algérienne ? Quitte à faire transiter un tel projet par Paris ? J’aurais tant voulu que cela soit vrai, après tout l’Etoile nord africaine, précurseur du mouvement nationaliste en Algérie, a bien pris naissance dans les milieux ouvriers de l’émigration algérienne en France. C’est là, hélas, un simple raccourci. Ma religion est faite en ce qui concerne la possibilité pour le système de se réformer de l’intérieur. L’hypothèse la plus vraisemblable, c’est une collision frontale entre la société virtuelle (le système, ses appareils et ses instruments) et la société réelle (la majorité de la population délaissée à son sort et subissant des conditions d’existence de plus en plus pénibles). Dans le processus qui mène à cette issue fatale, c’est l’étranger, bien plus que les élites nationales, qui disposera d’une influence significative. Comment un système tombé en obsolescence clinique — quoique encore résistant aux assauts qui lui sont donnés de l’intérieur — pourra ménager cette fenêtre dont tu peux, de bonne foi, rêver ? La liberté est indissociable, il est impossible de verrouiller l’espace politique, de fermer le paysage médiatique puis de laisser croire que la culture va connaître sa révolution !

7. De manière plus pesante, je suis saisi par la crainte, à propos de ce plan de charges, que ta notoriété ne soit détournée à des fins politiciennes. Nous avons eu, tous deux, l’occasion de discuter de nos fortes préventions contre la hiérarchie militaire. Autant que toi, je suis consterné par le niveau d’inaptitude intellectuelle et, parfois même, l’incurie morale de certains de nos si vaillants chefs. Cela dit, je refuse d’être la main par laquelle on brandira le couteau destiné à poignarder la famille. Accepteras-tu de l’être ? Je ne nourris pas d’a priori idéologique, ni d’animosité personnelle, je sais bien que la politique c’est l’art du possible. L’un des seuls domaines, d’ailleurs, où le bilan du président de la République trouve grâce à mes yeux, c’est bien l’image de cette bouffée d’oxygène introduite dans la hiérarchie militaire où, désormais, tes compagnons cadets peuvent aspirer à accéder aux véritables commandes, je dis bien aux véritables commandes. En attendant, cependant, le tour de mes propres anciens compagnons, lorsque le souffle de rajeunissement et de professionnalisation frappera fort aux portes de leur corporation.

8. Ce n’est pas une démarche idéologique qui me conduit à t’interpeller. C’est une pure déduction empirique. J’ai toujours affirmé que la démarche du président de la République se distinguait par l’absence d’un projet national de portée stratégique. Sans jamais nier, pour autant, l’habilité tactique de l’homme ni sa capacité manœuvrière. Je suppose qu’il n’ignore rien de ton véritable état d’esprit concernant les usages passés au sein de nos forces armées. Il suffit de bien lire tes romans pour s’en imprégner car, nous en avons déjà parlé, chaque œuvre que tu as produite est un fragment de ta vie. Il existe, par conséquent, le risque que ta fougue de romancier, ta verve d’écrivain et ta candeur de militaire – oui je dis bien ta candeur de militaire – ne soient mobilisées pour discréditer l’ancienne hiérarchie militaire. A travers la contre-image que tu produirais toi-même et l’écho qui résonnerait des plumes et voix incontestables que tu pourras rassembler.

9. J’ai tenu à m’exprimer avec toi de la manière la plus franche, en espérant ne pas t’avoir blessé et, en te recommandant, excuse-moi l’expression, «de ne pas vendre ton âme au diable», si tant est que cela soit à l’ordre du jour. Je crains que tu ne sois, à ton corps défendant, entraîné à faire «la sale besogne», exactement comme tel personnage se targue du bonheur de l’effectuer, dans l’autre sens. Pour le reste, je veux te rassurer. Mon amitié t’est acquise ainsi que ma sympathie, en toutes circonstances.

Cordialement, Mohamed-Chafik Mesbah

Yasmina Khadra : «C’est un sacrifice pour moi d’accepter ce poste»

Ta franchise me rassure, cher frère. Et me touche. Ainsi s'inquiètent les amis pour leurs amis. Mais, crois-moi, il n'y a pas le feu. Cette nomination m'a surpris, moi le premier. Je l'ai acceptée par humilité. Elle ne m'apporte rien de bon, à tous les niveaux. Mais elle est une tâche comme tant d'autres, et j'ai accepté de l'assumer POUR TOUS LES ARTISTES ET LES INTELLECTUELS qui ont besoin de mes services. TOUS LES ARTISTES ET INTELLECTUELS indésirables, persona non grata comme je l'ai été, moi-même, dans ce centre. Tu ne peux pas imaginer ni mesurer le soulagement de cette élite tant marginalisée depuis qu'elle a appris que j'étais à la direction du CCA. Je reçois tous les jours des appels enthousiastes, des projets ressuscités, des espoirs fous. Comment peut-on être si bas et si stupide pour croire ou faire croire que cette nomination me profiterait personnellement lorsque mon lectorat et mon éditeur craignent de voir leur auteur détourné ? Comment peut-on être si expéditif en parlant de course au "koursi", moi qui dispose d'un trône plus beau que celui des rois : Ma Liberté! ? Comment peut-on soupçonner une quelconque tentation pécuniaire, à ce poste, quand, en restant au chaud chez moi, confortablement installé dans ma paresse, dormant quand je veux et me levant comme bon me semble, je gagne largement ma vie. Mon problème est que j'aime mon pays. Je n'en ai pas d'autre et je l'ai toujours servi avec mes tripes et mes rêves les plus ridicules. C'est un sacré sacrifice pour moi que d'accepter ce poste, sauf qu'il se trouve que d'autres ont donné plus que leur liberté pour nous tous, qu'ils ont donné leur VIE, en nous léguant leurs veuves et leurs orphelins. J'ignore comment fonctionne l'esprit des nôtres, de certains des nôtres car ils sont nombreux ceux qui ont compris mon geste et s'en réjouissent. Mais ne l'ai-je pas dit mille fois, écrit noir sur blanc ? On ne peut redresser les esprits retors sans les casser. Les gens nobles reconnaissent tout de suite la beauté des engagements sains. Quant aux minables, ils ne sauront déceler la grandeur chez les autres. Ils ignorent ce que c'est. Ils ne peuvent même pas accéder à l'estime qu'ils devraient avoir pour leurs propres personnes. Je suis ce que j'ai toujours été : un brave fils de l'Algérie. Je n'ai jamais trahi, jamais triché, jamais renié les miens, et j'ai toujours eu le courage de mes convictions. Ce n'est pas le Centre culturel algérien qui rehausse le prestige d'un écrivain comme moi, c'est moi qui lui donne une allure, une vocation, une crédibilité en le ravissant aux prédateurs de tout poil et aux fonctionnaires encroûtés, aussi enclavés culturellement que les enclos à bestiaux. Par ailleurs, la confiance que m'accorde le président de la République est, à elle seule, une révolution. C'est historique. C'est la première fois qu'un chef d'Etat algérien confie une tâche importante à un écrivain qui n'est pas du sérail et qui a toujours été virulent à l'encontre du régime. Je n'ai pas le droit de condamner cette ouverture. Peut-être sommes-nous enfin en train d'accéder à la maturité ? Peut-être le pouvoir se rend-il enfin compte que l'élite est là pour l'éclairer et non pour le vilipender, qu'il est temps de la mobiliser autour d'un idéal commun au lieu de la marginaliser avant de la livrer poings et pieds liés à la manipulation étrangère comme c'est le cas d'un important contingent de nos intellectuels en France, dépités d'être ignorés et traités en parias par ceux-là mêmes qui devraient les porter aux nues ? Etonnant que l'on change d'avis du côté du pouvoir, et pas du côté de ceux qui sont censés incarner l'intelligence et la générosité ? Je ne suis l'ennemi de personne. Ma colère est saine, sans haine ni frustrations. Je suis aussi libre que le vent, aussi intègre que mes serments. Je ne suis ni à vendre ni à louer. Je suis tellement sûr de mon honnêteté que je ne crains ni les pièges ni les récupérations. Je vais là où mon cœur me dit d'aller, désintéressé parce aucunement dans le besoin, entier parce que j'aime mon pays. Je sais, c'est une rengaine vieille comme le plus vieux métier du monde, mais il se trouve que je suis aussi vieux que la naïveté, aussi vieux que la pureté aussi. Tu me ferais un grand plaisir si tu publiais cette lettre dans le Soir d’Algérie. Il faut que les choses soient claires même si, forcément, les nuisances et les infamies relèvent de la noirceur et des opacités.

Ton ami, Mohammed Moulessehoul,

alias Yasmina Khadra,

bédouin parce qu'authentique,

Algérien parce qu'il sait ce que ça signifie

15 réflexions au sujet de “Nomination à la tête du CCA : Yasmina Khadra s’explique”

  1. Les justifications de Yasmina Khadra sont à tout le moins courtes, très courtes. Oui, il a une notoriété beaucoup plus grande qu’une minable nomination à la direction du CCA. Oui, il peut vivre de ses écrits sans avoir besoin de plus d’argent ni de se lever, comme le petit peuple, tôt le matin pour gagner sa croute (quel mépris!). Ce qu’il ne dit pas, c’est quelles sont ces lumières vertes QU’IL AURAIT VUES 6 mois après la publication dans El Pais du brûlot anti-régime et qui lui donnent à penser que le régime a changé de fusil d’épaule, qu’il mise davantage sur l’intelligence et qu’il est devenu ainsi fréquentable. La maturité politique dont il parle est un leurre qu’il nous propose même s’il l’enrobe dans un verbiage suranné où sont évoqués pêle mêle la VEUVE L’ORPHELIN ET L’HONNEUR.

    Votre honneur Monsieur Yasmina Khadra, vous l’avez tout bonnement échangé contre un strapontin. En échange de quoi, celui qui vous a fait Roi sans couronne peut escompter une image Marketing plus vendable en occident.

  2. et oui, vous avez tout resumé Mr Larbi chelabi.
    Ce militaire j’en ai eu un aperçu négatif quand Eric Zemour l’a ridiculisé dans l’émission « on n’est pas couché encore ».
    Au fait, combien gagne un directeur du CCA?

  3. J?adresse mes plus chaudes, et sincères félicitations, à Yasmina Khadra qui a eu le courage de se « sacrifier » en acceptant cette « difficile mission ».

    Sa réponse à Mohamed-Chafik Mesbah est claire, franche et sans ambiguïté. C?est celle d?un homme « libre » qui sait revendiquer une « identité » que « le petit peuple » ne peut comprendre. C?est, comme il a dit lui, un « ?bédouin parce qu’authentique, Algérien parce qu’il sait ce que ça signifie ». Depuis le temps que j?attendais une définition aussi limpide de l’Algérianité, me voilà rassuré !.

    Ce « cri du c?ur » doit être entendu et nous ne devons pas être indifférents aux motivations d?un « homme qui se prénomme Yasmina » qui a su, par magie, entrer dans le sérail, sans en faire partie ! Quelle belle leçon de tolérance ! Quel sens des responsabilités ! Quelles belles convictions débattues mais battues en brèche aussitôt qu?un strapontin est offert en échange « du Trône de la Liberté ! ».

    Merci Monsieur Yasmina Khadra de m?offrir un espoir que je n?escomptais plus. Merci d?être aux cotés des « intellectuels et des artistes indésirables ».

    Personne ne semble vous comprendre lorsque vous dites : « Mon problème est que j’aime mon pays. Je n’en ai pas d’autre et je l’ai toujours servi avec mes tripes et mes rêves les plus ridicules ».

    Ainsi donc, aimer son pays est un problème pour vous ? Est ce pour cette raison que, après l’avoir « fidèlement servi », vous avez pris une route qui vous a mené sous des cieux qui vous ont ouvert les bras, vous « autorisant», aujourd?hui, à avoir la conscience tranquille .

    Je m?en veux d?être un «? minable, incapable de déceler la grandeur chez les autres. », Heureusement que d?autres ont su vous apprécier à votre juste valeur et vous récompenser en vous offrant ce que vous ne pouviez refuser.

    Je souhaite sincèrement que dorénavant vos contradicteurs, une élite méprisable, cessera de vous vilipender et que vous contribuerez, par votre sagesse, à nous libérer de la manipulation étrangère.

    Vous n?avez plus à craindre « ni les pièges ni les récupérations ». « l’homme libre » que vous êtes incontestablement pourra sans risque continuer à chanter cette « rengaine fredonnée comme le plus vieux métier du monde ».

    Merci de « vous sacrifier » pour une aussi noble cause.

    Cordialement
    elMenfi

  4. Plus militaire qu’intellectuel la "Yasmina". C’est ainsi que l’on pourrait qualifier cet enfant du système.
    Un intellectuel distingue "naturellement" le pays du système, Yasmina non.
    Un intellectuel possède cette capacité à rester au dessus des bassesses politiciennes, Yasmina non.
    Un militaire obéit aux ordres bêtes et méchant, Yasmina aussi.
    Un militaire n’a pas cette dimension de liberté d’esprit car conditionné dès les rangs des cadets, Yasmina aussi.

    Après Félicie, … Yasmina aussi !

  5. J’aimerai savoir si Yasmina Khadra s’est posé la question:pourquoi au lieu de lui proposer de remplacer la ministre de "l’inculture" Bouteflika s’est preoccupé de CCA?!La facade, toujours la facade!Il aura eté plus honorable de refuser ce poste car de meme que Bouteflika a utilisé Said Sadi pour donner l’habillage democratique aux elections, de meme il utilisera la renommée de Khadra pour vanter les merites de son regne.Dommage!

  6. C’est toujours comme ça que ça se passe quand on veut opérer un revirement casaque dans ses principes et ses idées sans déplaire à son monde et sans fausser brutalement compagnie, on commence par tracer ce bout de chemin qui vous rapproche le plus du but en argumentant et en parlant de confiance et de sacrifice et ensuite quand ça ne suffit pas on s’y met carrément à ruer et à piétiner dans tous les sens pour aller tout droit dans le vif du sujet et parvenir ainsi au piédestal de ses reniements. Aprés une année ou deux il ne faut pas s’étonner non plus qu’on vous parle encore du pain des enfants pour parer aux situations difficiles et surtout perdurer, perdurer. Excusez-moi mais je crois que nous sommes devant une sorte contre-exemple, un faux pas qu’on veut faire passer pour un sacrifice. C’est bien dommage .

  7. @el menfi
    Vous étiez journaliste à El Moudjahid je présume. « Difficile mission », « sacrifier », « petit peuple »
    Quel sacrifice et quelle difficile mission que d’accepter un job sur Paris et se faire retribuer en sus 10000euros/mois ??
    Mais vous vous moquez de qui? Certainement du « petit peuple » que vous méprisez apparemment, un peuple pour qui pourtant le mot sacrifice n’est pas un mot galvaudé mais un exercice de tous les jours.
    Je n’ai rien contre Yasmina Khadra, mais je le trouve très imbu de sa petite personne, méprisant et arrogant. Pour El Ferirati Ferraân en plus! Et je suis même certain qu’il ne fera rien au CCA.
    Je vous invite à regarder ce lien pour vous en convaincre: lien:http://www.dailymotion.com/relevance/search/yasmina++khadra/video/xgwr2_khadra

  8. Si Hocine Mezghriche, ( message du 20 Novembre, 2007 11:51:54).
    Vous avez donc tout compris! Mais la lecture en diagonale est un exercice que vous ne semblez pas maîtriser. RELISEZ bien ce que j?ai écrit. Non pas en parcourant rageusement des mots qui vous font réagir de manière absurde et disproportionnée. Relisez, prenez le temps de découvrir « les non dits », les allusions. Lisez entre les lignes et tenez compte des signes typographiques. Ne craignez pas d?interpréter ce qui est entre guillemets et entre parenthèses.
    Votre perspicacité vous entraîne toutefois dans une suite d?affirmations que vous assénez comme des vérités. Comme beaucoup, Monsieur Mezghriche, vous êtes inquiet et tenter inutilement de percer un mystère. Vous présumez, , que j?étais journaliste ET à El Moudjahid. Quelle importance ? Mais je vais vous mettre sur une piste car celle ci semble vous poser problème. Non, je n?ai jamais été journaliste et encore moins à el moudjahid ! Ca vous va ? Ca vous éclaire ? Ca vous rassure ? Ca vous irrite davantage ?
    J?ai dit ce que je pensais de Yasmina Khadra, non pas comme écrivain( je réserve cela pour une autre fois), mais de son embrigadement qu?il semble, lui, parfaitement assumer mais que j?ai le droit de contester, n?est ce pas ?
    Quand au « petit peuple » dont vous prenez « la Défense » et dont vous parlez, c?est une expression utilisée d?abord par Yasmina Khadra.

    Ce « petit peuple » est digne du plus grand respect, non pas pour son « sacrifice » mais pour ce qu?il EST !
    Cordialement
    elMenfi

  9. Aujourd?hui, je tiens à faire amende honorable et présenter mes excuses à Yasmina Khadra dont j?ai brossé un portrait incomplet.

    En parcourant le site du Centre Culturel Algérien en France, j?ai pu apprécier dès la page d?accueil des signes qui expriment une volonté franche de se plonger dans des racines profondes.

    Les photos montrent bien que notre histoire est marquée par un chevauchement et une continuité de notre mémoire.

    Revendiqués comme un butin, ces monuments romains qui côtoient le site majestueux de Ghardaïa, cette mosquée qui se fond dans le décor, ces symboles millénaires nous ouvrent de nouvelles perspectives et nous font prendre conscience de ces valeurs troquées pour de la verroterie.

    Je sais que ce site, bien qu?irrégulièrement mis à jour, a été conçu avant l’arrivée de Yasmina Khadra. Cela est toutefois significatif de « la tendance et du courant » qui entraînent, probablement de manière intuitive, la Société Algérienne.

    Même si « le fleuve a été détourné » il retrouve toujours son lit.

    Cordialement
    elMenfi

  10. Je vais vous étonner, je n’ai pas lu ne serait-ce qu’ un petit livre de Yasmina Khadra, ni encore moins acheté le moindre de ses " best sellers" et je ne le ferai jamais d’ailleurs. Certes il apparaît comme un écrivain prolixe – une dizaine ou une vingtaine de romans, je ne sais plus, qui au demeurant parlent tous ou presque de la même chose, des attentats, du terrorisme ou plutôt de leurs justificatifs, de l’Irak, de l’Afghanistan…mais jamais il n’y propose une véritable analyse de la réalité Algérienne, ou une ébauche pour trouver des solutions à nos maux, des écrits sur la mal vie, sur les harragas, sur l’islamisme et ses méfaits, sur les vraies causes de notre retard, jamais une véritable réflexion pour essayer de comprendre pourquoi nous sommes comme ça, pourquoi nous sommes à la traine, pourquoi nous ne savons pas construire, nous ne savons plus ni parler ni réfléchir…Je n’ai pas lu ses livres mais je suis sûr qu’on n’y trouvera pas la moindre trace de ces questions. Il est trop centré sur lui même pour écrire des vrais livres utiles, très imbu de sa petite personne, vindicactif, et peut être tout simplement moins intellectuel et moins intelligent qu’il ne le prétend. J’ai toujours pensé que pour que l’Algérie s’en sorte, qu’elle s’accroche au train de la modernité et rejoigne les pays civilisés, il lui faut au préalable des gens comme Bazaljet, des Rousseau, des Pascal, des Nietchze, des Galilée et des Giordano Bruno… De véritables penseurs qui ont revolutionné la vie et l’esprit de leurs contemporains. Yasmina Khadra, je l’ai suivi ces derniers jours avec l’episode du CCA, j’ai lu sa derniere lettre, ses justifications…et je garde surtout en mémoire dans l’emission de Laurent Ruquier, son incapacité à répondre à Eric Zemour de manière claire, intelligente, rationnelle, et surtout honnête…Ainsi lorsqu’on évoque le sous-développement de son pays, il sort aussitôt de sa boîte à arguments l’idée bateau de la maffia financière qui dirige le monde! Même Pierre Lellouche, qui n’est pas ce qu’on peut appeler un intellectuel, a su réagir en lui demandant qui a élu cette maffia à la tête de l’Algerie… c’était à mourir de rire ou plutôt de honte. Un vrai intellectuel à mon sens s’interdit les réponses toutes faites, prend de la hauteur par rapport à la question, s’autorise toutes les pistes et cherche les moindres indices, en ne restant jamais à la surface des interprétations. Mais je suis sûr qu’en Algérie nous avons beaucoup de vrais intellectuels, malheureusement marginalisés car trop honnêtes. Yasmina Khadra, quitte à décevoir encore ceux qu’ils a déjà bernés, n’appartient pas à cette race là, il n’a d’ailleurs aucun courage intellectuel – pour preuve sa réponse d’anguille déja soulignée dans ce forum concernant Benchicou et son dernier livre: " Mais je sais qu’il ne me demandera pas de se produire au CCA pour débattre des Gêoles d’Alger " – Quelle bravoure Monsieur le directeur du CCA! Il y a ici par contre dans ce forum quelqu’un que j’admire beaucoup et que je viens aussi de découvrir à travers ses écrits et son francais stylé c’est Larbi Chelabi qui, à défaut de notoriété (comme Yasmina Khadra), fait preuve de plus de jugeotte. Voila un gars intelligent qui écrit bien, qui sait toucher du doigt les véritables problèmes de son pays, et auquel j’accorde une attention toute particulière. Il a d’ailleurs posé une bonne question à Yasmina Khadra qui résume à elle seule toute la vacuieté et la vanité de ce personnage: "Quelles sont ces lumières vertes QU’IL AURAIT VUES 6 mois après la publication dans El Pais du brûlot anti-régime et qui lui donnent à penser que le régime a changé de fusil d’épaule, qu’il mise davantage sur l’intelligence et qu’il est devenu ainsi fréquentable? " ….Et comme lui j’attends avec beaucoup de curiosité la réponse de notre nouveau Directeur du CCA!

  11. La réflexion que nous propose Monsieur Hocine Mezghriche n?est pas sans risque.Il se hasarde en effet à une critique de l’?uvre de Yasmina Khadra?en reconnaissant non seulement n?avoir lu aucun de ses livres ni avoir l’intention d?en acheter un ! Voilà qui est clair. Dans ce cas, évidemment, il est possible de tout dire et de « disserter » en posant des préalables qui ont pour nom Rousseau, Pascal, etc?
    Soyons sérieux ! Et ayez plus de considération pour vos compatriotes qui selon vous? « sont toujours à la traine, ne savent pas construire, parler ni réfléchir… »
    Quel réquisitoire !Si je n?ai pas « d?amitiés particulières » avec Yasmina Khadra, j?en ai encore moins avec « ce » Eric Zemmour dont le rôle évident est de tirer sur tout ce qui bouge. Certains n?ont d?ailleurs pas hésité à le remettre vertement à la place qu?il mérite, celle d?un pédant qui est prêt à tout pour faire de l’audience. Moi je ne mange pas de ce pain !
    Cordialement
    elMenfi

  12. merci monsieur moulessehoul d’avoir eu le courage d’accepter ce poste du directeur du cca, car il vaudra mieux un homme de votre niveau qu’un autre incompétent.
    mais attention à votre dos, dans ce genre de responsabilité, il risque de se courber et votre regard ne portera pas aussi loin que vos pieds.
    bon courage ….
    j’espère que mettrez en ligne dans le site du cca les livres qui ont été censurés par le système algérien. hahaha..

  13. merci monsieur moulessehoul d’avoir eu le courage d’accepter ce poste du directeur du cca, car il vaudra mieux un homme de votre niveau qu’un autre incompétent.
    mais attention à votre dos, dans ce genre de responsabilité, il risque de se courber et votre regard ne portera pas aussi loin que vos pieds.
    bon courage ….
    j’espère que mettrez en ligne dans le site du cca les livres qui ont été censurés par le système algérien. hahaha..

  14. La nomination de l’écrivain Yasmina Khadra à la tête du centre culturel algérien à Paris a fait couler beaucoup d?encore. Il fallait s y attendre. L?écrivain à succès avait fini, depuis qu?il s?est investi dans une carrière littéraire foncièrement antiintégriste, par s?attirer la sympathie d?une frange importante du lectorat algérien, sans parler des milliers de lecteurs qu?il a réussi à charmer par ses romans universalistes. Il semble que, pour le commun des lecteurs, ne pas aimer les livres de Khadra couvrirait son bonhomme de ridicule. Notre écrivain y verrait sans doute quelques germes de jalousie devant le plus beau succès algérien.
    On ne peut, en effet, hasarder un commentaire dépréciatif sur un livre de Khadra sans risques, comme l’affirme avec justesse El Menfi. A plus forte mesure si, comme monsieur Hocine Mezghriche, on n?a jamais lu la moindre ?uvre du Prix des libraires 2006. Et pourtant, en ce qui nous concerne, nous persistons à voir dans la trilogie de Khadra une ?uvre de facture banale, tant sur le plan intellectuel que sur le plan, plus important pour un roman, strictement littéraire. De cette fameuse trilogie, seul L?attentat a été présélectionné pour le Goncourt .Yasmina Khadra s?offusquait qu?un écrivain de sa trempe ne soit pas récompensé dignement. On le sait déjà, notre écrivain guigne le Goncourt depuis belle lurette. C?est, somme toute, assez légitime pour un écrivain francophone que de vouloir obtenir une fois dans sa vie un Goncourt, consécration suprême que Céline lui même n?a pas eue. Rappelez-vous le personnage de l’écrivain Mohamed Seen dans les Sirènes de Bagdad. Rappelez-vous son échange avec son ami intellectuel le Dr Jallal ; tout y est, en effet, de l’amère déception que ressent l’ex commandant devant le mépris qu?affichent les Grands Prix à ses ?uvres, que lui même va parfois à qualifier, comme pour L?attentat, du plus beau roman jamais écrit.
    Aujourd?hui, et sans doute un peu tard, l’égotisme de notre best seller a été enfin mi à nu. Voilà un auteur qui lorsque on lui demande ce qu?il pense de la censure qui a frappé le dernier opus de Boualem Sansal, dérive la réponse pour la focaliser sur sa personne, ressassant pour la millième fois que trente six années de carrière militaire n?ont pas réussi à le briser. Mohemed Seen, c?est Yasmina Khadra : Le monde des intellectuels est partout le même, aussi interlope et fourbe que n?importe quel coupe-gorge. C?est une pègre à part entière, sans scrupules et sans code de l’honneur. Elle n?épargne ni les siens ni les autres?si ça peut te consoler, je suis plus contesté et haï par les miens que nulle part ailleurs. Cette tirade de l’écrivain personnage, extraite des Sirènes de Bagdad, traduit on ne peut mieux le sentiment de Yasmina Khadra. L?ingratitude des siens( parce qu?on ose porter un regard critique sur ses romans) qui côtoie le racisme intellectuel de l’occident( parce qu?on le prive injustement et sans cesse du Goncourt)
    Heureusement, notre écrivain reste une valeur sur dans le marché du livre. Traduit et vendu partout, cette reconnaissance le dédommagerait de cet abominable racisme intellectuel qui veut le briser. Car Yasmina voit partout des volontés de le briser. Et sans doute doit-il avoir des raisons solides de le croire.
    Cela dit, cette digression nous a éloigné du thème principal sur lequel daignent s?attarder des intervenants attentifs à avoir leur grain de sel dans le présent débat. Comment expliquer cette nomination à la tête du CCa ? Ou plutôt comment expliquer qu?un individu qui fustigeait avec une virulence martiale un système puisse accepter de le représenter quelques temps après ?
    Pas pour des causes matérielles assurément. Khadra est suffisamment noble pour tomber dans une telle bassesse. Alors, comment le justifier, ce revirement que d?aucuns ont qualifié de traîtrise ? Et puis, revirement, traîtrise, koursisme, n?est pas là des mots au vitriol pour un écrivain qui n?a plus rien à prouver ?
    Et Bouteflika dans toute cette histoire ? N?est-il pas la vraie raison, sinon l’unique raison qui a ramené notre grand écrivain à de meilleurs sentiments ? La haine peut être un écran qui voilerait toute approche lucide et objective. C?est pour cette raison, à notre sens, qu?on dit qu?elle est aveugle. On oublie souvent le charisme du président Bouteflika, sa rhétorique étonnement persuasive. On ne veut pas entendre les voix qui tout en envoyant le pouvoir à tous les diables excluent Bouteflika de leur ressentiment. Cela semble lèche-cul, mais ils sont beaucoup d?Algérien à aimer sincèrement Bouteflika. Yasmina Khadra aussi.

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