La tension régnait mardi à Bahreïn où l’état d’urgence a été décrété par le roi Hamad bin Issa al-Khalifa. Mardi, des milliers de manifestants se dirigeaient sur l’ambassade saoudienne, après le déploiement de troupes du Golfe venues aider la dynastie sunnite des al-Khalifa à contenir la contestation chiite. L’arrivée des forces, principalement saoudiennes, a été saluée par les autorités de Bahreïn, mais jugée « inacceptable » par l’Iran, qui se sent proche de la population majoritairement chiite de Bahreïn. Les accès au centre de Manama étaient coupés par les manifestants chiites et peu de voitures circulaient sur les routes, tandis que peu de commerces étaient ouverts dans le centre de la ville. Quelques rares patrouilles de la police de la circulation étaient visibles mais les forces antiémeute étaient absentes de la ville.
Des sources syndicales ont indiqué que la grève générale décrétée lundi était toujours bien suivie, tandis que les protestataires continuaient d’occuper la place de la Perle, épicentre de la contestation. Durant la nuit, des groupes de jeunes ont monté des tours de garde notamment dans les villages chiites proches de la capitale, selon des habitants. Les protestataires ont l’intention de marcher dans l’après-midi sur l’ambassade saoudienne pour protester contre l’arrivée des troupes de ce pays, selon une porte-parole du sit-in.
Monarchie constitutionnelle
Plus d’un millier de soldats saoudiens ont déjà été déployés à Bahreïn tandis que les Émirats arabes unis ont décidé de l’envoi de 500 policiers. Aucune précision n’a été donnée sur le lieu de déploiement exact de ces forces et les missions qui leur seraient confiées. Le quotidien Alyam, réputé proche du pouvoir, a affirmé que « Bahreïn n’a jamais été seul » et qu’il pouvait compter sur ses alliés du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Tard lundi, le roi Hamad bin Issa al-Khalifa avait déclaré, selon l’agence officielle Bna, que l’arrivée des troupes du Golfe a souligné « la solidité des liens entre pays du CCG ».
Le roi a tenu ces propos en recevant les chefs de la diplomatie d’Arabie saoudite, Saoud al-Fayçal et du Qatar, Hamad ben Jassem al-Thani. Ce dernier a défendu mardi, sur la télévision Al Jazeera, l’envoi de ces forces, estimant qu’il était conforme aux accords de sécurité entre les membres du CCG (Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Oman et Koweït). Il a aussi conseillé aux opposants, conduits par les chiites, d' »entamer un dialogue avec le gouvernement pour aboutir aux résultats espérés à Bahreïn ».
L’opposition veut une monarchie constitutionnelle et les autorités ont accepté que le dialogue porte « sur un Parlement aux pleins pouvoirs » et sur « un gouvernement qui représente la volonté du peuple ». Mais le dialogue n’a pas démarré, le pouvoir restant sourd à une condition de l’opposition qui exige au préalable la démission du gouvernement.
L’Iran critique la présence de troupes du Golfe
l’Iran chiite a estimé que l’entrée de ces forces à Bahreïn n’était « pas acceptable » et ne ferait que « rendre la situation plus compliquée ». « La présence de forces étrangères (à Bahreïn) n’est pas acceptable et rendra la situation plus compliquée et plus difficile » à résoudre, a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Ramin Mehmanparast. Des critiques dénoncées avec force par le ministère des Affaires étrangères bahreïnies. Téhéran, qui a longtemps considéré Bahreïn comme une province iranienne, suit avec une prudente attention la situation dans l’émirat qui abrite par ailleurs le quartier général de la 5e flotte américaine.
Les États-Unis ont mis en garde leurs ressortissants en leur demandant de ne pas se rendre à Bahreïn et, pour ceux qui y résident, de quitter le pays. Ils ont appelé lundi à la retenue et au respect des droits à Bahreïn, la secrétaire d’État Hillary Clinton faisant part de sa « profonde préoccupation à propos de la situation dangereuse » dans ce pays, un allié de Washington.
AFP