Des avions gouvernementaux ont bombardé lundi des positions rebelles près d’Ajdabiah, dernière grande ville entre le port pétrolier de Brega, où se poursuivent les combats, et Benghazi, fief des insurgés dans l’Est.
A l’autre bout du pays, près de la frontière tunisienne, les forces kadhafistes ont repris Zouara, une des dernières localités que les rebelles tenaient dans l’ouest du pays.
Alors que la France continue de faire pression auprès de ses partenaires pour l’établissement « aussi vite que possible » d’une zone d’exclusion aérienne, les discussions aux Nations unies ont révélé que les Etats membres du Conseil de sécurité restaient divisés sur le sujet.
Aussi la possibilité est-elle grande désormais qu’au moment où la communauté internationale parviendra à s’entendre sur une réponse à la crise libyenne, les forces fidèles à Mouammar Kadhafi auront repris le contrôle total du pays.
D’Ajdabiah partent en effet les routes vers Benghazi, la capitale de la Cyrénaïque où siège le Conseil national libyen de transition mis en place par les rebelles, et vers Tobrouk, plus à l’est. Un mouvement en tenailles suivant ces deux axes permettrait aux forces gouvernementales d’encercler Benghazi.
« Tout le monde ici se demande combien il faudra de morts pour que la communauté internationale décide de nous aider. Peut-être devrions-nous nous suicider pour que le nombre voulu soit atteint », a déclaré avec amertume le porte-parole des rebelles à Benghazi, Essam Gheriani.
A Tripoli, le gouvernement, qui a contenu puis repoussé la semaine dernière l’offensive rebelle qui visait Syrte, la ville natale du « Guide », se dit sûr de sa victoire.
POURSUITE DES COMBATS À BREGA
Les troupes kadhafistes ont pris dimanche Brega, au fond du golfe de Syrte, mais les rebelles sont revenus dans la soirée dans ce port stratégique et affirment avoir encerclé les gouvernementaux.
« Des soldats gouvernementaux ont été tués, d’autres capturés. Mais ils sont toujours à Brega. Il y a toujours du danger et des combats mais aujourd’hui nous allons les écraser », a assuré un combattant rebelle, Idriss Kadiki.
Dans l’Ouest, les forces fidèles à Kadhafi ont repris la ville de Zouara, tenue par les insurgés à quelques dizaines de kilomètres seulement de la frontière tunisienne.
Zouara est une ville côtière de 40.000 habitants située à 120 km à l’ouest de Tripoli. En fin de semaine dernière, les forces de Kadhafi avaient déjà repris le contrôle d’une grande ville des environs de Tripoli, Zaouïah, 200.000 habitants.
Toujours dans l’Ouest libyen, mais à 200 km à l’est de Tripoli, les insurgés tiennent encore Misrata, troisième ville de Libye avec 300.000 habitants.
PAS DE CONSENSUS À L’ONU
L’attaque des troupes kadhafistes lancée samedi contre Misrata marque le pas à la suite de mutineries au sein de l’armée, disent les rebelles. Les insurgés affirment qu’une trentaine de gouvernementaux, dont un général, les ont rejoints et que des affrontements opposaient dimanche devant la ville assiégée loyalistes et soldats mutinés.
La télévision d’Etat libyenne a annoncé lundi qu’une amnistie serait accordée aux soldats qui ont déserté, à condition qu’ils rendent leurs armes.
Aux Nations unies, les consultations menées au Conseil de sécurité ont révélé les divergences sur l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne.
La France, promotrice de l’idée aux côtés de la Grande-Bretagne, espérait pourtant que la demande en ce sens de la Ligue arabe « changerait la donne », comme le déclarait Gérard Araud, représentant permanent auprès des Nations unies, avant la réunion à huis clos. A l’issue des discussions, le diplomate français a toutefois assuré qu’il n’avait pas perdu espoir.
La progression des forces loyales au colonel Mouammar Kadhafi dans les régions tenues par les insurgés rend d’autant plus urgente une décision internationale, si possible dans les 48 heures, estime-t-on à Paris où étaient réunis lundi soir les ministres des Affaires étrangères du G8.
Mais l’ambassadeur russe à l’Onu, Vitali Tchourkine, a jugé que le Conseil de sécurité n’était pas encore en mesure de procéder à un vote sur le sujet.
Pour Philip Robins, maître de conférence à l’université d’Oxford spécialiste du Moyen-Orient, la réticence de la communauté internationale à s’engager en Libye est une conséquence de « la guerre néfaste, excessive et illégitime menée en Irak ». « C’est un grand malheur pour le peuple libyen », ajoute-t-il.
Reuters