Bahreïn: Washington prône la retenue, se garde d'exiger un retrait du CCG

L’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) au même titre qu’Oman, le Qatar, le Koweït et Bahreïn, ont dépêché des troupes dans ce dernier pays en répondant selon Ryad à « à une demande de soutien » des autorités du royaume dirigé par la dynastie sunnite des Al-Khalifa.

« Nous exhortons nos partenaires du CCG à faire preuve de retenue et à respecter les droits des Bahreïnis, et à agir de manière à soutenir le dialogue au lieu de le saper », a déclaré à l’AFP un porte-parole de la présidence américaine, Tommy Vietor, en réaction à ce que l’opposition bahreïnie a qualifié d' »occupation étrangère ».

« Nous appelons les pays de la région à faire preuve de retenue », a renchéri le porte-parole du président Barack Obama, Jay Carney, en souhaitant que les pays du CCG « honorent les manifestants pacifiques en n’utilisant pas la force contre eux ».

Mais la Maison Blanche s’est gardée d’appeler au retrait des forces du CCG de Bahreïn, un pays stratégique, allié des Etats-Unis comme l’Arabie, et où est stationnée la cinquième flotte américaine.

Samedi, le secrétaire américain à la Défense Robert Gates, après une visite à Bahreïn, avait estimé que Manama devrait adopter rapidement des réformes importantes sous peine de voir intervenir l’Iran, concurrent régional de l’Arabie et majoritairement peuplé de chiites comme Bahreïn.

Plus d’un millier de soldats saoudiens sont déjà arrivés à Bahreïn, a déclaré un responsable saoudien lundi sous couvert de l’anonymat.
Les autorités bahreïnies ne l’ont pas confirmé officiellement, mais la télévision d’Etat a diffusé des images montrant « l’avant-garde » d’un contingent de la force commune des pays du Golfe en train d’entrer à Bahreïn en provenance d’Arabie saoudite.

Ryad a indiqué avoir « répondu à une demande de soutien de Bahreïn », dans un communiqué du gouvernement, qui indique réagir à une menace sur la sécurité.
Les Emirats arabes unis ont de leur côté envoyé « environ 500 policiers » pour aider les autorités à restaurer l’ordre, a annoncé à Paris le ministre des Affaires étrangères des Emirats, cheikh Abdallah ben Zayed, avant une rencontre avec la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton.

Ces mouvements de troupes ont provoqué l’indignation de l’opposition bahreïnie, dont les membres réclament des réformes politiques et une véritable monarchie constitutionnelle, voire le départ des Al-Khalifa.

« Le peuple de Bahreïn fait face à un réel danger, celui d’une guerre contre les citoyens bahreïnis sans déclaration de guerre », ont souligné les sept composantes de l’opposition, dont le Wefaq chiite.

« Nous considérons l’entrée de tout soldat, de tout véhicule militaire dans les espaces terrestre, aérien ou maritime du royaume de Bahreïn comme une occupation flagrante, un complot contre le peuple de Bahreïn désarmé, et une violation des (…) conventions internationales », a ajouté l’opposition.
Dimanche, des manifestants ont été dispersés par la police devant le district financier de Bahreïn, centre bancaire régional et archipel stratégique.
« Les Etats-Unis sont profondément inquiets des violences d’hier (dimanche) à Manama, et en particulier troublés par des informations selon lesquelles certains manifestants ont incité à la violence, provoquant des blessures graves », a indiqué M. Vietor.

AFP