Deux clans s’affrontent

L’un veut tendre la main jusqu’au bout aux islamistes ; l’autre exige que l’on clôture le chapitre « réconciliation nationale » et qu’on revienne à une vraie lutte anti-terroriste. L’un compte séduire par toutes sortes de concessions, le capital étranger et national ; l’autre veut que l’on retourne à une vraie politique d’investissements pilotée par les pouvoirs publics et regrette qu’on ait livré l’Algérie aux lobbies et aux mafias…
Le duo Bouteflika-Belkhadem est le chef de file du premier clan : réconciliation nationale, libéralisme sauvage, désinvestissement, bazardisation de l’économie, abandon de la souveraineté et du rôle de l’Algérie dans le monde. Pour des raisons sans doute tactiques, Ouyahia a voulu parler au nom de « l’autre clan ». Existe-t-il vraiment ? Toujours est-il que Bouteflika, à l’occasion de l’ouverture de l’année judiciaire, vient de répliquer à Ouyahia : il ne changera ni d’hommes ni de politique. « Seul le choix de la réconciliation nationale est la voie à suivre » a-t-il lancé. Abdelaziz Bouteflika considère que la politique de réconciliation nationale a « permis au pays de renouer avec la paix et la stabilité, et de se lancer dans un processus de développement global dans tous les domaines, tout comme elle a offert des opportunités de drainer les investissements étrangers et d’assurer une vie meilleure pour tous les Algériens ». Puis cette réponse sèche à l’adresse d’Ouyahia : il poursuivra sa politique « malgré ceux qui voient dans cette politique un obstacle qui fait barrière à leurs desseins et appétits opposés aux intérêts de leur pays et leur peuple, aussi différente soit leur appartenance ou leur affiliation. »
La ligne de démarcation est tracée.
Et 2007 n’est pas encore terminée.

L.M.

5 réflexions au sujet de “Deux clans s’affrontent”

  1. La parenthese Bouteflika doit etre refermée au plus tot…que de temps perdu depuis 1999.

  2. Vous avez raison de dire que deux clans s’afrrontent. Mais je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous sur l’identité des clans en présence et encore moins sur les motifs de leur discorde. En tous cas, ces clans ne divergent ni sur la réconciliation nationale, ni sur les orientations générales du système. Rappelez-vous que c’est feu le général Smaïn qui avait négocié la reddition de l’AIS avec l’assentiment de la totalité des cercles militaro-sécuritaires. Bouteflika n’a servi qu’à la mise en oeuvre de l’accord. Il n’y a donc aucune divergence au sein du régime sur cette question de la réconciliation nationale. Il y en a encore moins sur les choix économiques et sociaux.
    Nous sommes dans un système politico-maffieux avec sa partie occulte, la plus puissante, et sa partie visible, relativement plus faible. Aucun des deux clans en présence n’est mû par l’intérêt de l’Algérie mais bien par les intérêts des clientèles qui les composent. Si différends il y a, ce n’est qu’autour de la part de la rente qui revient à chacun, ce qui, avec un baril qui dépasse les 90 dollars, exacerbe les appétits et les rend carrément féroces.
    Il y aussi une lutte pour le pouvoir, avec en toile de fond les présidentielles de 2009. Le pouvoir apparent, installé par les parrains du régime, s’imagine toujours pouvoir s’émanciper et gouverner pour son propre compte. Mais il se trompe régulièrement sur sa capacité à déjouer la vigilance de ceux qui l’ont intronisé. Certes, il y a des velléités de franchir les fameuses lignes rouges, mais cela ne va jamais assez loin, en tous cas pas jusqu’à remettre en cause les fondements du système.
    Comme par hasard, une vague d’attentats, des pénuries, une flambée des prix, une grogne syndicale apparaissent opportunément comme pour démontrer l’échec du pouvoir apparent, mais qui, en réalité, est à imputer à l’ensemble du régime. On peut même supposer qu’un nouveau coup d’état scientifique est en préparation au FLN, prenant appui sur le mécontentemment suscité par le choix des candidats aux élections locales. La rumeur voudrait que le premier visé est Belkhadem qui jure comme l’avaient fait ses prédécesseurs que le président de la république lui conserve sa confiance et qu’il ne partirait pas. Et pourtant, ceux qui étaient là avant lui sont bien partis ! C’est la règle non écrite de l’alternance clanique et maffieuse en Algérie. Evidemment, les puissances étrangères et notamment les principaux partenaires de l’Algérie suivent ça de très près, y compris en y ajoutant leur propre grain de sel, de manière que leurs intérêts soient préservés quelle que soit l’issue de la confrontation.
    Qu’un clan ou l’autre l’emporte, l’Algérie n’a rien à y gagner, encore moins la démocratie.

  3. CETTE HISTOIRE DES DEUX CLANS ME RAPPELLE LE FEUILLETON DE MAHMOUDI DANS L’HEBDO D’ALGERIE A PROPOS DE L’AXE "POSITIF" ET DE L’AXE NEGATIF DU SYSTEME
    POLITICO-MAFFIEUX QUI PRESIDE MALHEUREUSEMENT NOTRE PAUVRE PAYS.
    en consequence je suis tout a fait d’accord avec adesselam ali-rachedi.

  4. Abdesselam Ali-Rachedi, 30 Octobre, 2007 nous livre une excellente reflexion fort justement appuyee par Mouby. Si je partage en grande partie ces points de vue, je nuancerai toutefois la question de « l’axe positif et l’axe negatif » dont le regrette Mahmoudi avait developpe l’idee. Le fin analyste qu?il etait avait parfaitement saisi l’essence du conflit a l’interieur du systeme. Je lui avais toutefois fait remarquer, et il en avait pris bonne note, qu?en realite, il s?agissait, cela semble incongru, d?un seul axe, en meme temps positif ET negatif. Cet axe est soumis a des variations et des pulsions internes qu?on ne peut comprendre que si on accepte de dire que le systeme politique algerien OBEIT a SA logique. Si certains tentent d?en devier la trajectoire, ils en sont automatiquement et impitoyablement rejetes ( Boudiaf, Chadly, Zeroual, et meme Boumedienne qui avait commence a en cerner les limites).

    D?ailleurs, Abdesselam Ali-Rachedi nous dit : « Certes, il y a des velléités de franchir les fameuses lignes rouges, mais cela ne va jamais assez loin, en tous cas pas jusqu’à remettre en cause les fondements du système. ».

    Ce constat, qui peut sembler pessimiste, ne doit pas nous enfermer dans une fatalite ineluctable mais, bien au contraire, nous faire prendre conscience que nous avons tous et toutes un role a jouer.

    Voilà de quoi reflechir a l’approche du 1er Novembre !
    Cordialement
    elMenfi

Les commentaires sont fermés.