ENTRETIEN. Ali Benouari : "Nous nous approchons du grand soir"

Le Matindz : Avez-vous eu recours aux services du cabinet panaméen Mossack Fonseca, si oui dans quel but?

Ali Benouari : Je n’avais jamais entendu parler de ce cabinet Mossack Fonceca avant qu’il ne soit cité par les « Panama papers ». Il m’est arrivé de créer des sociétés, pour des besoins divers, mais en m’adressant à mon cabinet comptable (fiduciaire) qui compte tous les cabinets de ce genre en Suisse, s’adressant à des « grossistes » tel Mossack Fonseca.

Je ne me souviens pas quel était le but de cette société car ça remonte loin (17 ans). C’était sans doute pour réaliser quelque transaction qui n’a pas abouti. C’est fréquent. Dans le cas justement d’un résultat incertain, le recours aux off-shores est parfaitement indiqué, compte tenu de leur souplesse (ouverture et fermeture dans les 48 heures par tel et faible coût de constitution et d’enregistrement (environ 1500 USD par an).

Vous avez déclaré que les révélations du quotidien français Le Monde sont fausses. Dans quel but ce journal porterait-il des allégations vous concernant ?

Ce n’est pas la responsabilité directe du Monde car il n’a fait que reproduire l’article que lui a soumis Lyas Hellas. L’erreur était de le faire sans vérification, sans doute parce que ce journaliste fait partie du collectif de journalistes qui exploitent les informations brutes des « Panama leaks ». La responsabilité de la rédaction du Monde est quand même engagée, même de manière indirecte. La justice tranchera.

Le Monde écrit que votre société off-shore allait servir de paravent à la cession, au profit de Khalifa Bank, des actions qu’il détenait dans le capital de la banque Société Générale Algérie (SGA), que répondez-vous à cette assertion ?

Totalement faux. C’est Fiba Holding Luxembourg qui était porteur des 28% d’actions de la SGA créée en 1997. Et la liste des actionnaires de Fiba est connue car transmise à la Banque d’Algérie par le fondateur de la banque, c’est-à-dire moi-même à travers ma société Ecofinance à Genève.

Fait peu connu, la licence bancaire a été octroyée à Ecofinance. Laquelle a monté le tour de table en faisant venir la banque Société Générale France et la SFI, filiale de la Banque mondiale.

J’ai créé en parallèle Fiba Holding afin de regrouper ses actionnaires à 95% Algériens, tous non-résidents. La plupart étaient des Algériens et essentiellement des cadres bancaires exerçant au plus haut niveau dans des banques à l’étranger. Le but était de rassurer l’actionnaire de référence français en pleine période de terrorisme. Fiba a donc été un instrument très utile, totalement défiscalisé et de droit luxembourgeois.

Allez-vous ester en justice le journal Le Monde ?

Oui.

Vous avez déclaré qu’avec cette affaire, vous comptez revenir en politique. Peut-on connaître votre agenda ?

Remobiliser d’abord, à la faveur de la médiatisation de cette affaire, mes sympathisants, reprendre la structuration de Nida El Watan, et nous préparer pour le jour où il y aura des élections libres.

Vous avez déclaré entre les deux tours de la présidentielle française que Marine Le Pen est la seule capable de relancer les relations algéro-françaises. Comment peut-on croire que la patronne d’un parti héritier des nostalgiques de l’OAS puisse avoir des relations saines avec notre pays surtout quand on connaît ses déclarations sur la colonisation ?

Je vous renvoie à l’article que je devais publier avant l’élection française (et qui est publié aujourd’hui dans CNP News), qui explicite mon appréciation sur ce point. Où je précise que je ne partage absolument pas les idées de Marine Le Pen, comme presque tout le monde. Je ne faisais allusion qu’à sa politique vis-à-vis de l’Algérie. Elle a déclaré en effet à maintes reprises qu’elle souhaitait une refondation véritable des relations. En les recentrant sur un co-développement à même de fixer les populations maghrébines chez elles, ce qui ne peut pas déplaire, car préférable à l’exode permanent de nos populations vers la France. Un exode qui appauvrit notre pays et alimente le racisme. C’est une question de real politique. On peut, à mon avis, s’intéresser à ce type d’offres politiques, sans nécessairement partager les idées du FN. Il ne faut donc pas mélanger les choses. Cette idée que Marine Le Pen pouvait être un meilleur recours qu’Emmanuel Macron n’était du reste envisagée que comme hypothèse. « En désespoir de cause », au cas où Jean-Luc Mélenchon et François Fillon échouaient à passer le premier tour.

Hormis l’abstention massive, qui est sans doute l’élément marqueur, les dernières législatives ont donné des résultats sans surprise. Quelle est votre analyse de ce scrutin ?

Il y a eu une fraude massive, comme d’habitude. La nouveauté étant un taux d’abstention inédit. Ce qui fait des abstentionnistes le premier parti d’opposition du pays. En d’autres termes, nous nous approchons du grand soir. Celui de la désobéissance civile qui fera déguerpir pacifiquement le régime définitivement.

L’opposition traine une incapacité congénitale à se rassembler, à constituer une force de proposition, et en face, les tenants du pouvoir reproduisent les mêmes recettes pour se maintenir. Au milieu, nous avons une population qui vient de tourner le dos au schéma actuel. Comment réconcilier le peuple avec les institutions et sortir de ce piège qui prive le pays d’un fonctionnement normal ?

Par une transformation radicale des institutions. Ce qui signifie d’abord des élections libres, afin de permettre l’expression de programmes qui vont dans ce sens. Tel celui que j’ai présenté lors de la dernière élection présidentielle. Tout doit être réformé. Absolument tout. Afin de doter notre pays d’institutions qui reflètent la jeunesse de sa population, qui prennent en compte les nouveaux enjeux auxquels notre pays est confronté, ainsi que son indispensable ouverture sur le monde. La plus grande tare de notre pays est qu’il s’est trop replié sur lui-même et fermé à toute idée de progrès et de modernité, sur tous les plans : culturel, économique et politique. Ce qui est en complète contradiction avec sa situation géopolitique, son histoire et les aspirations de son peuple.

L’opposition ne reflète pas l’état réel des rapports de forces. Il n’y a donc pas grand-chose à attendre d’elle. Elle est aujourd’hui le reflet du pouvoir, son avatar. Les vraies forces de changement ne peuvent résulter que d’une dynamique de changement, laquelle viendra de la décomposition du système actuel. Ce qui ne saurait tarder au vu de la dégradation inexorable des conditions de vie des Algériens, dégradation couplée avec une prise de conscience extraordinaire, comme en témoigne le taux d’abstention record aux dernières élections législatives.

Entretien réalisé par la rédaction

11 réflexions au sujet de “ENTRETIEN. Ali Benouari : "Nous nous approchons du grand soir"”

  1. Mais c’est bien sûr, Mister Benouari vous n’avez créé ces sociétés financières que pour rendre service à Sonatrach et à l’aider dans ses transactions financières. Et si vous travaillez avec des banques Offshore ce n’est pas pour leur don de prestidigitation pour faire disparaitre toute trace de transaction ou parce que elles lavent encore plus blanc que les banques suisses , c’est pour « leur rapidité d’exécution ». La preuve que vous êtes honnête : si vous revenez vous installer en Algérie ce n’est pas parce que le pot aux roses a été découvert ou parce qu’il y a encore de l’argent à se faire, c’est pour rendre service.

  2. Le grand soir ca sera à l’heure du tarawih général, le jour de l’inauguration de la grande mosquée d’Alger ! « La plus grande tare de notre pays est qu’il s'est trop replié sur lui-même et » enfermé dans une « kalhouallahite » aigue qui ne laisse aucun degré de liberté d’action ou de réaction ! Les beaux discours c’est beau, mais tant qu’ils ne s’inscrivent pas dans une dynamique à contre-coran, ils ne servent à rien ! Quant à la fraude, elle a commencé en l’an 622, dans une grotte d’Arabie ! Nos prophètes AB-AB-AB, de Benbella à Bouteflika, n’ont fait que l’importer, comme tout le reste…..
    skizi moua (clin d’œil à Hend) mais ma bière est à court de carburant intellectuel ce soir !

  3. les comptes dans les paradis fiscaux sont secrets donc ne sont pas libellés avec des noms mais seulement avec des numéros codés, et les noms correspondants sont chez les gérants de ces comptes, donc quasiment inaccessibles, sauf quand il y a des fuites organisés (rares) ou des demandes urgentes de la part de qui de droit, sinon les journalistes qui enquêtent sur le sujet ne se mettraient pas à plusieurs avec plus d'une année de travail,
    on oublie les raisons de certains faits mais on se rappel du montant du cout d'un compte dans un paradis fiscal,
    un banquier sait très bien a quoi servent les paradis fiscaux, il sait aussi ce que veut dire défiscalisation,
    et quand on crée des sociétés (plusieurs) ça veut dire que ces sociétés disparaissent et les opérations qui vont avec,
    quand on travail et on se fait de l'argent dans un pays on doit payer des impôts dans ce pays là et pour ne pas le faire on fait appel généralement indirectement à des grossistes financiers, ce mot grossiste et utilisé généralement pour désigner des trafiquants
    donc une société ou une banque fait du chiffre d'affaire dans un pays A alors qu'elle est enregistrée au luxembourg ou au caraibes ou sur les iles vierges ce qui fait que le pays A ne reçoit rien de cette société qui est en franchise, et qui n'est obligée que de faire travailler les citoyens du pays A,
    ceux qui ont mis en place dans ce pays A sont ceux qui en profite les premiers, mais c'est seulement pour rendre service au pays A, pas plus,
    c'est vrai le grand soir arrive pour ceux qui prennent les gens pour des fermés, ils veulent que le pays s'ouvre sur les méthodes mafieuses sinon c'est un pays arriéré,

  4. Mr Benouari est riche,il n'est pas assoifé d'argent il aime
    son pays et veut aider les Algeriens. Certains n'arrivent pas comprendre qu il y a ebcore ,heureusement,des hommes qui recherchent autre chose que des valeurs materielles : Ca existe encore des hommes genereux et qui font don de soi pour accumuler des vertues interieures seules richesses utiles et durables.

  5. Une question finale (et PRINCIPALE) devait etre posée à l'interrogé : Comment est-il concrètement entré en possession du capital financier dont il dispose ? Héritage des parents ? Travail personnel ?… C'est la SEULE manière de le laver de tout soupçon. Hélas, la question demeure… Jusqu'à quand ?… Si ce monsieur retourne en politique, pour le croire, il devrait commencer par répondre à cette simple et fondamentale question.

  6. La Corruption est un phénomène humain tout a fait naturel. Les activités qui sont dans cette catégorie prennent naissance et se fructifient en l’absence de normes éthiques et par-dessus tout des lois conséquentes.
    Les normes éthiques dérivent directement de la culture prévalente dans un pays donné quel que soit son système politique. Toutes les actions collectives sur la Corruption ne peuvent aboutir sans un système politique adéquat comme celui des pays qu’on appelle nonchalamment l’Occident. Tolérance ‘0’ cependant n’y existe pas et comme partout donc c’est une constante lutte. Celle-ci est néanmoins grandement aidée par une justice indépendante et surtout consciente de son rôle.
    Dans tout pays, le dynamisme social, particulièrement entrepreneurial est très encouragé et même récompensé et en Suisse que je ne connais pas très bien cela doit être très prisé. La vertu qui est primordiale dans ce pays comme tout le monde le sait est cette propreté typiquement Helvétique non seulement matérielle et physique mais aussi intellectuelle et morale. Je sais que les britanniques ici la vénèrent du fait de son manque mais en même temps l’abhorrent quand celle-ci est en conflit d’intérêt avec le fameux secret bancaire et autres conjurations bancaire typiquement Suisses. La HSBC est doublement honnie sur ce sujet.
    Ce n’est plus une question de système politique seul. Une réforme profonde du système politique est non seulement requise mais n’est hélas pas suffisante. Il faut accompagner cela avec une culture socio-économique favorisante ou les conflits d’intérêts sont comme d’ailleurs beaucoup de comportements antisociaux sérieusement pris en charge.

  7. S 'il ya vait eu le moindre soupçon sur lui ,que sa fortune ait été acquise frauduleusement ou volée , en sa qualité d 'opposant au pouvoir de Boutef et compte tenu que Ouyahia lui en veut àmort , il y aurait longtemps qu'on l aurait accuser de delapidation de fonds public et vite coffré.Réfléchis un peu avant de dire des aneries.
    Le pouvoir sait que l'argent de ce Gentleman éduqué cultivé doté dune rajla indiscutable , est propre,cad, légalement acquis ,donc RAS sinon ils auraient vite fait de débaler tout. C 'est bien pour cela que pour lui nuire ils iont invneté une histoire a dormir debout parce qu ils n'ont rien trouvé dans leurs sécurité militaire de Tartag quin a rien trouvé a dire sur lui.

  8. Banques suisses, ???? ce n 'est pas Mr Benouari et ce n'est pas la suisse qui ont ruiné notre pays .

    Il faut voir du coté de Sellal , Bouchareb, Chakib Khellil,Khalifa, les Bouteflika Haddad, les Généraux harkis, Sidi Said, la liste est longue.

    Les chameaux ne voient pas leurs bosses !!

  9. Cette histoire contre ce Monsieur , est vraiment minable , mais les cucus du fln et rnd , ils leurs faut un homme propre pour le salir ?: Donc le coupable est vite trouvé et donné en pâture pour la presse ?.Et bouchouareb, hadda la moche, khallil , bouterma et la brouette, saadani, sellal et sa rym ?.Est ce que ses personnes sont inquiéter par la justice de la plache ellouha minus de l'injustice ?.

  10. Pourquoi le parti de ce monsieur , ancien ministre pourtant , et , de surcroit , candidat à la magistrature suprême , n'est t 'il pas agrée ?

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