Turquie : l’échec du putsch cache l'autre coup d'Etat mené par Erdogan

Ces chiffres avancés par les autorités turques montrent l’ampleur de la purge en cours. A croire que tout le haut commandement militaire est désormais derrière les barreaux. Depuis le putsch raté de vendredi dernier, le gouvernement de Tayyep Erdogan poursuit sans sciller sa chasse aux sorcières. Le peuple turc assiste médusé à une véritable opération d’épuration du mouvement güléniste et d’autres organisations de l’opposition. C’est en fait un président plus puissant et déterminé qui sort de l’échec du putsch de vendredi.

Dans un article très intéressant, le quotidien britannique The Telegraph observe que l’échec du coup d’Etat mené par des militaires sert actuellement de couverture à un autre coup d’Etat mené par le président Erdogan. Selon Con Coughlin, du Telegraph, « le fait que Washington évoque ouvertement la possibilité de suspension de la participation de la Turquie à l’Otan montre à quel point les relations se sont détériorés entre Ankara et ses alliés occidentaux après le coup d’Etat avorté ».

La féroce répression visant plusieurs segments de l’Etat (Armée, magistrats, police, enseignants) et la société suscite réprobation et suspicion au sein de la communauté internationale. L’argument du démantèlement de l’organisation de Futhullah Gülen, réfugié aux USA, ne convainc pas grand-monde. Des spécialistes émettent même des réserves sur les motifs avancés par le gouvernement dans l’arrestation de nombreux militaires. Ce putsch raté est utilisé comme une occasion opportune par le président pour éliminer définitivement tous les ressorts de l’opposition afin de s’arroger les pleins pouvoirs et d’asseoir son autorité à demeure.

Ainsi Ahmet Insel, professeur de l’Université de Galatasaray, estime, dans un entretien au quotidien français Ouest France, que tous les officiers arrêtés « ne sont pas des gülénistes, mais il est probable qu’un noyau soit impliqué dans cette action ».

Con Coughlin souligne que la question de l’éventuelle éviction de la Turquie est posée sur fond de « tour de vis autoritaire » que Recep Tayyip Erdogan s’est mis à pratiquer après les événements de la semaine dernière.

Cependant, en dépit de la répression subie par l’opposition et l’impitoyable guerre menée contre la minorité kurde, la Turquie d’Erdogan a su garder sa place au sein de l’Otan. Il est vrai aussi que la position stratégique de ce pays y est pour quelque chose puisqu’il permet à l’organisation d’avoir un point d’observation et des bases militaires proches de la Russie. A contrario, au regard de la tournure des événements, le président Erdogan pourrait se mettre sur le dos certains de ses alliés occidentaux qui voient déjà assez mal ses penchants islamistes. En la matière, le quotidien turc Cumhuriyet avait pointé de probables liens entre les services secrets turcs et des islamistes syriens. Dans une vidéo diffusé par ce quotidien, on voit des armes aux islamistes syriens. Ces révélations ont coûté cher au quotidien.

Les Etats-Unis par la voix de John Kerry a déjà appelé le président turc à respecter les droits de l’homme. Les Européens aussi ont élevé la voix, notamment après l’évocation d’un possible rétablissement de la peine de mort dans le pays.

Certains observateurs vont plus loin. « S’il a l’intention de poursuivre sa ligne radicale islamiste dans l’avenir, l’Otan n’aura pas d’autre possibilité que de se débarrasser de son allié turc qui lui pose tant de problèmes », pronostique Con Coughlin du Telegraph.

Faut-il cependant rappeler, au-delà de l’accélération des événements ces derniers jours, le président Recep Tayyip Erdogan n’a pas attendu qu’il soit la cible d’un coup d’Etat pour réprimer sans pitié la presse, l’opposition de gauche (notamment) et les Kurdes. N’a-t-il pas introduit un amendement visant à la levée de l’ummunité parlementaire des députés kurdes ? L’armée, quant à elle, a connu de nombreuses purges ces dernières années.

Hamid Arab

1 réflexion au sujet de « Turquie : l’échec du putsch cache l'autre coup d'Etat mené par Erdogan »

  1. Sincèrement, je ne suis pas convaincu du coup d'état, cela dit l'histoire nous dira la vérité.

    Les dictateurs islamistes, je m'en méfie, pas que je suis contre la religion, je suis pour l'ouverture des esprits, et que chacun croit selon sa conscience et son âme.

    Toutefois, je ne partage l'hypocrisie de ceux qui prétendent qu'il y a pas de textes de violents dans le livre du Coran.

    Ils me donnent l'impression qu'ils ne lisent pas le livre du Coran, cela me fais penser à une interview du Ministre des WAKFS, il se réclame de la tradition de IBN ARABI, mais il fait une fausse interprétation de la vision de IBN ARABI.

    Revenons au problème Turc, bien qu'il à mon avis en parler au pluriel, je pense qu'il y a une autre puissance dans le région qui ne va pas rester sage comme une image dans son starting bloque, je pense notamment à l'IRAN.

    Ce pays continu à gêner et à déranger les esprits de certains pays de la région, tout certains essaie d'allumer la mèche en Afrique du nord, en rallumant l'étincelle en Libye, pour les intérêts occidentaux, qui se trouve au Sahara occidental et sur l'ensemble l'ensemble du continent de l'Afrique.

    Quand les économies occidentales sont malades, ils ne trouvent pas de solution à leurs problèmes, ils déclenchent des conflits militaires, pour détourner l'esprit de leurs populations et vendre des armes qui ne trouvaient pas acquéreur, c'est notamment le cas de la France.

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