Drôles d'élections (1) par Hassan Zerrouky

Pour autant, les partis démocrates, qui crient déjà à la fraude, s’apprêtant pour certains d’entre eux à ester en justice l’administration, vont encore une fois y prendre part. Selon un argument, maintes fois réitéré, occuper l’espace sous peine de ne pas exister politiquement, ils essaient de convaincre les électeurs que cette fois-ci sera la bonne à la condition que le pouvoir politique joue le jeu de la transparence ou y soit contraint (par qui ?). Mais voilà, non seulement les conditions socio-politiques à même de permettre l’organisation d’un scrutin régulier n’existent pas, mais ces partis ne semblent même pas avoir pris la peine d’analyser un tant soit peu les raisons ayant poussé plus de 60% des électeurs à bouder les élections législatives de mai dernier.

Pour mémoire, le taux de participation au scrutin législatif a été de 37%. Sur le total des inscrits, l’Alliance présidentielle – à savoir le FLN, le RND et le MSP – n’avaient recueilli que 13% de voix. Les élections législatives, boudées ainsi par une majorité d’électeurs, ont reflété le divorce existant entre gouvernants et gouvernés et entre le peuple et les institutions en place. Non seulement, les institutions élues souffrent d’un sérieux déficit de légitimité, mais ce scrutin aurait du interpeller les partis démocrates sur la question de la représentativité de ce Parlement appelé à voter des lois engageant l’avenir d’un pays et de son peuple.

Les causes ayant poussé les Algériens à s’abstenir massivement n’ont sûrement pas changé en l’espace de six mois. Bien au contraire, en plus des restrictions aux libertés sur lesquelles il faudra y revenir, la situation sociale s’est davantage aggravée. La pomme de terre, objet d’une pénurie et d’une spéculation orchestrées avant le mois de ramadan, est devenue un produit de luxe ( 70 dinars le kg) presque aussi chère que les bananes. Plus généralement, les prix des produits de large consommation ont flambé. Le lait, quand on le trouve, se vend à 45 dinars le sachet d’un litre, tandis que les yaourts sont hors de portée des bourses des petites gens. Quant à la viande et à la semoule…

En effet, avec un salaire moyen de 20 000 dinars ( 200 euros), il devient difficile de boucler les fins de mois. Surtout que l’eau, quand elle n’est pas coupée, et l’électricité ont entre temps augmenté. En résumé, le pouvoir d’achat des Algériens s’est gravement détérioré alors que par ailleurs l’Algérie est plus riche que jamais puisque selon les données officielles, les réserves de change ont atteint les 90 milliards de dollars ! Le mécontentement social est donc plus présent que jamais.

Qui plus est, après avoir longtemps fait croire au retour à la paix civile grâce à la réconciliation nationale, voilà que le terrorisme ensanglante le pays, que l’on assiste au retour d’attentats ciblant des civils commis par des kamikazes.

Dès lors, dans ces conditions de régression socio-politique, face à l’autisme du pouvoir, et en raison de l’absence de perspectives claires de sortie de crise, quoi d’étonnant qu’une majorité d’Algériens n’ait pas la tête aux élections et qu’une partie de sa jeunesse n’ait en tête que l’idée de partir à l’étranger, quitte pour ce faire, à braver la mort en tentant de rejoindre l’Italie ou l’Espagne, sur des embarcations de fortune. Car ce phénomène des «haragas» qui a pris une telle ampleur en 2007 est bien le signe d’un profond et grave malaise social et politique que le discours officiel feint d’occulter. Malgré ce sombre tableau, il y a tout de même des raisons d’espérer. Il en est ainsi de ces forces sociales – les syndicats autonomes – de ces femmes et hommes qui ne se résignent pas à la situation existante, à voir le pays sombrer dans l’anomie socio-politique et qui font front courageusement.

Comme l’a si justement fait observer Ghania Hamadou, «c’est la lutte qui change la vie, pas les urnes». On ne peut, en effet, surmonter les impasses sociales et politiques actuelles au moyen des urnes, d’élections drôles, drôles parce que se déroulant dans un système politiquement verrouillé laissant peu ou pas de marge à l’expression d’une alternance politique.

H.Z

(1) C’est le titre générique que le Matin utilisait pour commenter l’élection présidentielle de 1999.

3 réflexions au sujet de “Drôles d'élections (1) par Hassan Zerrouky”

  1. Je partage votre constat M. Hassan Zerrouky.
    Personnellement, je n’ai pas l’intention d’aller voter et je suis sûr que ça sera le cas de l’écrasante majorité des électeurs.
    Voter, pourquoi ? Voter pour qui ? Aucune réponse satisfaisante à ces deux questions.
    Les APC et APW n’ont aucun pouvoir réel.
    Depuis 1997, le pouvoir dit : les nouveaux codes de la commune et de la wilaya sont prêts et vont être soumis à l’APN incessemment. Depuis 1997, le pouvoir dit : une commission planche sur les finances locales et les nouvelles dispositions vont être soumises à l’APN incessamment. Rien que des discours. Dix années stériles.
    Voter pour qui. Nous n’avons plus à choisir parmi des candidats animés par le souci du bien public mais nous sommes face à des mercenaires bien décidés à être élus (y compris par la fraude)pour profiter de l’aubaine et améliorer leur ordinaire et celui de leurs proches. Même les partis de la mouvance démocratique ne présentent pas de candidats crédibles, ceux adoubés par les militants, mais ceux fidèles à l’appareil et surtout fidèles au zaïm. De plus, au lieu d’aller vers des listes uniques, ils jouent les uns contre les autres pour se disputer deux ou trois wilayas et quelques dizaines de communes, au grand bonheur des partis du pouvoir.
    Par contre, je ne suis pas d’accord avec vous sur la signification des 90 milliards de dollars de réserve. La réserve de change, comme son nom l’indique, n’est pas une épargne. Ce montant en devises signifie que les importateurs peuvent obtenir des devises en contrepartie de leurs dinars à hauteur de cette somme. C’est pourquoi on l’exprime souvent en mois ou années de couverture des importations.. Il faut savoir que ces 90 milliards de dollars, obtenus de la vente à l’étranger des hydrocarbures, ont déjà été convertis en dinars par la Banque d’Algérie, dinars qui circulent dans l’économie.
    Si on veut avoir une idée de l’épargne disponible au niveau du trésor, il faut partir du fond de régulation des recettes alimenté par la différence entre le prix de vente réel des hydrocarbures et le prix fictif de 19 dollars de la loi des finances. De ce montant, il faut déduire la couverture du déficit budgétaire (inévitable avec une fiscalité pétrolière basée sur 19 dollars), le remboursement du principal de la dette (externe et interne) et les montants engagés par les projets d’équipement pharaoniques en cours (dont certains ne se justifient nullement comme le projet de grande mosquée). J’ai bien peur qu’il ne reste pas grand chose dans les caisses après ça, surtout que la gestion opaque du fond de régulation des recettes facilite beaucoup la tâche à tous les prédateurs, anciens et nouveaux. Sans compter un possible retournement du marché pétrolier, en cas de récession aux USA.

  2. merci pour votre commentaire. Une lucidité et une clarté qui font avancer le débat, le vrai mettant en jeu les idées, les faits et non les ressentiments et autres poudre aux yeux si chers à notre bonne presse. Union des démocrates? Oui mais autour de quelle plate forme et de quels objectifs. La question est là. Nous en sommes aux conflits personnels et aux ambitions démesurées des uns et des autres. la trop grande proximité du pouvoir, les stucs et autres lustreries ont fait oublier à beaucoup d’où ils viennent. Il ne reste dans leur bouche que des mots, coquilles vides. Il faut revenir aux idéees simples. Aucun combat ne se gagne sans le peuple. populisme, Non. voyez ce qui se passe avec le parti socialiste français. Il n’arrive plus à mobiliser y compris dans son camps traditionnel. On fait de la politique pour les gens et non contre eux. Leurs problémes d’aujourd’hui et de demain sont les seuls importants. maintenant un question. Quand on constate qu’un journal arabophone fait 600000 lecteurs, autant que toute la presse francophone réunie, cela n’interpelle t-il pas quelque part notre confort intellectuel et nos vieilles assurances? la porte de sortie est par où SVP?

  3. Bonjour Hassan, votre derniére chronique : "Ce monde qui bouge " du Soir d’Algérie n’a pas été du tout convaincante, vous avez insinué que Ché Guevara avait fait sa révolutin contre les serveurs, les croupiers, les videurs de boites de nuit, des cabarets et des maison de jeux à Cuba pour les remplacer par des lieux de culture, de quelle culture vous parlez ? Et puis les gens qui y travaillent sont réellement de pauvres bougres, des pommés victimes des hommes d’affaires véreux et des magnats du capitalisme débridé de l’époque. Pour votre information, sachez qu’à Pitsburg en pensylvanie (USA) des églises désaffectées par les fidèles ont été transformées en discotéques, boites de nuit et salles de concert par la population locale Américaine selon un reportage d’EL Watan. Il faut pas prendre l’histoire à contre-courant, en plus Ché Guevara n’a jamais parlé de l’impérialisme économique de l’URSS, il ne s’est pas trompé d’énnemi de l’époque et puis, souvenez-vous l’Algérie n’a pas tardé par la suite à être envahie par les Coopérants Russes.En tout cas ceux qui cherchent une bénédiction religieuse chez le Ché se trompent beaucoup. En revenant à votre édito de ce jour, à mon avis, le peuple Algérien demande du pain, El-Khobz, il n’a que faire des élections truquées ou il se retrouve chaque fois comme le dindon de la farce ou on négocie avec lui des couffins de ramadhan et des cartables scolaires pour retarder sa descente aux enfers. Il ne cherche pas non plus la Touba car la Touba, ça ne nourrit pas son bonhomme .
    Salut Hassan, amicalement .

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