La musique judéo-arabe en deuil : Lili Boniche, le crooner de la casbah s’est éteint

Le Crooner de la casbah, Lili Boniche est mort le 6 mars à Paris à l'âge de 86 ans. Avec lui disparaît une des plus grande figure de la musique judéo-arabe algérienne, un genre qui fait à jamais partie de notre patrimoine musical. Lili, qui toute sa vie était resté un sémillant jeune homme, était né en 1921 à Alger, une ville qu’il a éternisée dans un chant d’amour – Alger, Alger – qu’il a chanté avec passion jusqu’au bout. Lili Boniche, de son vrai prénom Elie, était la star de la musique francarabe, un style né dans la communauté juive d'Afrique du Nord au temps où le même soleil brunissait juifs et musulmans. Il fut un de ces artistes indémodables dont le talent est aussi vaste que la diversité de son répertoire. Adepte des mélanges, tango, mambo et arabo-andalou, il a su teinter ses chansons d’influences occidentales sans jamais trahir son identité culturelle. En témoigne son répertoire à la fois classique et moderne mais toujours fidèle à ses solides racines arabo – judéo- berbère.

Etonnant parcours musical que celui de Lili Boniche. C’est dans la musique arabo-andalouse qu’il fait ses premiers pas. Des pas de géant. A 13 ans, il maîtrise déjà le répertoire classique et le luth. Le jeune surdoué algérois grimpe les marches du succès quatre à quatre pour s’installer rapidement dans la cour des grands. Mais sa curiosité artistique l’emmènera plus loin encore. Absorbant différentes influences occidentales, la musique de Lili se nourrit de la synthèse des genres. Sa notoriété dépassera les frontières.

Lili l’artiste savait tout faire… Avec son art du mélange, il épousait avec une surprenante aisance des styles, tels que le tango – à l’image d’" Ana el Owerka " – ou le mambo (" Ma Bine Eih) construits à l’aide d’une orchestration adéquate, piano/accordéon/violon pour l’un, congas/racleur/clarinette/violon pour l’autre. A Monsieur Boniche ensuite de marier son chant à l’ensemble. Il trouvait en arabe le ton juste et évitait de s’empaler sur les dangereux écueils de la fusion.

Adieu l’artiste !

Le Matin (rédaction culturelle)

3 réflexions au sujet de “La musique judéo-arabe en deuil : Lili Boniche, le crooner de la casbah s’est éteint”

  1. Barbara Streisand, Sammy Davis Junior, sont d’origine juive, avez-vous entendu parler de musique judéo-américaine ou judéo-anglaise?
    Même chose pour Aznavour, avez-vous entendu parler de chanson franco-arménienne ?
    Lorsque Khaled chante Aicha, la chanson française devient-elle de la chanson franco-arabe voir mieux, franco-musulmane ?
    Lorsque Barbara, la française, chantait je n’ai jamais entendu parler de musique judéo-française. Idem pour Bruel, Goldman ou Berger.
    Ce n’est qu’à sa mort qu’on parlât de chanteuse française d’origine juive, car Barbara devait être enterrée dans un cimetière juif de la région parisienne.
    Or si on a la cruauté de comparer l’apport de Barbara à la chanson française et celle d’un pousseur de chansonnettes- que j’apprécie par ailleurs- à la musique algérienne de type arabo-andalouse, c’est plus qu’un abime que l’on découvrira.
    La musique judéo- arabe n’existe pas.
    C’est de la musique arabo- andalouse avec des auteurs ou compositeurs musulmans, juifs ou chrétiens, arabes, berbères, espagnols, il n’y a que l’embarras du choix.
    Dans ce cas de figure on peut dire que c’est de la musique arabo-andalouse interprétée par un juif français.
    El Anka était d’Azzazga et algérien, devrait-on parler de musique judéo-arabo-berbère?
    Halte à la falsification et pour celui qui nous a quittés il n’y a pas si longtemps et qui nous manque cruellement.

  2. En apprenant ta disparition ce soir Lili, saches que je suis triste, et ma tristesse est amplifiée par l’écoute de ta voix si sereine, n’inspirant que paix et amour. La plupart de tes compatriotes, je le sais, ne te connaissent même pas. Ils ne savent pas que la plus belle déclaration d’amour qu’un être humain, vivant sur ce cailloux perdu dans l’univers, ai pu faire à un pays, SON pays l’Algérie, c’est bien la tienne Lili. Alger, Alger m’accompagne dans chacun de mes moments de nostalgie. Ta flamme, on a voulu l’éteindre, pour une raison insensée liée à tes origines. Saches ce soir Lili, qu’il existe au moins un être humain, un algérien comme toi, qui partage ta passion pour sa terre natale et qui pense à toi avec une tristesse infinie. L’histoire ingrate, confectionnée par des hommes sans âme ont poussé d’autres hommes sans âme à ne te donner d’autre choix que celui de la valise ou du cercueil, mais te voilà enfin libéré de cette passion qui te tiraillait tant, et je regrette bien plus que toi que ces hommes qui veulent tout monopoliser, jusqu’à DIEU lui-même, n’aient pu voir le reflet de ce visage angélique que tu transpirais tant.
    Ce soir, je n’ai qu’un seul moyen de te rendre hommage Lili, j’écoute et réécoute tes chansons, et en ressentant tant d’amour et de passion que toi seul savait déclamer à son pays, au mien, saches que ce soir je me sens aussi juif que toi…..et cette « damäa min aïnin », le temps qu’elle coule bambino, elle n’est peut être déjà plus pour toi, car elle doit couler de la bêtise humaine, que ni toi ni moi ne pouvons empêcher…..Repose en paix Lili, mon ami que je n’ai jamais connu. Mine ouahchak, mine el youm ihadjrou fkari…..

  3. Juste pour signaler une déclaration de l’artiste au sujet de la musique judéo-arabe.
    "Dernière star juive de la mélodie maghrébine, Elie «Lili» Boniche détestait entendre qu’il jouait de la musique «judéo-arabe». «Est-ce qu’on dit d’un musicien musulman qu’il joue de la musique islamo-arabe ? Je joue de la musique arabe, un point c’est tout !» disait celui qui vient de clore la saga d’une génération de musiciens juifs nord-africains, après la disparition ces dernières années des Algériens Reinette l’Oranaise, Blond-Blond et Salim Halali, des Tunisiens Raoul Journo et Kahlaoui Tounsi".

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