Ouyahia et la langue perdue de la journaliste Par Hend Sadi

Un curieux silence a entouré un incident peu banal qui s’est produit dans la conférence de presse du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, du 30 septembre 2011 retransmise par l’ENTV.

Un internaute a eu la bonne idée de mettre en ligne un extrait de la vidéo de l’incident en la faisant suivre d’une autre montrant le président Abdelaziz Bouteflika vitupérant en arabe pour expliquer aux Algériens qu’ils étaient tous des Amazighs

Avec véhémence, la journaliste Ghania Oukazi a interpellé Ahmed Ouyahia dans sa conférence de presse lorsqu’il a répondu en tamazight à une question posée dans la même langue par une autre journaliste. Mme Oukazi, s’exprimant en français, a sommé M. Ouyahia de parler un langage compréhensible de tous. La réponse d’Ahmed Ouyahia l’invitant à ne pas s’énerver, s’engageant à lui traduire son propos en arabe ou en français n’a pas eu raison du courroux de Mme Oukazi dont le flot de paroles vindicatives ne voulait pas tarir, indignée de voir la Constitution bafouée par un officiel qui ne s’exprime pas dans « la langue nationale ».

On reste sans voix devant une telle scène. Comment ne pas être choqué par l’attitude du Premier ministre face à l’injonction qui lui a été faite par une journaliste de ne pas utiliser tamazight, langue nationale et inscrite comme telle dans la Constitution ? Le ton conciliant adopté par Ahmed Ouyahia, comme s’il cherchait le pardon, et la justification de son acte par le souci d’anticiper d’éventuelles critiques sont navrants. Pour mesurer la gravité de la démission d’un état qui n’œuvre pas à « la promotion et au développement de tamazight » alors que la Constitution l’y contraint, imaginons un seul instant, même si cela paraît difficile, la colère d’Ahmed Ouyahia si l’injonction qui lui a été faite avait porté sur l’arabe et non le tamazight. Nul doute que sa réponse aurait été cinglante et qu’il aurait invité la journaliste non pas à se calmer mais à quitter la salle, sinon le pays !

Mais il y a une morale à cette histoire : qui eût dit que l’homme de la loi d’arabisation totale de juillet 1998 qui allait jusqu’à obliger les médecins à rédiger leurs ordonnances exclusivement en arabe et dont l’un des effets était d’éradiquer toute trace de tamazight, interdisant même l’édition de chansons dans cette langue, fut-ce par des entreprises privées, serait un jour rappelé à l’ordre pour avoir parlé dans une conférence de presse en… tamazight ? On se souvient que Lounas Matoub avait alors immortalisé le personnage par la formule, devenue célèbre, « Nâarbou ha » dans son disque testament.

Ce n’est pas la première fois qu’un Kabyle de service (le singulier ici n’est pas de rigueur) est ainsi rattrapé par les événements : Mohand-Chérif Kherroubi, qui n’est plus à présenter, s’était fait siffler au du congrès du FLN qui s’est tenu après le Printemps amazigh de 1980 au Club-des-Pins lorsqu’il est monté à la tribune pour parler au nom de la Fédération du FLN de …Tizi-Ouzou ! Ceux qui se renient ont beau faire, il ne leur est pas facile de gagner la confiance de ceux à qui ils font allégeance. Ils n’échappent pas à leurs origines qui finissent toujours par jeter un voile de suspicion sur la sincérité de leur reniement.

Pourtant, la surprise ne vient pas d’Ahmed Ouyahia. Son parcours, jalonné de tant de volte-face, fait qu’il peut difficilement surprendre encore. Dans l’altercation Ouyahia-Oukazi, c’est Oukazi qui fait l’événement, elle qui prend l’initiative, elle qui adopte un ton, celui de l’injonction, insolite au regard de son statut. Les experts du fonctionnement du sérail y ont vu là la manifestation d’un désaccord au sein des officines. Peut-être. Mais ce n’est pas sous cet angle que nous nous intéressons à ce coup de théâtre.

Le « coup de gueule » de Mme Oukazi fait suite à une série de « sorties » dont les auteurs ne se donnent même plus la peine de maquiller le caractère insultant. De Benaïcha qui s’honore de prénommer son fils, Zoheir, du nom de l’assassin de l’héroïne Kahina, résistante légendaire à l’invasion arabo-islamique, à Ben Bella qui se croit autorisé à distribuer les brevets d’algérianité tout en se proclamant Marocain, la liste est longue. Le coup d’éclat de Mme Oukazi se situe dans cette lignée. En effet, nous ne ferons pas à Mme Oukazi, journaliste, l’injure de croire qu’elle ne sait pas que tamazight est inscrite comme langue nationale dans la Constitution à laquelle elle fait référence, ni celle de ne pas avoir conscience qu’elle-même a interpellé le Premier ministre dans une langue étrangère et sur un ton qui en a surpris plus d’un. Mme Oukazi n’ignore pas non plus que tamazight a été gravée sur les frontons des édifices royaux de notre terre bien avant que le français ou l’arabe ne soient parlés en Algérie (ni même n’existent en tant que langues !). En d’autres termes, que tamazight est la seule langue nationale véritablement autochtone. C’est aujourd’hui la seule langue parlée en Algérie à ne pas être d’origine étrangère comme le sont l’arabe et le français. Mais, peut-être, est-ce cela qui gêne ?

Tout comme Ouyahia, le nom Oukazi trahit une origine qui ne renvoie pas au Hidjaz. Au motif que son patronyme a été fixé par un colon zozotant des bureaux arabes, Mme Oukazi s’est crue en devoir de nous jouer le numéro de « l’amaqraman ».

Tôt ou tard, votre tour viendra Mme Oukazi comme est venu celui de bien d’autres, et vous aussi, tout comme vient de l’être M. Ouyahia par votre fait, vous finirez par être rattrapée par l’histoire. Croire que la surenchère arabo-islamiste n’a pas coûté assez cher avec vingt années de guerre civile et bien d’autres dégâts est une erreur que nous n’avons pas fini de payer.

N’est-il pas temps d’y mettre un terme et de renouer avec notre identité commune à tous, de faire place à nos langues sans complexes ? Nos frères amazighs Libyens nous donnent une leçon extraordinaire de courage et de sérénité, de civisme et de liberté. Regardez ce qui se passe à Tripoli. À l’Est, il y a du nouveau !

Hend Sadi

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14 commentaires

  1. L'État algérien porte bien son nom de "Houkouma taa Mickey " une journaliste qui veut se faire remarquer interpelle le 1er ministre non pas en langue arabe mais en français qui est une langue étrangère pour lui interdire de s'exprimer en langue amazigh, langue de nos ancêtres ; quel culot !!!
    Ghania Oukazi, de par le nom quelle porte, elle doit être d'origine berbère mais elle veut étre plus Arabe que les Arabes. Mais en ces temps de confusion dans notre pays, c'est la fuite en avant qui paie le plus pour tromper l’opinion.

  2. Même la France n'a pas réussi à recruter autant de harkis et de Kabyles de service comme l'ont fait les détenteurs du pouvoir baathiste depuis l'indépendance.

  3. Sadi,
    Votre analyse est juste excellentissime, le danger va grandissant et les cons de l'année prochaine sont parmi nous depuis longtemps et ils prolifèrent à une vitesse exponentielle .
    Pendant qu'à travers la planète les gouvernants qui pensent aux lendemains de leurs enfants (le peuple) lorgnent nos sous-sol, les nôtres se laissent infiltrer par des représentants de Dieu pour nous mettre à genou.

  4. L'aliénation d'une grande partie des peuples d'Afrique du nord est incurable et se paye en sang !

  5. De ces ridicules comportements, il y en avait et il y en aura encore et encore. Il y en aura tant que la primauté sera donnée aux estomacs qui obstruera d'emblée tout accès logique au cerveau. Ghania Oukazi ou Ouyahia sont dans leur logique de survie. Faire plaisir aux maîtres. Et dans ce cas précis, le maître est à chercher du côté religieux donc des coupeurs de têtes.

    Et les signes ne trompent plus. La fin est imminente. Les repères gratifiants des opportunistes sont en train de foutre le camp. Les réalités les rattrapent et ils s'accrochent à tout ce qui pourrait encore leur donner un sursis.

  6. Je vous dirais tout simplement Mme Oukazi: C'est vraiment mesquin et vous êtes vraiment à plaindre dans votre intervention aux relents racistes et xénophobes. Ce n'est que partie remise puisque vous persistez dans votre entêtement absurde à trop vouloir être ce que vous n'êtes pas à l'orée du 21ème siècle. Qui n'avance pas recule, alors essayez au moins de vous maintenir au niveau qui n'est pas le vôtre bien sûr, ainsi vous ne risquerez pas de connaître de plus amples mésaventures qui puissent vous mettre un jour devant le fait accompli.
    Honteusement votre!!!

  7. Oui M. Sadi,
    Merci pour cette analyse
    Je suis tellement déçus par cette Mme Oukazi. Elle avait pourtant les qualités pour être une grande journaliste, je lisais ses articles dans les années 90, elle était aussi très belle, mais là elle descend dans les égouts. Il faudrait quand même qu'elle s'explique, ça ne peut pas passer comme ça. On peut comprendre que la bêtise ne tue pas, mais parfois on le regrette vraiment. Une autre femme a aussi beaucoup déçu, c'est notre Khalida Nationale, qui a pesé de tout son poids de ministre pour empêcher la publication d'un livre, quelques années seulement après qu' elle ai prôné la résistance contre l’intégrisme et le pouvoir dans son livre "une Femme debout"
    On tombe vraiment de très très très…….. haut
    Chah degnagh.

    Mais en fait, est-ce que ce n'est pas un coup de pouce qu'elle fait pour Ouyahia??? Elle lui a quand même donné l'occasion de défendre, même timidement, Tamazighth. ça fait quand même de lui un PREMIER MINISTRE meskine qui répond en kabyle à une question en Kabyle, On n'a pas l'habitude.
    vigilance, vigilance… avec ces vipères

    Mohamed AIT AISSA

  8. Mas Sadi,
    Je partage votre indignation par rapport à la compromission, sciemment ou non, de certains intellectuels avec l'arabisme, l'autre face de l'intégrisme. Là où je ne vous suis pas, c'est quand vous donnez l'impression de donner à l'arabisme-islamisme une existence autonome; quand vous lui enlevez son aspect institutionnel, en Algérie.
    Voyons Mas Saadi, Ghania Oukazi, l'intégro-schizophrène ou un(e) autre du même calibre, réprimandant Ouyahya pour avoir parlé en kabyle, ce n'est pas autre que cet enfant illégitime tirant la moustache à son géniteur; la mère "porteuse" étant l'Algérie. Où est le problème ?

  9. A voir la vidéo on se rend compte que Mme Oukazi est complétement abrutie, il faudrait qu'elle reconnaisse ou qu'elle s'en aille que la langue amazighe est chez elle en Algérie et que la langue arabe est celle de l'envahisseur.

  10. Mon cher Hend, c'est avec beaucoup de plaisir que je viens de lire votre analyse sur ce "petit incident banal". En effet, M. A. Ouyahia n'est qu'un exécutant de basses et répugnantes besognes. C'est un turlupin qui a été mis en place pour exacerber les tensions dans tous les "dossiers" qui lui sont soumis, y compris celui de tamazight. Le pouvoir mafieux et criminel qui dirige l'Algérie a toujours instrumentalisé les problèmes linguistiques, socio-économiques, éducatifs, etc. Pour pouvoir tirer les "marrons du feu" et ainsi se maintenir au pouvoir.

    Un peuple appauvri, miné par le régionalisme et la corruption et plus facile à mener et diriger. Et les monstres qui dirigent ce pays l'ont bien compris,

  11. Vous allez tous finir comme les Kadafous tôt ou tard, ce peuple va vous chasser comme des intrus, et le problème il n y aura aucun pays au monde qui va vous accepter!
    Sauf l'Arabie Saoudite bien sûr sinon continuez à vous comporter comme des ratons laveurs, vous finirez dans les poublles de l'histoire, drôle de journalisme?

    Heureusement, il ya des hommes et des femmes de bonnes familles sinon je vais arrêter de lire le Matindz! Vous savez madame Oukazi, ma mére non plus n'a rien compris de votre intervention, et ça depuis 1962, à méditer! Change de métier please, sinon il y a un autre métier où on embauche à tour de bras, vous êtes bien placée pour le savoir!

    Dahmane

  12. Ahmed Ouyahia, un Kabyle d'origine qui ne défend même pas sa langue maternell , une langue pourtant proclamée langue nationale. C'est vous dire qu'il n'aura jamais autant mérité le quolibet de "Kabyle de service" qui lui colle à la peau depuis toujours. Et les services , Dieu seul sait qu'il en a rendu beaucoup en cassant ce qui fait sa propre identité pour épouser celle qui lui a donné tout pour la combattre et la renier. Il n'a même pas eu le courage de mettre les points sur les i à cette dame journaliste inculte et raciste.

  13. Je dis à Ghania Oukazi de se préparer à une grande tristesse car pour nous Thamazight arrive et nous allons l'accueillir avec une grande joie.

  14. En ces temps de course à la succession présidentielle, tous les coups sont permis… mais il serait intéressant de connaitre combien a été payée Mme Oukazi pour apostropher de la sorte Ouyahia sur le registre de l'amazighité.

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