Communication de Mohamed Benchicou à Lyon, samedi 27 novembre, à la journée sur la tolérance organisée par l’association Tagmats.
On m’a demandé d’intervenir sur le livre « Notre ami Bouteflika » et de porter un regard de journaliste et d’écrivain sur le chanteur assassiné Matoub Lounès. J’avoue qu’il est plus intéressant de parler de Matoub, bien que je ne me sente pas le plus qualifié pour la tâche.
S’agissant de Matoub, qu’est-ce qui vient d’emblée, à l’esprit d’un journaliste ? Je crois que c’est d’abord son extraordinaire popularité. A quoi doit-il d’être si renommé au point qu’on édifie des stèles à sa mémoire et qu’on baptise des rues de son nom ? C’est un phénomène qu’il nous faut bien expliquer et sur lequel, à l’occasion de cette communication, j’ai tenté de me pencher.
Chantait-il « mieux » que d’autres ?
On a posé la question à propos d’un autre artiste, le seul qui a pu connaître une semblable notoriété : El-Hadj M’hamed El-Anka, dont on comémmore, cette semaine, le 32è anniversaire de la disparition. Je me suis intéressé au possible parallèle entre les deux carrières.
Chantaient-ils « mieux » que d’autres ?
« Mieux », peut-être pas. « Plus juste », sans doute.
« Plus juste », en visant le cœur d’un peuple majoritaire mais délaissé, qu’ils ont eu le génie d’en saisir l’existence, d’en mesurer la frustration et la colère et d’ériger en véritable public.
Ils se sont emparés d’un art d’élite, pour le jeter au peuple.
Ce public, ils lui ont « parlé », quand d’autres se bornaient à lui « interpréter » des chansons, aussi belles furent-elles.
Oui, ils chantaient « plus juste » que d’autres, en visant le cœur.
D’où, sans doute, le vocable populaire « kasni » (il m’a touché, il m’a atteint), en parlant des chanteurs qui savent viser le cœur.
«Compréhensible au niveau des paroles et grâce à une mélodie belle et claire, le répertoire d’El-Anka acquiert une grande audience… le chant chaâbi s’impose dans la tradition. Cette dernière consolide les liens entre l’interprétation, l’œuvre et le public. Ainsi, les réactions à cette musique au plan émotionnel et la façon de la recevoir deviennent partie prenante, indissolublement, de la tradition culturelle », écrit Bachir Hadj Ali qui, de tous ceux qui ont « exploré » El-Anka, est sans aucun doute la plus grande référence, sans oublier notre ami Sadek Aïssat. (1)
Est-ce un hasard si, un des plus grands admirateurs d’El-Anka, « atteint » par la grâce du phénix, était un certain…Matoub Lounès qui, très tôt, épousa le chaâbi.
Hh dira, lui, de Matoub qu’il était « un chanteur et un poète plein de personnalité qui sait décrire et raconter les souffrances des être humains. Il a un style qui le caractérise des autres chanteurs et poètes de son époque. »
L’instinct.
Tout est dans l’instinct, chez Matoub et El-Anka.
Ils ont « senti » ce public inassouvi qui demandait autre chose que ces chansons convenues, un public qui vivait le colonialisme (pour El-Anka), ou le déni identitaire (pour Matoub). Dès le Printemps berbère d’avril 80 Matoub change de style.
Ils l’ont « senti » parce que, sans doute, ils partageaient la même colère.
« Je crois que si les jeunes m’aiment autant, c’est parce qu’il savent que non seulement je comprends leurs difficultés, mais que je les ai vécues aussi. », disait Matoub.
Or, Bachir Hadj Ali raconte qu’El-Anka était un homme blessé. Un homme en colère. En colère contre la colonisation, d’abord. En colère aussi contre ces ronds-de-cuir morveux qui avaient décidé de le marginaliser. C’est suite à cette blessure qu’il avait enregistré «El-Meknassia». Texte lumineux de Kaddour El Aalami.
«Je fais comme fait dans la mer le nageur» dit-il.
«Ma bouche riait mais les ténèbres remplissaient mon cœur c’est ainsi que j’ai enduré les revers de la vie
Mes forces déclinèrent, mon silence grandit, je devins muet.
J’étais incapable de me réconcilier, de me battre…
Et j’ai fait comme fait dans la mer le nageur
J’ai relâché mes membres pour affronter les impolis… »,
chantait El-Anka dans cette «palpitation de l’âme dont l’immensité du territoire n’apparaît qu’une fois que l’on s’est égaré sur des sentiers
Cette même rage on la retrouve chez Matoub :
»On peu dire que Matoub Lounes était contre l’imaginaire social officiel en Algérie, l’Algérie officielle arabo-musulmane niant les réalités socioculturelles et linguistiques du peuple, l’Algérie officielle qui a toujours existé au mépris du peuple sous un régime de dictature et parti unique ou le pouvoir est totalement militarisé », écrit Rachid Leskioui (1).
Matoub le confirme :
« Mais moi, je l’affirme, je ne céderai pas. Je continuerai à chanter, à me battre contre l’intégrisme. Je ne suis ni arabe, ni obligé d’être musulman. C’est peut-être la phrase qui m’a condamné à mort, c’est aussi celle, justement, qui résume le mieux mon combat. Tant que l’on continuera de piétiner mes convictions, je continuerai à me battre. Ce combat, je ne le conçois que chez moi, en Algérie. »
Pour « atteindre « ce public, Matoub a fait comme El-Anka : il se met en phase avec lui-même et avec sa propre colère. Il désacralise la musique et le texte pour les mettre au goût du plus grand nombre. Il les a bouleversés. Il s’est approprié l’art de l’élite pour le populariser, prenant le risque de se faire des ennemis, comme El-Anka avait bouleversé la musique qu’on lui avait enseignée. « El-Anka adopta et mit en musique mit la musique et le chant magrébins au goût d’un très large public. Ce nouveau genre dont le mouvement dynamique fera école. Il en sera le chef de file indétrônable et incontesté. Le chaâbi, par référence à son auditoire, s’impose pour acquérir l’audience qui va déborder d’Alger pour s’insinuer et se faire adopter dans tout le pays et bien au-delà. »
Bachir Hadj Ali confirme qu’El-Anka fut celui par qui s’opéra la confluence de la musique «savante» citadine, héritage andalou, et celle, profane, dont les vestiges se retrouvent ailleurs, en Kabylie et jusque dans le Hoggar (1).
Et là, on retrouve l’instinct. El-Anka avait subodoré d’instinct un nouveau genre musical à l’intention d’un large public, lui qui, partant du répertoire du melhounen, lui imprima la vivacité qui le distingue des rythmes lents, maniérés et affectés des noubate, introduisit des instruments nouveaux et élagua les neqlabateet.
« Le recul de la musique «classique» provoqué par la réduction de ses adeptes laisse toute sa place au déploiement de ce nouveau genre qu’El- Anka ne cessa d’enrichir par des créations et des rythmes nouveaux dans la mouvance à la fois du moghrabi, de l’algérois et des rhapsodies du pays kabyle. Le jeu époustouflant et unique du Cardinal, sa voix à la sonorité, à la gravité et à l’amplitude rares, un tantinet nasillarde, restituent la psychologie du peuple, ses états d’âme et reflète son sens de l’esthétique et de l’appréciation. Cette musique et ces chants peuvent tout exprimer, tous les sentiments que les hommes peuvent éprouver, leurs ennuis aussi. Ce n’est pas un genre artificiel que des lubies auraient produit ; il est né des eaux primordiales dont sont irrigués des hommes », écrira Kader Fethani. (3)
L’art appris auprès de maîtres émérites de Si Saïd Larbi, Omar Bébéo, Mustapha Oulid al-Meddah, Si Hacène al-Kherraï ou de Yahia al-Kouliane, puis, plus tard, auprès de cheikh Nador et cheikh Saïdi, un des plus prestigieux chantres de l’époque, un des dignes héritiers, avec Laho Serror, de l’un des plus prestigieux maîtres de la musique classique algéroise, Mohamed Sfindj, cet art, il l’offrira au peuple.
Et s’il a poli son langage auprès de Sid Ahmed Ibn Zekri, un des plus brillants érudits du vieil Alger,qui lui corrigeait le style, lui faisait découvrir de grands poètes algériens comme Sidi Lakhdar Ben Khlouf, Sidi Mohammed Ben M’saïb, Sidi Kaddour al-Achouri, cheikh Ben Smaïne, cheikh Mustapha Driouèche, s’il a poli son langage et appris les proverbes utilisés dans le chant populaire, c’est pour en faire des quasidate qui « atteignent » le peuple.
Pour le peuple, c’était un délice divin. El-Anka savait, dans une délectation morose incarner dans la voix et le doigté les vicissitudes d’un monde amer qui fait s’assombrir l’azur, pleurer les nuages, s’incliner les astres ( El-Meknassia, El-Fraq, El-H’mam…). Il savait sublimer l’amour, acquis ou inaccessible, courtois ou sensuel, en force tonifiante, explosant en cela des préjugés ancestraux et tenaces ( Yamna, Dhif Allah, Youm el-djemâa…), révéler ses tares et sa vanité à la société ( Soubhane Allah…), et dire les suaves gorgées des alcôves bachiques ( Gheder Kassek, Es Saqi…).
El-Anka n’a pas attendu d’être invité dans le sanctuaire de la musique algéroise ; il y est entré par effraction. Il a mis sens dessus-dessous les compostions mièvres et figées pour les réinventer dans des envolées, une vigueur et des accents presque subversifs et irrévérencieux pour les conservateurs. Dans la musique d’El-Anka, le classique est fortement chahuté et, en définitif, dynamité par ses propres moyens. Les versions déglinguées du harasse (le démolisseur) font une impressionnante irruption dans tous les milieux, l’avènement du phonographe l’introduisant jusque dans les foyers d’Alger et de son hinterland. » (3)
***
Matoub emprunta le même chemin.
Dès qu’il sentit la colère monter au sein de la population qui revendiquait le droit à l’identité, Matoub rompit avec le « style convenu », celui qu’il avait adopté dans son premier album Ayizem (Le lion), à 22 ans, c’est-à-dire le style qui chante la Kabylie traditionnelle, l’exil, l’attachement aux parents, l’amour des femmes, sujets qu’on retrouve dans son le 45 tours Ahaya Thilawin, une chanson dédiée aux femmes.
« Peu avant le soulèvement kabyle d’avril 1980 ( “Printemps kabyle”), Matoub Lounès s’engage dans une chanson plus sociale, rejetant la métaphore qui est la marque de la chanson populaire kabyle et algérienne en général. Il devient l’un des fondateurs du MCB (Mouvement culturel berbère) » (4)
Comme pour El-Anka, Matoub s’attira les foudres de la vieille garde.
Ses textes à la rudesse candide vaudront à Matoub Lounès quelques inimitié dans le milieu artistique et intellectuel kabyle. Quant on lui reprochait son franc-parler et ses positions extrémistes sur la défense de la culture kabyle, il répondait qu’il était souvent mal à l’aise avec l’élite algérienne : “Ce n’est pas mon monde. Ma pensée, je l’exprime devant le public et non pas par des paraphrases interminables.”
Le berbérité occupe une bonne place dans ses chants, ses interviews et même dans se vie quotidienne. Il était un militant berbère indépendant.
Il va, lui aussi, faire des textes violents, à la mesure de la violence qui étouffe les poitrines de la population, il désacralise tout et utilise les idées et les mots qui choquent, ceux qu’utilisent les jeunes impétueux :
« Y a-t-il solution au dilemme? Taluft amek ara tekfu
Même si solution il y a Xas teb$a ad-tekfu
En mesurons-nous le prix? Acu ara d-te?? ma tekfa
Les esprits furent souillés Alla$ yekcem burekku
Dès le jour premier Deg-wass amenzu
Quand on nous a orientés vers la Mecque M’akken s wehhan lqebla
Pour parasiter nos âmes Izi a s yekcem s aqe®®u
Par le verbe creux I medden ad ifettu
Qui prétend que religion est panacée D ddin i ddwa n-lmeÌna »
(Texte écrit le 18 octobre 1994, une semaine après sa libération par ses preneurs d’otage
C’est ainsi que Matoub, après El-Anka, devint la voix de ceux qui n’en avaient pas.
« Le bouillant chanteur, adulé par les jeunes pour sa liberté de parole et sa participation aux émeutes d’octobre 1988 en Kabylie, au cours desquelles il sera blessé », dira cette irrévérence connaîtra son apothéose avec « Kassamen », une version de l’hymne national bien particulière.
On a pu parler, à propos de cette audace, de « sentiment antipatriotique » de Matoub.
Allusion perfide qui sous-entend que l’artiste était un détestable séparatiste.
Matoub se revendiquait Algérien. Kabyle et Algérien.
Voilà ce qu’il écrivait en 1994 :
« J’évoquais tout à l’heure cette maturité que j’ai le sentiment d’avoir acquise au cours de ces quinze jours de cauchemar. Elle doit être réelle car, avec le recul dont je suis capable aujourd’hui, je me sens plus fort. Est-ce l’effet de l’immense soulagement apporté par ma libération? Ou de ces réflexions menées au long de ma séquestration, au cours desquelles j’ai analysé mes engagements, mes prises de position et mon combat? Peut-être les deux à la fois. Quoi qu’il en soit, une force nouvelle m’habite. Il y a encore peu de temps, je limitais mon combat à la Kabylie. Je dois apprendre à me battre pour la société algérienne dans son ensemble. Les témoignages venus de partout, de Tlemcen, d’Annaba, d’Oran, la chaleur qu’ils dégageaient, les encouragements qu’ils contenaient m’ont fait profondément réfléchir. Ce n’est pas suffisant de se battre pour soi lorsque le destin d’une nation est en jeu. En somme, je pourrais presque dire que je ne m’appartiens plus : ce nouveau souffle de vie, cette résurrection, tout ce que je dois aux miens, il faut maintenant que je le traduise dans mon combat. » (2)
Matoub était fou de l’Algérie, mais pas l’Algérie soumise à l’intégrisme islamiste,
« En revanche, il y a une autre Algérie, l’Algérie réclamée par Lounes Matoub et autres.Une Algérie qui a su demeurer contre les invasions barbares, profondément attachée à ses racines, à son histoire millénaire. Le rebelle considérait la Kabylie tout comme l’Algérie de même que l’Afrique du nord comme n’étant pas arabe. Il a une vision unique pour la question de la berbérité. Autrement dit, il militait en Kabyle, mais en même temps, il pensait à Tamazgha* » (4)
En somme l’un chantait pour les Algériens étranglés par les colons ; l’autre pour leurs fils, étranglés par ceux qu’il appelle « les nouveaux colons »
Ainsi va l’Algérie.
M.B.
(1) Bachir Hadj Ali : El-Anka et la tradition châabi
(2) Extrait de Rebelle, Stock, 1995
(3) Rachid Iseksioui (https://membres.multimania.fr/tawiza1/TawizaPDF160/PDF/9.pdf)
(4)Noureddine Fethani, le Soir d’Algérie, 22/11/2010.
*Tamazgha désigne le « monde berbère », c’est-à-dire ce qui constitue selon eux la patrie historique du peuple berbère. Il comprend l’ensemble de 5 pays (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye et Mauritanie), et partiellement 4 autres pays (nord du Mali, nord du Niger, une partie de l’ouest de l’Égypte, les territoires espagnoles de Melilla, Ceuta et les Îles Canaries).
Tamazgha est l’expression du nationalisme berbère puisqu’il affirme l’existence d’une nation et d’un peuple unis transcendant les sous-groupes berbères et les frontières géopolitiques actuels.




Que la Plume soit! Qu’elle continue à perpétuer les Mots justes et nobles, à les écrire même avec notre Sang! Bachir Hadj Ali ( dont la plus part des jeunes d’aujourd’hui ignorent jusqu’à son nom, alors ses combats, les supplices qu’il a subit… n’en parlons pas!) était un autre porte étendard de ce combat merveilleux et cruel… Hadj El Anka, Matoub étaient eux aussi des chantres et les portes voix de leur peuple; de cette poésie sortie de l’instinct profond, de cette intuition qui s’inscrit dans la continuité car ils étaient en parfaite harmonie et symbiose avec leurs compatriotes, blessés et humiliés et souffrant de cet étouffement d’une Nation dont l’identité, malmenée à outrance, recherche ses véritables repères sur un échiquier "tronqué" et à chaque fois vicié…Et Nous? Les forces qui restent, allons nous composer notre propre Requiem ou écrire ensemble la Rhapsodie de la Liberté? Paix à leurs Âmes et Gloire aux Poètes et aux héros qui ne meurent jamais!
UN bateau avance beaucoup moins bien sans PROUE excellent.
Seul un vrai algérien au sang pur pouvait être en mesure de tracer les mots justes sur notre patrimoine culturel. »Les mots qui touchent ».
Puisse Dieu vous donner longue vie.
Mohamed Benchicou, Il est le parfun de notre liberté.
Hadj M’hamed El-Anka et Matoub lounes deux écoles Qui se complètent, la première par sa sagesse et l’autre par sa rébellion. Deux grandes personnalités martyriser pour leur refu a chanter les abberations du pouvoir.
El Anka pour son non a chanter ( Khoud el meftah ya khouya khoud el meftaf) de boumedienne qui ordonna sa censure catégorique de sa television ( RTA) et qui priva le peuple de ce grand maître. El anka est une symphonie et des paroles d’ une portée qui n’ont pas de limite.
Matoub Lounes, la force de dire non a la dictature a la répression a l’injustice a la déportation culturelle a l’aneantissement de nos valeures ancestrales. Matoub avait compri que la combat identitaire est imminent pour sauver notre Algérie de la dernière invasion barbare.
Le premier est parti dans la douleur de la censure, Matoub est assassine pour son vrai dire et son combat pour une Algérie algérienne. Deux grandes figures de notre histoire un peuple une terre un ennemi commun.
Merci pour cette analyse et cette comparaison si riche. Je fais partie de la génération qui dévore la musique et les textes de Lounes Matoub, et je peux vous dire, qu’on est vraiment orphelin.orphelin de cette musique et ces paroles qui percent le coeurs des amoureux, qui font naitre cette lueur d’espoir tant attendu, ces paroles qui mettent à leurs place les extrémistes, "les khoubziste". Merci Matoub, tant que je vivrai ta musique et tes paroles me berceront comme un enfant.
Merci à ceux qui étaient cette belle initiative.
Aghyul
Benchicou desole mais les deux repertoires (el anka et matoub)sont aux antipodes, de part la personnalite de chacun d entre eux!!!…Quant la guillotine a Serkadji faisait sa sale besogne, les chansons d el anka etait couverte par etzeghrit!!!…Si Hsissen n etait pas mort(1959)..el anka aurait eu des problemes.
1 2 3 VIVA L’ALGERIE
J’avais attendu ce moment avec impatience, est ce fût une journée mémorable, en me dédicaçant le livre « Notre ami Bouteflika » m’a apporté une grande joie, nous avons longuement patienté avant de pouvoir enfin dialoguer avec vous, sur un thème disons le qui concerne tous ALGÉRIENS ou à défaut tout les KABYLES. Vous ne vous êtes pas dérobé, pas de faux fuyant, vos réponses sincères, franches et directes sonnent la justesse de votre combat, mais hélas il aurait fallu d’un lapsus, d’une erreur de votre part pour gâcher tout le bonheur que j’avais a vous écouter. Je savais que vous ne partagez pas le combat que mènent le MAK et GPK, mais je n’ai jamais cru que vous seriez capable de désinformation. A la réponse a ma question concernant l’autonomie de la KABYLIE et son apport dans la démocratisation du reste de l’Algérie, tout en soutenant le fait de l’ancrage de la démocratie dans la culture Kabyle, vous lui déniez le droit à l’autodétermination, en soutenant haut et fort que l’autonomie DE LA kabylie c’est la séparation avec le reste de l’Algérie, à ce que je sache Monsieur BENCHICOU autonomiste ne vaut pas dire séparatiste,
J’espère que je me trompe dans mon analyse, et que vous n’aviez jamais voulu dire cela, dans ce cas sachez que son effet négatif s’est ressenti sur les présents, puisque a ma deuxième tentative de vous interpeller, et toujours sur le même sujet, une dame dans le public m’avait fait remarquer qu’elle n’accepte pas de séparer l’Algérie DE LA KABYLIE, et qu’un autre se pose la question a savoir si les Kabyles ne sont pas nés pour protester, Voyez vous Monsieur BENCHICOU, ce qu’engendre les erreurs de communication. Me concernant je reste convaincu que personne, je dis bien personne, ni dans le MAK, ni au GPK n’a cette ambition de séparatiste que vous vouliez leurs coller. Nous aimons tant l’Algérie POUR lui vouloir du mal.
Ne me méprisez pas, je parle en mon non propre, ma douleur est vive, l’exil me pèse, si je vous ai offusqué, veuillez me pardonner.
PS/ Je reste un de vos fidèle lecteur.
Réponse :
Cher monsieur,
Voyez-vous, j’ai toujours pensé que l’autonomie de la Kabylie est quelque chose de trop sérieux pour être confiée à nos émotions…et à nos oreilles. Sur cette question, chacun pense avoir entendu ce qu’il redoute ou ce qu’il espère, de bouches amies. Ainsi, vous concluez que « je ne partage pas le combat que mènent le MAK et GPK » et que cela m’a entraîné à user de « désinformation » mais permettez-moi de vous raconter ceci. Il y a une semaine, des amis de Montpellier m’ont sévèrement réprimandé parce que Ferhat Mehenni avait commencé sa conférence par cette phrase : « Mon ami Mohamed Benchicou qui partage notre combat … », ce qui a fait dire à mes amis que j’étais un cachottier et que j’ai pris le risque de décevoir pas mal de monde. Autonomiste à Montpellier, anti-autonomiste, une semaine plus tard, à Lyon…Avouez que la situation dérouterait plus d’un ! Je me rappelle exactement de vous et je vous remercie de votre franchise mais je n’ai jamais tenu les propos que vous me prêtez (je comprends, il y avait une telle foule et une telle passion dans le débat, que les malentendus sont inévitables). J’ai même croisé, à la fin de la conférence, des autonomistes convaincus qui se disaient satisfaits du débat.
Sans doute avez-vous interprété à votre manière la dernière partie de la conférence : « Si Matoub était encore vivant, qu’aurait-il pensé du débat sur l’autonomie ? » J’avais juste cité ce passage de son livre « Rebelle » :
« J’évoquais tout à l’heure cette maturité que j’ai le sentiment d’avoir
acquise au cours de ces quinze jours de cauchemar. Elle doit être réelle car,
avec le recul dont je suis capable aujourd’hui, je me sens plus fort. (…) Quoi qu’il en soit, une force nouvelle m’habite. Il y a encore peu de temps, je limitais mon combat à la Kabylie. Je dois apprendre à me battre pour la société algérienne dans son ensemble. Les témoignages venus de partout, de Tlemcen, d’Annaba, d’Oran, la chaleur qu’ils dégageaient, les encouragements qu’ils contenaient m’ont fait profondément réfléchir. Ce n’est pas suffisant de se battre pour soi lorsque le destin d’une nation est en jeu. »
Comment pouvais-je réduire l’autonomie de la Kabylie à un séparatisme alors que l’essentiel de mon intervention était d’exhorter les esprits à s’installer dans la complexité, à propos de cette question ? Ni mépris, ni exubérance, ni ironie, ni chauvinisme…Seulement chercher à comprendre, comprendre avant qu’il ne soit trop tard…Trouver, dans les murs qui se dressent entre nous, des portes qui pourraient s’ouvrir…Rappelez-vous, j’avais fait le parallèle avec La peste de Camus et j’avais dit que cela m’avait inspiré une chronique que j’avais intitulée « L’année de la fièvre, de Camus et de la Coupe du monde »
Si vous le permettez, je vous en livre cet extrait qui tiendra lieu de réponse :
« Ce fut cette année-là, racontera-t-on plus tard, l’année de la corruption et de la Coupe du monde, ce fut cette année-là, une année froide et quelconque, qu’on découvrit l’ampleur de la fièvre et que la Kabylie bascula dans l’inimaginable. L’évènement, rupture malvenue avec l’ordre habituel des choses, boulot-bistrot-dodo, boulot-mosquée-télé, l’évènement avait été accueilli avec irritation et mépris, « un tintamarre » avait dit le Premier ministre de l’époque, « un tintamarre de clown rétroactif », précisa un chroniqueur d’Oran, pendant qu’un ministre fraîchement désigné, d’Oran lui aussi, se gaussait de ces zouaouas fantasques qui osaient faire de la politique, que le patriarche du Lac maudissait les aventuriers et que le docteur-écrivain S. rassurait l’opinion par une litote : « C’est une épidémie sans lendemain. »
Comme c’était aussi l’année du 50è anniversaire de la mort d’Albert Camus, quelqu’un observa que tout cela était écrit, déjà écrit, que cette façon puérile d’ignorer le chaos rappelait celle qui servit à ignorer la peste à Oran justement, et qu’une fois de plus, le fléau n’était pas à la mesure de l’homme.
C’était l’année de la corruption et de la Coupe du monde, racontera-ton, une année froide et quelconque, l’année du 50è anniversaire de la mort d’Albert Camus et comme les livres sont faits pour fixer l’histoire, on déduisit que ces jeunes kabyles emportés par la fièvre descendaient sans doute de ces enfants qui côtoyaient les rats, des enfants en loques qui disputaient à des chiens le contenu d’une poubelle et que le journaliste Camus avait surpris un petit matin de 1939, à Tizi-Ouzou. Comment s’étonner alors de la peste ? La fièvre avait eu tout le temps de croître, soixante-dix ans à rôder autour du gourbi misérable, autour du même âne croûteux et décharné qui servait à transporter les fagots, comme au temps de la distribution de grains, des sœurs blanches et du pasteur Rolland, « mangez mon enfant et rappelez-vous du Seigneur… »
Mais qui s’en rappellerait, puisque le fléau n’était pas à la mesure de l’homme ? »
Vous trouverez cette chronique dans lematindz (12 juin) ou sur mon site personnel (www.mohamedbenchicou.com). Croyez-moi, faisons tout pour que la fièvre reste à la mesure de l’homme.
Merci pour cet article Monsieur Benchico, plutôt mon Frère Benchico. On sent de l’Algérien tout court, du vrai quoi?!! Pas du oudjda, du Marocain, du mauvais MALG et tout CES FAUX NATIONALISTES QUI REJETTENT TEL PERSONNE OU TELLE REGION, CAR ILS DISENT ce qui n’arrange pas le régime. Gloire à nos Martyrs et courage pour ceux à qui le NIF est toujours une devise pour eux. L’ALGERIE AUX AUX ALGERIENS..ET POINT A LA LIGNE.
Ceci à le mérite d’éclaircir certaines zone d’ombre, merci pour votre réponse chaleureuse et sincère.
Démocratiquement
Un fidèle
La similitude entre El-Anka et Matoub à mon sens n’est pas juste.El -Anka avec tout le respect que j’ai pour lui, n’était pas un chanteur engagè, c’est vrai qu’il à dénoncè l’injustice mais timidement.D’ailleur il avait un dédain pour la jeunesse, il préféré un public soit disant connaisseur"les cheikhs".Matoub le rebel avait un public large, ses textes étaient simple avec des mots juste, il traduisè la colére que le peuple ressent, et en même temp il lui donné la parole"le peuple".Matoub ne triché pas avec son public, ses chansons:c’est toute un programme politique, sociale et surtout culturel.Sa vision étè ancêtrale et moderne à la fois.Natif d’Alger… Matoub avec ses chansons m’a appris à retrouver mes racines. El-Anka m’a appris le sens des mots et du verbe.Leur point commun c’est qu’il sont tous les deux Kabyles et qu’ils nous ont légués un héritage immense.Sabhan allah yal tif….!Tavrats I L’hekam.
Quelqu’un a dit: "Celui qui n’a rien à dire, parle toujours mal", ou quelque chose de ce goût-là. Il me semble que c’était Voltaire. Alors ne vous étonnez pas que ce ne sont que ces deux monuments qui sont écoutés. Il se trouve que leurs chansons sont des glaives acérés, qui touchent le cœur. Voilà tout. Les autres ont peut-être de belles chansons avec de la belle musique, mais ils manquent d’authenticité. Avez-vous remarqué les rugissements de Mâatoub, dans ses déclamations musicales. Là, on dépasse le domaine de la chanson pour entrer carrément dans celui de la communion des êtres, un genre de félicité que ne peuvent ressentir que ceux qui sont en parfaite harmonie avec les idées que défend le Chanteur. Pour cela, je pense que Mâatoub a une longueur d’avance sur El Anka, à mon humble avis. Mâatoub restera le "SIMOG" pour reprendre une expression du Grand M. BENCHICOU.
Hadj M’hamed El-Anka a chante: El-Hamdoulah mabkache Listi a3mar fi bladana, Matoub lui a repris la chanson de slimane Azam:fGEGH AY ADJRAD Thamourthiou, pour denoncer le colonialisme islamo-baathiste. El-Anka a crut qu’avec le depart des colons francais, les algeriens allaient enfin vivre libre et independant, Matoub lui a repris la chanson de S.Azem pour dire que l’algerie est tjrs colonisee. A suivre…
razik@je suis d’accord avec vous qu’il n y aucune similitude sinon le chaabi et le verbe.
Comment peut-on mettre sur le même pied d’égalité un chanteur qui a cessé de chanter dans sa langue pour aller enrichir le répertoire arabe et tourner le dos à sa Kabylie et kabylité? pour moi c’est un aliéné tout simplement, qui est le contraire du geant Matoub, , qui lui, affiche et criait haut et fort la reconnaissance de son identité, clamait la liberté de choisir et la démocratie.
Entend-vu tout cela chez le hadj?Rien.Chanter c’est bien les actes c’est mieux.Qu’ils reposent en paix point final. Un hadj, ne sera jamais un MATOUB..
@mok, merci d’être d’accord avec moi, mais je voulais simplement dire que l’un a révolutionner la chanson chaabi dans un style populaire"arabe dialectale"dont la pluparts des mots sont dérivès du Kabyle.Je ne pense pas que El-Anka a tourné le dos à sa Kabylie, simplement il a comme tout le monde utilisè l’expression avec laquel il communique le mieux.Vous et moi nous utilisons le français pour communiquer plus facilement.El-Anka a chantè en Kabyle, tout comme Dahmane el-harrachi, boudjema EL-Ankis, CHAOU, Kamel Messaoudi ect…Pour Matoub il est unique comme chanteur engagè c’est peut être une vocation que les autres non pas.El-Anka vous donne le mode emploi de la vie.L’essentiel que chaqu’un d’eux vous ouvre les yeux à sa maniére.Azul
Hadj M’Hamed El Anka a aussi chanté en kabyle, sa langue maternelle, mais la propagande officielle passe cela sous silence.
Il a chanté une de ses plus belles chansons en kabyle. "Izri-w Yeghlev Lehmali" qui était en fait la version kabyle de "Lehmam li rabbitou". Ces deux chansons étaient un cri du coeur pour exprimer la douleur qui le tenaillait face au départ de son fils, l’acteur Mustapha El Anka. Et personnellement, je trouve la version kabyle, autrement plus poignante.
A titre personnel (encore), je me rappelle ma mère me dire que mon père (aujourd’hui sous d’autres cieux) en écoutant cette chanson est allé se réfugier dans sa chambre et pleurer comme un gamin tellement elle exprimait sa douleur face à l’exil de son propre fils, c’est à dire moi qui vis sous les cieux plus cléments… et surtout plus démocratiques de la rive nord de la méditerranée.
El Anka, Kabyle de la région d’Azzefoun comme tous les chanteurs châabi, à l’exception de Dahmane El Harrachi, qui lui était Chaoui, (et de Guerouabi qui était un kabyle de Bordj Bou Arriridj) était un chanteur populaire mais engagé à sa manière.
D’abord pour son art (que je qualifierait d’artisanat tant le respect des codes et des normes dans ce genre musical étaient stricts). Hadj M’Hamed El Anka respectait cette discipline de genre: La chanson populaire algéroise. Mais également par une éthique morale qui le poussait à souhaiter ardemment l’indépendance du pays puisque c’était l’enjeu principal de son époque. Il a également par son refus d’être instrumentalisé par le pouvoir du traître à la solde des services secrets égyptiens, Mohamed Boukharouba dit Boumédiène, dit haut et fort qu’il était lui aussi "the master of my fate, the captain of my soul" (Je suis le maître de mon destin, le capitaine de mon âme) comme dirait O. Henley. (Voir "Invictus" selon Benchicou).
Aussi bien Matoub que El Anka étaient pour moi des rebelles. Chacun à sa manière. Matoub avec la gouaille qu’on lui connaissait et dont les mots étaient des projectiles. Et El Anka avec sa finesse tout en sous-entendus faite de litotes et de métaphores. D’ailleurs, on n’épouse pas une carrière artistique si un trop plein d’émotions, de frustrations et d’espoirs ne vous prennent littéralement à la gorge. Tous deux avaient une vision "juste et équitable" face aux bouleversements du monde et aux malheurs de l’humanité et de leur communauté.
Et j’aimerais finir par cette anecdote.
Un jour dans les années 1980, je crois, j’écoutais par hasard une émission de radio Beur consacré au châabi animé par Maurice, un juif algérien (et Dieu sait si les juifs algériens -ni arabe ni musulman comme dirait Matoub!- comme Lili Boniche ou Cheikh Raymond ou encore Reinette l’Oranaise ont contribué à faire de la chanson châabi une pièce maîtresse de la culture populaire de ce pays! ("Dour Biha Ya Chibani" est une chanson juive algérienne!).
Donc notre ami Maurice reçoit le meilleur chanteur kabyle à mon sens; Idir. Et histoire de le "piéger" lui demande de chanter une chanson de Hadj M’Hamed El Anka. Et c’est là que le maestro Idir chante "Izri-w Yeghlev Lehmali" en kabyle bien sûr. Tout en disant à Maurice que la plupart des gens ne savent pas que Hadj M’Hamed El Anka était avant tout kabyle… (tout comme Matoub). Et que face à un bouleversement personnel (la séparation d’avec son fils) il a choisit de s’exprimer dans sa langue maternelle, le kabyle, pour exprimer toute l’étendue et l’authenticité de sa douleur.
Et la boucle est bouclée: El Anka et Matoub chanteurs rebelles et… kabyles.
Azul à toute l’Algérie: kabyle, chaouie, mozabite, touarègue, juive, musulmane, chrétienne ou athée.