Comment censurer des livres sans le dire PAR CHAWKI AMARI

C’était prévu. Le nouveau dispositif de contrôle de la pensée passe aussi par la Bibliothèque nationale. Cette structure, dont la fonction est d’enregistrer un livre en lui délivrant automatiquement un numéro d’ISSBN, est devenue un organisme chargé d’éplucher le contenu des livres avant publication et de les interdire le cas échéant. Ce qui n’est légalement pas de son ressort. Dans une déclaration, Mohamed Rezzig a fait état du refus des services de la Bibliothèque nationale de lui délivrer une attestation de dépôt légal pour son livre, L’autre face de la presse algérienne, plus de deux mois après sa demande. Etant donné qu’aucun livre ne peut être imprimé sans ce fameux ISSBN, cette interdiction équivaut à de la censure directe, franche et sans état d’âme.

Comment censurer des livres sans le dire, tout en se faisant passer pour une démocratie ? Après la théorie, la pratique ; il suffisait de sous-traiter cette tâche ingrate par des fonctionnaires de Bibliothèque dociles et tordre le cou aux lois sans en donner l’air. Connaissant ces fonctionnaires, on peut même dire que des livres sont interdits pour les mêmes raisons qu’ils sont autorisés, sur un mélange de hasard, de mauvais café pris le matin ou sur injonction. Ce qui revient pour le lecteur algérien à utiliser le « mode aléatoire » comme pour la musique, c’est-à-dire laisser faire la chance pour pouvoir tomber sur un livre intéressant.

Vu d’en haut, il s’agit de considérer les Algériens comme des enfants trop sensibles, tout juste bons à voter pour un président désigné pour eux. L’Etat, ou plutôt le régime puisqu’il ne faut pas les confondre, a donc lu un livre pour vous et décidé que vous ne le lirez pas. C’est vraiment dommage, le sujet était intéressant, l’autre face de la presse algérienne étant très mal connue. On ne se rappelle plus d’ailleurs, la presse en a-t-elle parlé ?

Par Chawki Amari

10 commentaires

  1. Je tiens à remercier Mr Chawki Amari d’avoir jeté l’ancre sur ce sujet très important.
    Comment la situation de la culture algérienne est arrivée à une situation ou l’esprit critique envers une œuvre littéraire s’est réduit à une tâche administrative entre les mains des simples fonctionnaires ?
    Des fonctionnaires qui n’ont aucune connaissance profonde de la critique littéraire. Ce sont des simples fonctionnaires qui s’acquittent d’une tâche qu’on leur dicte sans discuter pour pouvoir recevoir un salaire mensuel.
    Bientôt, les algériens auront droit de lire que des livres de cuisine et des livres de l’histoire. Et quand, ils seront fatigués, ils se retourneront vers les revues de la presse people dont ils auront doit de mater les photos de voyages de Boutef et sa clique dans divers palaces.
    Sauf si l’intellectuel qui a subit ce type de censure, procède de la même manière vis-à-vis de cet ISSBN ainsi que de la bibliothèque nationale et soumis son œuvre au public via le net.
    Le livre électronique existe maintenant et a ses clients, alors à vos pensés et à vos mains sauveur de la culture algérienne
    Cordialement

  2. Ces derniers temps les médias aux ordres utilisent des termes liés aux droits de l’homme dans les pays voisins ce qui cache mal l’autoritarisme paternaliste appliqué en Algérie et le musellement de toute opposition jusqu’aux écrits qui sont censurés à la base et qui doivent jouer le seul rôle consenti, celui de soutien au maître. Toutes les gesticulations permettent au régime d’agir à son aise et de cultiver quelques divertissements destinés à faire croire que l’Algérie prépare des élections libres et indépendantes quand on sait au fond que l’urne dans ce pays ne représente plus rien depuis le référendum pour l’indépendance.

  3. A.Chawki a bien résumé, en une chronique subtile et accusatrice, la chappe de plomb qui s’est abattue sur nous! L’on ne doit lire, voir, écouter.. que ce qui se rapoporte au "Prince" et fait son éloge! Quoi rajouter, aprés ce que la Ministraillon de l’Inculture a dit ‘.. J’assume la censure..", concernant le livr de M.Benchicou, simplement qu’il était une fois une "Femme debout" qui a sérieusement changé de "position"! Et quelle position…!

  4. Merci Chawki Ammari, par votre analyse synthétique on comprend mieux pourquoi l’ancien directeur de la bibliothèque nationale a été limogé……

  5. Chawki Amari feint d’oublier que ceux qui répriment les manbifestations sont des fonctionnaires, ceux qui torturent dans les commissariats sont des fonctionnaires, ceux qui condamnent des innocents sont des fonctionnaires.Pourequoi decharger le fonctionnaire de cette autre noble mission, qui est la torture des livre et des esprits, si le fonctionnaire algérien fait absolument tout ce qui est répuganant?

  6. faut-il pour autant blâmer les fonctionnaires ? les fonctionnaires ne font que fonctionner ! ils sont programmés pour fonctionner ! Ne faut il pas plutot chercher les concepteurs de ces fameux programmes et bien plus les maitres d’ouvrages !

  7. Qui a dit que G. ORWELL faisait dans la fiction ? Notre malheureux pays étant comme chacun sait la terre des miracles, les prédictions de ce grand visionnaire se réalisent enfin chez nous. A quand les séances de gym sous le regard "bienveillant" du Grand Inquisiteur KAISER/BIG BROTHER ? Le jour du vote, qui ne sera certainement pas un jour de grâce et de jouvence, nous verrons, pour notre grand malheur, défiler les ANIMAUX DE LA FERME.
    P.S 1 : A propos, et si, juste pour le "fun", et pour se faire pardonner ses "errements" passés, Dame Khalida organisait un autodafé pour y brûler, en guise de cérémonie expiatoire -une sorte de Grand Pardon revisité-, le livre "une algérienne debout"(??!!) que commit, dans un moment d’égarement sans doute, Madame Élisabeth Schemla ? Ce livre qui, comme une tunique de Nessus, doit brûler aux entournures l’ex égérie du RCD.
    NB2 : il me revient en mémoire l’image de Amara Benyounes -décidément, le RCD mène à tout à condition d’en sortir…-tentant de la protéger des coups de la maréchaussée. C’était "once upon a time"…

  8. L’Inquisition, ses cabales obscurantistes et ses procés arbitraires ont gagnés les hautes sphéres du pouvoir, des pratiques moyen-âgeuses qui ont trouvé en la personne de Mme Khalida Toumi une fidéle réincarnation qui peut aujourdhui servir à souhait les desseins obscurantistes et refoulés des intégristes islamistes et leurs protecteurs magnifiés. Les temps ont changé, je la vois déjà aux portes de la BNA investie et canonisée juge suprême d’un Tribunal de l’Înquisition qui condamnerait au bucher et aux enfers tout ceux ou celles qui commettraient l’hérésie d’écrire ou de dire à haute voix : " Djazair Horra !Dimocratia ! " Djazair Horra ! Dimocratia !" Quel revirement ! Quelle trahison ! c’est le sommet de la perfidie .

  9. Aprés tout ce qu on a fait a mr Benchicou que reste-t-il de ce beau pays? ces assassins, ces imposteurs continuent a détruire ce pays

  10. Mon Ami Chawki,
    Arrete! Stp, ARRETE!!!
    N’as tu pas fait de la prison, pour avoir écrit ton opinion, tes idées?
    J’en ai fait, moi aussi, comme M. BENCHICOU et tant d’autres!!!!!
    Nous avons des marocains, au pouvoir, qui se moquent de nous.Nous, le peuple!
    Eux, sont là pour maguouiller, trafiquer, s’enrichir, pdt que nous souffrons de cette mal-vie.
    A+!

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