FFS : Ali Laskri qualifie le RCD de "harki du système"

Ali Laskri, pas si convaincu que ça?
Ali Laskri, pas si convaincu que ça?

Au lendemain de l'annonce de sa participation au scrutin législatif, le FFS, par la voix de son premier secrétaire, Ali Laskri, fustige le RCD de Saïd Sadi qu'il a qualifié de "harki du système"; des propos repris sur le nouveau site du parti.

Le FFS d’Aït Ahmed qui va aux élections avec un déchirement sans précédent entre sa direction et sa base militante change de fusil d’épaule et tire à boulets rouges sur le parti de Saïd Sadi qui a boycotté le scrutin législatif du 10 mai. Lors d’une conférence de presse organisée au siège du parti, ce samedi 3 mars, au lendemain de la tenue d’un conseil national extraordinaire qui a entériné l’option de la participation aux élections législatives, le secrétaire général du parti, Ali Laskri s’en est pris aux thèses du RCD selon lesquelles le quotas était distribuées d’avance par le DRS et que la prochaine assemblée sera installée sur le mode du "proxénétisme" ce qui est, pour un parti kabyle, la honte des hontes. Ali Laskri a eu ce propos mettant à défi "certaines élites politiques ou universitaires à prouver leurs assertions malveillantes et haineuses sur les prétendus quotas ou contacts avec le DRS (Département du renseignement et de la sécurité, NDR)."

Craignant sans doute une insurrection de sa base militante en Kabylie contre la décision d’engager le parti dans un scrutin rejeté dans son fief naturel, Ali Laskri dont la nomination au poste de secrétaire général du parti semble être motivé par une purge des "éradicateurs" dans les rangs du FFS à l'image de son ex-secrétaire général, le fougueux Karim Tabbou, s’est empêtré lui-même dans le rapprochement qui tombe sous le sens entre le boycott du RCD et la participation de son parti, dans un contexte quasi-insurrectionnel de son fief naturel, la Kabylie. Deux postures diamétralement opposées alors que, de l’avis des observateurs, on se serait attendu à des positions retournées : la participation du RCD qui a derrière lui une vie parlementaire et un boycott d’un FFS qui serait ainsi resté ainsi fidèle à sa politique de la double négation vis-à-vis du système en place. Et ce d’autant que, victime lui-même de l’arrêt du processus électoral des législatives de 1991 et acteur de premier plan dans le "Contrat de Rome" au côté de l’ex-Fis où il a risqué sa crédibilité historique, le FFS d’Aït Ahmed n’aurait pas oublié ni la déconfiture de son leader aux présidentielles de 1999 qui a failli lui coûter la vie, ni encore moins le coup de matraque de l’armée sur le deuxième tour des législatives de 1991 qu’il porte comme une blessure narcissique.

Ainsi, le plus vieux parti de l’opposition démocratique qui a osé une insurrection armée contre le pouvoir de Ben Bella en 1963 et dont le leader est une icône du mouvement national et de la guerre de libération, fonce, tête baissée dans des élections dont tous les signaux sont au rouge tandis que son "frère" rival, le RCD qu’il a toujours tenu à distance, opte, de façon inattendue, au boycott, après avoir lui aussi cultivé le suspens. Pour Ali Laskri, la participation du FFS "n’est ni une reddition ni un reniement ni une capitulation." Trois termes en cascade qui renseignent fort à propos de son embarras manifeste, n’hésitant pas à pointer du doigt ceux qui ont évoqué un prétendu "contact entre le FFS et le pouvoir" pour négocier des quotas ; un marchandage dénoncé par Saïd Sadi et sur lequel s’est fondé principalement le RCD pour motiver sa décision de rompre avec le scrutin du 10 mai.

En refusant tout rapprochement entre le boycott du RCD et la participation du FFS, M. Laskri ne fait, en vérité, que gonfler les rumeurs laissant entendre que le FFS aurait opté pour la participation afin de prendre le contre-pied du RCD, en Kabylie. Ces attaques du FFS vis-à-vis du RCD ne datent pas d'aujourd'hui. Rappelons les plus récentes. Lors des émeutes de janvier 2011 que le parti de Saïd Sadi a tenté de fédérer par l’implosion de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), le FFS n’a pas apporté sa caution au RCD qu’il a accusé, sans le citer, de vouloir exploiter la conjonction entre le soulèvement en Tunisie et les émeutes en Algérie: "On ne peut à la fois passer son temps à conférer avec le DRS et faire appel aux forces du changement. Les forces du changement sont dans la société. Elles sont loin des luttes et des mœurs dans le sérail. Elles sont étrangères à ce milieu", écrit le FFS en faisant allusion aux révélations de WikiLeaks sur les conversations entre Saïd Sadi et le patron du DRS. Karim Tabbou, alors premier secrétaire du FFS, a vertement critiqué la tendance CNDC-RCD sans la citer nommément : "En Algérie, la situation tient lieu de foire aux enchères et de marché de maquignons. D’un côté, nombre d’acteurs politiques veulent à tout prix exploiter ce moment particulier qu’a constitué la conjonction des émeutes en Algérie avec le soulèvement populaire en Tunisie et les manifestations dans les autres pays pour des enjeux politiques internes", fustigeant ainsi la "CNCD-RCD" et son appel du 17 septembre pour la révolution en Algérie y voyant des actions orchestrées par le pouvoir" pour, a-t-il dit, "rendre inefficace l’action de la rue et rendre stérile la vie politique dans notre pays"

Si la réaction de Karim Tabbou en cette année 2011 est de circonstance, elle est en revanche de nature chez Ali Laskri dont les propos faisant allusion de manière ironique au RCD sont repris dans le détail sur le nouveau site du parti, qualifiant le parti de Saïd Sadi de « harki » du système: "Comme nous laissons à une certaine élite politique ou universitaire le soin de prouver leurs assertions malveillantes et haineuses dur de prétendus « quotas » ou contacts avec le DRS. Nous leur conseillons même d’aller du côté de WikiLeaks, nous invitons certains « harkis » du système à la retenue sinon à rendre des comptes sur certains événements très graves alors qu’ils occupaient des postes importants dans la hiérarchie du pouvoir de l’époque. Ils portent une grande responsabilité dans les désastres que le pays a connus."
Sur ce nouveau site, à la date du samedi 3 mars, la réaction d'un citoyen traduit on ne peut mieux l’embarras politique du FFS et le côté fataliste de sa participation au scrutin législatif: "Un nouveau site, une nouvelle vision, une nouvelle orientation, je vous souhaite plein succès,dans vos démarches et une très bonne réussite aux élections prochaines, même si je ne suis pas d’accord avec la participation, je reste fidèle aux idéaux du parti, après tout la majorité a voté pour la participation! …"

Faut-il relever dans les propos du premier secrétaire du FFS l'absence de toute référence au parti autonomiste, le Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie (MAK) qui appelle au boycott actif en Kabylie, fustigé à Tizi Ouzou par Abdelaziz Belkhadem, le premier secrétaire du FLN.

R.M

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Commentaires (36) | Réagir ?

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karim bouaziz

c'est vraiment du redicule voir l'intervention de ali laskri par la polimique et des accusations non fondés vis a vis de son ex frere ennemi politique le parti du RCD moi je me poses une question qui etait le veritable traitre du pouvoir et meme des islamistes dans les annees 90 c'est pas le parti de hocine ait ahmed je penses que le peulpe algerien n'est pas dupe ce meme parti FFS a refusé de sauver l'algerie pendant le processus electoral de 1991 afin d'aller au deuxieme tour, par contre le parti de sadi d'autres democrates et la societé civile ont joué un grand role politique pour l'arret du processus electoral a cette periode afin que l'algerie ne soit pas un etat islamique qui nous plongera dans le chao.

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Daamghar .

Je crois que cette fois-ci la "démocratie" est cuite des deux côtés. Et bien cuites.

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