Abdelmadjid Menasra : "Des hauts responsables de l’Etat nous ont conseillés de nous unir"

Abdelmadjid Menasra
Abdelmadjid Menasra

Les législatives de 2017 signeront-elles la résurrection politique des forces islamistes en Algérie ? C’est ce qui semble se réaliser sous nos yeux. Rencontres, conférences, négociations et causeries. Petit à petit, les partis intégristes refont tranquillement leur nid.

Et cette fois, c’est dit ouvertement : l’accouplement entre clones est impulsé par des responsables de l’Etat, réduits, pour l’occasion, au simple rôle de marieuses. "Ce sont des hauts responsables de l’Etat algérien qui nous ont conseillé de nous unir", lançait fièrement Abdelmadjid Menasra, président du Front du changement, lors d’une conférence de presse, organisée, samedi, à Alger, conjointement avec le président du Mouvement de la société pour la paix Abderrezak Mokri.!

Sans les citer, Menasra a raconté que ces mêmes responsables "taient déjà à l’époque (en 2013), contre la scission". Pour lui, la fusion se veut un acte responsable et salvateur pour la mouvance islamiste et pour le pays. "L’union rend service à l’Etat (…) notre ambition est plus grande que les petites querelles d’egos. Je n’ai pas d’ambition personnelle, ni partisane. Notre ambition commune est l’Algérie !", rétorquait-il.

On est en droit de se poser, après de telles déclarations, des questions sur le dessous de cet armistice, décidé lors de ce ménage à trois. Tout le monde sait que les déclarations de Menasera sont pleines de fourberies, surtout lorsqu’on connaît le personnage, son histoire de d'islamistes afflié aux Frères musulamans, son opportunisme avéré (ancien ministre de Bouteflika et parlementaire), et ses croisades contre Boujerra Soltani, pour la chefferie au sein du MSP. Mais ses déclarations sont aussi une preuve que le pouvoir actuel, entend faire de la mouvance islamiste, une force parlementaire à son service.

Les partis du MSP et d’Ennahda (réunifié dernièrement lui aussi), qui n’ignorent sûrement pas le destin de pitre que leur réserve le pouvoir, ont dû négocier leur représentativité au sein du parlement algérien, et du futur gouvernement qui en découlera. Le clan présidentiel, en quête perpétuelle de compromission à même d’assurer sa pérennité, est prêt à faire plus de concessions cette fois-ci, aux islamistes des frères musulmans algériens.

Un retour à la situation d’avant 1991 ?

C’est que ce courant, exige depuis le déclenchement des "printemps arabes", fin 2010, et le tsunami islamiste qui s’en est suivi, une plus forte présence dans les rouages de l’Etat. Il réclame aussi une redistribution "équitable" des cartes, puisqu’il se sent spolié d’une légitimité qui lui reviendrait de droit, depuis l’arrêt du processus démocratique en 1992. Sentant l’heure de gloire s’approcher, Menasera s’était d’ailleurs fortement opposé, en 2012, au quatrième mandat du président Bouteflika, après s’être lui-même investi, corps et âme, dans la formation de la "coalition présidentielle" qui a œuvré en faveur du troisième mandat et de la violation de la constitution.

Quant au clan présidentiel, il n’a d’autre but, à courts et moyens termes, que la réhabilitation pure est simple du courant islamiste, contre une représentativité négociée, et une participation record aux parlementaires de 2017. Une sorte de retour à la situation des années 1990, mais sans le FIS. Il ressort ainsi la bonne vieille formule, proposée aux dirigeants du FIS en 1990, par le général Khaled Nezzar. "J’avais moi-même averti Abassi Madani de ne pas passer en force. Je lui avais proposé une soixantaine de sièges, ce qu’il avait refusé", confiait-il en 2014, lors d’un entretien télévisé accordé à Ennahar TV.

Ces révélations prouvent, si besoin est, la banalité de telles pratiques au sein du pouvoir algérien, qui continue à jouer aux apprentis sorciers, au mépris des centaines de milliers de sacrifiés de la funeste décennie noire. Abdelmadjid Menasera, pour terminer son intervention d’hier, confirme par d’autres déclarations, le pacte (du retour à la situation d’avant 1992) scellé avec le clan de Bouteflika pour les législatives de Mai prochain. La fusion est "un acte stratégique qui s’appuie sur les expériences du passé, médite le présent et prépare l’avenir, et qui est aussi de nature à réhabiliter le processus politique et électoral". Voilà ce qui est, on ne peut plus clair.

Pour les législatives de 2017, les islamistes, déjà en ordre de bataille, verront sûrement leur capital siège grossir, dopés par la conclusion d’un pacte sordide et stimulés par la réussite de leurs semblables dans d’autres contrées dites arabes.

Il ne faut toutefois pas s’attendre à un raz-de-marée islamiste à la marocaine dès les législatives de 2017. Ça correspondrait plutôt à une forte inondation d’intégrisme, provoquée par une crue centenaire d’un pouvoir opportuniste et prêt à tous les compromis possibles pour se maintenir.

Hebib Khalil

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Commentaires (2) | Réagir ?

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Rabah IBN ABDELAZIZ

C'est surtout pour se remplir les poches.

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haroun hamel

Malheureusement même les partis dits " démocratiques" acceptent ce jeu de dupes attirés par les privilèges personnels. Ils témoignent d'un mépris répugnant envers le peuple auquel ils ne témoignent plus aucune considération.