Chérif Kheddam nous a quitté : Ciao Père !

C’est un pan de mon histoire et de celle de mon pays qui tombe en ruine. Il était ce que, incultes ou inintelligents appelleraient un vieux. Da Chérif était chargé d’années et de vécu. Il a connu l’immigration à l’époque des années de sang et de larmes. Il a été ouvrier à Renault. Il a été sans doute autre chose qu’usineur, parce que ce Monsieur qui vient de nous quitter et dont l’absence va nous tarauder pendant très longtemps a formé des générations d’artistes. Il me revient en mémoire cette histoire : dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, un vieil ami, Abdelkrim Djaâd, ancien patron de presse se présente pour assister à un concert de musique classique. Il y avait là, jouant dans l’antre du savoir et face à de futurs grands musiciens, Chérif Kheddam installé seul au fond de la salle. Abdelkrim s’est posé la question: que fait donc ce grand musicien, cet énorme chanteur, tout de même d’origine paysanne et ouvrière dans cette arène ? Il n’a compris que beaucoup plus tard que ce Monsieur portait en bandoulière son désir d’être et de dire. Et nous pouvons dire, Cherif Kheddam, que je pleure aujourd’hui, en a dit !

Il a été le porte-voix des militants du mouvement national dans les années cinquante, il a porté haut la parole des apprentis musiciens algériens, au temps où il dirigeait la chaîne II de la radio algérienne. Il a été aux avants-postes du combat pour la libération des femmes, notamment des mères. Jamais personne n’a avec autant de force chanté la misère, la famine.

Il s’est même évertué à mettre en rimes les bienfaits des nouvelles et hautes technologies. Chérif Kheddam, nonagénaire, notre grand-père ou père à tous a été lumineux. Tahar Djaout, le premier journaliste algérien assassiné par les terroristes intégristes (le GIA aujourd’hui absout par Bouteflika) s’était pâmé d’admiration devant ce qui est reconnu aujourd’hui par les spécialistes de la chanson algérienne comme étant la meilleure complainte amoureuse: le titre phare de Chérif Kheddam: A lemri (Ô miroir). Dans ce texte, pour les gens qui savent, Chérif Kheddam jaloux des miroirs parle à ce bout de vitre pour lui demander de refléter l’image de la femme aimée. Il fallait avoir un grand culot et de grandes ressources pour aller chercher cette image.

Le paradigme sémantique qui traverse l’œuvre de Chérif Kheddam est d’une immensité incroyable. Comme dirait l’autre, n’importe quel brillant esprit, Chérif Kheddam nous a quitté aujourd’hui le 23 janvier 2012 au crépuscule, il va laisser à coup sûr un vide qui ne sera pas comblé de sitôt. Les gens qui ont aimé V’gayet Talha le pleureront sûrement. Ceux qui aiment tous simplement la chanson algérienne le pleureront toujours. Da Chérif, ciao l’artiste et merci pour l’interminable tour de piste que tu nous a offert depuis soixante ans.

Meziane Ourad

14 réflexions au sujet de “Chérif Kheddam nous a quitté : Ciao Père !”

  1. C'est un homme de talent qui s'en va, c'est un pan de notre culture qui s'écroule, c'est l'empreinte d'un génie du terroir qui tire sa révérence, et sur la pointe des pieds s'efface. Da Cherif, n'3ouhdhik que nous garderons de la charge émotionnelle de ton œuvre chaque trace. Que nous la transmettrons aux générations futures pour la maintenir vivace à travers ce "zman" fugace qui t'angoissait tant.
    Les hymnes humanistes et la nostalgie que tu chantais aux exilés ne faisaient qu'amplifier en eux l'amour du pays ainsi que l'espoir et le rêve d'une Algérie du retour, radieuse et accueillante pour tous ceux que la misère et la violence des hommes ont chassé et déraciné de cette "thamourth" que tes poèmes sublimait à la mesure des contes de notre enfance.
    Reposes en paix Da-Cherif ! Ta demeure est désormais dans le cœur des tiens à jamais !

  2. Oui…l'Homme s'en va…mais son oeuvre reste ! Elle est éternelle car elle est très belle…trop belle ! Elle n'a rien à envier aux plus adulées dans le monde. S'il était Occidental ou Arabe, il aurait eu une reconnaissance universelle. Son mérite est donc plus grand car, sans "tambour ni trompette!!!", il a conquis le coeur de tous les Kabyles ! Au suffrage des chanteurs, il aurait obtenu 100% des voix sans aucune tricherie ! Da Cherif, Maître incontesté, nous les Kabyles, nous t'aimons et nous t'aimerons toujours… jusqu’à la fin des temps!

  3. Merci et mille fois merci pour ces agréables moments de tes belles chansons qui ont bercés notre existence dans un panel de rythmes de la Kabylie éternelle. Nous te promettons qu'elle restera éternelle comme tu l'as voulu. Repose en paix a Da Chrif.

  4. Je l'ai rencontré et interviewé plusieurs fois. Un grand artiste mais d'abord un Homme au grand coeur. Arguez! Il nous reste ses chansons. Sincères condoléances.

  5. thirga oufenane,dhachou yetzfekir, esouth ahninen si tzeksen lhir ouryegane oudhane yetznouss yetzouetir.c'est trés beau.je ne croyais pas pleurer autant.
    Adieu Maestro!

  6. Toutes mes condoléances à toute la Kabylie.
    Un monument nous quitte, repose en paix à Da Cherif.

  7. Repose en paix dda Chérif, merci pour ton œuvre, qui reste pour nous, le plus précieux des héritages. Nos condoléances les plus attristées à ta famille.

  8. Ce genre de personnage refera l’histoire culturelle algérienne et je serai probablement plus fier.
    Pour l’instant on me fait le signe de l’égorger chaque fois que je fais allusion à mes origines.
    Repose en paix et veille sur nous, j’en ai trop besoin.
    Merci d’avoir existé

  9. Il y a que ceux qu'on aime qui partent, ceux qui nous détestent et qu'on déteste reste comme si la mort nous tue deux fois ou bien a peur d'eux

  10. Sincères condoléances à sa famille et à sa Kabylie orpheline d'un autre géant de la renaissance de la chanson kabyle et amazighe en général. Un Oud en or vous accompagne à votre demeure éternelle. Un paradis, je te pleure grand-père le grand sage !!!!

  11. Les plus beaux messages d'adieux sont les messages qui s'écrivent avec l'encre des yeux : les larmes. Repose en paix a Da Chrif.

  12. Au revoir maestro! Oui ce n'est qu'un au revoir, parce que tu seras toujours présent parmi nous qui t'aimons et respectons, parce que tus seras éternel.
    Au revoir maestro ! Tu tires ta révérence un peu trop tôt à 85 printemps, l’âge des sagesses, l’âge où tu nous aurais comblé avec des créations sublimement émouvantes parce que puisées dans les expériences de toute une vie. Trop jeune ou trop vieux pour mourir, nous n’avons jamais l’âge ni les expériences qui auraient réfréné les émotions incoercibles qui adouciraient ce grand saut. L’homme, dans ses pénibles faiblesses, a trouvé les philosophies qui promettent une vie meilleure dans l’au-delà. Croyons-y : Soit heureux là où tu vas maître !

  13. Djardjar, yellis n'tmourthiou, Nadia, Vgayet,Lamri….Non, il est toujours là, il sera toujours là…pour l'éternité….Des hommes de cette trempe ne meurent pas…Meilleures pensées Maître !!

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