La femme, problème ou solution en Algérie ? (I)

Kahena.
Kahena.

Il faut bien se résigner à interroger le passé : la prêtresse nous a-t-elle maudits ? Kahina, seule femme à freiner la mutation. Trahie par les siens, elle a fini par être décapitée au lieu-dit Bir El Kahina. Sa tête fut envoyée au calife Abd al-Malik en Syrie, autre pays conquis grâce à la trahison (1).

L’héritage était-il empoisonné ?

Son fils obtient le contrôle des Aurès, récompense ou «concorde nationale» ? Il n’y a pas eu de procès de sorcière à l’image d’un Occident, pas d’écriture pour trier l’histoire de la légende. Pas assez convaincus, les ex fidèles de la prêtresse mirent pas moins de 2 siècles à se soumettre et encore. "Déesse sudiste rutilante", haïe et adulée, elle en est sortie plus immortelle que son vainqueur. Qu’importe si elle n’est pas dans le livre officiel comme des milliers de figures féminines y compris Oum Selma, l’épouse du Prophète qui osa interpeller Dieu au sujet de son statut. «On a recensé plus de 9000 femmes qui ont disparu de la mémoire collective des musulmans. Personne ne parle d’elles alors qu’elles étaient des mouhadithate (transmeteuses de hadith ) des oulémas, des mafatis et même des imams…N’oublions pas que la première femme imam a été désigné par le Prophète( QSSL)…et que Sidna Omar a confié la sécurité de Médine à une femme…»(2). Plus chanceuse que Saint Augustin, notre reine a eu au moins une statue et demeure dans bien des cœurs. Après elle, c’était fini des déesses, des reines, des prêtresses, il ne restait que des voyantes des guérisseuses des possédées pour consoler le genre jusqu’au retour des Beni Hilal des années 90, qui les fit disparaitre… Le boulot achevé, l’Indépendance acquise, les descendantes de la Guerrière n’étaient plus que des mères porteuses.

En 1954, profitant de la leçon "nos ancêtres les Gaulois", elles brisèrent les murs de la double oppression patriarcale et colonialisme. De 1962 à 2015, la femme algérienne reprend à son compte la phrase du poète : "Aux yeux des souvenirs, que le monde est petit !" Ou celle d’une Virgina Woolf : "Une femme extraordinaire dépend d’un homme ordinaire." De l’exemple de l’héroïne à suivre, elle est devenue un cas social, une condition par la grâce d’un Code certifiant sa minorisation à défaut de la démontrer. Lavoisier disait : "Nul n’ordonne à la nature s’il n’obéit pas à ses lois." Et la loi de la nature fait que le garçon vient au monde avec seulement 50 % de l’ADN paternelle. Ces codeurs l’ont allégrement amputé de l’autre moitié. Ils ont déchu la femme et en réaction, le fils sacralise la mère à défaut d’une déesse.

Malgré la chute du sexe faible, l’Algérie n’a réalisé aucun de ses rêves et a fini par enfanter le pire des cauchemars : la génération terroriste. A peine 4 ans après l’application du Code, la révolte d’octobre 88. Quelques années plus tard, le FIS menaçait de prendre la direction du pays et refaire le harem et ses eunuques. Quand la parole s’était libérée momentanément, on répliquait aux voix féminines que l’urgence c’est la démocratie, l’économie, la sécurité après on s’occupera des problèmes du second sexe. Seule, la Kabylie avec le RCD a osé parler d’abrogation du code de l’infamie. Après tout, la femme, c’est la fille la mère l’épouse et dans le bonheur du père du fils de l’époux, elle trouvera bien son compte. Une logique défendable, mais comme on dit : quand ce n’est pas l’heure c’est plus l’heure. Le professeur de psychologie sociale Medhar (3) explique dans l’Echec des Systèmes algériens, que l’individu, sa vie durant, ne bénéficie que d’une unique protection, l’affection maternelle. Vaste programme quand la mère elle-même a besoin de protection. Résultat, hommes et femmes se sont réveillés en pleine terreur entre un ciel miséricordieux et une terre imbibée de sang et d’or noir. Les jeunes d’octobre 88 en colère contre le Pouvoir sont stoppés non par la voix des sages, mais par le feu de l’armée nationale et populaire. D’autres prirent la relève, plus expérimentés, armés jusqu’aux crocs et vampirisés par l’attente. Du bourreau à la victime, tout individu se retrouve forcément tué ou tueur, "agent contrôlé ou contrôleur".

2. Comment on aurait pu éviter cela ?

Déjà au XIIe siècle, le philosophe Ibn Roshd avait attribué la stagnation des pays musulmans à la subordination, notait l’anthropologue et historien Mahfoud Bennoune. Après avoir obtenu un doctorat d’Etat aux USA et enseigné dans plusieurs universités américaines, il revint au pays en 1977. Dans la préface de son livre Les Algériennes, Victimes de la Société néopatriarcale, il écrit : "A la mémoire de ma sœur Zohra, victime des traditions berbéro-arabo-islamiques et à ma fille Karima, militante des droits de l’homme.» Combien d’Algériennes ont eu la possibilité de le lire, combien de fois l’Unique ou ses clones ont invité cet ancien moudjahid pas comme les autres à l’occasion d’un 8 mars ? Seul Boudiaf avait accueilli ce rare spécimen dans le Conseil Consultatif National avant d’être assassiné. L’anthropologue et historien souligne que dès le début, le régime de Boumediene a voulu "sur-islamiser" pour le code de la famille les intégristes religieux et «sur-socialiser» les socialistes dans l’économie et le social. «Face à la diversité des aspirations et des revendications, «le pouvoir ne pouvait …conserver son monopole religieux et politique qu’en produisant un discours ambivalent, suffisamment ambigu pour créer une sorte d’équilibre entre les groupes sociaux en lutte pour des projets de société différents, dont il ne serait que l’arbitre.»(4) Le 20 septembre 1970, 8 ans à peine après l’Indépendance, à la veille de la promulgation de la Charte de la Révolution agraire, de la Charte de la gestion socialiste de l’entreprise (G.S.E.) et l’instauration de la médecine gratuite, le ministre des Affaires religieuses et de l’Enseignement originel "tira la sonnette d’alarme» pour "alerter l’opinion publique algérienne contre les mœurs licencieuses et impies introduites par l’Occident auquel il faut à tout prix opposer l’Islam.» De septembre à décembre, Mouloud Kassem mobilisa tous les medias lourds pour lancer son inquisition. "… contre les tentations de ces…soirées organisées sur les hauteurs d’Alger, dans ces hôtels, comme le "Saint Georges", "où le sens morale s’émousse dans les vagues de l’alcool, des lumières tamisées et du Tabac blond" ainsi fut clôturée la campagne par l’inoxydable journal El Moudjahid. Il ne restait aux prêcheurs intégristes, qui rêvaient d’un califat, que de se saisir avec frénésie de la débauche sexuelle et morale en toute sécurité puisque le sexe faible en était la cible.

En 1971, le 5e Séminaire de la pensée islamique organisé par le même ministère, s’ouvrit à Oran avec le thème : "L’Islam et le problème de la famille et de l’éducation des générations montantes dans le monde d’aujourd’hui." Les participants se mirent d’accord pour "dispenser obligatoirement pour la femme l’enseignement …dans le domaine de l’éducation de la jeunesse…assurer sa participation à la vie culturelle de la mosquée…Réaffirmer la nécessité d’unifier les lois concernant la famille dans tous les pays islamiques en vue de codifier nos législations en la matière conformément aux principes de l’Islam." Huit ans avant la Révolution verte de Khomeiny, décidément l’Algérie, toujours en avance. On sait comment ont fini toutes les révolutions de Boumediene et comment la génération des années 90 a bénéficié de la bonne éducation originelle du Ministre des Affaires religieuses. Certes Boumediene n’a pas déséquilibré une société en bonne santé, elle était déjà malade. La preuve, il a dû envahir Alger avec ses chars pour devenir son Guide. Mais, de tous les présidents, c’était le seul qui avait assez de pouvoir entre les mains. Doué pour manipuler la populace afin de l’amener en douce à accepter un changement bénéfique même impopulaire comme l’avait fait Bourguiba devançant même la France concernant les droits de la femme. Il a maintenu un état de guerre permanent, s’auréolant d’une mystérieuse gloire jusqu’à s’identifier au messie aux yeux du profane. Il est mort avec ses secrets. Son successeur Chadli, a veillé avant de disparaitre à laisser des Mémoires qui veulent tout dire et rien dire. Du Big Brother au Meilleur des Mondes sans aucune transition, l’Algérie ne pouvait rien éviter du doublon sismique. Pour sa "stabilité", elle hérita au moins d’un"ennemi intérieur" : la femme.

1.- Compte tenu de la position stratégique du pays, de son rôle dans l'endiguement islamiste et la "stabilité" dans le Sahel, devant le risque d'une déferlante algérienne vers…

Pour le moment, les grandes puissances notamment la France, les USA, la Chine, la Russie, le Canada…n’arrêtent pas de féliciter la gouvernance algérienne. Eux qui ont l’information et pas l’intox, sont plutôt contents, en total déphasage avec l’inquiétude que véhicule la question posée. D’où la difficulté d’y répondre. On peut toujours s’étonner de leur silence face à une Constitution remodelée pour un 3e mandat alors que dès son accession au pouvoir, le président Obama avait fustigé cette spécialité des dictateurs africains. On reconnait qu’il y a eu des progrès dans ce sens-là sauf en Algérie où, plus troublant, un 4e pour un Raïs par procuration. Des classements internationaux mettent systématiquement à la traîne le pays admiré à croire à un complot planétaire des cabinets de notation et trafiquants de statistiques. On reste sans voix quand on entend la France avec la voix de son président affirmer : "…grande maitrise intellectuelle…rare de rencontrer un chef d’Etat qui a cette alacrité, cette capacité de jugement…" Qui mieux que l’Élysée est informée de l’état de santé du dirigeant algérien. C’est rare d’entendre un président parler de son homologue en évoquant sa capacité intellectuelle, capacité de jugement on dirait le diagnostic d’un spécialiste rassurant les héritiers d’un patient. Pourquoi un pays si bien gouverné provoque une telle réaction ?

Certes la position est stratégique géographiquement, un rôle dans l’endiguement islamiste avec des points de suspension… Quand on sait qu’il a fallu l’intervention de l’armée française pour éviter au Mali la "syrianisation" à cause de ses frontières avec l’Algérie. Pour la déferlante algérienne, elle n’est pas nouvelle contrairement à la syrienne. Il faudrait se demander pourquoi malgré l’embellie mondialement reconnue, les Algériens n’ont jamais cessé de fuir. Malgré l’ «endiguement» islamiste et la Réconciliation, ils partent avec des billets sans retour jusqu’au Canada, dur pays pour un Méditerranéen. (A suivre)

Mimi Massiva

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Commentaires (6) | Réagir ?

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deradji nair

"El Kahina" Une autre légende à la libératrice de la France " jeanne d'Arc"

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Dhrifa N'targa

Faudrait savoir si c’est une question de culture ou de biologie, ya Madème. Vous pouvez nous citer les milliers de ces Dames qui ont fait l’histoire des sciences et de l’humanité, de Lucie, l’ancêtre de l’humanité à Chabba Zehwaniya.

Ah, les femmes ! Si j’avais le temps je vous listerai ya Madème toutes les femmes à qui nous devons nos malheurs, à commencer par Hawa notre chère maman à tous, celle à qui on doit la vie et tous nos malheurs d’ici bas.

- La reine Mary qui fit régner la terreur lorsqu’elle voulu reconvertir l’Angleterre au catholicisme et qui donna son non au célèbre cocktail « Bloody Mary » : 4 cl de vodka, 12 cl de jus de tomate 3 trait (s) de Tabasco 1 c. à café de sauce worcestershire 1 c. à café de jus de citron, sel au céleri, sel, poivre.

- Isabelle Ière d’Espagne, dite la catholique, et qui a nommé Tomás de Torquemada l’un des plus grands inquisiteurs de l’histoire qui inspira l’expulsion des Juifs et la conversion au catholicisme de tous les habitants d’Espagne.

- Beverly, Allitt infirmière en pédiatrie, a tué 4 enfants et en a blessé 5 autres dans le cadre de sa profession. Georgia Tann, kidnappa 5000 bébés.

- Mary Ann Cotton zigouilla maris et enfants (20).

- Madame Dutroux-Martin, Madame, Courjault la congeleuse de ses propres enfants. Lucrèce Borgia, Madame Thatcher, ainsi que toutes les muses qui ont inspiré les grands génocidaires de tous les temps, et enfin Madme Citroyène : Drifa Ujajih, thadjadarmith, face à qui Cruella c’est du coton.

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