Défaut de solidarité !

Lorsque ce sont ceux, de l’autre côté de la barrière, du côté des nantis, qui croient et sont convaincus, que le pays et ses richesses leur appartiennent, et qu’ils peuvent en disposer à leurs guises, s’acharnent par tous les moyens et par les forces des forces répressives, à vous dispenser de vos droits, cela peut se comprendre. C’est de bonne guerre, diraient les forts d’entre nous, qui ne cessent pas de résister.

Mais lorsque cela venait, en cette vie pénible, de la part de nos frères de misère, qui se trompaient souvent de cible, cela me devenait insupportable. Je ne sais pas combien d’années ou de décennies, je suis resté sans jamais comprendre pourquoi tant d’incompréhensions et même de méchancetés de la part de mes semblables. Alors, que je souffrais comme eux dans les dénis de mes droits. Cela m’avait tant préoccupé et accablé.

Les gens avaient-ils été déçus, blasés par les promesses jamais tenues, durant quasiment une cinquantaine d’années, après l’indépendance de 1962 ? Combien de fois, j’avais entendu cette même phrase dans les bouches de mes compatriotes bien avertis : « Ce sont tous les mêmes… ». Ce qui est assez compréhensif, puisque tant de décennies, après le départ des colons, nous n’avons toujours pas, pour la plupart gouté aux libertés. Pendant que toujours la même minorité, jouit encore des richesses du pays. Il n’y a pas longtemps, les salaires des enseignants, des médecins, des fonctionnaires restaient au plus bas. Sans droits aux rassemblements et aux protestations…

J’ai mis assez de temps, pour comprendre que nous subissons tous les mêmes coups de bâtons et combien depuis belle lurette, la majorité s’est radicalisée dans ses opinions. A cause de mon absence du pays, j’avais moins conscience des intransigeances des pouvoirs. Pour enfin comprendre que l’indifférence des uns et des autres éduque et pousse à nous soucier de nous-mêmes. Et ma paix est venue, en oubliant aussi les autres et leurs problèmes. Paradoxalement la solidarité est dans les retenues, lorsque notre tête se pose solidement sur notre corps, déterminée, sans exiger quoi que ce soit de tous les autres, ou les culpabiliser ou les condamner, les envahir ou les blesser. On apprend, qu’il faut que chacun travaille à se libérer, pour faire profiter de sa personne épanouie tous les autres. C’est en cessant de juger les autres, de les regarder, de les critiquer, qu’on finit par ne pas être leur cible favorite. On apprend qu’ils sont divers dans leurs opinions, et pas si abrutis qu’on le pense souvent.

Le gauchiste en moi, toujours en colère avait quelque peu cessé d’exister. Et même si j’ai réalisé ne pas être fait pour l’arène moderne de « partis » politiques en Algérie, mon réveil permanent me permet de me retrouver chaque fois face à moi et mes incertitudes et mes problèmes. Sans plus m’inquiéter maladivement et, délivré de quelques peurs, sans prier toujours pour le salut des Algériens et du pays.

Il me reste qu’à prier encore pour que Dieu nous donne les moyens de nous aimer de nous aider, sans condamner d’autres peuples différents de nous dans leurs cultures. Nous aimer et accepter pour qu’on se tende tous les mains pour s’entraider. Dans ce monde fou.

Amokrane Nourdine

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3 commentaires

  1. L'une des mesures phares prises par les autorités coloniales après la longue période nécessaire à la soumission des peuples qui allaient devenir l'Algérie est la dissolution des équilibres locaux, politiques, familiaux, des valeurs multi – millénaires. A coté de la force brutale, les lois coloniales, l'école coloniales, la politique d'encouragement des vassaux extraits (la plupart extraits parmi la lie de ce qu'on trouve chez les peuples d'Afrique du Nord centrale) ont été utilisées pour briser les liens hérités des millénaires de l'histoire.
    Après la guerre de 54 – 62, les usurpateurs ont procédé, à l'été 1962, à la liquidation des valeureux rescapés. Quelques rares élites rescapées, qui pouvaient montrer le chemin, ont pu s'échapper et gagner l'exile. C'est de cette manière que le FLN factice a entériné, comble de l'ironie, au nom de la révolution, le système politique centraliste colonial, la brutalité comme méthode de gestion, la mainmise d'une minorité (comme à l'époque du colon) sur les richesses du pays.
    C'est également au nom du peuple et de la révolution que les valeurs des peuples d'Algérie ont été combattu, jour après jour depuis 1962.
    L'école algérienne, qui sonne comme s'il s'agissait de l'école des algériens, s'est employé au travail de sape de notre histoire récente et lointaine. Pas question d'y faire entrer l'algérien, pas même ses langues encore moins ses croyances et ses valeurs spirituelles.
    C'est en perpétuant les interdits et le mépris coloniaux envers le système politique local, d'essence démocratique, dans les pays qui vivaient de facto hors de l'emprise turques,indépendants que les subdivisions administratives d'essence coloniale ont été reconduite. Et c'est, entre autre, de cette manière que les solidarités traditionnelles ont cédé la place à un individualisme primaire.

  2. Vous prônez l'indifférence , la solitude , le repli sur soi à la limite de la schisophrénie , cela pourrait -être interprêté comme de la sagesse mais aussi comme de la folie . Vous nous suggérez pas plus ni moins que de jeter l'éponge , de cesser de lutter et tous nos efforts d'entente et de solidarité envers les autres sont vains et inutiles. Vous implorez Dieu pour nous apporter la solution et nous faire aimer les uns les autres. Vous entrez encore une fois dans l'illusion et l'utopie islamiste. Je pense au contraire que " l'autre" a besoin de nous , il a besoin que l'on se rapproche de lui que l'on lui parle , il a besoin de notre estime , de notre écoute et de notre cadrage s'il y a lieu et de notre mise en valeur. L'individu a souvent souffert des manipulations de gens du pouvoir , des mensonges , des propagandes de toutes sortes qu'il a fini par se recroqueviller sur lui-même , il ne croit à plus à rien , il se méfie de tout le monde , ses repéres et ses valeurs traditionnelles ont foutu le camp , il est redevenu un "damné de la terre " , un colonisé au visage crispé en permanence , un colonisé muet qui décharge son trop-plein de haine sur son semblable , son voisin de quartier quand il ne peut pas atteindre ses gouvernants, ses nouveaux colons souffre-douleurs qui l'ont avili et réduit à cette condition.

  3. En une telle situation, le bon sens dit qu'il faut tousss soutenir celui qui le plus de chances de s'en sortir et de vivre d'espoir… qu'une fois au large, il trouvera de l'aide et reviendra secourir le reste…
    La Kabylie est bel et bien le prisonnier a potentiel de sortir de ce gouffre.

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