Que reste-t-il de l’âme du 5 Juillet ?

C’était avec une pointe de curiosité que les Algériens attendaient la célébration officielle du cinquantenaire de leur libération.

Il faut dire que depuis quelques années, la tradition festive s’était effilochée et que le cœur n’y était plus vraiment. Mais là, d’aucuns pensaient que l’occasion était trop belle pour le régime pour entonner encore une fois la musique de la « famille révolutionnaire » dans un décor grandiose.

Mais voilà, à part les tonnes de pétards et l’importation des artistes à coup de milliards, rien, mais alors rien de notable ne fut proposé aux Algériennes et Algériens pour vivifier en eux ne serait-ce qu’une mémoire saine des heures de gloire de la libération. Tout s’est passé comme si que ce régime voulait juste faire semblant de fêter une date mais en en évitant absolument que les jeunes générations apprennent un peu de leur histoire. Car le moment n’est pas propice à l’encensement des « révolutions« . Cela devient trop risqué.

Alors, en dehors d’un faux-semblant, nul acte concret pour commémorer l’indépendance du pays. Pour le pouvoir, il faut laisser tout cela refroidir« . Les sentiments nationalistes et révolutionnaires doivent mourir de leur belle mort. Ceux qui dirigent ce pays veulent la tranquillité pour eux. Alors ils enseignent au pays l’indifférence, premier stade de l’oubli. Que chacun vaque à son vide, pense à sa survie et laisse tomber tout le reste, c’est-à-dire, tout sentiment qui transcende l’individu et le fait adhérer à sa communauté. Ainsi, le pays pourra être distribué morceau par morceau, aux prédateurs et aux prévaricateurs sans que personne ne pose de questions.

Le comportement du pouvoir est tout simplement irresponsable. Son égoïsme est tel qu’il organise lui-même la défaite morale du pays.

En réalité, il n’y a plus de morale publique, ni de morale tout court. A force de mensonges, de fausses promesses, de scandales, de trafic des voix, de répressions de la vertu et d’encouragement du vice, l’Algérie est arrivée cahin caha à cette date fatidique du 50ème anniversaire dans un piteux état.

Ah ? Cinquante années d’indépendance !? Un demi-siècle déjà !?

Mais qu’avons-nous fait de ces cinquante ans ? Et que reste-t-il de Novembre ?

Comme chacun le sait, la nation algérienne s’est construite sur les fonds baptismaux de la révolution. Désormais, mythe fondateur, le 1er Novembre constitue pour l’essentiel le capital symbolique national. Ce capital symbolique est le véritable patrimoine historique, la couronne royale qui doit être transmise de génération en génération pour protéger la mémoire de la souveraineté nationale, de l’identité du peuple, de son indépendance, de son territoire.

Nul doute que le précieux capital aurait dû faire l’objet des attentions ultimes de ceux qui se proclament de cette même génération de Novembre. Cela devait être leur raison existentielle.

Depuis 1962, les pouvoirs successifs et néanmoins semblables ont toujours justifié leur choix, leurs politiques, leurs légitimité en s’ornant des oripeaux de la révolution. Mais voilà, 50 ans après, ceux qui dirigent le pays ont tout dépensé. Ils ont consumé le capital symbolique de la nation. Ils s’en sont servis comme d’une somme d’argent qui leur a été léguée, ou pire, qu’ils avaient gagné au loto. Ils ont dépensé ce trésor national, ce patrimoine indivisible appartenant à tous les Algériens d’hier, d’aujourd’hui et de demain, comme ils l’ont voulu.

Depuis longtemps déjà, les Algériens étaient fatigués d’entendre leurs dirigeants leur parler hypocritement de la révolution, des chouhadas, des moudjahidines et des ayants-droit. Mais apparemment ils étaient encore loin du compte. Depuis plusieurs années, le comportement de l’Etat en général vis-à-vis des citoyens transmet le message suivant : le 1er Novembre n’est qu’un alibi pour que nous restions au pouvoir ! Et si pour cela il faut consommer tout le capital symbolique de la nation, nous le ferons.

Ces gens ont pris sciemment le risque que demain, les jeunes générations confondent entre valeurs du 1er Novembre et non valeurs du FLN actuel, entre l’imposture d’aujourd’hui et le combat d’hier, entre les fausses convictions actuelles et le patriotisme d’hier. Voilà où se niche le plus grand danger ! Lorsqu’on fait l’amalgame du scandaleux 10 mai avec le sacré 1er Novembre ne sommes-nous pas sur cette pente ?

En fait, l’Algérie ne cesse de surprendre, d’étonner, d’inquiéter et de se morfondre… Pour les observateurs, les plus avertis, elle entre trop difficilement dans les grilles de lecture habituellement si commode pour identifier, cerner et classer un pays. Le pouvoir a tellement brouillé les éléments de base qui fondent une lecture politique classique qu’elle est devenue incompréhensible. Toutes les sciences prédictives réunies semblent incapables de déceler la moindre logique de conduite

Comme une entité erratique, le pays donne cette impression de déconnexion totale du monde environnant, d’être détaché des règles et des normes universelles, flottant dans un espace sans références. Plus personne ne semble conduire ce vaisseau spatial perdu dans l’immensité du vide et de l’apesanteur.

Personne ne sait si l’Algérie est un pays dictatorial, démocratique, populiste ou tout à la fois ou alors rien à la fois ! Personne n’arrive à se faire une idée précise si notre gouvernance est le résultat d’une volonté ou au contraire de son absence ; à savoir si nos dirigeants sont de ce monde-ci ou alors s’ils appartiennent à un univers d’ailleurs…

Un Président absent mais dont l’ombre est devenue trop pesante, un parti historique abîmé, déchiqueté et perverti, une assemblée mal-élue et inutile, un gouvernement sans gouvernail, une opposition historique qui, à force d’appeler au nihilisme est devenue subitement victime d’elle-même… toutes les règles s’anéantissent, tout semble partir en fumée… la débandade se généralise.

L’Etat est devenu un puissant et inusable générateur de désordre…

Soufiane Djilali

Président de Jil Jadid

[email protected]

5 commentaires

  1. @ Soufiane Djilali
    Ce visage blaffard affiche un mépris affligeant envers le peuple qui ne l'a pas élu.Il vit dans une bulle loin de la bulle réelle dans laquelle vit le peuple. Il ignore tout du peuple et le temps est resté figé pour lui et se voit encore du temps de Boumediene (pour lequel je n'ai aucune sympathie bien au contraire )où le patriotisme battait son plein…Helas les temps ont changé et pas les "dirigeants".

  2. Mais et donc le reste dans tout cela, monsieur Djilali ? Le reste, c’est-à-dire l’essentiel sans quoi l’entité que vous incriminez n’existe pas, le peuple, mon ami, le peuple. Lorsque vous prêtez, et c’est mauvais pour un parti qui démarre et qui veut avoir de la sympathie, toute cette intelligence aux quidams qui ont été au pouvoir depuis l’indépendance, vous donnez l’impression que les populations sont des abruties, incapables de réactions d’intelligence et de courage. Vous laissez entendre une espèce de fatalité qui ne doit pas être d ressort d’une formation politique qui doit ouvrir vers l’espoir. Ce n'est pas dans les schémas du défaitisme qu'on espère rassembler. L'Europe ne réussira pas parce qu'elle se regroupe contre, un regroupement humain a toutes les chances de gagner ses paris s'il se rencontre pour. C'est cela la pensée positive. La majorité des pays du Tiers-monde ne vont pas de l'avant parce que ça chiale, au lieu de commencer par rire de soi, et ce que le peuple algérien doit commencer par faire, rire d'abord de soi. On verra ensuite, hein ?

  3. Depuis 1962, les pouvoirs successifs …je pense qu'il n'y a eu qu'un pouvoir impulsif, sélectif, répressif , qui s'est emparé des rênes de conduction , en concoctant des formes de gouvernants, qui n'avaient de qualité que la soumission aux règles de la compromission . C'est un système qui se régénère en permanence , en adoptant à chaque fois une variante qui s'avère payante . En réalité , il n'a jamais été question de garantir une opération de changement de cap ou de cape . C'était des coups de poker , avec la matraque sur le flanc pour prévenir toute rébellion . Aujourd'hui, la leçon est bien apprise, mais à force de frictions , il se pourrait que la coque soit propice au coup de force fatal , et le peuple a aussi rendu sa conclusion , surtout après le 10 Mai , sur le pourquoi du gout fade d'une aussi sacrée opportunité qu'est le 5 Juillet . Il semble qu'il semble qu'il est en train de rechercher le vrai gout de la libération . De la Liberté .

  4. Pour ceux et celles qui ne le savent pas, le parti de Sofiane Djilali : Djil -El Djadid n'a décroché aucun siège à l'APN aux derniéres élections législatives. Des élèctions qu'il a pourtant cautionnées et accompagnées jusqu'à la désillusion d'aujourdhui . C'est -à -dire qu'il voulait apporter un changement tout en jouant le jeu du système , de celui qui consolide le statu-quo et l'immobilisme . Il a joué le rôle de rabatteur d'électeurs incrédules et de parti hameçonneur pour attirer le plus de monde à cette élection comme le voulait le système . Il n'a pas eu de positions tranchées comme celles d'aujurdhui en criant à l'arnaque de ces élections législatives comparées à la date historique du 1ier Novembre 1954. Il fallait laisser le FLN d'aujourd'hui faire son 1ier Novembre tout seul dans ces élections , un 1er Novembre de la fraude tout azimut et des promesses d'arracheurs de dents à gogo qui n'hésitent pas à puiser dans le fond révolutionnaire de nos chouhada et la dèmagogie qui rapporte.

  5. Je suis assez triste de voir des commentaires aussi violents qu'injustes. J'ai eu à lire souvent les articles de M. Djilali et je reconnais qu'il a toujours était constant dans ses positions. C'est l'un des rares hommes politiques Algérien qui écrit (et bien!). Peut être que Ali Foughali ne l'aime pas mais je ne crois pas qu'il faille réagie avec cette arrogance et ce mépris vis à vis de tous les hommes politiques sans aucune nuance. Il aurait été préférable de commenter en bien ou en mal les idées du texte sans avoir à s'attaquer gratuitement à des gens que l'on ne connait pas!

Les commentaires sont fermés.