Le véhicule, capable de neutraliser les fréquences radios dans un rayon de 100 mètres, aurait été vendu en 2007 avec l’appui de Nicolas Sarkozy.
Une société française a fourni en 2008 au régime libyen, avec l’accord de l’Elysée, un 4X4 furtif ultra-sécurisé pour assurer la protection des déplacements de Mouammar Kadhafi, aujourd’hui en fuite, a affirmé, dimanche 18 septembre, le site Mediapart.
Ce tout-terrain a été équipé par la société française Amesys (ex-i2e), filiale de Bull, et fourni à Tripoli par l’intermédiaire franco-libanais Ziad Takkieddine, mis en examen mercredi dans le volet financier de l’affaire Karachi, selon Mediapart.
L’appui de Nicolas Sarkozy
« La vente de ce matériel a bénéficié, dès 2007, de l’appui du ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, et de son directeur de cabinet d’alors, Claude Guéant. L’engin a finalement été livré à partir de 2008, avec le feu vert, cette fois, de l’Elysée », écrit le site internet Mediapart. Sollicité par l’AFP, l’Elysée a indiqué qu’il ne souhaitait pas faire de commentaire.
Le site détaille, documents à l’appui, les spécifications techniques de ce véhicule « livré aux Libyens, pour la somme de 4 millions d’euros ». « Il s’agit d’un 4×4 ML blindé de chez Mercedes équipé d’une cage de Faraday – qui protège les occupants des champs électriques extérieurs – et d’un dispositif électronique de brouillage capable de neutraliser toutes les fréquences radios dans un rayon de cent mètres autour du véhicule », indique Mediapart.
La vente de cette voiture a été, selon le site, un des volets d’un contrat de sécurisation du régime libyen baptisé « Homeland Security Program », comprenant aussi des équipements de cryptage des communications du régime et d’espionnage d’internet, signé en 2007 pour 26,5 millions d’euros et conclu par Bull-Amesys « grâce aux bons soins de Monsieur Takieddine ».
Plainte de l’ONG Sherpa contre Amesys
L’ONG Sherpa a déposé la semaine passée une plainte visant Amesys, qu’elle soupçonne d’avoir vendu à la Libye en 2007 un système de surveillance à distance destiné à « traquer les forces rebelles », avait indiqué jeudi dernier une source judiciaire.
D’après cette plainte, consultée par l’AFP, la société Amesys, qui dément les faits, a bien vendu en 2007 à la Libye un système de surveillance d’interception électronique permettant à un gouvernement de contrôler toutes les communications (internet, téléphone), constituant potentiellement une atteinte au respect de la vie privée.
Selon Sherpa, « de telles ventes ne pouvaient avoir lieu sans l’autorisation expresse du gouvernement français ». Or « aucune autorisation du gouvernement n’aurait été délivrée à la société Amesys afin de lui permettre de vendre ce matériel de surveillance », selon la plainte.



