Un haut dirigeant d'Al-Qaïda arrêté au Pakistan

Un dirigeant haut placé d’Al-Qaïda, soupçonné d’avoir planifié des attentats aux États-Unis, en Europe et en Australie, a été arrêté au Pakistan, ont annoncé lundi des porte-parole de l’armée.

Younis al-Mauritani a été arrêté en périphérie de la ville de Quetta, au sud-ouest du pays. Il se trouvait en compagnie de deux autres membres haut placés, Abdul Ghaffar al-Shami et Messara al-Shami. L’armée pakistanaise n’a pas précisé la date exacte des arrestations. Des officiers ont toutefois déclaré à l’Agence France-Presse que trois hommes avaient été arrêtés au début de la semaine passée.

Selon l’armée pakistanaise, Ben Laden avait ordonné à Younis al-Mauritani de se concentrer sur des cibles économiques aux États-Unis, en Europe et en Australie. « Il visait des centres d’intérêt économique aux États-Unis, incluant des pipelines et des cargos servant au transport du pétrole et du gaz« , a déclaré un porte-parole.

Ces arrestations sont le fruit d’une collaboration entre les services secrets américains et pakistanais. Josh Earnest, un porte-parole de la Maison-Blanche à Washington, a souligné que cette opération était un exemple du partenariat qui unit les deux pays et leur a permis d’arrêter de nombreux terroristes.

Younis al-Mauritani ne figure sur aucune liste des terroristes les plus recherchés du FBI ou du département du Trésor. Plusieurs officiers des services secrets occidentaux ont pourtant confirmé qu’il s’agissait « d’une bonne prise« . « Il prévoyait de cibler les intérêts économiques des Etats-Unis, dont des gazoducs et des oléoducs, des centrales électriques mais aussi des pétroliers, à l’aide de bateaux rapides bourrés d’explosifs dans les eaux internationales », précise le communiqué de l’armée pakistanaise.

Depuis la mort d’Oussama ben Laden, tué le 2 mai par un commando d’élite de l’armée américaine héliporté clandestinement à Abbottabad, à deux heures de route au nord d’Islamabad, les relations entre les Etats-Unis et le Pakistan, leur allié-clé dans leur « guerre contre le terrorisme » depuis fin 2001, s’étaient sérieusement dégradées, en particulier entre l’ISI et la CIA, qui avaient quasiment cessé de collaborer.

Nouveau revers pour l’organisation terroriste

La capture d’Al-Mauritani, présentée par l’armée pakistanaise comme une prise « décisive » et un « nouveau revers fatal pour Al-Qaïda« , marque donc un réchauffement –au moins public– de ces relations, l’armée insistant de manière inhabituelle sur la collaboration avec le renseignement américain, affirmant même que les services secrets des deux pays jouissent de « relations fortes et historiques ».

« Les services de renseignement du Pakistan et des Etats-Unis continuent de travailler étroitement pour renforcer la sécurité de leurs deux pays », assure le communiqué, qui parle même de « coopération intime ». Depuis le 2 mai, de hauts responsables à Washington accusaient Islamabad –et notamment l’ISI et l’armée– de complicité pour expliquer que Ben Laden ait pu se terrer plusieurs années dans une ville-garnison non loin de la capitale. Et Islamabad reprochait à Washington de ne pas l’avoir averti de ce raid héliporté nocturne, que l’armée pakistanaise et l’ISI ont vécu comme une humiliation et une brimade.

Le 27 août dernier, le numéro deux d’Al-Qaïda, Atiya Abdelrahmane, avait été tué dans le nord-ouest du Pakistan, livrant un autre coup dur au groupe terroriste.