Le ministre stagiaire et la Gestapo news Par Mohamed Benchicou

A quoi sert un ministre de la Communication ? Dans un régime démocratique, à communiquer. Dans un régime autocratique comme le nôtre, à embrouiller. Le bon ministre de la Communication veille à ce que l’image du maître ne soit jamais altérée. Il est la courroie de transmission des mensonges d’Etat, des contre-vérités et des simulacres. Il crée les diversions indispensables aux intimités de la Cour, il allume les contre-feux, parle beaucoup vertu et d’éthique, utilise les mots ronflants pour décrire ses projets, affecte de s’émouvoir ou de s’indigner.

Le précédent ministre de la Communication savait faire tout cela. Le ci-devant Hamid Grine a beaucoup parlé de « grand ménage dans la presse privée », de revoir les conditions d’attribution de la publicité publique à la presse, de changement de stratégie com’ du pays et n’a pas oublié de verser des larmes sur « nombre de journalistes en pré-retraite ou en retraite qui sont pauvres », annonçant une « réflexion pour venir en aide dignement à ces journalistes… Aucune de ces généreuses intentions n’a vu le jour, mais l’essentiel, n’est-ce pas, est d’avoir laissé croire qu’on avait un projet.

Le nouveau ministre de la Communication, Djamel Kaouane, met ses pas dans ceux qui l’ont précédés, et nous apprend qu’il compte débusquer les usurpateurs parmi les journalistes qui ont reçu ou qui comptent recevoir leur carte professionnelle. Je me rappelle de ce jeune homme très discret qui débutait comme stagiaire dans El-Moudjahid et qui affichait un certain talent pour le métier. Le voilà ministre, inaugurant sa carrière gouvernementale par un curieux braconnage : la chasse aux journalistes imposteurs ! On s’étonnera que la carte professionnelle, objet de tant de débats et de séminaires, distribuée sous le haut patronage de l’Etat, puisse échouer entre les mains de charlatans. Mais dans un pays qui a connu les magistrats et les moudjahidine faussaires, il y a forcément une place pour les journalistes faussaires.

Là où le mandat de député se vend ouvertement au plus offrant, rien n’interdit de monnayer une carte de journaliste. Mais mon ex-confrère connaît tout cela. Il n’ignore pas qui sont les faux journalistes, les vrais-faux journalistes, ceux que le pouvoir a fabriqués, élevés, nourris, enrichis pour lui servir de nervis et réguler l’information à son profit. Ces petits et grands supplétifs sont aujourd’hui à la tête de chaînes de télévision privées et de journaux, prospérant à l’ombre du pouvoir, s’adonnant à la désinformation et au bourrage de crânes, ce que Noam Chomsky appelle « la fabrication du consentement ». Ils oeuvrent au maintien du système en place et de l’ordre établi. Ces chaînes et ces journaux sont connus, leurs propriétaires aussi. Les faux journalistes se trouvent là, M. le ministre, dans la presse baltaguia que le système a instituée, la Gestapo news qui, à l’image de la Gestapo française qui en faisait plus que ce qui lui était demandé par les Allemands nazis, redouble de servilité et de duplicité. Voilà les vrais-faux journalistes, M. le ministre ! Vous les connaissez bien, comme le ci-devant Hamid Grine les connaissait parfaitement puisque c’est dans ces cercles que se recrutent les mandarins et…les ministres de la Communication.

Les faux journalistes sont ceux que votre système a fabriqués. Le baltagui, dans le langage égyptien, est un homme de main recruté par le pouvoir, parmi les délinquants, les criminels et les petites frappes, pour contrecarrer toute contestation sociale ou politique. Dans les dictatures arabes, les baltaguis sont utilisés pour épauler les forces de police lors de missions où la violence est requise ou pour des besognes plus classiques : bourrage d’urnes, agression d’opposants ou de manifestants… En Algérie, ces troupes ont été lâchées contre les manifestants du Printemps noir, puis contre les grévistes qui protestaient sur la place des Martyrs, contre la marche des chômeurs ou contre l’opposition qui revendiquait le départ du président Bouteflika, durant le « Printemps arabe ».

Le baltagui n’est pas forcément un voyou drogué tenant à la main un sabre ou un poignard. Il peut porter costume-cravate, diriger un journal ou une chaîne de télévision, être parfaitement pieux, s’acquitter de ses devoirs envers Dieu et sa famille, rentrer chez lui chaque soir retrouver ses enfants, les aider à faire leurs devoirs et les sortir le week-end. Un monsieur Tout-le-monde qui a accepté de réduire sa profession de journaliste à une besogne de supplétif propagandiste ou désinformateur, selon les besoins du pouvoir.

Bien entendu, dans ce système fermé, il n’y a pas de place pour les contestataires ou pour les fortes têtes. C’est pourquoi le prédécesseur de M. Kaouane a dû enfiler la tenue de combat pour empêcher la vente d’El-Khabar à l’homme d’affaires Issad Rebrab et qu’il a obtenu la fermeture de la chaîne El-Khabar TV. Mais tout cela, vous le savez, M. le ministre, puisque l’argent qui sert à rémunérer la servilité des uns, le silence des autres et la complicité de certains, cet argent, l’argent de l’ANEP, c’était vous qui le gériez !

Selon les directives qui vous parvenaient, vous fournissiez jusqu’à 15 pages de publicité par jour à des canards boîteux mais membres du harem et aucune à des titres lus mais que le système n’aime pas. Vous savez qu’il y a des éditeurs qui ne se donnent même pas la peine d’aller chercher leurs journaux de l’imprimerie, leur fortune étant assurée par le nombre de placards que l’ANEP a eu la bonté de leur a alloués. Ces éditeurs sont connus sur la place et ce sont eux les faux journalistes ! Ils ont pignon sur rue et ont bénéficié de votre soutien ou, tout au moins, de votre silence.

Ainsi est la presse aujourd’hui : dépendante de l’argent de l’ANEP, qui est un peu de l’argent sale, l’argent extorqué à des institutions publiques et à des entreprises d’État forcées de payer rubis sur l’ongle des placards publicitaires dans des journaux qu’ils n’ont pas choisis, que personne ne lit, un peu à la manière de Don Fanucci, le racketteur membre de « La Main Noire » raconté par le film « Le parrain », qui extorquait des paiements de protection aux commerçants du quartier. C’est ce qu’on appelle le Pizzo dans le jargon mafieux, une somme d’argent extorquée aux entrepreneurs et aux commerçants en échange de la protection.

Cela dit, cher ex-confrère, M. le ministre, bonne route !

M. B.

6 commentaires

  1. Un imposteur ne génère que l'imposture et el Moudjahid journal ne génère que les nervis et larbins, bon Dieu ce que le pays de Bouteflika a généré tant d'imposteurs et larbins, ses lunettes et sa "bobine" nous rappellent les lèches bottes made in Moudjahid, aucune importance à accorder monsieur Benchicou à un "paillasson ministre" , il n'est ni le premier ni le dernier tant les écuries de Bouteflika déborde d’ânes et de baudets de service.

  2. loi boudjedra s’appellera la nouvelle loi sur l'information,
    l'anep ne sera jamais privatisée,
    l'agence nationale d’empêchement de publier, mieux que le KGB ou la stasi,
    y a trois types journaux, qui sont papiers, numériques, et virtuels et ce sont ces derniers qui sont les plus riches,
    pour les journalistes, y a les vrais et les faux,
    et ben les vrais sont menacés, exilés, mis en prison ou assassinés ,
    le vrai journaliste c'est
    ce voleur qui rase les murs,………….
    et qui cache sa carte professionnelle
    "
    Ce voleur qui, clans la nuit, rase les murs pour rentrer chez lui, c’est lui. Ce père qui recommande à ses enfants de ne-pas dire dehors le méchant métier qu’il fait, c’est lui. Ce mauvais citoyen qui traîne au palais de justice, attendant de passer devant les juges, c’est lui. Cet individu, pris dans une rafle de quartier et qu’un coup de crosse propulse au fond du camion, c’est lui. C’est lui qui, le matin, quitte sa maison sans être sûr d’arriver à son travail et lui qui quitte, le soir, son travail sans être sûr d’arriver à sa maison. Ce vagabond qui ne sait plus chez qui passer la nuit, c’est lui.

    C’est lui qu’on menace dans les secrets d’un cabinet officiel, le témoin qui doit ravaler ce qu’il sait, ce citoyen nu et désemparé…
    Cet homme qui fait le voeu de ne pas mourir égorgé, c’est lui. C’est lui qui ne sait rien faire de ses mains, rien d’autres que ses petits écrits.
    Lui qui espère contre tout parce que, n’est-ce pas, les rosés poussent bien sur les tas de fumier. Lui qui est tout cela et qui est seulement journaliste.
    "
    il suffit qu'un jour le billet testament de said
    remplace le ministère de la communication de said

    les faux journalistes sont faux, ne rasent pas les murs
    ont une carte professionnelle à la place de la profession,

    hommage à tous les journalistes meurtris, exilés, emprisonnés, assassinés, et à leurs familles partout dans le monde,

  3. debusquez les faux journalistes ? commencons par le debusquer lui meme comme un faux arabe! En effet recemment j'ai lu que ce moustachu est en fait un KDS qui fait tout pour plaire a ses maitres en cachant son origine Kabyle..

  4. Enfin ! El 3êslamak à Ben Chicou. Vous commenciez sérieusement à nous manquer, et les sujets traités, assez mornes, ne prêtant pas trop à la discutation et aux joutes, ont fini par nous rendre presque tristes. Ajoutez à cela, bien évidemment, le Ramadhan (pieux que nous sommes), vous comprendrez aisément que l'on attendait de pied ferme la moindre de vos apparitions, à moins que … vous ayez déjà publié sous d'autres signatures …allez savoir!

    Bref, il se trouve que le sujet dont traite votre présente intervention est d'une telle "délicatesse" que même le choix des mots et des tournures par vos éventuels contradicteurs doit relever du travail d'orfèvre tant le modérato doit être aux aguets : n'est pas Benchicou qui veut, cela peut se comprendre.

    Ainsi donc, je vais tenter d'user d'une sémantique "hallal" en caressant l'espoir d'avoir affaire à un modérato clément, notamment en ce mois de pardon et de piété.

    Votre présente intervention pouvait très bien -de mon point de vue – s'appliquer à une récente actualité relayée ici-même: la fermeture ou les menaces pesant sur le journal en ligne ou le site "Algérie Focus" et son inclassable responsable, l'inégalable Abdou Semmar.

    A votre avis, vous le "vieux de la vieille" (école), vous qui avez certainement "roulé votre bosse", de combien serait la probabilité que ce "journaliste", à peine âgé d'une trentaine d'années, se soit fait tout seul? De combien serait la probabilité que l'argent servant à faire vivre et à maintenir son journal en ligne soit propre et provenant de son portefeuille? Et, enfin, à votre avis, comment ce journaliste réussit-il à obtenir non seulement des centaines d'accréditations à travers le monde mais, surtout, à s'y rendre (même en Australie) ?

    Je crois que vous aurez saisi le sens de mes interrogations qui, en réalité, n'en sont pas!

    Bel3ârbia, depuis octobre 1988 et ce qui s'en est suivi, "on" nous a toujours appris que quelque organe de presse que ce soit, quelque débauchage de "journaliste" que ce soit … ne répondait qu'à une logique de lutte de clans faisant partie de ce que l'on appelle chez nous LE POUVOIR.

    En d'autre termes, et si sa Majesté le Modérato vénéré le permettasse, cet énième ministre de la communication n'est certainement pas LE problème ou éventuellement LA solution; à la limite, et indépendamment de ses éventuelles compétences, il est là par le fait du prince, lequel prince a décidé qu'il fallait un gouvernement de tant de ministres, de tant de secrétaires d'Etat etc. Vous savez très bien que les ministres algériens des différents gouvernements sous l'ère Bouteflika n'ont aucune marge de manœuvre ou de pouvoir de décision réel.

    L'exemple d'El Khabar que vous avez cité est assez parlant, il n'est point besoin d'être fin analyste pour saisir les enjeux entourant cette affaire. En d'autres termes, ce n'est l'organe de presse El Khabar ou ses journalistes qui sont réellement visés; c'est un autre clan du pouvoir qui l'est en définitive. Un pouvoir pas forcément uni puisqu'il est constitué de clans. Dans l'affaire d'El Khabar en l'occurrence c'est " l'empire Rebrab" est directement visé car potentiellement nocif si l'on observe ses ramifications à l'étranger.
    Bef, la corporation, elle, aura, quoi qu'il advienne, été au service de … (Rebrab ou au plus offrant).

    Journaliste et indépendance (en Algérie) ne peuvent se concilier; c'est ainsi.
    Il fut un temps où – naïfs que nous fumes – nous confondions (sciemment) "Presse indépendante" et "Presse privée" … Entre temps, le FILS, les GIA, MIA, Paras sont passés par là et … nous avons fini par distinguer les deux termes. Personnellement, l'épisode "Sant'egidio" m'avait appris beaucoup de choses à ce propos. Vous vous rappelez du quotidien L'AUTENTIQUE? Vous vous rappelez l'ami de monsieur Zeroual qu'il avait ramené dans ses bagages des Aurès là-bas; Mohamed Betchine, il me semble ??

  5. A quoi bon de faire la chasse aux faux-journalistes ou aux journalistes imposteurs comme ils les désignent si les vrais journalistes eux-mêmes sont jetés en prison comme Benchicou , Tamalt etc..? A moins que ce soit pour leur faire porter des galons et les rallier au club des journalistes -baltaguias et des bouffons du Roi.

  6. Un kabyle nauséabondemment zélè sans scrupules au service du panarabisme !
    Pourtant sa région de ZEKRI-Azzefoun ,qui représente une trés grande majorité d alger la kabyle,a enfanté des hommes remarquables!

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