Un frère et un cousin de l’homme abattu samedi après avoir attaqué une patrouille de l’opération Sentinelle dans l’enceinte de l’aéroport d’Orly étaient toujours en garde à vue dimanche, les enquêteurs tentant d’en savoir plus sur l’assaillant, a-t-on appris de source judiciaire.
Ils s’étaient présentés spontanément à la police en même temps que le père de l’auteur de l’attaque, qui a été remis en liberté dès samedi soir. Sur Europe 1, il a assuré que son fils, Ziyed Ben Belgacem, qui a dit vouloir « mourir par Allah » aux militaires qu’il agressait, n’avait aucun lien avec le terrorisme islamique.
« Il (n’)a jamais (..) été un terroriste mon fils. Jamais il a fait la prière et il boit », a-t-il dit, « et sous l’effet de l’alcool et du cannabis, voilà où on en arrive. »
Toujours de source judiciaire, on a indiqué qu’une autopsie de Ziyed Ben Belgacem aurait lieu dimanche pour déterminer s’il était sous l’emprise d’alcool ou de drogues au moment de son attaque.
L’homme, âge de 39 ans, a commencé par tirer sur un policier lors d’un contrôle routier tôt samedi matin à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise) puis dans un bar de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), avant de voler une voiture et de prendre la direction d’Orly.
La nature des cibles visées et le profil de l’assaillant, surtout connu pour des délits de droit commun – son casier judiciaire comportait neuf mentions, principalement pour des violences et du trafic – mais repéré pour « radicalisation » lors d’un séjour en prison, ont conduit la section antiterroriste du parquet de Paris à se saisir de l’enquête, confiée notamment à la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI).
Son père a encore indiqué avoir reçu un appel téléphonique « à sept ou huit heures du matin » samedi, dans lequel son fils déclarait avoir « fait une connerie avec un gendarme » sans autres précisions, avant d’ajouter qu’il était « sur l’autoroute ».
C’est la quatrième fois que des assaillants s’attaquent à des soldats de l’opération Sentinelle, déployée dans les lieux publics de la France entière après les attentats de janvier 2015 à Charlie Hebdo et dans un commerce de produits cacher.
Intervenant en pleine campagne électorale, l’agression d’Orly a suscité une violente polémique, le Premier ministre Bernard Cazeneuve dénonçant l' »outrance » de la présidente du Front national, Marine Le Pen, qui a accusé le gouvernement d’être « dépassé, ahuri, tétanisé, comme un lapin dans les phares d’une voiture ».
Le candidat Les Républicains François Fillon a estimé de son côté que « rien n’autorise à lever l’état d’urgence », une possibilité qu’avait évoquée en début de semaine le Garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas, ajoutant que « face aux enjeux terribles, l’insouciance n’est pas de mise ».
Le président du Modem François Bayrou, a déploré que, comme dans d’autres attaques du même genre, « on connaissait la personnalité de l’assaillant ». « On savait très bien quels étaient ses penchants et on aurait dû évidemment le surveiller davantage », a-t-il dit sur BFMTV. « La radicalisation a eu lieu en prison comme dans la plupart des cas. Cette seule affirmation devrait nous faire réfléchir sur la manière dont nous organisons la détention », a-t-il ajouté.
Pour le maire de Pau, « on ne pourra sortir de l’état d’urgence formel que si nous avons bâti un état d’urgence réel, c’est-à-dire une capacité du pays à se battre, à mobiliser ses forces, à monter la tension et la surveillance pour éviter la multiplication de ces drames ».
Reuters



