"Tous les autres sont coupables sauf moi." (Céline)
« Des Souris et des Hommes », le chef-d’œuvre de John Steinbeck, n’aurait eu aucun succès de nos jours. L’histoire est simple, stupide, trop humaine. Tel « L’Etranger » de Camus. Le héros, un colosse au cœur d’enfant à la cervelle d’oiseau pourvu de mains dangereuses et d’un drôle de dada : caresser des objets doux. Un jour la belle-fille de son patron, une femme qui s’ennuie, lui demande de toucher ses cheveux. Il lui brise la nuque, maladroitement. La chasse à l’homme est lancée. Il se réfugie chez son ami. Le sachant condamné, ce dernier pour lui éviter d’être lynché par la foule, lui tire une balle dans la nuque. Aujourd’hui, les souris sont dans les laboratoires pour servir de cobayes. Quant au coupable, il n’est plus condamné à mort. On préfère l’enfermer dans un asile psychiatrique aux frais du contribuable où il pourra en sortir et récidiver à volonté. Personne n’est coupable personne n’est innocent. Pascal Bruckner parle de la Tentation de l’innocence, pour faire kif-kif ajoutons la tentation de la culpabilité. Il précise : « Rien n’est plus difficile que d’être libre, maitre et créateur de son destin…Comment jouir de l’indépendance en esquivant nos devoirs ? Par deux échappatoires, l’infantilisme et la victimisation, ces maladies de l’individu contemporain. » Heureusement, c’est rare d’ »être libre, maître et créateur de son destin. » Des biologistes ont « conditionné des souris à craindre une odeur. Ils ont découvert que les enfants et les petits enfants de ces souris (et cela sur plusieurs générations) présentaient une tendance naturelle à craindre la même odeur alors qu’ils n’y avaient jamais été exposés et n’avaient pas non plus connu leurs parents ce qui exclut toute forme d’apprentissage. »(1)
Certains chercheurs ont donné à des souris du THC, l’ingrédient psycho-actif du cannabis. Ils constatèrent que leurs descendants tenus loin de leurs ascendants présentaient la même faiblesse vis-à-vis de cette drogue. Une étude menée sur des femmes néerlandaises qui ont connu la famine durant la Seconde Guerre mondiale a révélé que leurs filles étaient plus petites que la moyenne. Bien nourries ces dernières ont donné naissance dans les années 60 à des descendantes à la taille au-dessous de la moyenne. Idem pour leurs petites-filles nées dans les années 80. Conclusion : le traumatisme a été transmis. Il y a aussi les descendants d’Auschwitz qui font plus de cauchemars que la moyenne. Donc il n’y a pas seulement le hasard darwinien, il y a l’acquis, bon ou mauvais, des aïeux en héritage. Ce qui explique la rapidité de notre robotisation, nos échappatoires dans les impasses. Notre impuissance de plus en plus pathologique. Que s’est-il passé durant la COP21, une rencontre pour la survie de l’humanité. On a interdit les manifestations des écologistes, des Amis de la Terre…à cause des attentats. Mourir par pollution ou kalachnikov, mais pas les deux. La France aux multiples peurs sans gravité qui s’assemblent pour s’annuler. Elle a voté pour que le Front national (FN) soit son premier parti et son dernier avec zéro région. Pour comprendre cette double « tentation », il faut revenir aux actualités. On ne tire pas sur le corbillard.
La presse française reprenant des révélations faites par The Guardian en novembre 2015 a dénoncé l’attitude de l’Union européenne. Cette dernière a partagé des données confidentielles sur le traité de libre-échange entre les USA et l’Europe avec Exxon (Esso en France). Cette transnationale américaine de pétrole dont le chiffre d’affaires est de 400 milliards de dollars avait sciemment menti depuis plusieurs décennies. Elle savait dès 1977 que le dérèglement climatique pouvait rendre l’agriculture impossible dans des régions entières. « La «vérité qui dérange» ne tient pas aux gaz à effet de serre, la voici : notre modèle économique est en guerre contre la vie sur Terre. Au-delà de la crise économique, c’est bien une crise existentielle qui est en jeu, celle d’une humanité défendant à corps perdu un mode de vie qui la mène à sa perte. » (2) De quelle humanité parle Naomi Klein quand c’est les décideurs européens élus démocratiquement qui livrent des secrets aux grands pollueurs ? Des secrets interdits à leurs électeurs. Pourtant, trois millions d’Européens ont signé une pétition en octobre et remise à la Commission européenne pour avoir accès aux mêmes confidences qu’Exxon. Des citoyens inquiets de l’opacité du TTIP le Traité de libre-échange entre les USA et l’Europe.
Quand on cache à l’opinion quelque chose, c’est louche. Et pour cause, d’après The Guardian, les Américains ont investi 100 milliards de dollars pour « dépolluer » l’Europe en lui vendant du gaz de schiste, du gaz conventionnel et du pétrole. La COP 21 a atterri à point sur un Paris terrorisé par un autre danger pour faire passer la pilule. « Ces documents révèlent une proximité choquante entre les intérêts industriels et la Commission… La Commission doit cesser d’agir comme le bras armé des lobbies industriels. »(3) On affirme que ces documents ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Que dire des magouilles dans les pays pauvres pris en tenailles par la corruption de leurs élites et le mépris des pays riches. Selon une étude (4) le dérèglement climatique est un formidable révélateur des inégalités. Les plus riches (USA Luxembourg Singapour et Arabie saoudite) émettent 2000 fois plus de gaz à effet de serre que les plus pauvres (Honduras, Mozambique, Rwanda et le Malawi). La seule « justice » c’est que parmi les 782 humains les plus riches possédant 5149 milliards de dollars, il y a des tiers-mondistes. D’après des calculs des Amis de la Terre International, cette somme pourrait fournir en énergie 100% renouvelable l’Afrique, l’Amérique latine et la plupart des pays de l’Asie d’ici 2030. Ces 782 humains ne vont pas sacrifier leur coin de soleil pour sauver la peau de milliards de leurs semblables. D’ailleurs aucune loi ne les y oblige. Même si leur responsabilité est prouvée par des chiffres, les lois c’est eux qui les rédigent. Que vaut la vie d’une souris face à la vie de château d’un homme. C’est de l’Europe que l’exploitation globale systématique du monde a démarré il y a plus de trois siècles ?
En 2013 déjà, 92% des Européens avaient un sentiment négatif sur l’avenir de leur pays. En France, ce taux avait atteint les 97%.(5) Dans un autre monde, The Gardian d’Alger titre à la Une le jour de la clôture de la COP21: « Libertés. Peut-on encore parler ? » (6) Liberté de parler du prix de la sardine du bac en 3 jours du LPP en vente sur le net de la colère de Dergana insultes et agressions des femmes chauffeurs de l’opposition syrienne qui a enterré ses Kurdes, conférence autour du fantôme d’Assia Djebar. Vivante, elle était morte ; morte, elle ressuscite tel le messie …Apparemment, « The Gardian » national n’avait pas la liberté d’évoquer In Salah et son gaz de schiste. Savoir au moins qui des deux a enterré l’autre … « De tous les côtés, les galeries obscures filent, elles s’enchevêtrent avec d’autres venant on ne sait d’où, n’allant peut-être nulle part. Il ne fallait pas franchir ce pas, il fallait rester dehors. Mais nous ne sommes même plus certains que nous ne l’avons pas franchi depuis toujours … » (7) Assia l’a prédit «nulle part dans la maison de mon père ».
Mimi Massiva
Renvois
- Charlie numéro 1220
- Tout peut Changer (Naomi Klein)
- L’eurodéputée allemande Ska Keller
- Thomas Piketty himself et Lucas Chancel (chercheurs de l’Ecole d’économie de Paris)
- Enquête Ipsos-Publicis (le Monde 6 mai 2013)
- El Watan (11 septembre 2015)
- Les Carrefours du Labyrinthe 1 (Cornelius Castoriadis)




que dire alors des traumatismes de 132 années de colonisation sur la génération des arrières petitis fils !!! si la famine de la 2eme guerre mondaile 39-45 a laissé des traces sur une génération des années 80 !!!
Bonjour,
Je m'étais juré de ne plus lire ni participer aux commentaires des articles. Ce que j'appelle les mouches d'en bas, tant elles ne vous quittent jamais et déversent leur haine, sans aucune raison et sous couvert d'anonymat.
Vous me pardonnerez de faire une exception et de descendre dans la fosses d'en bas pour faire un commentaire car ce titre de livre m'interpelle à chaque fois. Mon admiration pour ce livre comme pour Camus est forte. Retrouver l'association des deux, je ne pouvais résister.
J'ai bien compris votre développement sur l'irresponsabilité et je n'y reviens pas. J'ai juste envie, d'une manière tout à fait subjective (et donc contestable) de défendre ce pauvre Lennie qui me touche à un point qui ne rend pas crédible toute défense envers lui. Tant pis, je vais le faire.
Vos deux exemples sont, bien entendu, très bien trouvés mais si je devais défendre Lennie, je dirais qu'il est injuste de le comparer au monstre froid de l'oeuvre magistrale de Camus. Au passage, j'aime à le répéter, c'est une histoire réelle qui s'est passée à Bouisville, dans la banlieue oranaise où j'étais à l'école. Cela n'a, bien sûr, aucune importance !
Steinbeck a longuement préparé l'acte de folie de Lennie et a bien pris la précaution de l'entourer de précautions infinies pour décrire la folle approche de cette femme envers une personne dont elle soupçonnait bien les tourments. Cette femme étant elle-même victime d'un abominable mari qui n'était pas avare de violence à son égard. Lennie est le parfait candidat pour l'asile psychiatrique et vous êtes sévère de rapprocher votre commentaire sur la peine de mort après l'évocation de ce pauvre bougre (je n'ai pas dit de votre jugement).
Quant au personnage de Camus (dont j'ai oublié le nom), l'exemple est parfaitement choisi pour votre article. Là, par contre, la psychiatrie ne peut plus être invoquée pour la défense de ce genre de monstre glacial. Le personnage de Camus est la véritable part d'ombre de l'humain, sa face terriblement meurtrière. Ni la mort de sa mère ni la vie d'un homme, qu'il ne connaissait pas et dont il n'avait aucune raison de tuer, ne l'ont arrêté dans son geste.
Le fait inexplicable n'excuse jamais l'acte coupable. Ce personnage correspond parfaitement à la phrase de Céline et à votre développement.
Voilà, j'ai défendu, comme je le pouvais, ce brave Lennie et je plaide pour lui l'article 122-1 du code pénal.
Juste une question, vous avez inversé les termes du titre parce que vous vouliez insister sur la responsabilité des hommes ? Même si elle est involontaire, je trouve que cette inversion correspond bien à votre développement.
Très cordialement
La fosse et non "les fosses". Les mouches "d'en bas" ne me rateraient pas !
Cordialement
Si quatre années de famine de la 2nde guerre mondiale 39-45 a laissé ses traces même sur la gnération des années 80 … qu'en dire alors de 132 années de colonisation barbare !!!