Yasmina Khadra, l’alchimiste des temps modernes

Parler de Yasmina Khadra en gardant ses pieds bien ancrés de nordiste, c’est le rater, entraver la bohème qui l’habite et surtout manquer une escapade improvisée vers les somptuosités du Sahara, exactement à la limite nord-ouest de Bechar dont l’âpreté s’adoucit fragilement par l’épanchement circonspect d’une commune appelée Kenadsa.

C’est là que Mohamed Moulessehoul a vu le jour prolongeant ainsi une lignée discrète de poètes établis. De cet endroit il a beaucoup retenu, surtout le mot sourdre que les eaux sereines du Ksar savent si bien employer afin d’offrir à la région sa prodigieuse « Rue des palmiers ». De la vie en général, il a appris que l’embrun est prisé surtout là où les vagues se font désirer. Et il ne se gêne point pour saler tout ce qu’il entreprend, même sa venue à l’écriture. D’aucuns qualifieront d’inepte le fait de se départir d’un nom prometteur, gorgé d’aisances Moulessehoul, au profit d’un autre scabreux. Lui le met sur le compte du fortuit, les plus avisés diront que l’homme a l’art de savoir sortir de l’ardu tout en y demeurant et il n’a pas perdu. Le prodige étant en la témérité de sa plume.

Tout part du vert sombre dans lequel il a été incorporé alors que la flavescence absinthe des champs lui procurait ses premiers émois colorés. Le vert, une couleur réputée être tumultueuse, capricieuse, difficile à fabriquer et à maîtriser, mais dès qu’elle est obtenue, elle se stabilise, devient apaisante et symbolise alors la santé, l’endurance, la renaissance, la fraicheur de vivre, la générosité et la modération. On l’associe aussi à la chance, à l’ambition, au pouvoir et au prestige. Elle est censée tapisser l’Eden et rendre aisées toutes les cadences, mais si elle choisit de devenir l’Eldorado d’une phalange, piétons opteront pour la déserter.

En revanche, on peut devenir verts de colère lorsque des pourfendeurs verts de jalousie nous envoient une volée de bois vert. Par bonheur, les inconditionnels sont là pour nuancer, même si parfois ils racontent des vertes et des pas mûres.

Habituellement, lorsqu’on on a été taillé dans les turbulences de cette couleur, on finit tôt ou tard par faire allégeance, pas en ce qui concerne Khadra ! La dissidence sommeille toujours en lui et veut le pousser à l’extrême, discipliné qu’il est tout de même devenu (on n’en sort pas sans séquelles) il rétorque à chaque fois : « Oui, mais à ma façon ». C’est cette capacité de flirter avec l’innommable et de savoir en sortir indemne qui fait sa spécificité. Un monsieur ne sachant guère entreprendre sans s’éprendre, mais avant tout qui aime éprouver. Les intrications ne parviennent qu’à enhardir ses entrailles. Les damnables l’exaltent et drainent toute sa chevalerie. Il s’empresserait de leur prêter main forte, mais à condition qu’ils tendent la leur. C’est aussi sa façon d’écrire et de tenir le lecteur en haleine. Il commence par écrouer les vocables qui ont mal servi, il les galvanise, les précipite dans une arène, prêt à supporter ce qui s’ensuivrait, mais pas avant d’avoir susurré : «Je vous restitue le choix qui vous a été dérobé». Sublimés, après avoir été tant avilis, ils ont envie de transcender et optent pour fusionner au lieu de s’empoigner. Ils finissent ainsi comme Turambo aurait dû, éminents et remplis de prestiges. Redevables à leur auteur, ils l’intronisent, déchaînent les foules, imminent pour ses détracteurs et les révèlent, sempiternels valets doués juste en bafouilles. Houla ! Le bonhomme ferait un excellent président !

Mais il est déjà mieux, un alchimiste des temps modernes et des anciens, il a hérité cette précieuse pierre philosophale ayant le pouvoir de transmuer les métaux vils en or pur. Et le vilipender revient tout simplement à l’encenser. Alors, qu’on ne se gêne surtout pas. Mais qu’en est-il de ses personnages immolés régulièrement au pied de l’autel qu’il a érigé à la gloire de son écriture ? Ces anti-héros qui ne devraient surtout pas resplendir plus que ses héros principaux, les mots.

Cruelle sentence présumant que Khadra n’est qu’un piètre calculateur. L’est-il ? Oui, si l’on considère ses écrits à travers les lorgnettes très répandues du subjectivisme. Autrement, on reconnaitrait un tant soit peu que son passage entre les pans féroces de la verte lui a surtout appris que les héros sont des chimères empruntées aux mythologies ancestrales et que l’existence est plus jalonnée de la gent turpide que celle pétrie dans la noblesse ! Donc à quoi ça sert de bombarder les lecteurs de héros à l’emporte-pièce, pour qu’au final ils se fassent torpiller par des velléités étourdies ?

Yasmina Khadra, depuis ce jour où il a tenu les lambeaux d’un enfant occis par les héros de l’abjection s’est juré d’emprunter l’autre versant, celui des gens saisissables, dont les prétentions réformatrices se limitent à un quotidien souvent oublieux. Quant aux crâneurs prônant la refonte du monde alors qu’ils n’arrivent même pas à se faire, ils se heurteront toujours à son scepticisme et n’occuperont probablement jamais les devants d’un de ses romans.

Et Khadra jure toujours fidélité. C’est même de ce principe que semble dépendre son salut alors que d’autres n’entrevoient en lui que félonie. Mais l’ont-ils un instant considéré sans parti pris ? S’ils l’avaient fait ils auraient au moins percé son secret. Moulesshoul, l’enfant de neuf ans, arraché au giron maternel pour être projeté dans celui souverainiste d’une institution aliénante est toujours là, tapi à l’ombre, en conflit permanant entre deux antagonistes qui le minent, son âme vagabonde de bédouin et un sens accru du devoir exacerbé par les débâcles paternelles. L’envie de circuler et celle de gîter, renier les dogmes ou s’y plier, braver les opinions rétives ou flirter avec la docilité. Et par-dessus tout, ne jamais décevoir personne, ceux qui ne lui ont laissé aucun choix et ceux qu’il a choisis. En fin conciliateur, il a trouvé la meilleure façon de s’affranchir sans affecter ses édifices, Yasmina Khadra, son alter-égo, porteur d’une dualité haute en couleurs, le pouvoir créatif contre celui normatif qui l’obnubile, défaire les mots du joug qui les oppresse et les proposer aux lecteurs exempts des codes usuels. Le nomade qui fermente en lui est-il pour autant satisfait ? Bien entendu non ! Peut-on se contenter d’effluves aussi capiteux qu’ils soient lorsque des massifs de roses nous apostrophent. À cette vague à l’âme il doit quelques désertions mais qui ont pour effet heureux de le renvoyer hâtivement à l’olympe de toutes ses fortunes, l’Algérie, « One, two, three, viva l’Algiré ! ». Là, il pointe rudement le doigt sur ses travers, les nôtres et dévoile nos infortunes. Il l’aime, il nous aime oui mais il ne sait pas mentir et s’il était capable de complaisance, il le serait avant tout avec lui-même. Hors, il s’autoflagelle chroniquement de doutes et ça dépeint sur ses protagonistes qui fuient la scène plus tôt qu’ils y entrent et se comportent toujours en antihéros anéantis par les tribulations.

Mais qu’importe, nous avons déjà en lui le héros, et nous l’accompagnerons, même si ça nous relègue dans les limbes. Mieux vaut vaciller en compagnie d’un intellectuel que croupir aux pieds d’un béotien.

Houria Magha

Rédaction
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9 commentaires

  1. Depuis la nuit des temps, Cette terre Algérie, a enfantée des millions de personnes exceptionnels. Leurs parcours est connus de tous.
    L’histoire de l’Algérie regorge de héros, de conquérants, d’intellectuels, de combattants.
    Mais l’imposture a fait qu’on veut faire croire que cette terre si riche est devenue stérile.
    Stérile, au point de faire dans le recyclage.
    Pour empêcher de véritable leader d’avancer, on fait sortir de la boite à pandore, n’importe qui et n’importe quoi. Et avec quelles argumentations !
    L’un parce qu’il sait écrire, l’autre il sait parler.
    Un autre est détenteur de secrets. Un tel à la légitimité révolutionnaire.
    Celui qui est arrivé en 1999, savait lire écrire et parlé. Il avait la science pour résoudre tous les problèmes, il avait aussi la légitimité historique, révolutionnaire, clanique, tribale, et surtout le soutien des grands.
    Et ça a servi à quoi ?
    L’Algérie a besoin de lois, de règles, de morale.
    Les fondateurs ont tous disparu, mais leurs œuvres sont éternels.
    Tant qu’on n’a pas compris qu’un chef est là pour gérer et non pas pour commander, les algériens ne s’en sortiront jamais.
    Les fous qui ont commandé leurs pays, les ont ruinés, de Néron a Hitler sans oublier Staline et quelques chefs algériens, et ont mis les peuples dans la tourmente.
    Les sages qui ont géré leurs pays, de césar à Havel le tchèque, ont réussi à bâtir des nations, et bien d’autres encore à l’image d’Abraham Lincoln ou Nelson Mandela.

  2. Je lui reproche sa meconnaissance de la langue kabyle et cela le cantonne dans l'espace de l'arabité_islamité et la francophonie .Il faudra connaitre la langue kabyle pour apprecier son peuple millinaire majestueux.Ce n'est pas de sa faute ,c'est un produit du systeme algerien poste independance qui a marginalisé la langue kabyle sublime.Esperons que cela se corrigera vite et donnera à l'Algerie un nouveau visage clair et rayonnant .

  3. Dans un poulailler, "liberté" feint d'oublier qu' a travers le grillage, la "queue" du renard en quéstion, n'est qu'un artifice narcissiste à se prévaloir devant la gente de "poules pondeuses"…Tout juste pour les apeurées sans pouvoir accéder a la proie convoitée.
    Yasmina, a min i cht-han iw dharghal!!!

  4. Voilà un article que l’on pourrait bien intituler : l’art de l’irrévérence à l’eau de rose!

    S’il y a des textes qui vous donnent le goût des mots, d’autres par contre vous en donnent le dégoût, mais celui-ci verse dans une catégorie à part, celle d’une instabilité désarçonnant, laquelle vous fait osciller entre les relents de plaisir que la forme dégage et ceux de l’amertume qui émane du fond, aussitôt que l’on parvient à en percer les accès. A cet égard, je dois avouer que s’il y avait une possibilité d’attaquer son auteur en justice pour torture intellectuelle aggravée, je le ferais volontiers! J’ai dû relire certains passages 3 fois, pour en décoder le sens. Et encore, je ne suis pas certain d’y être parvenu vraiment. De grâce, ménagez les quelques neurones qui subsistent encore dans nos petites caboches flétries par le temps et les pressions. Le temps n’est plus à l’intellectualisme de haut vol, à moins que le texte ne soit destiné aux membres de l’académie française pour inscrire YM sur la liste des prétendants à un futur siège vacant.

    Il s’agit d’une élection présidentielle algérienne! L’Algérie se doit de parler aux algériens et non aux académiciens!

    Voilà pour la forme!

    Quant au fond, jamais texte ne m’a semblé contenir et réunir, en quelques lignes, autant de sentences impérieuses et grossières! Même si toute cette hostilité a pour cible Mohamed Benchicou, se voulant une réplique agressive à de récentes analyses, il n’en demeure pas moins qu’il est difficile de ne pas se sentir touché par tant de dédain, présenté dans un flacon de fragrance aux odeurs bien désagréables.

    D’emblée, Houria annonce la couleur : Fermez la bande de nordistes incultes, vous ne comprenez rien au sud, encore moins au sudiste Khadra, car vous n’êtes que de piètres «pourfendeurs verts de jalousie» de petits «détracteurs et sempiternels valets doués juste en bafouilles » ! Comment osez-vous porter la moindre critique envers «un alchimiste des temps modernes capable de transmuer les métaux vils en or pur » ?

    Voilà qui est on ne peut plus clair! Reste à espérer que cet alchimiste des temps modernes aura à cœur d’élever les méprisables 36 millions de créatures que nous sommes aux rangs de gent noble, pure et dorée! Les représentants d’Allah nous promettaient l’accès au paradis contre un bulletin de vote, nous y avions crû. Pourquoi ne pas croire qu’il suffit d’un autre bulletin en faveur d’un magicien du métal pour être élevés du statut de simple cire à celui de messire?

    D’autres petites merveilles du genre :

    -«Quant aux crâneurs prônant la refonte du monde alors qu’ils n’arrivent même pas à se faire»

    Comment est ce donc possible de vouloir à la fois refaire le monde et réussir pleinement à soi-même se faire? Nous aurions pu poser telle question à sœur Emmanuelle ou à Nelson Mandela ; pour notre malheur, ils ne sont plus là ! Quoique, eux n’ont jamais prétendu à quelconque science initiatique!

    -«Mieux vaut vaciller en compagnie d’un intellectuel que croupir aux pieds d’un béotien»

    Croupir aux pieds d’un béotien peut avoir pour celui mérite d’entretenir l’espoir de devenir, un jour, meilleur ; se frotter à un intellectuel de service et en épouser les ambitions, c’est se laisser séduire, un jour où l’autre, par moult tentations et moult démons!

    -«L’existence est plus jalonnée de la gent turpide que celle pétrie dans la noblesse»

    Puisque le monde est, à vos yeux, ainsi divisé, avec une gent turpide d’un côté et une gent noble de l’autre, sachez que ces êtres dont les malheurs ont rendus les corps affreux, sales et méchants, au point d’en devenir cible de tant d’irrévérence, ont le cœur rempli d’une noblesse subtile qu’il n’est pas facile de palper. Quant à cette gent noble, de titre, dont l’aspect semble tant vous subjuguer, son cœur est pétri dans moult indignités érigées en tyrannies. L’acclamer ou la soutenir c’est se laisser happer par une spirale infernale dans laquelle violence, barbarie et cruauté supplanteront le moindre sentiment humain. Ce n’est pas très féminin tout ça, mise à part bien sûr Madame Thatcher !

    Moralité: à l’approche de Noël, méfiez vous des cadeaux bien emballés! Par contre, aux élections d’avril prochain, laissez-vous charmer, laissez-vous emporter, laissez-vous ensorceler! Au point où nous en sommes, faire de l’ésotérisme une thèse de campagne présidentielle, après tout pourquoi pas? Invoquer Allah, Dieu Ptah ou Tezcatlipoca pour nous gouverner, où est donc la différence?

    Athawaghith !

  5. Je vais, comme un bon crâneur, jaloux, envieux comme peuvent l'être les Algériens…certains, certains Algériens dont je ferais partie à mon corps défendant, pondre mon avis sur le awlad Y.K femelle ou l'autre le masculin. Allons y et rebi yestar;
    Ya’wlad !

    Habib Souaïdia est né le 16 avril 1969. C’est un actif des forces spéciales de l’armée algérienne. En 2001 il édite son livre « La sale guerre » qui participe à la problématique question du « Qui tue Qui » dans le conflit meurtrier entre les forces islamistes et l’armée algérienne.

    Yasmina Khadra de son vrai nom Mohammed Moulessehoul est né le 10 janvier 1955. C’était un actif au grade de commandant dans l’armée algérienne. Son premier livre est édité en 1984. Ces deux personnes ont eu, toutes les deux, de par leurs fonctions de soldat, à affronter les terroristes islamiques agissants sous différents étendards.
    H. Souaïdia et son livre témoignage ont été plébiscités en 2001 en Europe. Il est jugé et condamné en Algérie pour désertion et d’atteinte au moral des soldats.
    M. Moulesshoul publia plusieurs romans qui n’eurent aucun écho notable et commercial bien qu’il fût récompensé de prix littéraires. En 2001 il démissionne de l’armée et dévoile son identité. A partir de cette date les salons et les plateaux de télévision s’ouvrent à lui comme par enchantement. Il sera l’antagoniste de Habib Souaïdia.

    Le point commun à nos deux écrivains est qu’ils sont tous les deux bègues, désarçonnés et ridicules en présence de questions pertinentes.

    Habib Souaïdia n’est plus visible depuis. Mission accomplie !
    Yasmina Khadra écrit toujours, monte en grade et en notoriété. Il est nommé par Bouteflika Directeur du Centre Culturel Algérien à Paris en novembre 2007.

    Les œuvres sont le miroir intérieur de leurs auteurs concèdent-on bien charitablement.
    Moulesshoul /Khadra était un awlad qui s’assumait difficilement dans ses débuts de notoriété. Jeté en pâture aux médias professionnels il ne s’en est jamais sorti indemne. Quand il fut missionné pour plaider l’isolement de l’Algérie comme victimaire face au terrorisme intégriste, face à un incisif Eric Zemmour, il s’empêtra dans ses mots et fut tant rabroué qu’il se mit à parler arabe. On se souvient encore de cette répartie d’E. Zemmour : » Nous, nous avons décapité nos rois ! » Entendre par là que Khadra et ses concitoyens devaient décapiter leurs tyrans s’ils avaient des couilles.

    C’était la période d’un awlad en construction.

    Les années passèrent. Devenu compagnon des descendants de Molière, il prit de l’assurance dans la prolixité d’un comédien mais aussi dans la versatilité d’un singulier. La transcendance de son égo et l’humilité sont toujours indéfinies voire absentes en lui.
    Dans son roman « Ce que le jour doit à la nuit » il y a l’enfant Younes/Jonas dont la beauté souligne le contraste de la grisaille et de la noirceur de l’environnement de sa famille indigène. Le film d’Alexandre Arcady, par le choix de l’acteur qui interprète le rôle de cet enfant, a réussi cette gageur de rendre la laideur encore plus torride, insupportable, outrancière jusqu’à avoir de l’aversion pour l’innocent enfant.

    Younes/Jonas est blanc et blond avec des yeux qui ne sont ni marrons ni noirs. « Ce que le jour doit à la nuit » ou son original « Les amants de Padovani » de Youcef Dris conforte l’énoncé que les œuvres sont le miroir de leurs auteurs. La beauté et la réussite ne peuvent être que dans le pigment blanc de la peau de l’homme ! Nous sommes dans le complexe caractériel des faibles. Et Khadra exprime crûment le maladif désir d’un adulte à s’intégrer, disparaître, dans la cause de son complexe et, de fait, le rejet de ce qu’il est. La merveilleuse et naturelle beauté de la brune et du brun de l’ouest algérien est honteusement honnie. Mais là, c’est vrai que Mickael Jackson en est un célèbre précurseur.

    « L’armée m’a élevé » assassine le père géniteur et « ma femme m’a formé » en fait autant de sa mère génitrice. « Le roman suivant sera moins bon que celui-ci » Tout cela a été dit d’un ton tonitruant dans l’émission La Grande Librairie de Fr.5 du 24 10 2013 sous le regard poli des présents. Il cria cette dernière répartie comme si son nègre lui avait annoncé sa déprime et sa perte d’inspiration et que dans l’avenir il devra se mettre à la besogne et écrire lui-même. Le roman « Les anges meurent de nos blessures » sera toujours son meilleur enfant. Il répéta ce discours comme une litanie dans le forum qu’organisa le quotidien Liberté et ailleurs. Ou encore : « …En Algérie je suis un nom…Ce n’est qu’un vulgaire Centre Culturel…C’est moi qui a apporté la notoriété à ce Centre ce n’est pas lui… »

    C’est la période d’un awlad arrogant, exécrablement prolixe mais traînant toujours le complexe d’un Sud encore mineur envers le Nord.

    Si on lit ces romans sans chercher le parfait c’est un passe-temps merveilleux. Mais si on aborde la lecture avec le désir de comprendre le sens des mots et suivre la trame avec minutie il y aura en premier un timide froncement de sourcils puis suivi d’une bouche en cul de poule et après la pose carrément du livre en s’exclamant « c’est quoi ça ! »

    Mais quand c’est quarante pays qui traduisent ses œuvres, des tirages à 600 000 exemplaires, rentre dans Le Petit Robert, on se dit qu’on doit être certainement débile, inconsciemment jaloux mais, surtout, absolument hors du rang! Mais alors pourquoi sommes-nous autant d’abrutis qui ne partagent pas la fierté d’avoir un compatriote universellement connu? Devrons-nous pousser la pernicieuse perfidie jusqu’à parler de pétrodollars…

    Pour un non préparé, trop de notoriété nuit à la rationalité comme la subite richesse nuit à la stabilité morale. Et dans la griserie de la célébrité, on s’oublie dans nos narcissismes et on s’astreint à aller toujours plus loin, toujours plus haut au risque de nous brûler les ailes. Et pour Khadra ce sera la présidence de l’Algérie. Ambition légitime et avenante dans un pays comme les USA où un figurant plus qu’acteur comme Reagan a réussi cet exploit grâce à la démocratie des urnes. Mais en Algérie ce ne peut être qu’un retour de service rendu au dictateur Bouteflika qui nomme le directeur du Centre Culturel Algérien à Paris. Un Bouteflika qui mise sur cette candidature qui drainerait les foules devant les bureaux de vote et de facto légitimerait le chiffre du plus de 80% de participation et autant de « oui » pour un quatrième mandat.
    Mais rendons justice à ce geste qui vous humanise et, tel l’albatros de Baudelaire, vous fait descendre sur terre et vous mêle à nous malgré vos ailes de géant qui vous empêcherons de marcher.
    En 2008, alors que votre nom n’était pas listé dans les nominés aux prix littéraires vous vous êtes indigné et l’aviez fait savoir par :
    « Disqualifié! Toutes les institutions littéraires se sont liguées contre moi. Ca n'a pas de sens ces aberrations parisianistes! Les gens pensent que ça a été facile pour moi de devenir écrivain. Ils n'ont rien vu de mon parcours. J'ai été soldat à l'âge de 9 ans ».

    Les prix littéraires doivent-ils récompenser l’œuvre de l’écrivain ou le parcours de celui-ci fût-il jalonné d’embûches !

    Qui êtes-vous ? Monsieur Mohamed Moulesshoul ou Madame Yasmina Khadra? Le chevalier d’Eon algérien ? C’est fort possible. Et vous travaillez pour qui et quelle est votre fierté ?

    Vous malmenez tous les canons de l’homme de culture qui s’engage contre la tyrannie des régnants, accompagne les malheureux, s’insurge contre tous les ostracismes et engage sa notoriété et sa vie pour les idéaux universels.

    Y. Khadra, Vous vous déifiez et vous nous faîtes mal.

    Vos écrits nous convient dans vos cieux mais votre comportement nous installe sur des strapontins figés sur la canopée des forêts blanches pour contempler vos empirées pendant que les affres du froid remontent de nos coccyx jusqu’à nos moelles.

  6. Un intellectuel juste et honnête ne saurait mentir à son peuple .Il s'en tient au devoir de vérité et ne cache pas son double jeu.Le champ politique est complétement vicié , la société est sous l'emprise idéologique et sectaire des chaouchou veillo-veilleurs du système et si on rajoute à celà l'aliénation des foules par l'argent de la rente , notre illuminé et candidat Don Quichotte des temps modernes veut lutter contre les moulins à vents pour atteindre les châteaux enchantés de la Présidence au milieu de la jungle et des champs d'opium.

  7. Une belle littérature Houria. Et pour mieux savourer toute l'affection aveugle que dégagent le sens qu'en disciple sans faille vous attribuez à vos mots, il ne vous reste qu'à nous narrer en l'alternant à la description, la vie des beaux Lièvres qui bondissent hors terrier et se perdent dans les étendues piégées de la Hmada de Knadsa!

  8. Un knadsi qui a renié ses origines africaine et bérbére,et éructe tout partout qu'il est arabe ,arabe,arabe…!pire que le bandit imposé par degaule et boukharouba président!

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