Nelson Mandela, le père de la nation arc-en-ciel, est mort

« Le pardon libère l’âme, il fait disparaître la peur. C’est pourquoi le pardon est une arme si puissante »: Nelson Mandela, mort jeudi à Johannesburg, avait résumé, en une phrase devenue mythique, la vision du monde et de l’humanité qui a fait de lui le dirigeant le plus populaire du XXe siècle.

Les hommages arrivent sans discontinuer en Afrique du sud. Le symbole de la lutte contre l’apartheid vient de rendre l’âme et le monde est en larme. 

De son vivant déjà, le prix Nobel de la paix 1993 était vénéré bien au-delà des frontières de l’Afrique. Pour avoir arraché son pays au régime raciste de l’apartheid, et renoncé à toute vengeance contre la minorité blanche, qui l’avait emprisonné durant vingt-sept longues années.

Qualifié un jour d' »icône mondiale de la réconciliation » par Desmond Tutu, l’une des hautes figures de la lutte anti-apartheid, l’ancien président sud-africain incarnait des valeurs d’autant plus universelles qu’il n’a jamais prôné ni religion ni idéologie. Juste un humanisme à l’africaine, profondément nourri de la culture de son peuple, les Xhosas.

Ni Lénine, ni Gandhi, celui que ses compatriotes appelaient affectueusement « Madiba », de son nom de clan, ne s’est jamais enfermé non plus dans une ascèse révolutionnaire. Jeune homme, il aimait le sport –-il fut boxeur amateur–, les costumes bien taillés, et entretenait joyeusement une réputation de séducteur.

« Loin d’assumer un rôle divin, Mandela est au contraire pleinement et absolument humain: l’essence de l’être humain dans tout ce que ce mot devrait, pourrait signifier », écrivit à son propos sa compatriote Nadine Gordimer, Prix Nobel de Littérature.

« Il a souffert et végété en prison pendant plus d’un tiers de sa vie, pour en sortir sans un mot de vengeance », dit Gordimer: « Il a supporté tout cela, c’est évident, non seulement parce que la liberté de son peuple est son souffle vital, mais parce qu’il est l’un de ces rares êtres pour qui la famille humaine est sa propre famille. »

Ses actes, magnifiés par de semblables hommages, ont fini par créer autour de Mandela une sorte de culte qu’il n’a jamais souhaité. « L’un des problèmes qui m’inquiétaient profondément en prison concernait la fausse image que j’avais sans le vouloir projetée dans le monde », dit-il lui-même un jour à un journaliste: « On me considérait comme un saint. Je ne l’ai jamais été. » « Sauf si vous pensez », ajouta-t-il non sans malice, « qu’un saint est un pécheur qui essaie de s’améliorer ».

Ségrégation raciale

Né le 18 juillet 1918 dans le petit village de Mvezo, dans le Transkei (sud-est) au sein du clan royal des Thembus, de l’ethnie xhosa, le futur leader de la rébellion noire est prénommé par son père Rolihlahla: « Celui par qui les problèmes arrivent ».

C’est son institutrice, conformément à la pratique de l’époque, qui lui attribue arbitrairement le prénom de Nelson, à son entrée à l’école primaire.

Rebelle précoce, le jeune Nelson commence sa vie par deux ruptures: étudiant, il est exclu de l’université de Fort Hare (sud) après un conflit avec la direction. Peu après, il fuit sa famille, à 22 ans, pour échapper à un mariage arrangé.

Et débarque, plein d’espoir, à Johannesburg la tumultueuse.

C’est là, dans cette gigantesque, dangereuse mais excitante métropole minière, que le bouillant jeune homme prend la pleine mesure de la ségrégation raciale qui segmente sa société. C’est là aussi qu’il rencontre Walter Sisulu, qui va devenir son mentor et plus proche ami. Et lui ouvrir la porte de l’ANC.

Peu à peu se forge une conscience politique et un goût pour le militantisme qui vont l’éloigner de sa première épouse, Evelyn, et le jeter dans les bras d’une pétillante infirmière de 21 ans: Winnie. Avec Walter Sisulu, Oliver Tambo et d’autres jeunes loups, il prend rapidement les rênes du parti, pour porter la lutte contre le régime blanc, qui a « inventé » en 1948 le concept d’apartheid: le « développement séparé des races ».

Après le semi-échec de campagnes de mobilisation non violentes, inspirées des méthodes du Mahatma Gandhi, l’ANC est interdit en 1960. Mandela, arrêté à plusieurs reprises, passe à la clandestinité, et décide d’engager le mouvement sur la voie de la lutte armée.

Capturé, il est emprisonné en 1962. Et bientôt envoyé au bagne terrible de Robben Island, au large du Cap. Pendant des années, sous un soleil de plomb, dans une poussière qui va endommager ses poumons à jamais, il casse des cailloux. Sans jamais s’avilir. Au contraire, il cherche à pénétrer l’âme de ses ennemis. En apprenant leur langue, l’afrikaans. En s’efforçant de comprendre et d’aimer leurs plus grands poètes.

Ni brisé ni amer

« Je savais parfaitement », note-t-il, « que l’oppresseur doit être libéré tout comme l’opprimé. Un homme qui prive un autre homme de sa liberté est prisonnier de sa haine, il est enfermé derrière les barreaux de ses préjugés (…) Quand j’ai franchi les portes de la prison, telle était ma mission: libérer à la fois l’opprimé et l’oppresseur ».

Vingt-sept ans plus tard, en 1990, le voilà libre. Ni brisé, ni amer. Et c’est en homme libre qu’il négocie pied à pied avec le régime à bout de souffle l’organisation d’élections enfin universelles et démocratiques.

Triomphalement élu président en 1994, il prône la réconciliation entre les races. Le film « Invictus » retrace l’épisode, glorieux, où l’on voit « Madiba » utiliser l’équipe nationale de rugby, symbole de la puissance blanche afrikaner, pour souder Noirs et Blancs dans l’euphorie partagée d’une victoire en coupe du monde.

Mandela, dont la vie fut accaparée par la lutte politique, n’a jamais réussi à mener une vie familiale « normale ». Mais, charmeur et facilement charmé, il rechercha toujours la compagnie des femmes, comme en témoignent maintes idylles et trois mariages.

Il eut six enfants de ses deux premières unions, deux filles et deux garçons avec Evelyn, deux filles avec Winnie. Trois filles lui survivent, ainsi que dix-sept petits-enfants et douze arrière-petits-enfants. Divorcé de Winnie, il s’était marié une troisième fois en 1998, le jour de ses 80 ans, avec Graça Machel, veuve de l’ancien président mozambicain Samora Machel, prononçant des mots touchants sur la grâce de tomber amoureux.

Symboliquement, la toute dernière apparition publique de « l’icône mondiale » n’avait pas été réservée à ses compatriotes, mais à l’humanité tout entière: il avait salué la foule le soir de la finale de la Coupe du monde de football 2010 en Afrique du Sud, en direct devant plusieurs milliards de téléspectateurs.

Avec AFP

11 commentaires

  1. Le poème préféré de Madiba :

    Dans les ténèbres qui m’enserrent,
    Noires comme un puits où l’on se noie,
    Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
    Pour mon âme invincible et fière,

    Dans de cruelles circonstances,
    Je n’ai ni gémi ni pleuré,
    Meurtri par cette existence,
    Je suis debout bien que blessé,

    En ce lieu de colère et de pleurs,
    Se profile l’ombre de la mort,
    Et je ne sais ce que me réserve le sort,
    Mais je suis et je resterai sans peur,

    Aussi étroit soit le chemin,
    Nombreux les châtiments infâmes,
    Je suis le maître de mon destin,
    Je suis le capitaine de mon âme.

    Repose en paix grand homme vous étiez, grand homme vous avez vécu, grand homme vous êtes parti.

  2. Et en 1999 , en annonçant son tab djenanou de la vie politique il a tout simplement exprimé sa sincérité dans ce qu'il exprimait de sa condition humaine , le caractère éphémère de la vie sur terre .

  3. Nelson Mandela est un grand homme, un homme de cœur, courageux, clairvoyant, il a su réconcilier
    son pays,malgré 28 ans passé dans les geôles du pouvoir raciste d 'Afrique du sud , il a pu faire renaitre l'espoir pour son peuple.Paix a son âme, nos condoléances les plus attristées a sa famille, ses proches et ses compagnons de lutte .C' est dommage pour notre pays qui a hérité de tout le contraire, un Bouteflika vengeur, imbu de sa personnalité, qui s'accroche au pouvoir,malgré une grave maladie, en entretenant la suspicion chez les algériens.

  4. Un noir disait on a une certaine epoqueheureusement revolue!!!!
    Un noir qui finalement donna une lecon au monde entier
    Quelle est loin la distance du sud au nord , tres tres loin , vraiment loin . Une distance qu'un noir a su prolonge avec son humanisme , sa bravour ,son honnetete, sa dignite ,son honneur ,sa franchise , son devouement , sa servitude et son amour pour sa nation ,son peuple et l'humanite toute entiere . Qui osera dire le contraire ? Le monde entier le pleurera , lui rendra homage et il restera dans l'histoire de la minorite reprimee qui aura marque son passage avec des lettres d'or
    Mon dieu que le cap est loin d'alger ? Hier soir a 21h cette distance s'est multipliee en un clin d'oeil , tres tres tres loin depuis hier soir
    Le prolongement de cette distance entre le cap et alger est a mediter par certain mortels agonisants deja a alger

  5. Un grand homme qui a sauvé son peuple que le bon dieu t'accueille dans son vaste paradis…..

  6. C’était un juste,un homme bien,dôté d’ une intelligence humaine exceptionnelle.
    Il a su imposé pacifiquement et intelligemment,encore une fois,une afrique du sud africaine mais avec une séve europeenne de modernité.
    IL n’était pas tombé dans les méfaits de la vengeance.Comme en algérie où les arabes du pouvoir se sont vengés sur tout ce qui n’était pas arabomusulman.Le résultat catastrophique est que l’algérie sombre dans un état de déliquescence effroyable.Les revenus pétroliers tiennent en perfusion les peuples d ’algérie ,sous une chape de plomb de misére ,d’humiliation et de sous développement.
    Il aurait fallu un mandela en 1962.Pour leur malheur l’algérie et ses peuples ont eu ,benbella,boukharouba dit boumedienne,chadli et le plus machiavele d’entre eux bouteflika et son clan arabe de tlemceniens.

  7. Nelson a consacré sa vie pour la liberté des autres.
    Seul contre tous, il était l'homme le plus libre de la planète pendant ses 28 années de prison.
    Il les a enfermés dans son cœur.
    Mandela a mené son combat avec ses propres armes, son regard et son sourire.
    Son regard et son sourire, sont venu à bout de l’apartheid.
    Ni arrogant, ni suffisant, ni méprisant, ni rancunier, ils les a tous libérés, opprimés et oppresseurs.
    Madiba a montré le chemin à suivre à tous les humains.
    Et Avant de partir Il a jeté tous les dictateurs et tous les oppresseurs dans les poubelles de l’histoire.
    Madiba Nelson Mandela est parti libre, comme il est venu, il a refusé de vivre et mourir en esclave.
    C’est un grand homme, Un exemple pour tous les humains.
    Madiba Nelson Mandela, né libre
    Il est mort libre.
    C’est toute la valeur de son combat.

  8. Prenez de la graine M. Bouteflika arrêtez votre apartheid comme le peuple Amazigh et en particulier les Kabyles .Vous avez encore la chance de sortir par la petite porte car la grande appartiens aux grands tels que Mandela.

  9. Il n'y a pas de reconciliation sans verite' et justice.

    J'espere que les khorottos qui nie l'afriquepour l'asie mineure, n'oseront pas salir sa memoire.

  10. Bonjour

    Imaginer un hypothétique parallèlle entre l'icône planétaire Mandela et un quelconque voyou neo-colon de l'Algérie post-autodétermination est injure et infamie.
    Peut-on comparer un ange au diable.??

    Mandela a fait "l'Histoire" de l'Humanité. Bouchlagham, P'ti Mario and Co Ltd
    ont fait "Des histoires" aux peuples d'Algérie.

    Mandela restera à jamais dans les cœurs.
    Les gangsters d'Oujda et associés seront maudits par ces mêmes cœurs.

    Repose en paix Madiba.!! Tu demeurera éternel dans nos cœurs.
    Condoléances les plus profondes et attristées à sa famille,au peuple sud africain et à
    l'Humanité entière.

    P'ti Mario, toi qui es né "Petit", tu as triché pour essayer de devenir "Grand".
    Tu demeureras éternellement "Petit".
    Dûr, dûr d'être "Petit" quand on est obsédé de devenir "Grand".!!
    Rabah Benali

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