Matoub Lounès, l’étoile qui interpelle

A chaque fois que je lève la tête vers le ciel de mon pays, la Kabyle, j’aperçois défiler des milliers d’étoiles. Mais les plus distinguées sont celles qui renvoient aux visages des martyrs de cette même Kabylie, lâchement assassinées par un Pouvoir odieux.

A chaque date anniversaire, l’étoile, dont le jour d’assassinat y correspond, luit davantage pour rappeler et interpeller. Ce jour du 25 juin, je distingue le visage lucide et clairvoyant de feu Lounès Matoub. Il est là et défile à travers tout le ciel de la Kabylie. Ferme et toujours engagée, l’étoile illuminée réclame en diffusant les rayons étincelants demandeurs de vérité. Matoub, par cette présence insistante, apostrophe et exige que la lumière soit fait sur son meurtre, car lui savait qu’il était tué à cause de son engagement pour la Kabylie, et aussi au motif de sa farouche opposition. Il savait que son verbe indomptable dérangeait à tous les niveaux. Mais pour les montagnes de Kabylie, pas question qu’il renonçât, même au prix de sa vie. « A3amriw, di durar aydal3amriw », disait-il.

L’artiste, chantre de la chanson engagée, du haut de sa demeure éternelle, observe avec regret les errements des uns. Mais aussi de son logis céleste, il regarde avec compassion la persévérance dans le combat des autres. Il se réjouit, tout sourire, quand l’action engage davantage le combat amazigh. Il s’inquiète, tout déçu, à chaque renoncement, démission ou abandon. Il veille sur le combat en éternel meneur.

Même absent, il demeure présent pour inciter au combat, à la lutte et au militantisme. Il suffit d’écouter l’une de ses chansons pour se ressourcer et animer la fibre kabyle qui coule dans le sang. Mort au summum de sa gloire, l’enfant terrible de la Kabylie, a tout légué. Il a offert une poésie dont le mot et le verbe sont intraitables. Il a produit une musique riche et parfaitement travaillée. Il a jalonné la lutte pacifique pour une démocratie effective. Il est et demeure toujours le symbole du combat identitaire. Il est, au fait, dans tous les domaines dont il excelle, l’idole qui ne meurt jamais.

Ignoblement, lâchement et abjectement assassiné, Matoub demeurera toujours vivant. Son étoile radieuse luira pour répandre l’idéale pour lequel il a été tué. Aux assassins d’enfants intègres, je dirai que la conscience Matoub est ineffaçable, voire inextricable d’un esprit lucide ! Et à cette triste occasion, c’est cette durable conscience qui m’interpelle pour dire non à la soumission, à l’allégeance, à l’abdication, au mensonge, à l’imposture. Vive la Kabylie et le combat continue.

Zoubir Zerarga

12 commentaires

  1. On reconnait la valeur d'un objet et autant plus d'un être qu'une fois perdu.
    Mais une personnalité tel que MATOUB est éternel comme cette terre qui cherissait THAMAZGHA LA NOBLE.

  2. Matoub Lounes ! Que la paix du Christ soit toujours avec lui ! Qu'il repose en paix pour l'éternité ! Je me rappelle de ce 25 Juin 1998, on sortait d'un diner mémorable chez Tabet à l'embranchement pour aller à Tala Hamza, j'en revenais pas ! Dommage ! Les cloportes ont eu sa peau mais son visage est ineffaçable, il est pour toujours notre porte-drapeau, qui pense Kabyle voit en premier ce guerrier avec pour arme son mandole et ses chansons aussi percutantes de vérités ! Des rues en France portent son nom, à Tizi Ouzou la place Matoub Lounes a été débaptisée par l'onm ! Faut-il encore tourner autour du pot ? Ferhat M'Henni est l'unique personne qui peut nous sortir de l'injustice, pour la survie de la Kabylie, la seule alternative est l'indépendance ! Repose en paix Lounes, bientôt les rues de Kabylie indépendante porteront ton nom ! Longue vie à Ferhat M'Henni !

  3. Ceux qui l'ont tué pensaient éteindre cette flamme qui alimentait les kabyles et tous ceux qui avaient soif de justice et de liberté, mais en réalité, il n'ont fait que la pereniser et augmenter sa candescence. La mort de Matoub a suscité l'emois même chez ceux qui ne faisaient pas partie de ses adeptes et dont je faisais partie. Moi qui était sceptique par rapport à sa façon de mener son combat, suis à ce jour choqué et attristé par son assassinat. Le fait qu'il soit mort avec une Kalachnikov à la main ne fait que renforcer la grandeur de cet homme. Son absence sur la scène politique kabyle est très difficile à supporter. Nous avons tous le devoir de veiller à ce que sa mort ne soit pas vaine. Repose en paix le rebelle!

  4. c'est toujours les meilleurs qui partent et les pourris restent personne ne les tuent c'est eux qui tuent et quand ils tombent malades ils meurent meme pas ils se soignent partout c'est comme ça dans ce foutu bled, oui vous l'avez dit monsieur Zoubir : une etoile c'est accrochée au ciel

  5. Au-delà d’un répertoire riche et percutant, au-delà des messages vifs et virulents à l’encontre de ce pouvoir de maffieux qui se comporte en terre conquise depuis 1962, c’est surtout la réplique sublime « je ne suis pas arabe et je ne suis pas obligé d’être musulman » qui restera, à jamais, gravée dans nos mémoires. Par sa vérité, cette répartie a percuté nos sens pour nous réveiller de la torpeur dans laquelle nous avaient plongé ces escrocs de l’histoire, ces falsificateurs de la génétique des peuples opprimés. Ces ignorants qui font d’un illettré un prophète et poussent la tromperie jusqu’à faire d’Allah leur associé dans l’œuvre de destruction diabolique de tout ce qui existe et respire sur Terre!

    Vivant tu étais un géant ! Mort, tu es devenu l’icône du berbère bienséant !

    Reposes en Paix Matoub ! Nous ne t’oublierons jamais ! Nous transmettrons le flambeau de ton combat jusqu’aux derniers souffles des enfants de cette terre meurtrie par des siècles d’invasions et de supercheries barbares !

    Ils peuvent encore nous tuer, et ils le feront, mais ils ne pourront empêcher « adhrar nath yirathen » d’être et de rester pour toujours « dhwin a3layen ! »

  6. C’est un véritable retournement de l’histoire. Après quarante-deux ans de règne de Mouammar Kadhafi qui avait mené une politique résolument anti-amazigh (« homme libre » en berbère), les députés ont élu mardi un Amazigh président du Congrès général national (CGN), l’Assemblée nationale chargée de rédiger une Constitution et de préparer de futures élections.

    Nouri Bousahmein, 52 ans, avait remporté les élections législatives du 7 juillet 2012 dans sa ville de Zouara et était depuis lors le secrétaire général du CGN. La ville de Zouara, à 100 % amazigh, située sur la côte ouest entre Tripoli et la Tunisie, ostracisée pendant des décennies, fut aux premières loges de la lutte anti-Kadhafi en 2011, tout comme l’ensemble des communes amazigh (de 5 à 8 % de la population libyenne).
    Gérer l’après Kadhafi

    « C’est une immense nouvelle pour les Amazigh », se réjouit Fathi N’Khalifa, président du Congrès mondial amazigh, également originaire de Zouara. « C’est aussi une bonne nouvelle pour tous les Libyens et pour la démocratie. Cela augure d’une Constitution à même de garantir les mêmes droits pour tous », ajoute-t-il tout en s’interrogeant sur le soutien des islamistes au nouveau président. « Que vont-ils réclamer en échange?? »

    Nouri Bousahmein succède à Mohamed Megaryef, acculé à la démission par une loi bannissant de la vie politique toutes les personnalités ayant collaboré avec l’ancien régime, pendant les quarante-deux ans de pouvoir du colonel Kadhafi (même si, en ennemi juré du colonel, il avait vécu trente et un ans en exil). Cette loi, qui devrait entrer en application sous peu, risque de concerner une vingtaine d’élus du CGN ainsi que plusieurs membres du gouvernement.

    Outre la délicate transition politique, Nouri Bousahmein aura à gérer le problème crucial de l’insécurité avec de nombreuses milices qui font la loi dans le pays. L’Union africaine s’est inquiétée mardi du fait que la Libye soit devenue « un refuge et un lieu de réorganisation » pour les terroristes.

  7. Matoub Lounes l'humain (pas l'artiste) était ce que l'on appelle un écorché vif, un "oulach z'har", un "yougui l'mektouv", un félin prêt à MORDRE la vie …si ce n'était cette "injustice du sort" faisant que l'homme ne sent malheureusement pas tout à fait homme quelques furent ses faits d'armes.

    S'en suivent des déceptions amoureuses, amicales …humaines. S'en suivent des engagements infaillibles et tenaces, des obsessions j'ai presque envie de dire. Il fallait bien s'accrocher à quelque chose. Ce quelque chose, aussi grandiose fut-il, aussi valeureux et valorisant ne put -en dépit de tout- l'extraire à ses démons " …thév3âgh el djebba dhél'kass… / …yéttfiyi zmane dhi srimass …/ …adh'hajragh ouliw yétchorr …" . Ainsi, l'homme forgea (dans la douleur) l'artiste. Un artiste complet, mais …

    Oui, il y a bien un "mais", demandez à Na 3êldjia (sa mère), elle vous dira, elle.
    D'ailleurs, l'artiste Matoub a bien emprunté à cette mère dont le verbe a souvent ému nos mères et grand-mères.

    La fin (de l'homme) ne pouvait être autrement plus emblématique. Boudjém3â Agraw le disait dans l'une de ses chansons " … i3âch our yéksiv, yémmouth our d'yédja …"

    L'autre Matoub que fut (d'une certaine façon) Baudelaire disait justement:

    La Mort des Artistes
    (dans "Les fleurs du mal: La mort")

    Nous userons notre âme en de subtils complots,
    Et nous démolirons mainte lourde armature,
    Avant de contempler la grande Créature
    Dont l'infernal désir nous remplit de sanglots!
    Il en est qui jamais n'ont connu leur Idole,
    Et ces sculpteurs damnés et marqués d'un affront,
    Qui vont se martelant la poitrine et le front,
    N'ont qu'un espoir, étrange et sombre Capitole!
    C'est que la Mort, planant comme un soleil nouveau,
    Fera s'épanouir les fleurs de leur cerveau!

  8. "Il faut atteler son char à une étoile " disait le poète P. Eluard. Une citation qu'il ne faut pas entendre au sens biblique mais au sens philosophique dans ce que l'homme peut rayonner autour de lui et donner aux autres . Il devient l'éclaireur , le modéle à suivre , l'étoile qui vous guide et vous montre le chemin quand tout vous semble impossible.

  9. La probabilite' que vous regardez le meme ciel a chaque fois soit 0, est probablement 1. Le bon dieu est en fuite… "Je n'ai pas tue' ma femme !", crie-t-il – voulant dire "ne faites pas pareil"

    Je me demande quand les algeriens commenceront aparler de leur pays etc. dans le future… et cette bande organise'e, armee et extrement comme la mafia et rien d'autre.

  10. Mr Yann arrête un peu de faire de Matoub un chrétien qui ne l'est pas, Lounes est un Kabyle et sa religion c'est nos montagnes (Idurar), On s'en fiche complètement de vous querelles religieuses. et pour les MAKiste arreter de mettre en avant votre religion la seul cause pour laquelle on doit mourir est une Kabyle laic et libre.

    Sans rancune…
    Un muslim Kabyle et qui est prêt a mourir pour la patrie kabyle et qui bougerais pas un seul doigt pour une religion telle quelle soit.

  11. La Chrétienté est née avec Jésus-Christ dans ce qu'on appelle aujourd'hui la rive ouest du Jourdain en Palestine comme l’Islam dans le désert de l’Arabie el le Judaïsme dans le Sinaï d’Egypte.
    Les Berbères et / ou Amazigh d’Afrique du Nord comme les Européens d’ailleurs plus tard ont usés et même parfois abusés de l’une et / ou de l’autre de ces religions a des fins pas toujours très orthodoxes. Ces populations jusqu’à aujourd’hui en important chez elles l’une ou l’autre de ces religions semblent ne pas avoir encore comprises que ces religions sont venus FONDAMENTALEMENT contre l’oppression, l’injustice et la haine de l’autre. Tout simplement.

  12. Comme l'a dit précédemment Kacem Madani, "Ils peuvent encore nous tuer, et ils le feront, mais ils ne pourront empêcher «adhrar nath yirathen» d’être et de rester pour toujours «dhwin a3layen !»". Restons fort et fidèle ! Et nous aboutirons à nos objectifs !

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