Elections législatives algériennes : pourquoi je voterai blanc

Le citoyen algérien le 10 mai 2012 aura trois choix : voter pour le candidat de son choix, voter pour aucun candidat, c’est à dire blanc ou s’abstenir. Pour ma part, je me déplacerai en tant que citoyen aux urnes mais je glisserai une enveloppe vide. Pourquoi ce choix personnel ?

Malgré ces discours d’un autre âge comme ce président de parti candidat irresponsable qui prône un taux de réussite de 90% au baccalauréat afin dit-il d’éviter le désespoir de la jeunesse, où de la majorité qui promette l’éradication du chômage sans taux de croissance, j’ai suivi les longs discours lassants et irréalistes des différents candidats dont bon nombre ont déserté les radios qui a laissé place à la musique, des meetings clairsemés que l’on essaie de remplir en vain, voulant montrer leur visage uniquement à la télévision, laquelle a évité tout débat contradictoire. Cela explique que la campagne se termine avec un désintérêt de la majorité de la population et ce dans toutes les régions du pays jamais connu même au temps du parti unique.

Tout le monde sait que les députés n’ont aucun pouvoir réel sinon comme par le passé de lever la main, comme acte de soumission, pour un salaire de 300.000 dinars par mois sans compter les avantages. Ils n’ont aucune influence sur la politique économique, sur le mode de gouvernance et sur le changement du fonctionnement de la société qui est la réponse stratégique si l’on veut mobiliser. La population algérienne désabusée, galvaudée par tant de promesses non tenues, en mal de repères avec ces discours contradictoires de responsables au plus haut niveau ne croit plus en rien. La facilité est de penser que c’est en pondant des lois que l’on change le fonctionnement d’une société, mentalité bureaucratique sclérosante, l’Algérie ayant les meilleures lois du monde que contredisent quotidiennement les pratiques sociales. Or, il s‘agit impérativement de mettre en place d’autres mécanismes de régulation du pouvoir politique et économique.

J’ai donc pu constater à l’instar de bon nombre d’amis, le bas niveau de la campagne électorale, facteur de démobilisation, qui au lieu d’affronter les véritables problèmes, politiques, sociaux, culturels et économiques et de livrer des solutions réalistes tenant compte de la transformation et de la crise multidimensionnelle du monde confronté à une crise durable, se livrent à des discours chauvinistes hystériques. Comme si certains candidats étaient les seuls nationalistes brandissant toujours comme ennemi l’extérieur alors que le mal est avant tout en nous, et se livrant à des promesses utopiques auxquels la majorité de la population algérienne confrontée à la dure réalité quotidienne ne croit plus. Cela explique face à une profonde injustice sociale, les revendications sociales pour un partage immédiat de la rente des hydrocarbures par le doublement du salaire immédiatement quitte à aller vers un suicide collectif. Ces candidats ne vivent-ils pas sur une autre planète en voulant vendre des chimères ? Sans avoir une vision de sinistrose car nous avons assisté à bon nombre de réalisations depuis l’indépendance politique, mais également à beaucoup d’insuffisances, il s’agissait de dresser une trajectoire pour l’avenir 2012/2020 du pays, tenant compte des bouleversements géostratégiques mondiaux à venir, mais nécessitant pour cela de dresser le bilan politique économique et social de 50 années d’indépendance sans complaisance lors d’un large débat national sans exclusive.

De l’avis de la majorité des rapports internationaux, le blocage en Algérie est d’ordre systémique avec des impacts mitigés de la dépense publique dominante et ce malgré une aisance financière jamais égalée depuis l‘indépendance politique où l’on dépense sans compter. La rente du pétrole s’épuisera dans 14/16 ans et celle du gaz non conventionnel dans 25 ans au moment où la population algérienne dépassera 40 millions d’habitants, les réserves de change dues à cette rente n’étant qu’une richesse virtuelle éphémère. L’urgence est un Etat de droit, (indépendance de la justice), une autre gouvernance, avec cette corruption socialisée qui met en danger la sécurité nationale, un changement profond dans la politique socio-économique, devant permettre un développement harmonieux conciliant l’efficacité économique et une profonde justice sociale, car les réformes à venir non évoquées par les candidats seront douloureuses devant être partagées dont le dégraissement de la fonction publique qui est plus gros effectif actuellement. Cette vision doit s’inscrire dans le cadre du Maghreb, pont entre l’Europe et l’Afrique. Sans les réformes structurelles, l’Algérie risque des tensions sociales de plus en plus vives, horizon 2015/2020. Où est donc la politique réalité hors hydrocarbures loin des discours chimériques, certains voulant nous ramener à l’ère soviétique suicidaire où en 2012, 98% sont le fait d’exportation d’hydrocarbures et important 70/75% des besoins des entreprises et des ménages? Peut-on parler alors du fait de cette extériorisation parler de véritable indépendance économique et politique.

Contrairement à ceux qui prônent le statut quo et le satisfecit pour continuer dans l’actuelle voie qui mène à l’impasse, en fait pour protéger les intérêts étroits de la rente au dépend de l’intérêt national, ces tensions ne peuvent que mener à une déstabilisation avec le risque d’une intervention étrangère du fait que la situation géographique de l’Algérie, aura pour impact une déstabilisation du bassin méditerranéen et du Sahel. Je ne le souhaite pas pour mon pays mais hélas, l’actuelle politique risque de conduire à cette situation d’où l’urgence d’un changement. Pourtant, je ne suis pas pessimiste quant à l’avenir de l’Algérie qui devra renouer avec les valeurs du 1er novembre 1954. Du fait des enjeux externes et internes, seul un rassemblement national, axé sur une profonde moralisation de la société, ce qui ne saurait signifier unanimisme, signe de la décadence de toute société incorporant toutes les sensibilités, peut permette à l’Algérie de devenir un acteur actif au niveau de la région euro méditerranéenne et de l’Afrique son espace social naturel. Etant issu d’une grande famille de révolutionnaires qui a tout donné pour l’indépendance du pays, n’ayant de leçons à recevoir de personne, c’est pour toutes ces raisons, que je voterai blanc le 10 mai 2012.

Abderrahmane Mebtoul, Professeur des Universités et expert international

7 commentaires

  1. Moi, je n'irais pas voter parceque si je vote blanc,c'est que j'ai voté et c'est ce que cherche le pouvoir.
    en clair ma voix servira à la repartition des quotas,si tout le monde vote blanc,le pouvoir fera sortir un taux bien gonflé,il suffit pour lui de remplir les bureaux de vote,la fraude c'est son affaire,une machine bien huilée!
    si tout le monde s'abstient il n'y aura rien à partager,et c'est la meilleure maniere de dire à ce pouvoir,que je n'accepte pas sa mascarade et que je ne serais pas le dindon de sa farce

  2. Monsieur Mebtoul vous dites et expliquez cette situation depuis très longtemps déjà, parfois avec des détails d’argument de grande lucidité intellectuelle. Je partage toujours vos précieuses analyses. Mais là, je vous arrête. Quand vous avouez que vous allez aux urnes pour voter blanc, vous levez en même temps un drapeau blanc, parce que vous aurez du coup cautionner, dans une sorte de flagrant abandon, une démarche dictatoriale dans laquelle les populations n’ont pas été concertées. Autrement dit le Pouvoir vous appelle et vous répondez présent. Et ça intellectuellement je crois que ce n’est pas bon.

  3. Voter pour quoi faire ? Tous les candidats et tous les partis en course sont de purs opportunistes des khoubsistes comme on dit chez nous. Aucun de ces candidats pochette surprise n'est capable de résoudre les problèmes des algériens, ils sont tous la, en cas d'élection, prêt à se partager la dépouille de l'Algérie. Ils commenceront d'abord par répudier la mère de leurs enfants, renieront tout et même n'importe quoi, ils feront des affaires et basta.

    Messieurs les candidats l'Algérie a besoin de démocratie et vous n'êtes pas des democrates. L'Algérie a besoin de restaurer la justice avec un grand J et vous n'êtes pas capables.
    L'Algérie a besoin de créer un tissu industriel pour créer de vrais emplois rémunéres sur la qualité du travail.
    L'Algérie a besoin d'appliquer les textes de lois et, de les appliquer pour tous avec le même rigueur et surtout pour les élus.

    Lorsque ces postulants au pouvoir auront compris qu'il faudra rendre des comptes aprés chaque mandat et, qu'ils risquent la prison en cas d'abus de biens sociaux, de détournements de l'argent ou de son utilisation à des fins personnelles ou partisanes et, surtout si leurs bilan est négatif il devront non seulement justifier leur choix et répondre devant la justice qui doit être indépendante. L'indépendance de la justice suppose qu'un magistrat doit irréprochable, car il devra répondre lui aussi de ses actes et de ses décisions.
    Comme on est loin de la probité exigée , alors l'Algérie continuera à aller vers le mur.

  4. Pourquoi je ne voterais pas:

    Mr Mebtoul, qui n'a pas envi de voter et de choisir ses représentants dans toutes les assemblés régionales ou nationales. Mais votre choix de voter blanc est ambigu. Vous savez bien que le pouvoir en place veut faire que du chiffre, on n'en veut pas de ça. On leur redonne encore 5 ans de légitimité qui va noircir encore un peu plus le tableau que vous venez de décrire.
    Personnellement j'ai voté une fois par contrainte, étant sous les drapeaux. Mais ce qui m'a le plus frappé, c’est que le vote , s'est déroulé au niveau de la caserne le plus normalement du monde, il y avait même un islamiste qui est venu contrôler le déroulement du vote, j’étais de permanence ce jour là. J’ai eu les résultats officieux de la part de l'officier de sécurité, 9 voix pour Saïd Saadi, tout le reste pour Zeroual. Mais ce que je ne comprenais pas, pourquoi la boite est resté plus d'une semaine dans le bureau de l'officier? Voila pourquoi avec cd genre d’omerta et de camouflage, les gens ne font plus confiance à ce pouvoir, il faut changer les règles du jeu. Ce n’est pas la faute au militaire non plus, lui il ne fait qu’obéir aux ordres.
    Le peuple a perdu tout espoir de voir un jour changer les choses par les urnes à cause du traficotage des résultats mais j'avoue que globalement le vote se déroule le plus normalement dans les bureaux. Le pouvoir a besoin de savoir la force des partis politiques pour les casser par la suite, à l’image du fis en 91, à l époque Madani et Belhadj recevaient directement leurs ordres de Ben Laden qui s’est installé au Darfour (Soudan). Et c’est lui-même qui leurs dicte les slogans de campagne.
    Je fais le pari avec les internautes que les observateurs de L'UA, LA et EU vont discourir dans ce sens, « que le vote est propre" dans tous les bureaux de vote visité, le 11 Mai prochain, parce qu’ils ne comprennent pas que tous se passe à Alger, pas au niveau des bureaux de vote ».
    Voici quelques points qui font fuir l’Algérien du vote :

    1. Les listes électorales non consultables.
    2. Des boites transparentes avec un compteur mécanique intégré pour suivre au temps réel, le taux de participation, sur ce point l'Etat peut changer les boites de 62 avec des fonds doubles.
    3. Le choix des candidats et les feuilles de vote, certains candidats, de certains partis sont déjà distribuées à qui de droit.
    4. Les rapports envoyés par les wilayas, les communes doivent être consultables après le vote ce qui permet à tout le monde de comparer les résultats.
    5. Les candidatures de certaines catégories de personnes. Niveau d'études, âge, sexe, ….
    6. Le rôle de l’assemblé qui n’a aucun poids devant le gouvernement qui sort de la majorité justement, une aberration pour avoir un contre pouvoir législatives.
    7. Les corps constitués qu'on inscrits sur deux registres différends, moi étant émigré depuis une dizaine d'années, mon nom sort toujours sur le listing de la commune, si vous avez 2 millions d'émigrés inscrits sur deux listes à l'étranger et la commune de résidence, ça peut fausser les résultats, idem pour les corps constitués. Ce qui nous renvoi au premier point, consultation des listes électorales

    8. Limitation des mandats, et multiplication des affaires dues à l'immunité du député, donc suppression de l'immunité en cas de poursuites judiciaires.
    9. Obligation de tenir une permanence au niveau de chaque localité du député, sinon un député qui ne sort pas de l'hémicycle, la loi ne sortira pas de sitôt, suivre sur le terrain l’application des lois pendues à l'hémicycle et resté en contact avec la population.
    10. Un gouvernement de transition qui va préparer le terrain pour une constituante, qui vont préparer les élections présidentielles par la suite. Pour cela le rôle du ministère de l’intérieur sera contrôlé par une cellule de transition.

    Voici quelques points que je pense vont améliorer la confiance de l’Algérien vers son élu, sinon ça ne sert à rien de refaire les mêmes erreurs du passé, je ne sais pas pourquoi certains partis politiques ont accepté de participer sans un minimum de garantie.
    Que tous les Algériens, fassent que le 10 mai, le jour du départ du système par une large adhésion à dire non à ces arnaques du pouvoir qui se suivent et se ressemblent pour annuler ces élections de la honte. Annulation pure et simple des élections avant que ça soit trop tard sur les 5 années à venir.
    Pour ce qui des programmes de nos futurs députés laisse moi rire, il y a mêmes de candidats qui promettent de financer les mariages pour les jeunes, sans logement et sans travail. D'autres qui nous promettent la lune, aucune assise, aucune structure, aucun discours cohérant, ils nous rabâchent du matin au soir qu’il faut aller voter le 10 Mai, c’est ça leur programme ! mais ils ne se sont jamais posé la question pourquoi les Algériens boudent de plus en plus les élections ?
    RM.II Technical Manager

  5. Mr Metboul vous faites erreur en allant voter blanc, votre discours est plein de contradiction, en incitant pour le vote blanc, vous prenez ouvertement parti pour le régime, malgré votre beau discours, mais on gratte le verni de celui-ci, il est plus que contestable, il se veut un discours incitatif à aller voter, pour pousser les algériens à aller voter contre leur volonté, c'est une aubaine pour le régime, ce qui intéresse ce dernier ce sont les caméras qui filmeront les citoyens algériens entrain de voter, et cela c'est bon pour le régime, c'est exactement cela que souhaite le pouvoir criminel, voir du monde dans les bureaux de vote. Aller voter blanc c'est tout comme aller voter pour le régime qui vous le savait n'a jamais eu l'intention de d'organiser des élections transparentes, sous un tel régime aller voter même blanc serait de le cautionner, même les observateurs étrangers n'auront pas accès aux urnes, et je doute de leur impartialité, parce que pour l'occident qui a dépéché ses observateurs, seuls ses intérêts comptent, il n'est pas de l'intérêt des occidentaux de voir s'installer un régime transparent et démocratique en Algérie. Allez revoir votre copie monsieur Metboul, et cessez de prendre le peuple algérien pour un imbécile.

  6. je n'ai meme pas eu legout de lire le texte!!!rien qu'a l'enoncé du titre ,j'avais compris que mister mabtoul nous a tous roulé dans la farine et que lui roule reellement pour le pouvoir!!!!!! les amis vous ont bien repondu ici: man votiwch..ni vert..ni rouge..ni blanc…bouref et sa clique sonr paniqués par l'abstention..ils sont entrain de pourrir tout leurs "chiens"…de ksentini .a ghlamallah..en passant par l'imam de medine et tacfarins…..la fete du 10 mai se fera sans invites!!!!! oulach…oulach…

  7. Bonjour Monsieur Mebtoul,
    Comme beaucoup d’internautes, il m'a fallu beaucoup de courage pour lire la totalité de votre article. Je veux juste vous dire que l'intervention étrangère dont vous avez peur est déjà en place en Algérie depuis belle lurette.
    Voter « blanc », c'est reconnaitre que les élections seront propres. Ce qui, vous le savez, est faux.
    Le pouvoir actuel qui agite la menace de l'intervention étrangère fait tout pour qu'elle ait lieu.
    A chaque fois qu'une frange de la population sort pour revendiquer ou protester il répond par le " bâton". Il n'a aucun respect pour ses propres lois. Il n'a peur que du "bâton" de l'OTAN.Et vous voulez nous faire croire qu'il est prêt à écouter le peuple ?
    Celui qui gère par le bâton n'a peur que du bâton … Il n'a peur d'aucun bulletin de vote. Si la démocratie consiste à écouter son peuple, je vous renvoie aux vidéos de Tarek Mameri postées sur Youtub pour vous faire une idée de ce que pense notre jeunesse.
    http://www.youtube.com/watch?v=3daUygOOGlg&feature=related
    Si par contre vous êtes vraiment convaincus que « voter » va éviter un cataclysme et une instabilité régionale, alors ne votez pas blanc, assurez plutôt le coup et voter pour un des partis du système garant d’une stabilité certaine … Il n'y'a pas de politique en dehors des réalités Monsieur Mebtoul. Seule une démarche citoyenne en phase avec le peuple pourra sauver notre pays d'une intervention étrangère ou d'une implosion. Car si vous estimez que ce scrutin pourra éviter une intervention étrangère, vous devez reconnaitre qu'il n'évitera pas une implosion.
    Arezki.

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