Ben Bella-Bouteflika : du château d'Aulnoy à l'hommage national

Entre Bouteflika et Ben Bella c’est une longue histoire de compagnonnage, de brutale séparation et de retrouvailles au soir de leur vie.

Tout a commencé au Château d’Aulnoy (France) où étaient détenus Boudiaf, Bitat, Aït Ahmed, Ben Bella et Mustapha Lecheraf. Le capitaine Abdelaziz Bouteflika a été chargé par le colonel Boumediene, chef de l’état-major général, de sonder les prisonniers pour un éventuel ralliement à leur cause contre le GPRA. Après avoir consulté les prisonniers, seul Ben Bella a accepté de soutenir l’EMG.

Au lendemain du cessez-le-feu, le colonel Boumediene accueille les illustres prisonniers à Ghardimaou. Très vite, l’alliance prend forme. Ben Bella annonce la couleur et commence à critiquer le GPRA. Fin juin, il dénonce quelques mois plus tard la décision de Benkhedda de dissoudre l’EMG.

Ben Bella et Bouteflika se sont retrouvés au sein de ce clan militaire qui a pris le pouvoir en 1962. Les moudjahidine de l’intérieur (wilaya III et IV) et le GPRA sont balayés par la force en quelques semaines. En septembre 1962, Ben Bella est élu président. Le mandat est d’un an seulement, comme d’ailleurs la première assemblée. L’alliance qui a porté Ben Bella au pouvoir éclate à l’épreuve des contradictions qui la caractérisent. Mohamed Khider rejoint l’opposition, Ferhat Abbas claque la porte de l’assemblée.

En froid avec le colonel Boumediene et tous les hommes qui l’entourait Ben Bella a commencé à les écarter un par un. D’abord Ahmed Medeghri, le tout puissant ministre de l’intérieur est poussé à la démission, puis c’est Kaid Ahmed qui quitte le gouvernement. Cherif Belkacem est aussi limogé de son rang de ministre de l’Orientation regroupant sous son aile l’Information, l’Education nationale et la Jeunesse. Ben Bella qui était président de la République, chef de gouvernement, et secrétaire général du FLN, élargit ses prérogatives en décembre 1964 en s’appropriant les portefeuilles de l’Intérieur, de l’Information et des Finances.

Le 28 mai 1965, Ahmed Ben Bella s’attaque à l’autre membre du clan d’Oujda, Abdelaziz Bouteflika, à qui il ôta le portefeuille des Affaires étrangères. Le tout à la veille de la Conférence afro-asiatique qui devait se tenir à Alger fin juin de la même année. Bouteflika alerta Boumediène sur les desseins de Ben Bella. C’est en trop pour le clan d’Oujda. Ses membres les plus influents sont un à un écarté des centres du pouvoir. Ne reste alors que le colonel Boumediene qui tient le ministère de la Défense et les services secrets. Mais il n’y avait pas que ces limogeages en série. L’accord conclu avec le FFS pour la fin de la guérilla que ce mouvement menait en Kabylie depuis février 1964 a sans doute été déterminant dans la décision du clan d’Oujda de renverser Ben Bella.

Certains subodoraient d’ailleurs qu’une fois la conférence afro-asiatique terminé, Ben Bella allait s’attaquer à Boumediene. Il comptait libérer Hocine Aït Ahmed pour l’intégrer ainsi qu’un certain nombre d’autres leaders dans le gouvernement.

Le clan se sent acculé, et se prépare à la contre-attaque. Les réunions se multiplient chez le colonel Houari Boumediene. Parmi les hommes qui ont participé au complot, il y avait bien sûr Houari Boumediene, Abdelaziz Bouteflika, Cherif Belkacem, Tahar Zbiri, Saïd Abid, Ahmed Draïa, Salah Soufi et Abdelaziz Zerdani. En quelques jours le consensus pour le renversement de Ben Bella est atteint.

Trois jours après la publication des accords avec le FFS, Ben Bella est arrêté chez lui dans la nuit du 19 juin. C’est le colonel Tahar Zbiri qui a été chargé de le réveiller pour l’arrêter. Ce même colonel en lequel Ben Bella avait confiance et qu’il avait désigné chef d’état-major.

Après trois ans de liberté et deux ans à la tête de l’Algérie, Ben Bella retourne au trou. Pour 14 ans cette fois. Houari Boumediene avait promis un livre blanc sur Ben Bella, mais il n’en fut rien. Il ne retrouvera la liberté qu’après la mort de Boumediene. C’est le président Chadli qui le libère. Ben Bella rejoint l’exil où il créé le Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA). En 1985, il se rapproche de Hocine Aït Ahmed avec lequel il signe la plate forme politique appelée « les accords de Londres ». C’est Ali Mecili qui est derrière ce rapprochement entre les « frères ennemis ».

En septembre 1990, il rentre en Algérie. Ben Bella participe en janvier 1995 à la rencontre de Sant’Egidio avec Anouar Haddam (FIS dissous) Abdelhamid Mehri (FLN), Aït Ahmed (FFS), Djaballah, Louisa Hanoune (PT), Ali Yahia abdennour, etc.

En 1999, avec l’arrivée de Bouteflika au pouvoir, les deux hommes se sont réconciliés. Ben Bella apporte sa caution pour la réconciliation nationale. Et Bouteflika intervient pour que Ben Bella prenne, en 2007, la tête de la Commission des Sages africains, chargée de la prévention et solution des problèmes du continent noir, il avait dirigé une ultime réunion l’an dernier à Alger.

Pour lui rendre un dernier hommage, le président décide un deuil national de huit jours et met tous les services publics en alerte. Après une timide dépêche mercredi, l’APS a réalisé un dossier à partir de jeudi sur la vie de Ben Bella, la Télévision rivalise également d’hommages.

Sofiane Ayache

Rédaction
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10 commentaires

  1. Les chateau de France nous ont bien gâté en symboles et autres hommes d'état. Dorénavent ce sont les tentes d'Arabie qui prennent le relais.
    Autant on peut respecter, sans la partager, l'orientation arabiste d'un Messali, autant les alliances avec les puissances étrangères, notamment l'Egypte, pour liquider les compagnons de lutte et s'accaparer le pouvoir resteront pour l'éternité dans le régistre de la trahison et du grand crime. Et à ce titre, Ben Bella, Bururu et Bountef auront leur place dans le chapitre de ceux qui ont liquidé des révolutionnaires qui descendaient des maquis, épuisés, lessivés jusqu'à la moelle.

  2. "Sonder les prisonniers pour un éventuel ralliement à leur cause contre le GPRA. Après avoir consulté les prisonniers, seul Ben Bella a accepté de soutenir l’EMG". Un traître a été choisi..
    "Ben Bella et Bouteflika se sont retrouvés au sein de ce clan militaire qui a pris le pouvoir en 1962"
    Heureusement que la mort existe.

  3. Les loups ne se mangent pas entre eux et surtout quand ils sont du même terroir!c'est le même bonhomme qui a destitué Ben Bela en 1965 avec Boukharouba et c'est lui qui décrète le deuil de huit jours!Le clan d'Oujda est capable des pires exactions et dérives !ils n'ont aucun scrupule!

  4. Quelle vie! À quoi ça sert de vivre plus de soixante-dix ans ? Si toute sa vie on la passe à comploter magouiller et trahir. Voilà une vie exemplaire, celle de boutef. Pleine d’hypocrisie, de cupidité, d’insolence, de tromperie, d’Arrogance, de haine et de mépris. La mort de benbella à révélée le vrai visage d’un type sans scrupule aucun, qui sans aucune honte parle de son ancien prisonnier (benbella) en héros, militant, et ami. Comment peut-on mettre en prison ? Pour 14 ans en 1965, un homme qu’on qualifie cinquante ans après d’ami. La traitrise n’a pas de limite, et la lâcheté est le de tous les vices et pêchés. Benbella avait déclaré qu’en 1956, les cinq allaient finaliser les négociations qui devaient mettre fin à la guerre d’Algérie, des négociations entamées en 1955.Et dire qu’Abane à été exécuté à cause de ces négociations même. Ces négociations auraient évité plus de mort et permis aux algériens de vivre en paix sans le clan de malheur de boutef, le dit clan qui n’avait aucun intérêt a ce que les négociations aboutissent. Ce clan de malheur étaient contre les négociations de 1960, car le clan n’était pas prés a prendre le pouvoir en Algérie. Et ce Clan de malheur faisait trainer les négociations tout en affaiblissant le GPRA le FLN et l’ALN. Le Clan de malheur boutef&co ainsi que Les partisans de l’Algérie françaises (pieds noirs juifs harkis) étaient contre les négociations de 1955 et celle de 1960. Ces deux entités ont le même objectif, l’Algérie reste française ou elle sera détruite. Le clan Boutef&co à miné l’Algérie et fait tout pour la détruire.les islamistes hypocrites que sont les frères musulmans vont finir le boulot et rendre l’Algérie a nouveau française. Les nouvelles lois que préparent ces fous d’aboujerra vont permettre à la France de jouir de l’Algérie et d’asservir les algériens une nouvelle fois. Un complot terrible contre l’Algérie est en marche pour mettre à genoux les algériens. Les protagonistes de ce complot sont les radicaux pieds noirs, les harkis et le clan boutef&co. Boutef ne souhaite qu’une chose avant de mourir, voir les colons revenir en Algérie, Un vœu pieu que, les frères musulmans vont réaliser pour ses beaux yeux ou ceux de son frère boutef S. A tous nos martyrs revenez avant ce fatidique 10 mai 2012, Votre Algérie est en danger de mort. Des Voyous, faussaires usurpateurs, imposteurs, menteurs et lâches ont pris le pouvoir en Algérie depuis cinquante ans avec des intentions diaboliques. Vous qui êtes au ciel priez pour nous et demandez à dieu de nous délivrer du clan de malheur boutef&co. Nous, nous sommes devenus plus lâches et plus minables que les lâches et minables qui nous gouvernent, car nous avons trahi les martyrs qui ont sacrifié leurs vies pour que nous puissions vivre dans la dignité.

  5. Le pouvoir a falsifié l'histoire de l'Algérie,sans doute les hommes qui nous ont gouverné pendant 50 ans non aucun lien directe avec le déclenchement de notre glorieuse révolution;alors il fallait éliminer de nos manuels scolaire et livres d'histoires les noms de Ben Bella, Ait Ahmed, Krim Belkacem, Khider, Boudiaf et autres,pour les remplacer par Benbadis Ibrahimi, Bouteflika qui n'a jamais affronter une patrouille de l'armee francaise tout comme Boumediene.

  6. Avant mars 62, l'actuel président algérien s'est déplacé à Aulnoy avec un passeport marocain.

    Il n'a pas rencontré tous les prisonniers mais juste Ben Bella; qui d'ailleurs comme par hasard le premier prisonnier politique libéré par la France coloniale le 18 mars 62, a la veille de la signauture des accords d'Evian qui sont paraphés par le seul Krim Belkacem, qui est du GPRA non reonnu par la France.
    La veille du coup d'etat, Bouteflika avait acceuilli à sa descente d'avion le premier président de l'Algérie indépendante, il vient de participer à un match de gala avec Pele à Oran.
    Le jour d'aprés Zbiri l'a reveillé en pleine nuit, Ah nos mercenaires qui se la joue au nationalisme arabe.
    Pour ce qui est du coup d'Etat, c'est avec l'aval de certains services secrets en l'occurrence la CIA que Boumediéne est passé à l'action, par rapport aux jeux malsains de De gaulle sur les non alignés.
    Ben Bella, soutenu par les services secrets égyptiens, et on a connu la suite Des Fethi le chacal et les autres.
    Lire le rapport du Général (CR) Maurice Faivre sur L’ALN extérieur face aux barrages frontaliers. Et l'armée des frontiéres.

    http://www.stratisc.org/rihm_76_faivrewps.html

  7. Un hommage national en grandes pompes qui remet au goût du jour le culte de la personnalité à la soviétique que l'on voue à des personnages historiques qui ne ratent pas l'occasion pour se congratuler obsèquieusement avec des petites frappes dans le dos comme s'ils étaient les seuls à se sacrifier pour ce pays et les seuls à concrétiser la libération du pays du joug colonialiste. Un culte de la personalité en plus sélectif et partial qui a fait que même leur compagnon de lutte comme Chérif Belkacem et tant d'autres sont mort dans l'anonymat parceque le pauvre bougre a eu l'outrecuidance de s'opposer à l'intronisation de Bouteflika en 1999. Les temoignages de Ferhat Abbas et de Mohamed Boudiaf sont éloquents à plus d'un titre et resteront des références historiques pour connaitre les quatres vérités sur la prise pouvoir par Ahmed Ben Bella en 1962 . L'un avec la sentence testamentale de son livre :" Algérie , indépendance confisquée " et l'autre avec sa question dramatique et toujours d'actualité : "Ou va l'Algérie? " On voudrait aussi connaitre aujourdhui les vraies raisons qui ont poussé les présidents Ben bella ,Chadli et Bouteflika à condamner et mettre au poteau le plus jeune colonel de notre révolution ,le colonel chaabani .

  8. Cest lui le grand auteur du" fleuve detourné"…introduction de l'idéologie faschiste arabo-islamiste au pays des Berberes (alors que lui même était marocain de la tribu des aith bella!!!)..assassinats politiques et le diable qui l'a intronisé continuera le massacre de l'algerie en approffondissant une macabre descente aux enfers pour ce pays maudit qu'est l'Algerie!

  9. En Algérie l'hypocrisie politique est érigée en loi : on emprisonne une personne, on la pousse à l'exil , on la tue et après sa mort, on se met toutes et tous à le pleurer et à vanter ses mérites en allant jusqu'à graver son nom sur un boulevard ou un édifice public.

  10. Ben Bella-Bouteflika : du château d'Aulnoy à l'hommage national autrement dit du trou au trou

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