La guerre d'Algérie : silence à Alger, animation à Paris

Un demi-siècle de l’indépendance, ça se fête normalement. On prépare des films, des livres, des débats.

Hélas, pendant qu’en France, historiens, écrivains, journaux, associations d’anciens soldats, anciens harkis, pieds-noirs et officiels, on s’agite pour rappeler, donner leur version sur la guerre d’Algérie, selon leur vision, en revanche dans notre pays, c’est le silence radio. Le black-out. Comme si le régime veut faire passer sous silence le 50 e anniversaire de l’indépendance. Il y aurait bien une commission présidée, selon certaines sources par Ahmed Ouyahia pour organiser les festivités, mais les Algériens sont tenus à l’écart de cet événement majeur de la construction de l’Algérie moderne. Que cache le peu d’enthousiame affiché jusqu’à maintenant par les autorités ?

Par ailleurs pourquoi c’est Ouyahia en personne qui est chargé de diriger cette fameuse (fumeuse ?) commission de célébration de l’indépendance ? N’y a-t-il donc plus un homme capable pour mener cet événement comme il se doit ? Ou alors, le pouvoir ne veut pas par là qu’il soit débordé par l’événement… D’ailleurs l’intervention d’Ahmed Ouyahia dans la polémique franco-turque suggère une entente entre autorités algériennes et françaises pour éviter les vagues et autres débats polémiques sur la terrible guerre d’indépendance. A ce titre, il devient manifeste que le régime en tant que tel n’est pas très enthousiate à organiser quelque grand événement pour célébrer un combat auquel son personnel est demeuré étranger.

En France, on se rappelle

Eh oui, pendant que nos officiels ergotent, que notre ministre des moudjahidines se répand en déclarations sans lendemains, en France, on se souvient de ce qui s’est passé en Algérie. On commence à imprimer à l’événement la lecture toute française de la dernière guerre coloniale menée par ce pays. Cinquante ans après la guerre d’Algérie, le Forum des images commémore le conflit à l’aide de fictions et de documentaires, du 24 janvier au 2 février à Paris. La programmation prend en compte les points de vue des deux côtés de la Méditerranée. Dès ce début d’année de commémoration, 50 ans après, le Forum des images à Paris ouvre un cycle de rétrospectives et de conférences autour des images de la Guerre d’Algérie, de part et d’autre de la Méditerranée et des fronts.

Du 24 janvier au 2 février, l’institution (aux Halles) prévoit un programme de fictions, documentaires, archives militaires et civiles, témoignages souvent rares et tus, captés depuis cinq décennies sur les rives françaises et algériennes de ce conflit de huit ans.

Les Accords d’Evian, le 18 mars 1962 en Haute-Savoie, firent cesser le feu et leur approbation en avril par les Français de métropole signèrent officiellement la fin du conflit et le grand départ pour les Français d’Algérie. Pour l’Algérie, Evian ouvre la voie à l’indépendance, proclamée le 5 juillet. C’est à cette mémoire que le Forum rend hommage avec ses projections et les très nombreux conférences et débats, les cinéastes et les historiens qui les accompagneront.

« Le temps est venu de considérer ces images comme des sources autant que comme des éléments de transmission et de témoignage« , justifie Jean-Yves de Lépinay, directeur des programmes du Forum des images, soucieux de ne pas rentrer dans « une concurrence des mémoires« . « Le constat, 50 ans après, c’est que, comme souvent, ce conflit fut un immense gâchis dont beaucoup sont sortis fracassés« . Il a donc évité les montages historiques typiques des commémorations pour privilégier les points de vue et les paroles, militantes ou intimes.

« Il existe énormément d’images contemporaines du conflit, et l’idée que le cinéma a peu traité de ce conflit est fausse: beaucoup de grands talents l’ont évoqué en creux« , soutient M. de Lépinay, citant Muriel d’Alain Resnais ou Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy.

Et depuis, on n’a jamais cessé de filmer: de Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier tourné pendant la guerre, à La Guerre sans nom de Bertrand Tavernier (1991) et Hors-la-loi de Rachid Bouchareb (2010).

De nombreuses personnalités seront invitées à en témoigner devant le public et les points de vue se confrontent d’une rive à l’autre, au gré de la programmation: en soirée d’ouverture, Jacques Charbit raconte l’Algérie d’après-guerre dans Une si jeune paix ; puis Malek Bensmaïl revisite, un demi-siècle après, le village des Aurès cible du premier attentat anti-français en 1954, dans La Chine est encore loin (2007). Au passage, rappelons qu’un coffret de plusieurs documentaires, sous le label Ina éditions, de Malek Bensmaïl va être mis sur le marché début février en France.

Tandis qu’Olivier Py, l’homme de théâtre, voyage avec Méditerranées dans la mémoire familiale qui garde l’Algérie – et la douleur du départ – au coeur, loin du folklore auquel le cinéma a souvent cantonné les pieds-noirs.

L’INA a ouvert ses archives, l’armée vient à deux reprises commenter les siennes. Le retour sur images va enfin commencer autour des thématiques les plus diverses, insiste Jean-Yves de Lépinay: les fronts, les civils, les appelés, la guerre en métropole, les combats (comment étaient-ils filmés), la figure de « l’Algérien », les combattants, les harkis…

Face à cette ambition, la pluralité et la diversité, le Forum des images regrette le manque de réponse des archives algériennes. Mais un sociologue algérien, Belkacem Mostefaoui, fera le voyage pour raconter comment l’Algérie commémore cette guerre. A noter enfin, le 25 janvier, deux séances de « films de familles« , français et algériens.

Y. K./AFP

7 commentaires

  1. Commémorer quoi ? Un soulèvement populaire contre l’oppresseur ? L’histoire se répète, ces gens du pouvoir ne se reconnaissent pas dans l’évènement, ce qui compte c’est ce qu’ils ont fait eux (rien) si ce n’est que dégradation, viol de lois algériennes, viol de la constitution, vols, dilapidation des biens de ce pays qu’ils vendraient au premier passant par là.
    Fêter l’évènement de l’indépendance de l’Algérie risque de drainer des foules et si cela se transformais en une gigantesque manifestation contre le pouvoir ? Cela risque d’aboutir à une re-libération du pays, comprenez bien le pouvoir, ce pouvoir a peur de la rue c’est a hantise, il peut maitriser une frange de la population qu’il peut enfermer dans une caserne pour les torturer puis les liquider mais pas toute une population et dans les rues SVP et puis avec cette idée géniale des étudiants : manifester sur les grands axes autoroutiers d’Alger le 05/07/2012 contre 50 ans de mépris et d’injustice ce serait une belle chose , un bon début de la fin du système .
    Alors voila pourquoi il n y a pas d’enthousiasme à fêter cet évènement les gens du pouvoir ne se sentent pas concernés ils ont beau faire semblant depuis des années mais y a des limites à tout et la routine s’installe , ce qui est bizarre c’est que s’ils ne sont pas enthousiastes pour cet évènement national c’est qu’il y a déception dans l’évènement qui le précéderait à savoir les élections de mai (excuser moi ils ont habitué aux résultats connus d’avance ; y a pas de secret et il n’y aura pas d’exception à cette règle bien de chez nous).

  2. Les Algériens n'ont plus confiance en personne.., Toute une bande de faux moudjahidine va célébrer l’indépendance ; cette bande qui partage tous les biens de l’Algérie….tous les Algériens honnêtes attendent juste un Bouazzizi local, le 5 juillet prochain…

  3. Notre souveraineté s'il en reste encore un peu en prend un sacré coup avec ce pouvoir. 50 ans après la misère règne toujours sauf pour ceux qui croient à des individus corrompus du genre Rahmani, ce ministre de l'environnement qui pollue la société algérienne.

  4. Torture pendant la guerre d'Algérie
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    Dynamo électrique manuelle connue sous le nom de Gégène pendant la guerre d'Algérie.
    Pendant la guerre d'Algérie, la torture a été pratiquée sur les populations algérienne et française par les forces coloniales (l'armée française, ses supplétifs harkis, l'OAS, les barbouzes, les forces de police et des colons eux-mêmes) dans des proportions qui, selon l'historien Pierre Vidal-Naquet, concerneraient des centaines de milliers d'Algériens[1],[2].

    Elle a aussi été employée à une moindre échelle et de manière non systématique sur des harkis et des pieds noirs par le FLN et l'ALN comme le montrent l'ouvrage La Guerre d'Algérie sous la direction des historiens Benjamin Stora et Mohammed Harbi, la thèse de doctorat de Raphaëlle Branche consacrée à la torture et l'armée durant la guerre d'Algérie ou encore l'ensemble des travaux sur la torture en Algérie de Pierre Vidal-Naquet qui réfute la tendance qui consiste à vouloir inventer un faux paralélisme entre les crimes des uns et ceux des autres, comme indiqué dans la source précitée.

    La torture policière existait déjà largement en Afrique du Nord avant l’insurrection de 1954, comme en témoigne la mise en garde lancée, dès cette date, par l'écrivain François Mauriac. Elle avait été systématiquement utilisée lors de la colonisation du pays, notamment lors de la campagne du général Bugeaud[3], mais elle fut consacrée et institutionnalisée comme arme de guerre par l'armée, qui a reçu tous les pouvoirs, lors de la « bataille d'Alger », qui fut, en 1957, un « point de non-retour » à cet égard[4]. Toutefois, le passage à une guerre totale et à la systématisation de la torture précède l'année 1957, correspondant, selon la thèse de Raphaëlle Branche, à l’arrivée à la tête de l’état-major d’Alger du général Raoul Salan en décembre 1956.

    Une loi d'amnistie a été votée le 31 juillet 1968[5] en confirmation des deux décrets du 22 mars 1962[6],[7] couvre l'ensemble des infractions commises en Algérie. Cette loi prévoit dans son article 1 que « Sont amnistiées de plein droit toutes infractions commises en relation avec les événements d'Algérie. Sont réputées commises en relation avec la guerre d'Algérie toutes infractions commises par des militaires servant en Algérie. ».

    Cette loi empêche les victimes de poursuivre au pénal, mais théoriquement pas au civil, bien que cette interprétation de la loi ait été remise en cause par divers juristes, dont William Bourdon. Celui-ci estime que cette loi « s'oppose aux principes du droit international selon lesquels l'amnistie ne peut être accordée aux auteurs de violations des droits de l'homme les plus graves tant que les victimes n'ont pas obtenu justice par une voie de recours efficace[8] ».Par les autorités françaises et leurs partisans[modifier]
    Les précédents coloniaux de l'usage de la torture[modifier]

    Depuis la conquête coloniale la torture est un procédé courant des forces de l'ordre en Algérie qui l'utilisent pour terroriser les populations autochtones[9]. Cette pratique qui a été utilisée tout au long de la présence coloniale en Algérie, d'abord pour obtenir des informations sur les emplacements de silos à grains lors de la conquête coloniale, puis pour briser les grèves, meurtrir des suspects, instruire les affaires pénales les plus ordinaires et terroriser les indigènes s'inscrivait avant tout dans une démarche de haine et de déshumanisation[10],[11].

    Dans un article de 1951, publié par L'Observateur, Claude Bourdet avait déjà dénoncé ces pratiques au moment des procès de 1951-52 de l'Organisation spéciale (OS), affiliée au Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) de Messali Hadj[12], en s'interrogeant : « Y a-t-il une Gestapo en Algérie [13]? ». Près de 80 plaintes pour torture et arrestations arbitraires sont déposées lors de ces procès, tenus à huis-clos, toutes classées sans suite[12]. Outre Bourdet, qui avait été informé de cas de torture à la Villa Mahieddine, Albert Camus, lui aussi cité comme témoin par la défense (ainsi que Jean-Marie Domenach), écrit alors une lettre le 26 décembre 1951, dans laquelle il déclare :
    «S'il est possible un seul instant de soupçonner qu'ils aient pu être victimes de détention arbitraire ou de sévices graves, dès cet instant, il nous faut souhaiter de toutes nos forces que la justice de notre pays refuse de sanctionner si peu que ce soi, par une condamnation, des actes si intolérables soient-ils (…). Dans une affaire qui touche de si près aux passions politiques et nationales, un seul doute justement suffit pour que la justice qui doit être faite aux accusés n'ait pas d'autre nom que la clémence entière. »[12]

    Avec la guerre d'Algérie, ces pratiques sont théorisées et systématisées par l'armée française. Dès le premier jour du conflit, François Mauriac, lance un appel qui ne sera pas entendu : « Surtout, ne pas torturer[14] ». Déjà, pendant la guerre d'Indochine, la torture avait été employée[15].
    La mise en place de la torture comme arme systématique[modifier]

    Dès 1949, le gouverneur général Naegelen rédige une circulaire interdisant l'usage de la torture et des sévices par les services de police, mais ne parvient pas à se faire obéir[16]. Jusqu'en 1955, l'armée est indemne de ces accusations[17]. Utilisée en Indochine, la torture devient progressivement une arme de guerre à part entière, théorisée et légitimée dans le cadre d'une doctrine de la « guerre contre-révolutionnaire », en particulier par le colonel Trinquier, le capitaine Paul-Alain Léger, le colonel Marcel Bigeard et le général Jacques Massu en tant que moyen de poursuivre une guerre asymétrique, où l'adversaire se dérobe aux catégories classiques du droit de la guerre (combattant, civil), se dissimulant dans la population. Celui-ci est assimilé à un « terroriste », « cas » encore plus « grave » que celui du « franc-tireur » ou du « guérillero », « ne prend aucun risque » et est donc exclu de la protection des lois de la guerre (Trinquier, La guerre moderne[18]), notamment des Conventions de Genève signées par la France. Selon l'historien J.-Ch. Jauffret :
    « Le dérapage commence à partir du moment où les Ponce Pilate de la IVe République, toujours parfaitement informés de tout ce qui se fait en Algérie, laissent aux militaires l’initiative, en vertu de la loi d’urgence de 1955 et de celle des pouvoirs spéciaux de 1956[17]. »

    La théorisation militaire d'une nouvelle forme de guerre[modifier]

    Confrontée, depuis l'Indochine, à une nouvelle forme de guerre, caractérisée par un alliage de nationalisme anticolonialiste et d'idéologie communiste, l'armée française va progressivement élaborer, comme le montre Marie-Monique Robin dans Escadrons de la mort, l'école française (2004), une doctrine de la « guerre contre-révolutionnaire », marquée par l'anti-communisme, qui normalisera :

    * l'usage systématique de la torture ;
    * des disparitions forcées (« Crevettes Bigeard[19] ») ;
    * du « quadrillage » par zones. Développé par le colonel Trinquier, ce maillage systématique de la population, qui encourage la délation, « n'est pas sans rappeler l'organisation urbaine instituée par le Troisième Reich et le régime stalinien » (Jean-Charles Jauffret[20]). Cette tactique a été utilisée par les Britanniques lors de l'Insurrection communiste malaise (1948-1960) et par les Français en Indochine avant 1954 ;
    * les « patrouilles surprise » ;
    * le principe de responsabilité collective (les « corvées de bois ») ;
    * les « escadrons de la mort » ; l'unité du général Aussaresses a arrêté, selon ses propres dires, 24 000 personnes pendant les six mois de la « bataille d'Alger », dont 3 000 ont disparu[21];
    * du « retournement » des prisonniers (tactique inspiré par le capitaine Léger, créateur du Groupe de renseignement et d'exploitation (GRE) pendant la « bataille d'Alger ») via le Centre d'instruction de la pacification et de la contre-guérilla d'Arzew, dirigé par André Bruge, qui une fois libérés infiltrent leurs compagnons de lutte. Cela sèmera la panique dans les rangs du FLN, atteint de « bleuite », c'est-à-dire de suspicion généralisée. D'après Sadek Sellam, spécialiste de la wilaya 4, le bilan des purges internes de l'ALN (Armée de libération nationale), largement provoquées par l'action du BEL[22] (dissous en avril 1961), serait de 7 000 victimes entre 1958 et 1961[23] ;
    * de camp de regroupement, établis par le « plan Challe », et visant à séparer le FLN de ses appuis dans la population. En 1959, sous couvert d'une enquête sur les problèmes fonciers, le jeune énarque Michel Rocard fera un Rapport sur les camps de regroupement.

    L'usage du renseignement et de la « guerre psychologique » sera ainsi promu au rang d'une arme de guerre comme les autres[19]. Ainsi, la création des 5es bureaux, en août 1957, entérine « l'inclusion de l'arme psychologique dans la structure organique des armées[24] », aboutissement d'une réflexion sur la guerre d'Indochine et la stratégie de guérilla théorisée par Mao. Le général André Beaufre considère par exemple, dans son Introduction à la stratégie (1963), que la frontière entre militaire et civil doit être dissoute, et qu'il faut élargir le champ de bataille au-delà du seul militaire, et y inclure la société civile. De là découle la nécessité de considérer la radio ou encore l'école comme faisant partie du champ de bataille. Pour Beaufre, le militaire doit coordonner tous les aspects d'une société.

    De fait, avec la ténacité du colonel Lacheroy, « l'arme psychologique tend à se muer en un outil politique entièrement dédié à la cause de l'Algérie française, entraînant de fait la politisation d'une partie des cadres militaires[25] ». La plupart des officiers travaillant dans l'action psychologique participeront au putsch des généraux, ou le soutiendront fortement, avant de rejoindre l'OAS, dont ils inspireront les méthodes[26]. L'autonomie accordée par le pouvoir politique aux militaires se retourne ainsi, de fait, contre l'État lui-même.

    La théorie de la guerre contre-révolutionnaire, élaborée à l'École supérieure de guerre (ESG) par Lacheroy, Trinquier et Jacques Hogard, est sous-tendue par une idéologie nationale-catholique élaborée par la Cité catholique, groupe intégriste[27] dirigé par Jean Ousset, ex-secrétaire personnel de Charles Maurras, le fondateur de l'Action française. Georges Sauge, qui participe avec Ousset à l'élaboration de cette doctrine, a ainsi déclaré :

    « La logique de la guerre révolutionnaire, ce n'est pas la guerre en soi, mais le discours politique et idéologique qui le sous-tend; or la guerre contre-révolutionnaire que ces officiers avaient conçue n'avait pas de logique ni de support idéologique[28]. »

    La revue Verbe de la Cité catholique a ainsi diffusé l'idéologie anti-communiste de ce groupe intégriste dans les milieux de l'armée. Celui-ci est bien implanté dans les grandes écoles, mais aussi à l'École supérieure d'aéronautique et à l'ESG dirigée par le général Jean Lecomte qui est aussi chef de cellule de la Cité catholique[27]. Le commandant André Breuilh, le commandant Cauvin, l'amiral Hervé de Penfentenyo, le général Touzet du Vigier, le général Chassin, l'amiral Paul Auphan (secrétaire à la marine du régime de Vichy), le maréchal Juin, le capitaine de Cathelineau, le lieutenant de vaisseau François Le Pivain, le général Ely, devenu chef d'état-major des armées, etc.[27], écriront dans la revue alors qu'elle commence, en mai 1957, une série d'articles consacrés aux questions militaires[27]. Jean Ousset organise des réunions aux Missions étrangères à Paris, auxquelles participent le colonel Gardes, le colonel Château-Jobert, le colonel Goussault, le colonel Feaugas (commandant en second du CIPCG d'Arzew), le commandant Cogniet (adjoint de Jean Gardes au 5e bureau d'Alger)[27]. De plus, la revue publie en février 1959, alors que se met en place le « plan Challe », une série d'articles légitimant la torture à travers une casuistique fondée sur une certaine interprétation de saint Thomas d'Aquin (distinction de la « peine vindicative » et de la « peine médicinale »), puisée aux sources de l'Inquisition[27]. Analysant cette doctrine, le sociologue Gabriel Périés écrit ainsi :

    « Le militaire atteint, théologiquement, la "véritable charité" thomiste, en faisant de la souffrance infligée, et ressentie par le suspect, l'instrument de la rédemption de celui-ci, donc de sa culpabilité[29]. »

    Le militant Georges Sauge, en « croisade » contre les communistes, créé en 1956 le Centre d'études supérieures de psychologie sociale (CESPS), et multiplie les conférences à Polytechnique ou à l'ESG[27]. Le 30 avril 1959, il convie à un dîner-débat le général Chassin, le général Edmond Jouhaud, chef d'état-major de l'armée de l'air et futur putschiste, et tient une conférence intitulée L'armée face à la guerre psychologique. Faisant référence aux événements du 13 mai 1958, il déclare :

    « Ces jours qui ébranlèrent Alger peuvent amorcer un mouvement que l'histoire retiendra comme une signification providentielle en faveur des Francs et de leur mission civilisatrice au service de Dieu (…) Les militaires représentent (…) la vérité, la grandeur, la puissance de notre patrie, qu'ils protègent dans le dernier verrou de la liberté : la dignité de l'homme sur la terre d'Afrique[27]. »
    L'officialisation de la « guerre contre-révolutionnaire »[modifier]
    Le 1er juillet 1955 – soit un mois et demi avant les massacres du Constantinois du 20 août, considérée par de nombreux historiens comme le vrai début de la guerre d’Algérie – le Ministre de l'Intérieur Maurice Bourgès-Maunoury, fervent adepte de la théorie de la « guerre contre-révolutionnaire » du colonel Lacheroy[30] et le Ministre de la Défense, le général Koenig, contresignent l'« instruction n° 11 », qui a recueilli « la pleine adhésion du gouvernement » et qui est diffusée dans tous les régiments français d’Algérie. Celle-ci stipule que « la lutte doit être plus policière que militaire (…) Le feu doit être ouvert sur tout suspect qui tente de s’enfuir (…) Les moyens les plus brutaux doivent être employés sans délai (…) Il faut rechercher le succès par tous les moyens. »

    Un texte du 3 août 1955, signé par le même général Koenig, mais aussi par le Ministre de la justice, Robert Schuman, précise la conduite à tenir en cas de plaintes faisant suite à « de prétendues infractions » attribuées aux forces de l’ordre :
    « une action supprimant la responsabilité pénale de ses auteurs (…) [sera suivie] d’un refus d’informer ( …) Les plaintes devront faire l’objet d’un classement sans suite, dès lors qu’il apparaîtra incontestable que ces faits sont justifiés par les circonstances, la nécessité, ou l’ordre de la loi. »

    En d’autres termes, le pouvoir civil a couvert en toutes connaissances de causes les militaires; et cela, deux ans avant la « bataille d’Alger ». Ces classements sans suite de plaintes déposées par les victimes seront par la suite la marque des régimes militaires en Amérique latine (dictature argentine, Chili de Pinochet, etc.[19]).

    L'arrivée du général Raoul Salan à l'état-major, en décembre 1956, marque un tournant dans la stratégie militaire adoptée, les thèmes de la « guerre contre-révolutionnaire » et de l'importance de la « guerre psychologique » l'emportant, tandis que l'obsession devient l'« Organisation politico-administrative » (OPA) du FLN : c'est désormais « l’ennemi politique qui est premier et qu’il faut vaincre par tous les moyens. » (Branche et Thénault[31]). De janvier à mars 1957, « la guerre y est menée en dehors de tout droit. L’armée est souveraine, sans contrepoids ni contrôle. Elle y fait régner une terreur jamais vue jusqu'alors[31] », qui aboutit à l'arrestation de la plupart des cadres du FLN et au démantèlement de sa structure politique[31].

    Le 10 février 1957, le général Massu, à la tête de la 10e Division parachutiste (DP) à Alger, qui n'ignore pas en outre que des ouvriers catholiques ont pris les armes aux côtés du FLN, fait diffuser les « Réflexions d'un prêtre sur le terrorisme urbain » du père Delarue, aumônier de la division, co-écrit avec le colonel Trinquier[31], qui élabore une casuistique[31] pour justifier la torture[32]. Une partie de l'opinion publique s'offusque, et les milieux catholiques s’indignent[32] lorsque le texte est finalement révélé dans la presse en juin 1957. Delarue et Trinquier soutiennent que la torture se justifie afin de pouvoir empêcher un attentat d'être exécuté (prétexte connu en anglais sous le nom de ticking time bomb scenario (en)). Analysant une lettre du procureur Jean Reliquet, envoyé au ministre de la justice François Mitterrand, l'historienne R. Branche écrit ainsi :
    « Certains signes montrent que Paris a peut-être davantage l’oreille ouverte aux violations des droits de l’homme que par le passé. Dans cette lettre, par conséquent, Jean Reliquet revient avec insistance à la question des tortures (…) Autrement dit, il ne connaît que la partie émergée de l’iceberg car il ne dispose que des informations qui lui parviennent en sa qualité de procureur général (…) Pourtant, à cette époque, la torture est massivement pratiquée à Alger et pas uniquement en vue d’obtenir des renseignements, comme on l’a souvent dit, mais bien pour terroriser la population (…) elle touche désormais tout le monde, « sans distinction de race, ni de sexe ». Autrement dit, des Européens aussi sont torturés par l’armée française. Et l’ampleur prise par la pratique de la torture « pour tous » dans ces mois-là est bel et bien une nouveauté. Des communistes, des progressistes, des membres des centres sociaux ont été arrêtés, détenus au secret, torturés à Alger dans les premiers mois de l’année 1957, par le 1er RCP mais aussi par d’autres. Un régiment en particulier semble d’ailleurs s’être « spécialisé » dans les Européens : le 1er REP, des légionnaires basés à la villa Susini (…) Aucune distinction de sexe n’est opérée : les femmes aussi sont détenues puis torturées, ce qui constitue là encore une nouveauté[31]. »

    Majoritairement constitué d'anciens SS et de fascistes hongrois, recrutés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale[33], le 1er REP, commandé par intérim par Hélie Denoix de Saint Marc lors du Putsch des Généraux d'avril 1961 (et qui comptait en ses rangs Jean-Marie Le Pen), lancera le coup d'envoi du putsch en marchant sur Alger le 21 avril 1961.

    Après le succès tactique de la « bataille d'Alger », sous les ordres du général Massu, dont la violence a été fidèlement décrite par un film qui sera ensuite visionné par les états-majors d'Amérique latine et du Pentagone, La Bataille d'Alger de Gillo Pontecorvo, le général Allard recommande dans une directive du 23 mars 1957 d'utiliser dans toute l'Algérie « les procédés employés à Alger et qui ont fait preuve de leur efficacité[34]. » Les DOP (Dispositif opérationnel de protection), qui relèvent du Centre de coordination interarmées rattachée à l'état-major, jouissent alors d'un statut de service spécial qui leur donne une large autonomie, et systématisent l'usage de la torture[19].

    Si la torture, les enlèvements et les exécution sommaires se généralisent, théorisées par l'armée et soutenues à la fois par l'état-major et les politiques, on confie néanmoins cette tâche en particulier à des unités spéciales : les paras de Massu et Bigeard, les DOP, etc. Le général Aussaresses inaugure lors de la répression des massacres du Constantinois du 20 août 1955, qui feront 12 000 morts, dont quelque 1 200 exécutions sommaires[19], une collaboration étroite avec les services de police, l'armée assumant de plus en plus des tâches de renseignement normalement confiées à la police. L'appellation officielle de la guerre d'Algérie en tant que simple « opération de maintien de l'ordre » intérieur crée un vide juridique qui favorise le non-respect des Conventions de Genève. Selon Raphaëlle Branche :
    « C'est parce que cette guerre s'inscrit dans une légalité qui ne peut pas être celle du temps de paix, mais qui n'est pas non plus celle du temps de guerre, que des actes habituellement illégaux sont autorisés implicitement (…)Cette guerre d'un type nouveau produit sa propre légitimité et sa légalité implicite[35]. »

    Bien peu d'officiers protestent contre ces nouvelles pratiques, à l'exception du général Jacques Pâris de Bollardière, qui sera mis aux arrêts 60 jours sous les ordres du Ministre Maurice Bourgès-Maunoury[19]. Celui-ci dénoncera aussi la soumission de la justice au pouvoir militaire, celle-ci devenant, à partir de janvier 1957, un « instrument de guerre contre-révolutionnaire » (R. Branche[36]). De Bollardière commentera ainsi l'appropriation par l'armée de missions auparavant dévolues aux forces de police, mais cette fois-ci en dehors de tout cadre judiciaire :
    « L'armée, petit à petit, a conquis les uns après les autres tous les instruments de pouvoir, y compris judiciaire, et est devenu un véritable État dans l'État[37]. »
    Il y a eu néanmoins, selon l'historien Jean-Charles Jauffret : « un débat, feutré, au sein des forces armées », en particulier chez « les officiers de sensibilité communiste, issus pour la plupart des maquis et réseaux Francs-tireurs partisans (FTP) de la Résistance : les capitaines Marc Chervel [qui était membre d'une Section administrative spécialisée (SAS, chargés du volet social de la guerre psychologique)][38], René Paquet, Georges Alziari et Jean Brugié n’ont pas accepté les excès de la guerre contre-révolutionnaire (…) Mais ces refus ne peuvent cacher ce que Jean Le Meur, officier de réserve contestataire, appelle l’hébétude. Bien sûr que la plupart des hommes du contingent et les volontaires n’ont jamais torturé eux-mêmes, mais il y a bien en Algérie accoutumance à la violence ordinaire[17]. »

    Robert Bonnaud publie en avril 1957 dans la revue Esprit son propre témoignage de soldat : « C’est une chose atroce de tuer nuitamment la famille d’un fermier de la Mitidja, ou de mitrailler la foule des promeneurs dominicaux dans une rue de Bône. Mais c’est une chose incommensurablement plus atroce de fonder sur des dizaines de milliers de cadavres périodiquement rafraîchis un régime d’abjection que huit millions d’Africains vomissent. La majorité africaine ou ses défenseurs emploient depuis 1954 les procédés de la terreur de masse contre la minorité européenne. Mais il est bon de se souvenir que depuis 1830 les procédés de la terreur de masse sont employés par la minorité européenne et ses défenseurs contre la majorité africaine. Priorité dans l’horreur. « Que messieurs les terroristes européens commencent. » Commencent à sacrifier des privilèges qui n’ont pu s’établir et ne sont protégés que par des bains de sang épisodiques et une oppression permanente[39]. »

    Le colonel Trinquier, qui deviendra un théoricien célèbre de la « guerre contre-révolutionnaire », justifie la torture : « Le terroriste est devenu le soldat de la guerre révolutionnaire comme l'artilleur, le fantassin ou l'aviateur de la guerre conventionnelle. Le soldat admet la souffrance physique et la mort comme inhérente à son état. Pour avoir les mêmes droits, le terroriste doit accepter les mêmes risques. Or il les refuse. C'est un tricheur. Qui sera interrogé sur son organisation plus que sur ses actions. S'il donne les renseignements – ce qui est le cas en général – l'interrogatoire sera terminé. Sinon, ils lui seront arrachés par les moyens appropriés. Comme le soldat, il devra affronter la souffrance et peut-être la mort. Il doit l'accepter comme la conséquence de l'emploi des armes de guerre qu'il a choisies. »[40].

    Dans son documentaire L'Ennemi intime, Patrick Rotman explique que…
    « Comme Trinquier les officiers qui ont participé à la bataille d'Alger avancent le cas du poseur de bombe qu'il faut faire parler à tout prix pour sauver des vies. Cette urgence justifie à leurs yeux la torture mais les milliers de suspects arrêtés et interrogés n'étaient pas tous des poseurs de bombes loin de là. Les militaires savent que sur cent personnes embarquées dans la Casbah, trois, cinq ou dix sont sympathisants du FLN : il suffit de les trouver, pour cela tout le monde doit parler. Dans la réalité de l'action les paras torturent pour arracher des renseignements qui permettront de remonter des filières : Trinquier est un adepte de cette pêche au filet. »

    Il note aussi que « dans tous les régiments para la torture est pratiquée : il faut que le suspect parle et parle vite, l'argument invoqué est celui de l'efficacité qu'expose le colonel Trinquier spécialiste de la guerre subversive. » « Si l’honneur de la France ne peut aller avec ces tortures, alors la France est un pays sans honneur » explique quant à lui Robert Bonnaud : « Un petit nombre de Français a été torturé ignoblement en Oranie, et des centaines d’Algériens le sont partout chaque jour. Et l’habitude de torturer, sinon les méthodes de torture, ne date pas de l’été 56 ni même de novembre 54. Elle date du moment où il y a eu en Algérie des indigènes et des forces de l’ordre, des bicots et des flics. »

    Il analyse en ces termes la sublimation et la rhétorique justificatrice qui porte les militaires à commettre de tels actes : « Histoire absurde, sadisme gratuit ? Non. Dans ce pays, l’énorme majorité des suspects, et aussi de ceux qui ne le sont pas, aident réellement les patriotes, ne serait-ce que par leur silence. On ne court pas grand risque, par des tortures ou des brimades intempestives, de se mettre à dos la population : le peuple algérien a perdu confiance en notre faux libéralisme et nos promesses menteuses. Les gendarmes de Guentis, comme tous les pacificateurs de quelque expérience, partaient du point de vue qu’on ne saurait être Algérien innocemment. Le déchaînement de brutalité perverse dont ils nous donnaient l’exemple, exemple parfois suivi hélas, dérivait de cette constatation élémentaire, de l’exaspération aussi et du sentiment d’impuissance. Il faut savoir ce que l’on veut. Le maintien de notre domination a exigé, exige, exigera des tortures de plus en plus épouvantables, des exactions de plus en plus générales, des tueries de plus en plus indistinctes. Il n’y a pas d’Algérien innocent du désir de dignité humaine, du désir d’émancipation collective, du désir de liberté nationale. Il n’y a pas de suspect arrêté à tort et torturé par erreur. »

    Le 20 janvier 1955, Pierre Mendès France et François Mitterrand fusionnent les polices d'Algérie et de métropole, mettant fin à l'autonomie de la police algérienne. Des dizaines de policiers soupçonnés de pratiquer, d'encourager, ou de cautionner la torture sont mutés en métropole. Le gouvernement Mendès France est renversé dès le 5 février, les députés radicaux d'Algérie ayant voté la censure. Selon F. Mitterrand, alors Ministre de l'intérieur, le gouvernement a été renversé pour avoir lutté contre « ce système détestable ». L'historien Jean-Pierre Peyroulou n'est pas loin de partager cette analyse[41].

    Dès le 6 avril 1956, Guy Mollet demande au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) d'envoyer une mission en Algérie pour enquêter sur les conditions de vie des militants du Front de libération nationale détenus par les autorités françaises. En octobre 1956, il rencontre Hubert Beuve-Méry et lui demande des précisions sur les accusations de torture pratiquées par certains soldats.

    Le directeur du Monde lui ayant remis un dossier d'une vingtaine de feuilles, Guy Mollet écrit à Robert Lacoste, lequel lui répond que des sanctions ont été prises chaque fois que des exactions ont pu être prouvées (jusqu'à soixante jours d'arrêts de forteresse), et que les accusations relayées par Beuve-Méry sont presque toutes mensongères.
    Mais la Croix Rouge lui remet un nouveau rapport, le 13 novembre 1956, qui confirme la banalisation de la torture dans les centres de détention, ainsi que Jean Mairey, directeur de la Sûreté nationale, qui enquête en décembre 1955, avant de démissionner en janvier 1957, en soulignant l'échec moral, politique et stratégique de la généralisation de la torture :
    « Il m'est intolérable de penser que des policiers français puissent évoquer par leur comportement les méthodes de la Gestapo. De même, officier de réserve, je ne puis supporter de voir comparer des soldats français aux sinistres SS (…) Les méthodes policières trop souvent utilisées, loin de contribuer au rétablissement de l'ordre, ajoutent à l'anarchie en fournissant à l'insurrection des hommes, des cadres, et pire encore des slogans de propagande[42]. »
    Certains journaux multipliant les accusations, le gouvernement Mollet crée une « Commission permanente de sauvegarde des droits et libertés individuels », dirigée par Pierre Béteille, conseiller à la Cour de cassation, en avril 1957. Aucun parlementaire n'en est membre, les députés et sénateurs étant accusés de partialité, et la commission est entièrement libre de son organisation. La pratique de la torture ne cesse pas, mais plusieurs sanctions disciplinaires sont prises, plusieurs procédures judiciaires sont entamées contre des tortionnaires présumés, et plusieurs centaines de personnes internées sont libérées. Enfin, Guy Mollet autorise la Commission internationale contre le régime concentrationnaire à diligenter une enquête. Celle-ci conclut, en juillet 1957, qu'au cours du mois d'avril, la torture semble avoir diminué, et que les conditions de vie dans les camps d'hébergement sont globalement satisfaisantes[43]. Ces enquêtes ont été largement brocardées pour leur ridicule notamment par l'adaptation cinématographique du livre d'Henri Alleg « La question » réalisée par Heynemann.
    Après la « Bataille d'Alger »[modifier]
    De 1959 à 1961, Edmond Michelet, Ministre de la Justice, s'efforce à son tour de « lutter » contre la torture[44]. Mais Michel Debré, Premier ministre, obtient finalement du général de Gaulle, président de la République, qu' Edmond Michelet quitte ses fonctions, ce qui « libère la brutalité » policière selon l'historien Alain Dewerpe[45]. À Paris, le préfet de police Maurice Papon, qui avait eu d'importantes responsabilités dans le Constantinois, importe les méthodes utilisées en Algérie en métropole, en particulier durant les semaines qui précèdent le massacre du 17 octobre 1961 puis celui de Charonne en février 1962.
    Le 5 janvier 1960, le journal Le Monde publie un résumé du rapport d'une mission effectuée en Algérie par le CICR : « De nombreux cas de sévices et de torture sont toujours signalés ». L'historienne Raphaëlle Branche note qu' « en métropole, la torture n'atteint pas la même ampleur qu'en Algérie. Elle n'en demeure pas moins sur les deux rives, une pratique tolérée par les autorités et une violence à laquelle les Algériens savent pouvoir s'attendre » [citation nécessaire] .

    En 1961, un article paru dans le journal Vérité-Liberté expliquait : « À la ferme Ameziane, centre de renseignement et d'action (C.R.A.) de Constantine, elle se pratique à l'échelle quasi industrielle.(…) C'est à la ferme Ameziane que sont conduits tous les suspects pris par les unités de l'Est algérien. L'arrestation des « suspects » se fait par rafles, sur renseignements, dénonciation, pour de simples contrôles d'identité. Un séjour s'effectue dans les conditions suivantes : à leur arrivée à la « ferme », ils sont séparés en deux groupes distincts : ceux qui doivent être interrogés immédiatement et ceux qui « attendront », à tous on fait visiter les lieux et notamment les salles de tortures « en activité » : électricité (gégène), supplice de l'eau, cellules, pendaisons, etc. Ceux qui doivent attendre sont ensuite parqués et entassés dans les anciennes écuries aménagées ou il ne leur sera donné aucune nourriture pendant deux à huit jours, et quelquefois plus encore. Les interrogatoires, conduits conformément aux prescriptions du guide provisoire de l'officier de renseignement (O.R.), chapitre IV, sont menés systématiquement de la manière suivante : dans un premier temps, l'O.R. pose ses questions sous la forme « traditionnelle » en les accompagnant de coups de poing et de pied : l'agent provocateur, ou l'indicateur, est souvent utilisé au préalable pour des accusations précises et… préfabriquées. Ce genre d'interrogatoire peut être renouvelé. On passe ensuite à la torture proprement dite, à savoir : la pendaison (…), le supplice de l'eau (…), l'électricité (électrodes fixées aux oreilles et aux doigts), brûlures (cigarettes, etc.) (…) les cas de folies sont fréquents (…) les traces, cicatrices, suites et conséquences sont durables, certaines même permanentes (troubles nerveux par exemple) et donc aisément décelable. Plusieurs suspects sont morts chez eux le lendemain de leur retour de la "ferme".
    Les interrogatoires-supplices sont souvent repris à plusieurs jours d'intervalle. Entre-temps, les suspects sont emprisonnés sans nourriture dans des cellules dont certaines ne permettent pas de s'allonger. Précisons qu'il y a parmi eux de très jeunes adolescents et des vieillards de 75, 80 ans et plus. À l'issue des interrogatoires et de l'emprisonnement à la ferme, le « suspect » peut être libéré (c'est souvent le cas des femmes et de ceux qui peuvent payer (…) ou interné dans un centre dit « d'hébergement » (à Hamma-Plaisance, notamment) ; ou encore considéré comme « disparu » (lorsqu'il est mort des suites de l'interrogatoire ou abattu en "corvée de bois" aux environs de la ville. (…)
    Les « interrogatoires » sont conduits et exécutés par des officiers, sous-officiers ou membre des services du C.R.A." (…) Les chiffres – car il y en a – sont éloquents : la capacité du "centre" entré en activité en 1957, est de 500 à 600 personnes, et il paraît fonctionner à plein rendement en permanence. Depuis sa constitution il a "contrôlé" (moins de huit jours de prison) 108 175 personnes ; fiché 11 518 Algériens comme militants nationalistes sur le secteur ; gardé pour des séjours de plus de huit jours 7 363 personnes ; interné au Hamma 789 suspects."[46] »

    Aveux du général Massu[modifier]
    La torture en Algérie fut évoquée, entre autres, par le chef militaire d'Alger, le général Jacques Massu dans son ouvrage La vraie bataille d'Alger publié en 1972. En 2000, lors d'un entretien donné au quotidien Le Monde du 21 juin 2000, il déclara que « le principe de la torture était accepté ; cette action, assurément répréhensible, était couverte, voire ordonnée, par les autorités civiles, qui étaient parfaitement au courant[47] ». Il ajoute : « J'ai dit et reconnu que la torture avait été généralisée en Algérie (…) On aurait dû faire autrement, c'est surtout à cela que je pense. Mais quoi, comment? Je ne sais pas. Il aurait fallu chercher ; tenter de trouver. On n'a malheureusement pas réussi, ni Salan, ni Allard, ni moi, ni personne. ». Cette déclaration fait écho à l'accusation de Louisette Ighilahriz, dite " Lila ", militante algérienne torturée en 1957 à Alger, devenue psychologue[48],[49].

    En 2000, elle accusa le général Massu, et le général (colonel à l'époque) Bigeard, d'avoir laissé le champ libre à la torture en Algérie. Massu le reconnut, mais Bigeard réfuta l'accusation[50]. Selon Louisette Ighilahriz, "Massu ne pouvait plus nier l'évidence[51]".
    Selon les récentes interview d'un officier français, Paul Aussaresses qui ne regrette rien[52], le général Massu était au courant chaque jour, de la liste des prisonniers passés à la question, ainsi que des « accidents » de parcours. Poursuivi par la Ligue des Droits de l'Homme pour "apologie de crimes de guerre", Aussaresses a été condamné à 7 500 euros d'amende par la 17e chambre correctionnel du TGI de Paris, les éditeurs Plon et Perrin ont été condamnés à 15 000 euros d'amende chacun s'agissant du livre "Services spéciaux, Algérie 1955-1957 : Mon témoignage sur la torture". Ce jugement a été confirmé en appel en avril 2003. La cour de cassation a rejeté le pourvoi en décembre 2004. En effet, le général justifiait à plusieurs reprises dans ce livre l'emploi de la torture qui permettrait de sauver des vies innocentes en poussant les terroristes présumés à révéler les détails de leurs projets et leurs complices. Le Président de la République a demandé que soit retiré à l'officier sa légion d'honneur en condamnant ses propos comme inadmissibles[53].

    En revanche, le général Aussaresses avait fait l'objet de plaintes pour les crimes de tortures qu'il avait reconnus dans son livre. Une autre procédure avait été ouverte mais la Cour de Cassation a rejeté, les poursuites intentées contre le général pour les crimes de tortures eux-mêmes, amnistiés depuis.
    Louisette Ighilahriz est l'auteur du livre "Algérienne" aux éditions Fayard, elle est allée en justice défendre sa probité contre ceux qui mettaient en cause son témoignages[54] et a gagné ses procès en diffamations[55] le général Maurice Schmitt a ainsi été condamné pénalement[56].

    Un article paru dans El Watan rappelle que "Florence Beaugé, appelée à témoigner en faveur de Mme Ighilahriz, a, pour corroborer les affirmations de celle-ci, évoqué le témoignage d’un ancien appelé, Raymond Cloarec, qu’elle cite dans son ouvrage. Non seulement l’ancien soldat, avec lequel elle a eu plusieurs entretiens téléphoniques, confirme les propos de Louisette Ighilahriz, mais il fait aussi état des pressions du général Schmitt pour le faire taire[57]."

    Interrogée sur l'évolution de la perception des problématiques liées à la torture pendant la guerre d'Algérie, Raphaelle Branche constate que "« La reconnaissance officielle de la guerre en Algérie n'a pas conduit à une modification du discours officiel sur la pratique de la torture pendant cette guerre. Alors qu'elle fut utilisée au sein d'un système de répression dont elle constituait un élément central, elle est toujours rapportée à des dérives d'éléments minoritaires ! Ceci dit, indépendamment du discours des plus hautes autorités de l'État, il me semble que la reconnaissance de cette pratique et de sa place dans la guerre est de plus en plus nette dans l'opinion publique, surtout depuis, précisément, qu'un débat public a eu lieu sur cette question en 2000 et 2001[58]. »
    Ouvrages publiés pendant la guerre[modifier]

    La torture pendant la guerre d'Algérie est notamment connue grâce aux témoignages de Robert Bonnaud et du directeur d'Alger Républicain, Henri Alleg, qui a subi la torture. Alleg a publié son témoignage sous le titre La Question (Minuit, 1958). Avec La Gangrène de Bachir Boumaza, paru la même année aussi chez le même éditeur, l'ouvrage fut immédiatement censuré. Toutes les méthodes de torture (gégène, eau, paillasse barbelée, sérum de vérité, arrachage d'ongles, brutalité, privation de sommeil, poivre dans le vagin etc.) y sont détaillées. Cet ouvrage fut censuré par le gouvernement, car mettant en cause l'armée et ses méthodes, la faisant apparaître comme la nouvelle Gestapo d'Algérie.

    Les tortures sont également évoquées au procès de Djamila Boupacha, militante de l'ALN, défendue par l'avocate Gisèle Halimi. Le ministère intervient pour que les militaires français soient mis hors de cause.

    Un film, mis en scène par Laurent Heynemann en 1977, reprend l'intégralité du livre d'Henri Alleg et revient sur l'affaire Audin. En 1959, cinq Algériens publient La Gangrène, ouvrage dénonçant les tortures pratiquées au siège de la DST, à Paris. Le livre est interdit. En avril 1961, le livre Les égorgeurs de l'appelé du contingent Benoist Rey publié une première fois aux Éditions de Minuit, qui décrit sans ambages « le quotidien de meurtres, de viols, de pillages, d'incendies, de destructions, de tortures, de sadisme, d'imbécillité… d'une armée composée d'engagés et d'appelés », est saisi dès sa sortie. Comme d'autres témoignages, ce livre a alors été censuré. Benoist Rey dénonce que « la torture est en Algérie un moyen de répression usuel, systématique, officiel et massif. ».
    Le terreau colonial[modifier]

    Alors que la France sort à peine de l'Occupation, des intellectuels tentent d'alerter l'opinion face à l'inhumanité de l'usage de la torture : « La France, autrefois, c'était un nom de pays ; prenons garde que ce ne soit, en 1961, le nom d'une névrose » déclare Jean-Paul Sartre, en septembre 1961[59] en dénonçant des procédés qui traduisent selon lui le processus d'ensauvagement dont parle Aimé Césaire, dans le Discours sur le colonialisme, où ce dernier expose sa vision des choses :
    « Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet Nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. […] »

    C'est précisément ce qu'avance Henri Alleg, membre du PCF et directeur d' Alger Républicain, qui sera arrêté par les paras de la 10e DP, au domicile de Maurice Audin : « le fond du problème était cette guerre injuste elle-même. À partir du moment où on mène une guerre coloniale, c’est-à-dire une guerre pour soumettre un peuple à sa volonté, on peut édicter toutes les lois que l’on veut, il y aura toujours des dépassements[60]. » ; « D’ailleurs, s’il faut juger, est-ce seulement la torture et ses crimes ou l’engagement de la France dans la guerre et plus largement encore le colonialisme comme système d’oppression ? Cette question n’est pas de l’ordre de la justice : elle est posée, elle reste posée à ceux qui se situent au sommet de la pyramide, aux responsables politiques[61]. »

    Dans sa thèse sur « La torture et l'armée pendant la guerre d'Algérie », Raphaëlle Branche développe en effet l'idée selon laquelle les techniques des tortionnaires ont « naturellement » prospéré sur le terreau de plus d'un siècle de colonisation : « La pratique de la torture pendant la guerre en Algérie a au moins deux origines : le terreau colonial propre à l'Algérie (la torture y était utilisée par la police dans le cadre du maintien de l'ordre colonial et en dehors des cas d'affrontements armés) et un terreau plus spécifiquement militaire avec le poids de l'armée coloniale et de l'expérience indochinoise en particulier qui conduisit l'État-Major à interpréter la guerre selon des grilles issues du conflit précédent[62]. »

    La thèse de Raphaëlle Branche rejoint les conclusions de l'historien Olivier Le Cour Grandmaison, selon qui :« Des années 1840 à l'indépendance en 1962, le corps physique de l'« arabe » a donc été utilisé comme un instrument de terreur sur lequel le pouvoir colonial n'a cessé d'inscrire les marques de sa toute puissance. La torture en Algérie et dans l'empire français : une exception limitée aux guerres de libération nationale conduites contre la métropole ? Non, la règle[63]. »
    Une autre historienne, Louise Müller, s'est cependant livrée à une étude critique de la thèse de Raphaëlle Branche, l'accusant de « reposer sur un tri sélectif des sources, sur de faux témoignages et sur l'utilisation d'un vocabulaire et d'une grille de lecture orientés »[64].

    Dans « Cent ans de capitalisme en Algérie, histoire de la conquête coloniale », article publié dans La Révolution prolétarienne en 1930, Robert Louzon expliquait déjà que la torture était le seul moyen d'instruction des affaires pénales dès lors qu'il était question d'« indigènes » et dénonçait déjà cet état de fait particulièrement répugnant comme s'inscrivant dans la réalité coloniale au point d'en être une des manifestations les plus authentiques[65]

    Marc Ferro, dans Le livre noir du colonialisme, fait part de son regret : « Ceux qui travaillent sur les régimes totalitaires n'ont lu Hannah Arendt que d'un seul œil, semble-t-il. Ils ont omis de s'apercevoir qu'au nazisme et au communisme elle avait associé l'impérialisme colonial (Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme, tome II, L'impérialisme, 1955) Entre ces régimes en effet, il existe une parenté qu'avait bien repérée le poète antillais Aimé Césaire, au moins en ce qui concerne nazisme et colonialisme : « Ce que le très chrétien bourgeois du XXe siècle ne pardonne pas à Hitler, ce n'est pas le crime en soi, c'est le crime contre l'homme blanc (…) d'avoir appliqué à l'Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu'ici que les arabes, les coolies de l'Inde et les nègres d'Afrique » (Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Présence Africaine, 1955.) »[66] »
    Cela pose bien sûr la question d'une généalogie du totalitarisme, dont la déshumanisation tient beaucoup plus selon des auteurs comme Aimé Césaire des structures mentales du colonialisme que de celles de la Terreur pendant la Révolution française. Des auteurs comme Olivier Le Cour Grandmaison voient directement dans le terreau colonial au-delà de la systématisation de moyens de terreur de masse, un laboratoire des génocides du XXe siècle[67]. Quelle que soit la position adoptée concernant les rapports entre colonialisme et totalitarisme, dans le sillage, ou contre, de la pensée de Hannah Arendt, Marc Ferro indique que : « Sans excès, on peut affirmer que la colonisation a abouti à un développement du racisme et que ce racisme a principalement nourri la rancœur des colonisés. Les humiliations subies par les Algériens, Africains, Annamites ou Malgaches sous l’administration coloniale française ont certainement contribué, plus que les violences extrêmes de la conquête ou les diverses formes d’exploitation et de spoliation, à la colère des offensés[68]. »

    Impunité des tortionnaires[modifier]
    Des lois d'amnisties ont été promulguées en France après la guerre (lois de 1962[69], 1966, de 1968, de 1974, de 1982 et de 1987) [réf. nécessaire]. Une loi spécifique est votée pour amnistier les responsables de l'affaire Audin[69]. Après les doubles lois de 1962, les seuls actes pouvant être poursuivis sont ceux de torture commis contre des membres de l'OAS[69].

    Dans son arrêt du 17 juin 2003[70], la Cour de cassation considère qu'il n'y a pas eu de crime contre l'humanité pendant la guerre d'Algérie. Elle écarte ainsi la possibilité de poursuites contre le général Paul Aussaresses. Sans nier les faits de torture, ni leur qualification de crime contre l'humanité au sens du code pénal actuel (entré en vigueur le 1er mars 1994), la jurisprudence actuelle écarte la qualification de crime contre l'humanité au sens du code pénal de l'époque : dès lors que les événements sont antérieurs au 1er mars 1994, seuls les faits commis par les puissances de l'Axe sont susceptibles de revêtir la qualification de crime contre l'humanité.

    Des associations de défense des droits de l'homme comme la FIDH demandent un revirement[71]. En 1982, sous le gouvernement Mauroy, dans la continuité des amnisties antérieures, intervient l’« ultime normalisation administrative[72] », la « révision de carrière[73] ». Le général de Bollardière, sanctionné de soixante jours d'arrêts de forteresse pour avoir dénoncé la torture en 1957 à La Courneuve[74], refuse cette réhabilitation. Il fut à l'époque le seul officier supérieur français à condamner la torture[75].

    La loi du 23 février 2005 (dont seul l'article 4 a été retiré) accorde une « indemnité forfaitaire » et non imposable aux « personnes (…) ayant fait l’objet, en relation directe avec les événements d’Algérie (…), de condamnations ou de sanctions amnistiées » (art.13)[76]. Athanase Georgopoulos, ancien de l'OAS réfugié en Espagne avant de revenir en France, a été nommé à la Commission chargée d'implémenter ces indemnisations (arrêté du 29 décembre 2005)[76].
    Par les barbouzes[modifier]
    Les barbouzes (Service d'action civique), émissaires du pouvoir gaulliste ont également torturé les membres de l'OAS[77]. Le 12 juin 1970, lors d'un débat télévisé à propos de la bataille d'Alger, le colonel Roger Trinquier déclare : « je cite un exemple précis, on a torturé les gens de l'OAS, personne les a défendus[78]. » Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue !
    Impunité des tortionnaires[modifier]

    Les barbouzes n'ont pas été inquiétés pour leur travail clandestin en Algérie.
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    Le cas de l'OAS[modifier]

    L'organisation armé anti-indépendantiste OAS a eu recours à la torture. Ses membres ont également été victimes de torture des barbouzes[77]. Comme le dénonce très tôt l'historien Pierre Vidal Naquet[77], les tortures perpétrées par les barbouzes étaient psychologiques et surtout physiques : coups, étranglements, électricité, ongles arrachés, yeux crevés, brûlures. L'euphémisme « triturer » est employé au lieu de « torturer ».

    Les tortionnaires utilisaient la « chaise électrique », fauteuil dont le dossier et le siège étaient remplacés par deux ressors à boudin et un treillis métallique. Le courant était ensuite branché entre le siège et le dossier et réglé sur 110, 220 volts, et pouvait aller jusqu'à 500 volts.

    Henri Vincent, arrêté le 27 janvier 1962 vers 20h30, a été emmené à El Biar par les barbouzes. Remis à la Police légale de Hussein Dey, il fut examiné par les médecins Henri de Jolinière et Maurice Bourhy qui constatèrent et certifièrent les tortures subies. L'affaire Petijean, ingénieur torturé puis assassiné par les barbouzes, a été très médiatisée à l'époque[79]. On peut cependant lire une déclaration de M. Mestre, à l'époque porte-parole de la Délégation Générale, aujourd'hui ancien ministre : « Il est possible que M. Petitjean ait été victime d'un règlement de comptes au sein de l'O.A.S. »[réf. nécessaire].

    Les gendarmes du colonel Debrosse, les gardes mobiles à l'école de Police d'Hussein Dey, les policiers de la mission « C » dans la fameuse caserne des « Tagarins » ont également torturé des membres de l'OAS [réf. nécessaire]. Parmi leur victimes, madame Geneviève Salasc, épouse du professeur de médecine d'Alger Jean Salasc, monsieur Ziano, etc.
    Par les groupes armés indépendantistes[modifier]
    Le cas du FLN[modifier]

    Selon la Ligue des droits de l'homme, les tortures visaient à entretenir un climat de terreur, plutôt qu'à obtenir ponctuellement des renseignements. Le numéro spécial N°61 de 1957 de la revue Algérie Médicale, organe officiel de la société médicale des hôpitaux d'Alger et de la Fédération des Sciences médicales de l'Afrique du Nord, présente les efforts du corps médical français en Algérie pour réparer les mutilations faites au visage contre des Algériens n'ayant pas suivi les consignes du FLN[réf. nécessaire]. Doivent être aussi pris en compte environ des militaires français enlevés et parfois torturés, comme par exemple André Aussignac, cas rapporté le 19 novembre 1963 par le sénateur Etienne Dailly[80].
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    Le cas de l'ALN[modifier]

    L'ALN employa des méthodes de torture semblables à celles de l'armée française, bien qu'en quantité bien moindre : supplétifs algériens ou civils des mechtas fidèles au gouvernement colonial égorgés, émasculés, femmes éventrées.

    Le nombre de victimes de l'ALN est toutefois très inférieur à celui des victimes torturées par l'armée française, par l'administration coloniale et leurs partisans[81]. Le centre de torture de Constantine où le nombre de personnes interrogées dépasse largement les 100 000 Algériens, totalise à lui seul davantage de tortures que les indépendantistes. Selon l'historien Guy Pervillé, même si l'on ajoute aux crimes perpétrés pendant la guerre les massacres de harkis intervenus après le cessez-le-feu et après l'indépendance, cela ne permet pas en aucun cas d'affirmer que l'ALN tortura autant que l'armée française[82].
    Dénonciation et condamnation de la torture[modifier]
    Torture pratiquée par les autorités françaises[modifier]
    Personnalités, dont le pacifiste italien Lanza del Vasto et l'islamologue français Louis Massignon, jeûnant à Paris en signe de protestation contre l'usage de la torture en Algérie. 1957.

    En 1957, l'activiste du Parti Communiste Français et directeur du journal Alger Républicain, Henri Alleg, dénonce l'emploi avéré de la torture par l'armée française, à partir de sa propre expérience vécue lors de la bataille d'Alger, dont il témoigne dans la presse. En 1982, dans son film L'Honneur d'un capitaine, le cinéaste français Pierre Schoendoerffer fait le procès de la guerre d'Algérie et dénonce l'hypocrisie française (le personnage du professeur de sociologie Paulet incarné par Jean Vigny), ce qu'un ancien officier putschiste, le commandant Guilloux (Robert Etcheverry), qualifie de « propagande », puisqu'elle consiste à condamner uniquement l'usage de la torture par l'armée française en minimisant, voire en justifiant, celui pratiqué par le FLN.

    En 1956, l'historien Pierre Vidal-Naquet fait publier dans la revue Esprit un témoignage sur des exactions de l'armée française. À partir de 1957, il effectue un travail d'historien sur la disparition de Maurice Audin, jeune mathématicien français, arrêté en Algérie et disparu depuis : il défend la thèse de sa mort sous la torture contre celle, officielle, de sa disparition par évasion. Il en fait un livre, L'Affaire Audin, paru en 1958 et réédité, largement complété, des années plus tard. Il participe ainsi au « Comité Audin ». Il publie en 1962 La Raison d'état, livre dénonçant l'emploi de la torture.

    Pour l'historien Guy Pervillé : « la condamnation absolue de la torture ne doit pas se limiter aux actes d'un seul camp ; or, c'est l'impression qu'ont trop souvent donné les articles de Monde, de l'Humanité, et de Libération »[83].

    Quant à Jean-Claude Guillebaud, il doute « qu'on fasse preuve de discernement lorsque, pressé de dénoncer, à juste titre, la torture "française", on oublie systématiquement la sauvagerie de l'autre camps […], un délire meurtrier qui alla bien au-delà de ce qu'implique une lutte de libération nationale […], une violence qui réapparait significativement dans l'Algérie d'aujourd'hui ». Il rapporte que, dans les années 80, Zhou Enlai reprocha à l’ancien président Ben Bella cet excès de sauvagerie et lui aurait dit : « Il y a trop de sang dans votre révolution »[84].
    Torture pratiquée par les autorités algériennes[modifier]

    En 1960, le cinéaste franco-suisse Jean-Luc Godard dénonce la torture pratiquée par les membres du FLN contre un agent de l'OAS (personnage de Bruno Forestier incarné par Michel Subor) dans son film Le Petit Soldat. Interdit par la censure, l'œuvre ne sortira qu'un an après la fin de la guerre d'Algérie, en 1963. * Portail de l’Algérie Portail de l’Algérie
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  5. Hier dans Kiosque de TV5 , l'animateur français n'a trouvé que deux dessinateurs et le dirlo de Liberté pour parler du 50eme anniversaire à partir d'un plateau mis à leur dispo par notre télé l'Unique. J'ai suivi m'attendant à d'autres invités comme en Tunisie ou au Maroc, rien. C'est le plus mauvais Kiosque que j'ai suivi. J'ai appris que le qui tue qui ? c'est les terros, l'armée n'a pas de sang sur les mains (merci Dilem pour la réponse). J'ai appris que les intellos français auraient dû s'impliquer plus pour aider l’Algérie. J'ai appris que ce 50 e c'est au peuple à le fêter (merci au dirlo de Liberté). J'ai appris que le jour où on a tué 500 villageois, l'Unique a ouvert son journal sur la mort de Diana merci pour Plantu pour le dessin et la colère). Moi je vais fêter ce jour en allant au cimetière pleurer mes morts pour ça.

  6. Tant que la France n'aura pas reconnu "ses crimes de guerre contre l'Algérie" comme elle s'est fait reconnaitre par l'Allemagne, ce sera toujours des "scènes superficielles", sans âmes et sans enthousiasmes !!!!!!

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