L’Algérie, un motif qui orne la carte géographique !

L’Algérie est un pays riche, les algériens sont pauvres ! Cette énigme n’arrête pas de nuire de plus en plus à l’image du pays et de ses citoyens.

Malgré ses richesses, l’Algérie de 2012 a du mal à dépasser le système féodal et moyen-âgeux qui touche pratiquement tous les domaines : de l’économie au système politique en passant par la justice et les droits de l’homme, la religion et des pratiques sociales des plus archaïques. Est-ce que ce jeune pays est condamné par les cieux à être complètement à côté de l’histoire ? Est-ce une malédiction divine d’être mauvais élève de tous les temps? Le problème réside-t-il dans la junte au pouvoir? Ou c’est une responsabilité partagée par toutes les composantes sociales de la nation? Y a-t-il un moyen pour sauver le pays ? Les causes de ce drame sont multiples. En voici quelques-unes.

1. L’immaturité du peuple ou du citoyen pour ne pas dire « sujet« 

Un citoyen est une personne majeure qui dispose de droits et qui a des devoirs liés à sa nationalité. Or, l’Algérien ne dispose pas de droits et on l’empêche même de faire son devoir de citoyen !

Le système tribal, le diktat du plus fort et l’arbitraire sont la devise de ce pays ! On ignore ses propres droits, ses devoirs, pas de revendications politiques, sociales ou économiques, car la lâcheté est plus confortable que le militantisme et le combat pour la liberté. On bénit les dictateurs, on protège le système et on soutient les tyrans d’une manière ouverte, claire et inconsciente. Cela s’est concrétisé par les différents référendums, les mascarades présidentielles, législatives et municipales… Le taux d’analphabètes contrairement à la norme ne cesse d’augmenter d’une manière exponentielle et préoccupante. Aussi bien dans les régions de l’intérieur et du sud (Djelfa, Laghouat, Bechar) que dans les villes du nord. Le plus grave est que le phénomène est existant dans la capitale et à Oran. Les jeunes restant les plus vulnérables à ce fléau.

L’accès aux médias, technologies (internet..) n’est pas seulement limité à cause du pouvoir d’achat et du système politique, mais aussi à cause de l’ignorance et de l’incompétence. Plus de la moitié des étudiants ne peuvent pas manipuler un ordinateur. On a des universitaires qui ne maîtrisent aucune langue (ce n’est pas une exagération, mais une réalité amère), avec un niveau d’instruction très bas et une mentalité fondée sur l’intolérance, le racisme et l’excès de fierté le meilleur peuple du monde choisi par le bon Dieu pour guider la planète, on a les meilleurs médecins et les meilleurs pilotes…). Dans un cas pareil, on ne peut pas distinguer le peuple de la populace. La populace bien entendu ne peut pas faire de progrès, donc de ce point de vue on ne peut pas trop compter sur le peuple.

2. Le problème identitaire, le conflit perpète

Le problème identitaire de l’Algérie ne date pas d’aujourd’hui. Au sein de l’élite révolutionnaire des années 1940 commençaient les premières étincelles voire des escarmouches entre les deux cultures. Après l’indépendance, l’autoritarisme des putschistes (Boumediene) arrivés au pouvoir et le sentiment de haine et de racisme envers les non Arabophones a pris une dimension politique. Il était strictement interdit aux étudiants kabyles sur Alger ou tout autre wilaya que la leur, de parler dans leur langue maternelle… De l’autre côté, on a renforcé la culture arabe qui appartenait à des sociétés, des peuples et des pays qui sont loin d’être frères. On a arabisé le système éducatif, la loi est désormais celle du Coran (a charia), l’ennemi de la langue arabe est systématiquement l’ennemi de Dieu. Cette culture étrangère à l’Algérie a fait de ses enfants des talibans et des Afghans. On a payé le prix de ces politiques inconcevables très chères. Au lendemain de l’indépendance « les ulémas » qui règnent sur le pays ont jugé menaçante pour eux et pour la nation, la culture des infidèles (1) ainsi que toute chose relative à celle-ci. C’est le commencement de la censure et de l’autodafé. Ignorant la structure socioculturelle du peuple et de ses intérêts à moyen et à long terme, on a entreprit un lynchage de tout ce qui n’est pas arabe, dans les yeux de ces déformateurs qui se voient comme réformateurs, c’est une purification. On a appelé des Egyptiens et des Syriens pour assurer l’arabisation de l’école et des institutions. Là il faut rappeler que près de 80% de la population n’est pas arabe : Chaouïa, Mzab, Kabyle, Targui… même l’arabe algérien n’est qu’un dialecte à moitié berbère un l’autre moitié mélange de français et d’arabe : « Guelil saken chambra » pauvre (en berbère) habite (en arabe) une chambre (en français) « Une langue maternelle imposée » on a appris l’arabe classique comme langue maternelle alors que nos mères ne la parle pas, ce n’est pas drôle ce génie linguistique ! Comment peut-on avancer avec une fausse identité ? Avec la non-reconnaissance de l’autre ? A l’origine du développement de la culture, sans culture, sans langue sans expression une société précipite vers sa fin. (Où sont le latin et les Romains ?)

3. Colonialisme

Il est clair que le passé colonial de l’Algérie à des répercussions négatives directes et indirectes sur son présent voire même sur son futur. La France post-de Gaulle reste toujours « ombilicalement » reliée à l’Algérie. L’ingérence et l’intervention dans les affaires internes du pays ainsi que le mutisme vis à vis des atteintes graves aux libertés. Le silence absurde sur les crimes commis envers un peuple affaiblit et livré à son destin. Le terrorisme d’Etat bénit par l’Elysée. Des milliers d’Algériens sont victimes du terrorisme, qui n’est autre qu’une barrière devant la démocratie et l’état de droit, créé pour maintenir le chaos, la déstabilisation et le désordre. La France n’a pas seulement soutenu les vampires au pouvoir, mais elle les a défendus sur la scène mondiale, elle est leur « porte-parole » auprès de l’Union européenne et du fait de cette complicité, des Algériens et des Algériennes meurent chaque jour en s’immolant, en traversant le détroit de Gibraltar ou même la Sicile, les autres subissent en silence en attendant… Des millions de jeunes sont aujourd’hui sans perspectives ni avenir ; demain, ils seront des vieux à la charge de qui ?

Le pays des droits de l’homme, le berceau de la démocratie moderne et de la justice vit comme un élément parasitaire sur un pays dirigé par des corbeaux. N’est-ce pas un déshonneur? L’exploitation n’a donc pas cessé avec la fin de l’occupation. On ignore jusqu’à présent le contenu réel des accords d’Evian, les entreprises françaises ont des privilèges flagrants et la balance Roberval n’a pas eu lieu dans les relations entre les deux pays, d’ailleurs la culture des deux pays souverains indépendants l’un de l’autre est complètement absente, car le climat qui domine est celui d’un professeur et son élève, d’un puissant et d’un faible, d’un colonisateur et d’un colonisé.

4. L’élite ?

Oui, un grand point d’interrogation. C’est quoi une élite ? Y a-t-il une véritable élite en Algérie ? Si l’élite constitue la crème de la société, la couche cultivée, productive, détentrice du savoir et consciente des enjeux politiques, chez nous, elle reste inerte et trop divisée face aux autocrates et usurpateurs qui s’emparent des richesses du pays et le mènent tout droit vers la faillite. L’intérêt personnel passe devant l’intérêt public, on fuit dans les pays occidentaux, on préfère vivre dans le confort. Notre élite accorde rarement une pensée à la patrie, aux aïeux, aux hommes, femmes et enfants otages enfermés dans une prison à ciel ouvert qui s’appelle « Algérie » c’est de la « non-assistance à un peuple en danger » ? Le leadership, le manque de confiance ainsi que la divergence des intérêts sont les problèmes fondamentaux des dissensions qui minent l’élite algérienne. Ici en Algérie on peut tout acheter avec l’argent, et l’élite n’est pas épargnée par cette « déontologie« , les ingénieurs, les docteurs les professeurs d’université sont payés pour leur silence, ils propagent l’idée du « tout va bien, vive l’empereur !!!« . Pour ce qui est de l’opposition politique, on distingue plusieurs catégories : celle qui constitue la vitrine d’un pays démocratique, autrement dit les partis du et au pouvoir, et l’autre, ceux de l’opposition. C’est le cas de la majorité des partis politiques. Leur existence, pourtant sans effet réel, donne la légitimité au pouvoir.

Opposition islamique radicale et extrémiste infiltré par les éléments du pouvoir

Son rôle est d’éviter à tout prix la démocratie. Ce n’est pas seulement parce que c’est un péché, mais c’est le moyen le plus approprié, le plus concret et le plus pertinent pour démontrer au monde que le régime en place est le garant de la stabilité et sans lui l’Algérie devient l’Iran de l’Afrique du nord.

Opposition démocratique éparpillée, fragilisée taquinée d’infidélité, divisée sur tous les plans. Elle représente les militants des droits de l’homme et les militants de quelques partis politiques avec ou sans agrément. La démocratisation de l’Algérie dépend du développement du sentiment national, du patriotisme, la fierté d’appartenance à une nation unie, ainsi une véritable identité sans ségrégations et sans distinction entre ses composantes culturelles, ethniques, linguistiques ou confessionnelles. C’est utopique de changer les mentalités du jour au lendemain ou bien de se précipiter vers un idéal démocratique sans base fondamentale, celle qui garantit le progrès et l’acheminement du processus démocratique.

Un garde-fou pour éviter les débordements et les pratiques antidémocratiques. Le changement doit commencer du bas vers le haut, la société civile, les partis politiques, l’élite et les organisations non gouvernementales, les journalistes, les avocats les artistes et le simple citoyen doivent s’unir et contribuer à ce changement, ce n’est pas avec une ville polluée, une femme tabassée ou un enfant violé qu’on peut atteindre la démocratie. Les Algériens doivent mettre fin au silence et à l’irresponsabilité, c’est le moment de rassembler la force, l’union et la solidarité pour pousser les despotes à limiter leur autorité.

Les Algériens de l’étranger notamment ceux d’Amérique et d’Europe doivent dénoncer la complicité des hommes politiques occidentaux avec les dictateurs au pouvoir en Algérie. Les peuples civilisés ne doivent pas rester neutre face aux dépassements quotidiens des droits de l’homme ; comment peut-on être indigné par la chasse des rhinocéros en Afrique et neutre ou silencieux quand des milliers de jeunes, traversent la mer clandestinement au péril de leur vie ?

A l’aide des technologies de l’information et de communication (internet, chaînes de télévision et autres), on peut exercer une pression considérable et décisive sur ces autocrates, qui ne sont que des lâches qui comblent un vide délaissé par l’élite, l’opposition à vrai dire par le peuple.

Mohamed Yazzag, jeune universitaire

(1) Une personne qui n’est pas musulmane est appelée ainsi ! Cette personne représente le diable ! Les musulmans doivent se méfier d’elle, car elle est l’ennemie de Dieu et du prophète !

10 commentaires

  1. " Ces autocrates qui ne sont que des lâches qui comblent un vide délaissé par l'élite " , ce ne sont pas eux les lâches parcequ'ils n'ont fait que s'engouffrer au travers de la brèche béante abandonnée par l'élite nationale qui ne se sentait pas concernée , préférant aller tenter sa chance ailleurs ou rester dans l'abri et la sécurité que lui procure son statut .Une élite qui a complètement délaissé le champ politique aux charlatans de tout bords et aux arrivistes baratineurs et sans vergogne. Parmi l'élite démissionnaire , il y a aussi les born-again qui vous chantent à longueur de journée la touba et l'islam innocent de toutes choses pour conforter et légitimer les assauts de l'islamisme politique et ses visées dictatoriales .

  2. Ce petit doigt de Sarkozy ?! Si c'était moi je le lui aurais brise sur le champ de se permettre de me pointer de son doigt ! ya boureb c'est des rkhouas qui nous gouvernent ! Sur cette photo on comprend ce qu'il lui dit.
    Sarkozy : "je t'ai déjà averti de ne plus faire confiance aux démocrates, les Kabyles, aux intellectuels les vrais moudjahidine, je t'ai déjà dit de les chasser du pays c'est la priorité pour qu'on puisse envisager de revenir un jour ! et la prochaine fois si tu commet des bêtises je te releverai de tes fonctions de directeur général de la grande prison Algérie "
    Boutef repond :" c pa moua missieur, je ve jure, c'est eux les généraux qui me poussent à fauter"

  3. Les autocrates comblent le vide délaissé par une pseudo-élite, l'élite dont vous parlez n'existe pas ou elle n'a pas pu exister. Des diplômés de qualité, l'Algérie en a formée dans tous les domaines sans leur donner la possibilité de s'exprimer ou de devenir réellement une élite. Pour qu'une élite se forme il aurait fallu que les décideurs fassent confiance aux diplômés en les impliquant dans les choix et les prises de décisions et en acceptant les erreurs commises.
    Ils ont été pour la majorité enfermés dans un schema appellé par les Algériens "couché – pas bougé" journal, café et mots croisés; celui qui par malheur prend une initiative est assimilé à un gêneur. Pour illustrer ces dires, il faut lire les textes concernant la gestion des domaines autogérés de l'agriculture qui stipulaient que l'Ingénieur agronome diplômé de l'INA (formation de qualité reconnue, je ne suis pas diplômé de cette ex majestueuse école) était à la disposition du président du domaine ignare ne connaissant parfois à la terre, et dont le seul souci était d'aller au village prendre son café sur le seul tracteur fonctionnant. De plus, lorsqu'une femme de salle ( sans aucun mépris) avait le DROIT d'ignorer voire même d'insulter un hachek Prof.de médecine. Alors former une élite dans ces conditions !!!!!
    On a insuflé volontairement la course à l'attribution du logement non au mérite mais à la docilité voire à l'imbécilité.
    Si les meilleurs diplômés ou ceux qui ont eu la chance de trouver ailleurs un semblant de meilleure vie (j'en fait malheureusement partie), sont partis c'est parce que tout simplement un décalage entre leur espoir de porter l'Algérie au niveau des pays développés et la réalité un gouffre s'est creusé.
    De plus, l'arabisation baclée de l'Ecole algérienne, les diplômés de l'ex-pays frère l'URSS qui dispensait par sa fameuse Université Patrice Lumumba des diplômes déjà prêt pour une formation bidon adaptée tiers monde .La clochardisation de l'Université Algérienne (absence de livres, de revues scientifiques, absences de TP et de TD par manque de moyens!!) a fait le reste !
    Il est vrai cependant que nous tous instruits et, diplômés avons faillis d'une part parce quenous avons cru détenir le savoir et snober nos parents et, d'autre part parce que nous n'avons pas été incapables de dépasser nos petits intérêts, il s'en est suivit une classification absurde et descriminatoire entre algériens francophones, algériens arabophones diplômes russes, diplômes français etc, qui a amenés les plus opportunistes à servir les autocrates et même à faire plus qu'il ne leur est demandé.

  4. La photo de l'article m'intrigue.
    Que dit exactement Sarko à Boutef avec le doigt pointé ?

  5. L'auteur semble avoir oublié la politique de la haine pour l'autre (l(étranger) que l'idéologie de l'ex-parti unique a voulu ériger en ciment pour unir les Algériens. Le résultat est que la société algérienne est restée profondement segmentariste et la haine pour l'étranger est devenue un des obstacles à l'ouverture du pays, surtout sur le plan économique.

  6. Un écrit rafraichissant; une analyse exhaustive et pertinente. Merci pour cet écrit.

  7. Cette photo en dit bien plus que l'article même s'il est pertinent;en un cliché on voit le syndrome du colonisateur et celui du colonisé(Albert Memmi)s'exprimer tout est là.L'Algérie n'a pas eu un Bourguiba qui a émancipé la femme pour mettre son pays sur le voie de la modernisation et du progrès,il a tout misé sur l'éducation du peuple et on a vu les bienfaits de celle-ci lors de la révolution.En Algérie on continue de traiter la femme comme un mineur et la France traite l'Algérie de la même façon voire comme un indigène c'est le néo-colonialisme;tant que ce pseudo pouvoir continuera à baiser les pieds de son bourreau tout en étant lui même un bourreau pour son peuple l'Algérie n'a aucune chance de devenir un pays démocratique et moderne.

  8. C'est vraiment horrible de lire tout cela, je suis de moins en moins fier disons que je ne l'ai jamais été car je suis née après l'indépendance mais c'est de pis en pis, c'est insoutenable je suis à 2 doigts de l'immolation !!
    Le doigt accusateur de Sarkozy en dit long,…allez imaginons un peu la discussion..:
    Sarkozy : Si tu me refais cela t'es viré toi et ton clan ..!!! t'as compris…!
    Bouteflika : mi ji rien fit missiyou, pitiyé pityé j'y rine fit mssyou Sarkosy

  9. A part l'éducation et un président à la hauteur de Boutef, l'Algérie ne manque de rien. Maintenant si on veut la démocratie à l'européen, c'est qu'on est vraiment cons ! On a déjà assez tendu notre intimité à la France ne la tendant pas au USA. Sarkozy ne fait peur qu'aux Français, lui même a peur d'Obama qui a peur de Dick Cheney et de ses actionnaires… Donc rien de telle qu'une dictature pour que les moutons soient bien gardés !

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