Des attaques à Kaboul et Mazar-i-Sharif lors de la fête de l’Achoura ont fait une soixantaine de morts et plus d’une centaine de blessés.
L’Afghanistan risque-t-il de basculer dans un conflit interconfessionnel ? Pour la première fois depuis la chute du régime taliban, fin 2001, deux attentats ont visé, mardi, la minorité chiite, faisant au moins 59 morts et plusieurs dizaines de blessés. La première attaque s’est produite en début de matinée devant une mosquée du centre de Kaboul. Un kamikaze s’est fait exploser au milieu de centaines de pèlerins qui célébraient l’Achoura, une des principales fêtes chiites. Le bilan est le plus lourd dans la capitale depuis plus de trois ans : au moins 55 morts et plus de 150 blessés, selon le ministère de la Santé. A peu près au même moment, un autre attentat visait une mosquée de Mazar-i-Sharif (Nord). Au moins quatre Afghans ont été tués.
Depuis le début de l’intervention internationale, en octobre 2001, les insurgés, dont les talibans sunnites, n’avaient jamais ciblé spécifiquement les chiites, qui représentent environ 20% de la population. Chaque année, les fêtes de l’Achoura rassemblent plusieurs dizaines de milliers de participants. Des chapiteaux noirs, où des volontaires distribuent nourriture et boissons, sont dressés dans les rues des principales villes. Les violences se limitaient d’habitude à quelques échauffourées entre pèlerins. Les talibans ciblaient en revanche la minorité chiite hazara lorsqu’ils étaient au pouvoir, entre 1996 et 2001. Ils ont, selon les Nations unies, massacré plusieurs centaines de paysans du Yakawlang (Bamiyan), en janvier 2001.
La double attaque de mardi marque-t-elle une résurgence de ces violences ? Les talibans ont nié être les auteurs des attentats de Kaboul et Mazar-i-Sharif. « Ce démenti est crédible. D’une part, car les talibans n’ont jamais commis ce type d’attentats antichiites. D’autre part, car ils n’y ont pas intérêt. Les attaques d’hier (mardi) vont renforcer les alliances entre les groupes du nord du pays qui leur sont opposés. Il y a désormais un véritable risque de guerre confessionnelle », explique Gilles Dorronsoro, professeur à Paris-I. Selon lui, les attaques pourraient avoir été réalisées par le Lashkar-e-Taiba. Ce groupe islamiste pakistanais est déjà suspecté d’avoir organisé l’attentat de février 2010 contre une maison d’hôtes indienne à Kaboul. Plusieurs dizaines de ses membres se sont par ailleurs installés ces derniers mois dans les provinces afghanes de Kunar et du Nouristan (nord-est), à la frontière pakistanaise, profitant de la fermeture des bases américaines dans la région.
Signe inquiétant de la dégradation de la situation, les attentats antichiites se sont produits au lendemain de la conférence de Bonn, où la communauté internationale devait définir les modalités de l’aide fournie à l’Afghanistan après le départ des troupes étrangères, fin 2014. Après une journée de discussions, rien de concret n’a finalement été annoncé. Les négociations avec l’insurrection semblent elles aussi au point mort.
Selon nos informations, deux anciens talibans – le mollah Abdul Salam Zaeef et Wakil Mutawakil – ont été reçus par des diplomates français et un représentant américain en fin de semaine dernière à Chantilly. Comme lors de réunions similaires organisées par le Royaume-Uni, l’Allemagne ou les Etats-Unis, aucun résultat tangible n’a été obtenu.
Avec AFP




