Russie unie a enregistré un net recul aux élections législatives organisées dimanche en Russie, un scrutin marqué par la lassitude de l’électorat envers Vladimir Poutine, qui briguera un nouveau mandat présidentiel en mars prochain.
Le parti du Premier ministre a remporté 49,5% des suffrages – contre 64% il y a quatre ans -, soit 238 des 450 sièges que compte la Douma, selon des résultats quasi définitifs. Le mouvement, qui domine la vie politique russe depuis une décennie, avait obtenu 315 sièges lors de la précédente élection. Il s’agit du plus mauvais résultat électoral de Vladimir Poutine depuis son arrivée au pouvoir en 1999.
Le Parti Communiste, principal bénéficiaire de la baisse de Russie unie, a obtenu 92 sièges (19,1% des voix) contre 57 en 2007, suivi de Russie juste (13,2%, 64 sièges) et des nationalistes du LDPR (11,7%, 56 sièges). Le taux de participation atteint 60,2%, en baisse de 3% par rapport à 2007 et de 5% en comparaison avec 2003.
La campagne électorale a été marquée par « une compétition politique limitée et un manque d’impartialité », ont rapporté lundi les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Le décompte des voix a été caractérisé par des violations fréquentes de la procédure, avec notamment des indications de bourrage d’urnes, écrivent-ils dans leur rapport préliminaire.
Le président Dmitri Medvedev, dont la position pourrait être fragilisée après ce revers électoral, a rejeté les accusations de fraude électorale lancées par l’opposition.
Le déclin de Russie unie
Vladimir Poutine y a vu « un résultat optimal qui reflète la véritable situation dans le pays ». « En se fondant sur ce résultat, nous pouvons garantir un développement stable de notre pays », a-t-il dit.
S’il conserve son statut de grand favori de l’élection présidentielle de mars, les résultats de dimanche sont le signe d’un certain déclin de son aura. De nombreux électeurs critiquent la corruption endémique et s’inquiètent de l’écart grandissant entre les classes aisées et défavorisées en Russie. « De nombreux Russes ont voté contre le système et Poutine est à la tête de ce système« , souligne Stanislav Kucher, chroniqueur à la radio Kommersant.
« Ces élections sont sans précédent parce qu’elles se sont déroulées sur fond d’effondrement de la confiance dans Poutine, Medvedev et le parti au pouvoir », renchérit Vladimir Rijkov, membre de l’opposition libérale. Il prédit que l’élection présidentielle de mars tournera « à la crise politique de grande ampleur en raison de la déception, de la frustration et du désenchantement, avec un vote de protestation encore plus fort ».
Russie unie a perdu sa majorité des deux tiers à la Douma, les électeurs ayant montré des signes d’apathie depuis que Vladimir Poutine, qui reste pourtant de loin la personnalité politique la plus appréciée, a annoncé sa candidature à la présidentielle.
L’issue du scrutin présidentiel de mars ne fait guère de doute et le futur chef de l’Etat a fait savoir en septembre qu’il céderait alors la tête du gouvernement au président sortant Dmitri Medvedev. Beaucoup d’électeurs redoutent que le retour programmé de Poutine au Kremlin ne soit synonyme de stagnation économique et politique. « Il a créé un système dans lequel lui seul peut être président, un système où lui seul peut diriger », estime Grigory Yavlinsky, fondateur du parti Yabloko.
Le chef de file du Parti communiste, Guennadi Ziouganov, a fait état dimanche de fraude massive dans plusieurs régions. « Je viens de parler à mes collègues en Sibérie et en Extrême-Orient, et la situation est très préoccupante« , juge-t-il. « Le pays n’a jamais connu une élection aussi sale« .
Selon la police, 70 manifestants qui dénonçaient des fraudes électorales ont été interpellées à St-Pétersbourg, la deuxième ville du pays, et des dizaines d’autres à Moscou. La radio indépendante Echo de Moscou a indiqué que son site internet avait été fermé par des pirates informatiques dimanche matin. Cela « fait partie d’une tentative d’éviter la publication d’informations sur les irrégularités (lors du vote) », a déclaré le rédacteur en chef de la radio Alexeï Venediktov sur Twitter.
Les sites internet du site d’information Slon.ru et de l’ONG russe Golos, qui traque la fraude électorale, ont également été piratés. Les Etats-Unis ont exprimé leur inquiétude face à ce qui leur semble être des manœuvres de « harcèlement » visant à empêcher Golos de surveiller le déroulement du scrutin.
Avec Reuters




