Le roi Abdallah II de Jordanie a été lundi le premier dirigeant arabe à appeler le président Bachar al-Assad à « quitter le pouvoir », la Syrie affirmant de son côté être victime d’un « complot » après la décision de la Ligue arabe de la suspendre des travaux de l’organisation.
Le roi Abdallah II de Jordanie a été lundi le premier dirigeant arabe à appeler le président Bachar al-Assad à « quitter le pouvoir », la Syrie affirmant de son côté être victime d’un « complot » après la décision de la Ligue arabe de la suspendre des travaux de l’organisation.
« Si j’étais à sa place, je quitterais le pouvoir », a dit le roi de Jordanie, pays voisin de la Syrie, dans une interview à la BBC. « Si Bachar avait à coeur l’intérêt de son pays, il devrait démissionner, mais il devrait aussi créer les conditions nécessaires pour une nouvelle phase de la vie politique syrienne« , a-t-il ajouté.
Pour sa part, Damas a vivement réagi à la décision de la Ligue arabe de le suspendre de ses travaux, deux jours avant une nouvelle réunion arabe au Maroc. « La décision de la Ligue arabe (…) représente un pas dangereux« , a déclaré le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem au cours d’une conférence de presse. La Syrie « paie le prix de ses positions fermes » mais elle « ne fléchira pas et sortira plus forte« , a-t-il ajouté, assurant que « les complots ourdis contre la Syrie échoueront« .
Samedi, la Ligue arabe a suspendu la participation à ses réunions de la Syrie – où la répression de la contestation a fait 3.500 morts, selon l’ONU, depuis mi-mars – et l’a menacée de sanctions, un camouflet sévère pour Damas. Cette décision intervient près de deux semaines après l’acceptation « sans réserves » par Damas d’un plan de sortie de crise proposé par la Ligue, qui n’a pas été suivi d’effets.
Après huit mois d’un mouvement de contestation qui ne s’essoufle pas, M. Mouallem a exclu l’éventualité d’une intervention étrangère en Syrie, se félicitant de l’appui de la Russie et de la Chine.
« Le scénario libyen ne se répètera pas, ce qui se passe en Syrie est différent de ce qui s’était passé en Libye« , a-t-il estimé, ajoutant: « Les positions de la Russie et de la Chine que nous remercions ne changeront pas car nous sommes en coordination et en consultations avec eux ». Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a jugé lundi « incorrecte » la décision de la Ligue arabe. « Il a quelqu’un qui fait tout pour que les Syriens ne parviennent pas à un accord entre eux« , a-t-il souligné, sans plus de précisions. La Chine a exhorté de son côté la Syrie à mettre en oeuvre le plan de sortie de crise de la Ligue, tout en se gardant de soutenir d’éventuelles sanctions contre Damas.
Pour sa part, le secrétaire général de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), Ekmeleddin Ihsanoglu, a prévenu que si Damas « ne se conforme pas aux demandes légitimes du peuple syrien et aux appels lancés par l’OCI, la Ligue arabe et l’ONU, elle risque une internationalisation de la crise ».
Après sa décision de suspendre la Syrie de ses travaux, la Ligue arabe étudie à présent un « mécanisme de protection des civils » et a convenu de l’envoi de 500 membres d’organisations arabes des droits de l’Homme, de médias et des observateurs militaires dans le pays, selon un responsable de l’organisation panarabe.
Une nouvelle réunion extraordinaire est prévue mercredi à Rabat pour faire le point sur la mise en oeuvre du plan de sortie de crise pour la Syrie décidé le 2 novembre et prévoyant notamment le retrait des forces armées des villes en proie à la contestation et la libération des manifestants arrêtés. Mais, M. Mouallem a indiqué qu’il ne participerait pas à la réunion de Rabat.
L’Union européenne a, elle, décidé d’étendre ses sanctions contre le régime syrien à 18 personnes, essentiellement des militaires, et de geler des prêts européens dans le pays en raison de la poursuite de la répression. Selon les ONG, des dizaines de civils ont été tués, dont plus de 125 pour la seule région de Homs (centre), depuis le 2 novembre.
Lundi, un homme a été tué par des tirs en provenance d’un barrage militaire à Inkhel, dans la région de Deraa (sud), « deux civils ont été tués lors d’échanges de tirs et de pilonnage aux mitrailleuses lourdes à Jobar » dans la ville assiégée de Homs et les corps de cinq soldats ont été retrouvés à Nairab, région d’Idleb (nord-ouest), selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme.
M. Mouallem a pourtant estimé que la Syrie se « dirige(ait) vers la fin de la crise ». Interrogé sur un éventuel établissement d’une zone tampon à la frontière avec la Turquie, revendiqué par des opposants, il a souligné que « la Syrie est un pays souverain et défendra chaque pouce de son territoire ». « J’exclus que la Turquie prenne cette mesure ».
« Ceux qui ne sont pas en paix au Moyen-Orient avec leur peuple et ne peuvent les satisfaire partiront« , a affirmé de son côté le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu, qui avait reçu la veille des représentants du Conseil national syrien (CNS), qui rassemble une bonne partie de l’opposition.
Par ailleurs, M. Mouallem a présenté les excuses de son pays pour les attaques de plusieurs ambassades étrangères en Syrie dans la nuit de samedi à dimanche par des centaines de partisans du régime en colère.
AFP




