Pour la première fois, l’agence onusienne explique les méthodes de travail qui lui ont permis d’arriver à ses conclusions sur le nucléaire iranien.
Si la publication du rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur le nucléaire iranien, mercredi, a fait beaucoup de bruit, il est un détail qui est passé bien plus inaperçu, un point relégué dans les annexes du rapport et baptisé « crédibilité de l’information ». On y apprend que l’agence onusienne a pris toutes les précautions du monde pour justifier ses conclusions, essentiellement de « sérieuses inquiétudes concernant une dimension militaire du programme nucléaire iranien« . Correspondances, rapports de visites, photos, vidéos… Sur plus de 1 000 pages – soit bien plus que le rapport lui-même ! -, l’AIEA a méthodiquement listé toutes les étapes de son travail.
Ainsi, on découvre que « l’Agence a reçu des informations de plus de dix États membres ». Que ces informations – « preuves de voyages, rapports financiers, documents expliquant des techniques industrielles » – ont été recoupées, étayées et vérifiées. L’AIEA explique également avoir fait son propre travail d’enquête, « sur des données accessibles à tous, grâce à des images satellites », mais aussi grâce à ses investigations. « Nous avons rencontré un personnage-clef dans la filière d’approvisionnement nucléaire clandestine iranienne », écrit ainsi l’Agence dans les annexes de son rapport. « Toutes les informations consolidées proviennent d’une large variété de sources indépendantes », martèle l’AIEA quelques lignes plus loin.
« L’AIEA est très futée«
D’infinies précautions qui sont une grande première pour une agence onusienne dont le seul nom devrait, normalement, garantir la crédibilité. « Au contraire, l’AIEA est très futée sur ce coup-là », explique un acteur de premier rang du nucléaire français qui tient à garder l’anonymat. « Ils en ont assez de voir leur travail décrédibilisé par l’Iran à chaque publication », ajoute cette source bien informée. C’est un fait : quelques heures à peine après la publication du rapport, Téhéran a immédiatement réagi en affirmant que les informations de l’AIEA provenaient… des services secrets américains.
L’agence onusienne « a sacrifié sa réputation en reprenant les affirmations invalides des États-Unis », a ainsi déclaré, mercredi, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad dans un discours retransmis à la télévision iranienne, lors d’un déplacement en province. « Nous ne reculerons pas d’un iota sur le chemin sur lequel nous nous sommes engagés », a-t-il également ajouté. Officiellement, l’Iran a toujours démenti toute visée militaire de son programme nucléaire.
En réalité, c’est surtout à la communauté internationale que l’AIEA s’adresse en publiant son « rapport sur le rapport ». « En 2003, personne n’a tenu compte des rapports de l’AIEA sur l’Irak », rappelle Michel Carlier, ancien ambassadeur belge et auteur de Irak, le mensonge (1). « Les Américains claironnaient sur tous les toits que Saddam Hussein dissimulait des armes de destruction massive. Or c’était parfaitement faux, et l’AIEA le savait », regrette l’ancien diplomate. Aujourd’hui, l’histoire se répète, mais à l’envers. L’Agence alerte le monde entier qu’un pays est en train de se doter d’une arme de destruction massive.
(1) Michel Carlier, Irak, le mensonge : une guerre préventive contestée, éditions L’Harmattan



