Bachar Al-Assad piétine encore une fois le plan de paix arabe

La Syrie baigne toujours dans la violence aveugle. Encore une fois, Bachar Al Assad balade la Ligue arabe. Et la communauté internationale. Il est décidément le fils de son père. Hafez Al Assad s’était illustré par la terrible répression de Hama en 1982. Dans l’indifférence internationale, Hafez Al Assad avait fait des milliers de morts.

Le dictateur syrien avait promis de retirer ses chars des villes et d’ouvrir le dialogue. Au lieu de cela, il a fait tirer sur les cortèges de manifestants, faisant au moins dix-huit nouvelles victimes vendredi. Homs toujours assiégée par les forces d’Assad en Syrie. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Et la Ligue arabe, comme la communauté internationale le vérifie chaque jour concernant la Syrie.;

Des chars syriens ont continué samedi à pilonner cette ville assiégée, ont rapporté des opposants et des habitants, alimentant les doutes sur la volonté de Bachar Al Assad de mettre en œuvre le plan de la Ligue arabe sur la fin de la répression en Syrie. Au moins cinq civils ont été tués et des dizaines d’autres blessés samedi dans cette ville d’un million d’habitants située au nord de Damas, où les troupes du régime ont entrepris d’écraser la contestation contre Bachar Al Assad.

Ces décès survenus à la veille de l’Aïd Al Adha portent à 82 le nombre de civils qui auraient été tués à Homs depuis mardi. « Des bâtiments entiers ont été pulvérisés par les tirs de blindés. Le pain manque et les gens qui sont touchés en pleine rue succombent à leurs blessures sur place car personne ne peut leur venir en aide », a déclaré Samer, un activiste à Homs.

Cette situation a conduit la Ligue arabe samedi à exprimer son inquiétude et à inviter le régime syrien à respecter son plan de sortie de crise accepté mercredi par Damas. Dans un communiqué, le secrétaire général de la Ligue, Nabil El Arabi, a exprimé ses « graves préoccupations à propos de la poursuite des violences » et a « lancé un appel au gouvernement syrien pour qu’il prenne des mesures immédiates de protection des civils ».

« L’échec de la solution arabe conduirait à des résultats catastrophiques pour la situation en Syrie et dans le reste de la région », a-t-il ajouté en indiquant que l’organisation panarabe voulait éviter toute « intervention étrangère ». Cependant, la Syrie rejette tout dialogue tant que se poursuivent les violences et que Bachar Al Assad n’a pas quitté le pouvoir, que sa famille occupe depuis 1970.

« Situation humanitaire catastrophique« 

A Homs, les bombardements se concentrent sur Bab Amro, un faubourg résidentiel déshérité à plusieurs kilomètres du centre, où se sont réfugiés des opposants et un nombre croissant de déserteurs de l’armée, disent des habitants. « La situation humanitaire à Bab Amro est horrible. Les habitants se disent complètement assiégés et affirment que leurs réserves en nourriture et en médicaments s’épuisent », a déclaré Rami Abdelrahman, un dissident en exil en Grande-Bretagne interrogé au téléphone par Reuters.

Les autorités affirment qu’elles combattent à Homs des bandes armées accusées du meurtre de civils et de dignitaires de la ville. Les médias officiels ont fait état cette semaine de la mort de plusieurs « terroristes » et de saisies d’arsenaux.

Des images diffusées sur YouTube et qui auraient été filmées en diverses villes de Syrie montrent des milliers de manifestants agitant des drapeaux. Certains scandent: « Mère, ne pleure pas, les jours de Bachar sont comptés ». Une vidéo tournée à Taybet Al Imam, près de Hama, montre une foule marchant dans la principale artère de la ville. Les bâtiments sont recouverts d’immenses drapeaux de la Syrie d’avant le régime baassiste accompagnés du drapeau adopté par les insurgés libyens ayant renversé Mouammar Kadhafi. « Le peuple veut l’exécution d’Assad », ont scandé des manifestants à Deir Baalba, près de Homs.

Amnistie

Ces informations sont impossibles à vérifier de source indépendante car le régime a expulsé quasiment tous les médias étrangers. Nabil El Arabi dit avoir été informé ces deux derniers jours par le représentant de la Syrie auprès de la Ligue arabe que bandes armées étaient impliquées dans « des actes violents et de sabotage » à Homs, à Hama et en d’autres endroits du pays.

Le secrétaire général de la Ligue a aussi rencontré une délégation de l’opposition regroupée au sein du Conseil national syrien, dirigé par Bourhan Ghalioun. La télévision d’Etat a annoncé vendredi une offre d’amnistie, valable une semaine, pour quiconque déposerait les armes, se rendrait à la police et n’aurait pas « commis de meurtre ».

L’offre d’amnistie ne semble pas faire partie du plan de la Ligue arabe et, par la voix de sa porte-parole Victoria Nuland, le département d’Etat américain a souligné qu’il « ne conseillerait à personne de se rendre aux autorités actuellement ». Comme les opposants, les Etats-Unis n’ont en outre aucune confiance en Bachar Al Assad pour la mise en oeuvre du plan de la Ligue arabe. « Il y a une histoire longue et profondément ancrée de promesses non respectées au sein du régime des Assad », a dit Victoria Nuland.

Le gouvernement syrien a dénoncé « des propos irresponsables (…) qui visent à attiser les querelles religieuses et à soutenir les meurtres et les actes de terrorisme pratiqués par des bandes armées contre les citoyens syriens ».

Un accord vite enterré par Bachar Al Assad

Mercredi, le chef de la diplomatie du Qatar, Jassem Al-Thani, croyait avoir fait le plus dur. Le régime de Bachar Al-Assad, incapable de juguler une contestation sans précédent, malgré la mort sous les balles de 3 000 manifestants depuis mars, acceptait « sans réserve » le plan de sortie de crise mis au point par ses voisins. Les capitales arabes commençaient à exultaient, croyant au mot le dictateur syrien.

La feuille de route de la Ligue prévoyait l’arrêt de la violence, le retrait de tout le matériel militaire déployé dans les villes syriennes, la libération de tous les manifestants arrêtés ces derniers mois, l’ouverture des frontières aux médias étrangers et, surtout, l’ouverture dans les deux semaines d’un dialogue entre le régime et l’opposition. Elle est bonne pour la corbeille… Sourds aux appels, les sbires de Bachar Al Assad ont continué leur répression sur le terrain.

Hécatombe à Homs et retournement de situation

Dès jeudi, alors que le secrétaire de la Ligue arabe, Nabil Al-Arabi, recevait au Caire des représentants du Conseil national syrien (opposition), la violence se déchaînait de nouveau à Homs, la troisième ville syrienne. Des chars équipés de canons antiaériens et de mitrailleuses lourdes pilonnaient le quartier de Bab Amro, l’un des foyers de l’opposition au régime. On y dénombrait, jeudi soir, au moins vingt-deux morts. L’armée et ses chars encerclaient toujours les villes.

Ces violences se sont poursuivies, vendredi, jour rituel des grandes manifestations. Sitôt la fin de la prière, de gros cortèges se sont formés dans les rues de dizaines de villes. « Ligue arabe, défie-toi de Bachar Al-Assad », « De quel dialogue parlez-vous ? » proclamaient les banderoles des manifestants à Homs, où les bombardements avaient repris dès l’aube. Dans cette seule ville, des médecins parlaient, hier soir, d’une « centaine de tués » ces derniers jours. Comme souvent, le régime impute ces morts à des gangs et à des islamistes armés… auxquels il propose une amnistie. Un peu partout, selon des témoins, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles. « De nombreuses personnes sont tombées à terre après avoir été blessées par balles, et nous craignons que certaines ne se relèvent pas », déclarait à Reuters un habitant de Kanaker (près de Damas) joint par téléphone.

À Banias, autre lieu de la répression. Les forces de sécurité ont battu des fidèles qui sortaient de la mosquée Abou Bakr Al-Siddiq et ont bloqué des dizaines d’autres personnes à l’intérieur du bâtiment pour les empêcher de se joindre à la manifestation.

Pour Ahmad Ramadar, porte-parole du CNS, le plan de paix est caduc : « Nous avons vu la réponse sanglante du régime à l’initiative de la Ligue arabe », déclarait-il, hier soir. Pour l’opposition, la Ligue a surtout permis à Bachar Al-Assad de brouiller les esprits et de gagner du temps. A voir effectivement les résultats particulièrement sanglant de cet énième plan, on se demande si vraiment la Ligue arabe a une quelconque volonté de pousser le dictateur syrien à une rapide ouverture politique.

Y.K. Reuters

Un commentaire

  1. Nous jugeons sans rien savoir. Des Syriens vivant en Algérie de retour de Syrie disent que ce sont de petits groupuscules mis en scènes par El Jazira, filmés par portable et entrecoupées d'affiches anti Assad.
    Certes c'est un dictateur, mais il y a là un grand complot pour récupérer la région, le pétrole et protéger Israël…Voyez comment les opposants sont vite accueilis et constituent un front anti Assad avec toute la publicité de l'Occident….
    Je souhaite que ces pauvres peuple dont on s'en fiche éperduement, comme les Egyptiens, les Tunisiens, et les Libyens,optent pour l'Islam et la charia comme l' a fait le CNT et Enahdha faire un pied de nez aux Occidentaux et à leur chiens…………

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