Ukraine : 7 ans de prison pour l'ex-Premier ministre Timochenko

La dame de fer de la politique ukrainienne a écopé de 7 ans de prison ferme ce mardi pour « abus de pouvoir ». Une décision fustigée par l’Union européenne, qui pourrait prendre ses distances avec l’Ukraine.

L’égérie de la révolution pro-occidentale en Ukraine de 2004 et ex-Premier ministre Ioulia Timochenko a été condamnée mardi à sept ans de prison pour « abus de pouvoir » dans une affaire d’accords gaziers avec la Russie. Un verdict qu’elle a qualifié de règlement de compte politique du président Viktor Ianoukovitch, et que l’Union européenne a aussitôt critiqué.

Outre la peine de sept ans de prison assortie d’une interdiction d’exercer ses fonctions officielles durant trois ans, le juge Rodion Kireev a ordonné à l’opposante de verser près de 200 millions de dollars à l’entreprise publique des hydrocarbures Naftogaz. Une somme destinée à rembourser les pertes occasionnées par la signature de contrats avec la Russie alors qu’elle était Premier ministre.

En détention provisoire depuis le 5 août, l’opposante était en effet jugée depuis juin pour avoir signé en 2009 sans l’autorisation du gouvernement qu’elle dirigeait des accords gaziers avec la Russie. Des accords désormais considérés comme défavorables à son pays et à son bras énergétique, Naftofgaz, même s’ils avaient permis de mettre fin à un conflit gazier entre Kiev et Moscou.

« Défendre l’Ukraine contre l’autoritarisme »

Mme Timochenko, entourée de son mari et de sa fille, s’est montrée combative comme à son habitude: « Nous allons nous battre pour défendre notre réputation devant les instances européennes. Nous devons être forts et défendre l’Ukraine contre l’autoritarisme et l’absence de liberté », a-t-elle déclaré après sa condamnation, dont elle devrait faire appel.

Coiffée de son emblématique tresse ukrainienne, Mme Timochenko a comparé sa condamnation « à l’année 1937″ en URSS, en référence aux purges menées par Staline à l’époque. Elle a annoncé dans la foulée son intention de contester le jugement devant la justice européenne et appelé à lutter contre l' »autoritarisme » en Ukraine.

L’UE évoque de « graves conséquences »

Cette condamnation risque d’accroître les tensions entre l’Ukraine et l’Union européenne, alors que Kiev tente d’obtenir un accord d’association avec l’UE. Cette dernière a d’ailleurs réagi immédiatement, en menaçant l’Ukraine de graves « conséquences », notamment en ce qui concerne la conclusion de cet accord si Mme Timochenko ne bénéficie pas d’une procédure d’appel équitable.

L’UE est « profondément déçue » après cette condamnation et un procès « qui n’a pas respecté les normes internationales en matière de procédures équitables, transparentes et indépendantes », a souligné mardi la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton. En effet, les Européens soupçonnent que les poursuites engagées contre l’opposante ne soient destinées à écarter une adversaire politique redoutable. Mais selon certains analystes locaux, le régime ukrainien pourrait dépénaliser l’article sur la base duquel Mme Timochenko a été condamnée, ce qui permettrait de la remettre en liberté et ainsi de ménager l’UE.

Ioulia Timochenko a été l’égérie de la Révolution orange de 2004, qui avait conduit à l’annulation de la victoire à la présidentielle du pro-russe Viktor Ianoukovitch, successeur désigné du président d’alors, Leonid Koutchma. Devenue Premier ministre, elle s’est rapidement brouillée avec son allié, Viktor Iouchtchenko, élu à la présidence après le soulèvement pacifique pro-occidental. En février 2010, elle a perdu la présidentielle face à M. Ianoukovitch. Peu après, des poursuites ont été engagées contre elle et plusieurs de ses ministres.