Cameroun : une opposante tuée lors de la présidentielle

Une responsable locale du principal parti d’opposition a été tuée dimanche à Bandjoun à l’ouest du Cameroun le jour de l’élection présidentielle dont les résultats ne seront connus que dans les prochains jours.

La Cour suprême, seule habilitée à proclamer les résultats selon la loi camerounaise, a quinze jours pour donner le vainqueur, dont tout semble indiquer que ce sera Paul Biya, au pouvoir depuis 1982 et qui, à 78 ans, briguait un sixième mandat. Par ailleurs, deux gendarmes ont également été tués dimanche mais le préfet de la région de Bakassi, a évoqué une « embuscade de pirates nigérians ».

Virginie Takoguem, la responsable locale du Social Democratic Front (SDF) le principal parti d’opposition a par contre « été tuée à la fin des opérations électorales », à Bandjoun, (ouest, à majorité anglophone,) par des « responsables locaux du RDPC (Rassemblement démocratique du peuple camerounais, parti de M. Biya) a accusé le SDF dans un communiqué.

« Son seul crime, écrit le SDF, est d’avoir voulu protéger la sincérité du vote qui donnait le SDF vainqueur à l’école publique de Keng. Tout en s’indignant de la passivité et la complicité des éléments de forces de l’ordre présents durant les échauffourées« . « Le SDF condamne avec la dernière énergie ce crime crapuleux et exige que lumière soit totalement faite sur cette forfaiture inadmissible et intolérable commise à la fin des opérations électorales », conclut le texte.

Avant le préfet, le ministre de l’Administration territoriale, Hamidou Yaya avait expliqué que les deux hommes étaient « en mission de sécurisation des opérations de vote« . Malgré ces violences, le ministre de l’Administration a affirmé dimanche soir que « l’élection s’était déroulée dans le calme, l’ordre et la transparence. Dans quelques cas isolés des retards ont été observés (…) Ces légers dysfonctionnement sont naturellement dénués d’arrière-pensées » a-t-il dit.

Pour Joshua Osih, un des vice-présidents du SDF, qui parlait avant l’annonce de la mort de la militante SDF, le scrutin a en revanche été une « cacophonie totale (…) Il y a des votes multiples par endroits ». Selon lui dans un bureau d’une commune du sud-ouest « il n’y avait que les bulletins de vote du RDPC (Rassemblement démocratique du peuple camerounais, parti du président Paul Biya) ».

« Nous avons été confrontés à plusieurs cas de vote multiples« , a affirmé une observatrice à Yaoundé. Des problèmes similaires ont été signalés dans l’extrême-nord, notamment à Kousseri.

A Paris, le ministère des Affaires étrangères a estimé juge que l’élection s’est « globalement déroulée dans le calme ». Paris souhaite toutefois que « toute la lumière soit faite sur les quelques incidents qui auraient eu lieu ».

Sept millions de Camerounais étaient appelés à voter mais, la participation s’annonce faible. Cette présidentielle s’inscrit dans un contexte social difficile: un tiers des 20 millions de Camerounais n’a pas accès à l’eau potable et à l’électricité et une personne sur quatre vit avec moins de 1,1 euro par jour.