Deux Libériennes et une Yéménite, lauréates du Nobel de la paix

Le choix du comité de ce prestigieux prix est sans précédent. La question était : la présidente du Liberia, des militants du Printemps arabe ou une personnalité de l'Union européenne ?

Le comité Nobel norvégien a tranché : il a décidé de partager le prix Nobel de la paix entre trois femmes. La présidente du Liberia Ellen Johnson Sirleaf, 72 ans, une autre Libérienne, Leymah Gbowee, militante pacifiste qui a contribué à mettre fin aux guerres civiles ayant ravagé son pays jusqu’en 2003, ainsi qu’une Yéménite, Tawakkol Karman, qui est la première femme arabe à recevoir ce prix.

Elle a dédié son Nobel de la Paix au « Printemps arabe ». « Il s’agit d’un honneur pour tous les Arabes, les musulmans et les femmes. Je dédie ce prix à tous les activistes du Printemps arabe« , a-t-elle dit à la chaîne d’information arabe Al-Arabiya, basée à Dubaï.

Les trois lauréates sont récompensées « pour leur lutte non violente en faveur de la sécurité des femmes et de leurs droits à participer aux processus de paix », a déclaré à Oslo le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland. Le comité avait l’embarras du choix cette année avec un record de 241 organisations et individus en lice, une liste de candidats dont l’identité est un secret bien gardé.

Ellen Johnson Sirleaf, la Dame de fer du Liberia

Première femme élue chef d’Etat sur le continent africain en 2005, Ellen Johnson Sirleaf, 72 ans, était « la lauréate la plus probable », selon la chaîne norvégienne TV2, qui a correctement pronostiqué le nom des deux derniers vainqueurs, le président américain Barack Obama en 2009, le dissident chinois Liu Xiaobo en 2010. Arrivée au pouvoir en 2005, cette Dame de fer a oeuvré pour la reconstruction de son pays ravagé par quatorze ans de guerres civiles qui ont fait quelque 250 000 morts. L’attribution du Nobel survient quatre jours avant une élection présidentielle au cours de laquelle elle brigue un second mandat.

Leymah Gbowee, pacifiste active

La Libérienne Leymah Gbowee, s’est illustrée dans des mouvements de non-violence. Quadragénaire de forte corpulence, issue de l’ethnie Kpellé, elle a trouvé un surnom sur la scène internationale: « La guerrière de la paix ».

Travailleuse sociale, Leymah Gbowee côtoie quotidiennement pendant la guerre les enfants-soldats et réalise que «la seule manière de changer les choses, du mal vers le bien, était pour nous, femmes et mères de ces enfants, de se lever et d’aller dans la bonne direction», témoigne cette femme, aujourd’hui mère de six enfants, établie depuis 2005 au Ghana. Leymah Gbowee, qui a fondé ou dirige plusieurs organisations de femmes, a siégé dans la Commission Vérité et Réconciliation.

Les acteurs du Printemps arabe étaient parmi les favoris

De leur côté, la plupart des experts avaient fait des acteurs du printemps arabe les favoris de cette édition Nobel, citant des cyber-militants comme la Tunisienne Lina Ben Mhenni, l’Egyptienne Esraa Abdel Fattah, inspiratrice du Mouvement du 6 Avril, ou son compatriote encore Waël Ghonim.

Mais le président du comité Nobel, Thorbjoern Jagland, a semblé vouloir orienter les regards dans une autre direction. Le prix Nobel de la paix 2011 est un lauréat « très rassembleur » mais n’est pas nécessairement à chercher du côté du Printemps arabe, avait-il affirmé jeudi soir sur la chaîne NRK.

La liste des lauréats africains du prix Nobel depuis sa création en 1901 :

2011: le prix Nobel de la paix est décerné à la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf et à sa compatriote militante Leymah Gbowee, conjointement avec la Yéménite Tawakkol Karman

2005: le prix Nobel de la paix est décerné à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et à son directeur l’Egyptien Mohamed ElBaradei

2004: le prix Nobel de la paix est décerné à la militante écologiste kényane Wangari Maathai

2003: le prix Nobel de littérature est décerné à l’écrivain sud-africain J.M. (John Maxwell) Coetzee

2001: le prix Nobel de la paix est attribué conjointement à l’ONU et à son secrétaire général, le Ghanéen Kofi Annan

1999: l’Américano-égyptien Ahmed Zewail reçoit le prix Nobel de chimie

1993: le prix Nobel de la paix est attribué conjointement à Nelson Mandela, symbole de la lutte contre l’apartheid et futur président et au chef de l’Etat Frederik De Klerk, notamment pour leurs efforts en vue de « l’établissement d’une nouvelle Afrique du Sud démocratique »

1991: le prix Nobel de littérature est décerné à la romancière sud-africaine Nadine Gordimer pour son oeuvre contre la ségrégation raciale dans son pays

1988: l’écrivain égyptien Naguib Mahfouz obtient le prix Nobel de littérature

1986: l’écrivain nigérian Wole Soyinka obtient le prix Nobel de littérature

1984: l’archevêque noir anglican d’Afrique du Sud, Mgr Desmond Tutu, se voit attribuer le prix Nobel de la paix pour son rôle de « leader » dans la campagne anti-apartheid

1978: le président égyptien Anouar el Sadate partage le prix Nobel de la paix avec le Premier ministre israélien Menahem Begin, son cosignataire des accords de Camp David

1960: le chef zoulou Albert John Luthuli, alors président du Congrès national africain (ANC, interdit en Afrique du Sud à cette époque) obtient le prix Nobel de la paix.

1951: le Sud-Africain Max Theiler reçoit le prix Nobel de médecine pour sa découverte du vaccin contre la fièvre jaune. Le pays, sous le nom d’Union sud-africaine, était alors membre du Commonwealth britannique.

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