L’intermédiaire Ziad Takieddine, mis en examen dans l’affaire Karachi, affirme dans Libération (France) que chacune de ses interventions « correspondait à une mission officielle », précisant être allé en Libye et en Syrie sur « demande expresse » de Nicolas Sarkozy et de Claude Guéant.
« Chacune de mes interventions correspondait à une mission officielle. Je suis allé voir Kadhafi en Libye ou Assad en Syrie uniquement sur autorisation et demande expresse de la part du président de la République, relayée par Claude Guéant« , alors secrétaire général de l’Élysée, assure l’homme d’affaires franco-libanais. « Tous mes actes depuis 1993, tous mes agissements avec la France ont toujours été dans l’intérêt de l’État. Je n’ai rien fait sans autorisation complète des décisionnaires« , insiste Ziad Takieddine. Évoquant son rôle d’intermédiaire dans le contrat Miksa de surveillance des frontières de l’Arabie saoudite, Ziad Takieddine répond : « Quand je parle des relations avec l’Arabie saoudite, si je n’avais pas eu l’accord de M. Guéant d’intervenir sur le contrat Miksa, je n’aurais rien fait. »
« J’exige des excuses »
Mi-septembre, Claude Guéant avait expliqué dans Libération qu’il avait rencontré Ziad Takieddine dans le cadre des négociations Miksa. « Il était mandaté par l’Arabie saoudite », avait déclaré le ministre. « Concernant Takieddine, il apparaît aujourd’hui qu’il a fait des choses que la loi et la morale réprouvent », avait-il ajouté. « Ces déclarations m’affectent beaucoup », réagit dans le quotidien Ziad Takieddine. « J’exige des excuses.«
Mardi, à l’Assemblée nationale, Claude Guéant avait également relativisé le rôle de Ziad Takieddine dans les négociations avec la Libye de Kadhafi ayant conduit à la libération des infirmières bulgares en juillet 2007. « J’ai eu parfois M. Takieddine au téléphone », « mais les négociations ont eu lieu directement avec M. Kadhafi et son Premier ministre« , a affirmé Guéant. « Je répète qu’il n’y a eu aucune négociation et aucune tractation commerciale avec la personne dont vous avez cité le nom« , avait-il insisté.
« Je pense que Nicolas Sarkozy est entouré de gens qui peuvent lui nuire »
À une question sur l’homme d’affaires Alexandre Djouhri, son grand rival, qui n’est judiciairement mis en cause dans aucun dossier, Ziad Takieddine répond : « Ce sont les enquêtes qui diront la nature » de ses liens avec Nicolas Sarkozy et Claude Guéant. « Je pense que Nicolas Sarkozy est entouré de gens qui peuvent lui nuire. Je souhaite qu’il se débarrasse d’une équipe qui risque de lui causer des ennuis. »
Dans cet entretien, Ziad Takieddine dément, une nouvelle fois, avoir pris part à tout financement occulte de la campagne présidentielle d’Édouard Balladur en 1995, via des rétrocommissions sur des contrats d’armement.
Ziad Takieddine mis en examen
Ziad Takieddine a été mis en examen le 19 septembre, cette fois-là pour faux témoignage. C’est l’aboutissement d’une information judiciaire qui avait été ouverte à l’automne 2010, à la suite d’une plainte des familles des victimes. Elles accusent Ziad Takieddine d’avoir menti devant le juge antiterroriste Marc Trévidic lors d’une audition en avril 2010, a indiqué, vendredi, Me Olivier Morice, avocat des familles des victimes de l’attentat de Karachi.
L’intermédiaire en armement avait été une première fois mis en examen le 14 septembre, pour « complicité et recel d’abus de biens sociaux », dans le volet financier de l’affaire Karachi. Dans le cadre de cette affaire, il sera entendu le 5 octobre par le juge Renaud Van Ruymbeke, a-t-on appris vendredi de source proche du dossier.
Les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire cherchent à savoir si des commissions, versées en marge de contrats d’armement conclus en 1994 avec le Pakistan (sous-marins Agosta) et l’Arabie saoudite (frégates Sawari II), ont donné lieu à des rétrocommissions qui auraient financé illégalement la campagne présidentielle de l’ex-Premier ministre Édouard Balladur en 1995. Outre Ziad Takieddine, deux proches de Nicolas Sarkozy et d’Édouard Balladur ont été mis en examen ces dernières semaines dans cette affaire : l’ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, Thierry Gaubert, et l’ancien directeur de campagne de M. Balladur, Nicolas Bazire.



