"L’Algérie est dirigée dans un esprit de mafia"

Depuis le début du printemps arabe, le gouvernement algérien promet des réformes. Des consultations politiques menées en juin ont, de fait, débouché ces jours-ci sur une série de projets déjà très controversés sur le fonctionnement des partis politiques, des associations et de la presse.

Les principaux partis d’opposition avaient boycotté ces consultations qualifiées de « monologue contre le changement » par le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD). Abdelhamid Mehri, l’ancien secrétaire général du FLN qui fait figure de sage, leur donne raison. « Je ne perçois aucune volonté de changement de la part du régime« , déclarait-il le 20 août à El Watan, le quotidien qui s’autorise de plus en plus ouvertement à critiquer le pouvoir en place.

Des promesses pour apaiser les révoltes

« Qu’importent les textes, ils ne sont de toute façon pas appliqués en Algérie« , soupire Nacer Djabi, sociologue à l’université Bouzareah d’Alger qui lui non plus ne perçoit « aucun indice annonciateur de changement« .

Le « système« , comme il est convenu d’appeler le régime algérien englobant le gouvernement, le puissant département du renseignement et de la sécurité, l’armée, le parti-État, ne peut pas s’autoréformer. « Il faudrait alors que les responsables s’envoient en prison« , estime Lahouari Addi, politologue de l’université de Lyon 2.

Les promesses de réforme ont depuis le début été perçues de toutes parts comme une manière pour Alger de faire le dos rond dans l’espoir que le vent de liberté qui souffle sur le monde arabe retombe. Plus le temps passe, plus le régime algérien montre qu’il a choisi le camp de l’immobilisme, comme en atteste son mutisme assourdissant face aux bouleversements en Libye, voire son soutien aux forces loyalistes libyennes. C’est en tout cas le point de vue des insurgés libyens qui accusent Alger d’avoir soutenu en hommes et en armes le régime de Kadhafi, alors que l’Algérie n’entretenait pas de bonnes relations avec son encombrant voisin.

Position ambiguë envers la Libye

Plusieurs centaines de mercenaires sahraouis du Polisario (qui militent depuis l’Algérie pour l’indépendance du Sahara occidental) seraient prisonniers des insurgés libyens, selon une source du Conseil national de transition (CNT). Les rebelles, dès leur entrée dans Tripoli il y a huit jours, se sont rués à l’ambassade d’Algérie en quête de documents compromettants. Le ministre algérien des Affaires étrangères s’est alors ému auprès de l’ONU des « violations de l’enceinte diplomatique algérienne« .

L’Algérie a certes opposé des démentis aux accusations proférées par les représentants du nouveau régime libyen, mais s’est bien gardée de réclamer le départ du colonel Kadhafi, de reconnaître le CNT ou même de nouer avec lui des liens informels, alors même que les diplomates libyens ont hissé le drapeau du CNT sur leur ambassade à Alger.

« L’Algérie est dirigée dans un esprit de mafia, il est très plausible qu’un des clans au pouvoir, désireux d’en finir avec l’épineuse question du Sahara occidental, ait soutenu l’envoi de membres du Polisario en Libye pour discréditer ce dernier. Il est sûr en tout cas que, si cela est avéré, des Sahraouis n’ont pas pu se rendre en Libye sans l’aide des autorités« , explique Lahouari Addi.

Contestation sociale endémique

La recrudescence d’attentats terroristes témoignerait aussi de déchirements au sein du régime. Vendredi 26 août, 18 personnes ont trouvé la mort, parmi lesquelles deux officiers syriens, dans le double attentat-suicide le plus meurtrier de ces derniers mois perpétré contre l’académie militaire de Cherchell, à une centaine de kilomètres à l’ouest d’Alger. Il a été revendiqué dimanche 28 août par Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi).

La question libyenne a ainsi été instrumentalisée à des fins de politique intérieure. « L’Algérie ne peut pas soutenir le changement à l’extérieur alors qu’elle le refuse sur la scène intérieure. Elle voit de plus d’un très mauvais œil l’arrivée de l’Otan et de l’armée française à ses frontières et finit par être bien seule« , analyse Nacer Djabi. « On se dirige, pour les mois ou les années à venir, vers des troubles graves car le bilan est catastrophique, le régime résiste encore, mais il finira par s’effondrer », pronostique, de son côté, Lahouari Addi. Cela prendra du temps car « la société algérienne est épuisée« .

Cela n’empêchera pas la rentrée d’être « chaude« , prévoit Nacer Djabi. Les Algériens se préparent à nouveau à grossir les cortèges de manifestants après la trêve du Ramadan : la contestation sociale est devenue endémique dans le pays, et le pouvoir y répond en distribuant sans compter l’argent de la manne pétrolière.

15 commentaires

  1. De quoi le gouvernement a-t-il peur pour ne pas accepter une Assemblée constituante ?

  2. Faudra un acte sérieux et qui peut redonner un peu de crédibilité à l'Etat algerien, par exemple Boutef ou un autre devrait annoncer
    1- que pour les prochaines élections y aura pas lui et ses frères ni Belkhadem ni Boujerra ni Ouyahia ni Louisa ni Said Sadi ni aucune personne ayant participé a ce pouvoir pourri de près ou de loin, et alors restreindre les candidatures aux Algériens né(e)s après 1962
    2- la déssolution de tous les partis politiques FLN en premier. de ce fait les élus de l'assemblée seraient libres de formuler une nouvelle constitution et de nommer un nouveau gouvernement également formé par la génération post 1962. et puis bon vent pour les caciques et les dinausores.

  3. Tous les pays du monde auraient dû attendre que des élections soient organisées en Libye et qu'un pouvoir soit elu démocratiquement par le peuple. L'empressement de certains Etats à reconnaitre le CNT peut avoir des conséquences grave sur la stabilité de la Libye. Une exigence des nations du monde que des élections soient organisées dans les plus brefs aurait été plus bénifique au peuple. L'avenir nous revelera les conséquences cet empressement

  4. Avec les indétronables Belkhadem, Tou, Ould Abbes, Toumi, et tous les autres qui chauffent les sièges en méprisant les algériens et l'arrivée d'opportunistes comme Benhamadi et sa famille, et enfin Mhel qui n'espérait pas ce poste même pas en rêve, comment voulez-vous parler de réformes? Tous obéissent à leur maître, et seul, le baise-main n'est pas de rigueur à la présidence, comme il l'est à la cour du roi Mohamed VI. Tant que l'argent du pétrole (cette malédiction divine) coule à flots, personne ne pourra faire bouger ces gens de leur place. Personne, sauf si ce peuple qu'on affame et qui va être saigné aux quatre veines (Ramadhan est ses prix prohibitifs, l'Aïd et ses dépenses en friandises, et la rentrée scolaire avec ses frais à n'en plus finir, pour un enseignement des plus contestables), se réveille enfin et prend son destin en main à l'image de la Tunisie, le Libye et l"Égypte. Avons-nous moins de c…….s que tous ces gens? Lorsqu'ils parlent des algériens aujourd'hui, ces peuples qui ont osé se soulever contre leurs dictateurs emploient des termes méprisants. Comment retrouver notre dignité légendaire? La seule vraie dignité de l'homme est sa faculté de se mépriser, disait G. Santanaya dans Dialogue dans les timbres.

  5. Encore de la propagande marocaine nauséabonde, une insulte à l'intelligence du peuple algérien, laissez donc les Sahraouis en paix, ils ont en assez sur les bras avec le régime colonial criminel marocain qui colonise leur pays, depuis 35 ans, ce type d'article n'est que l'écho de la propagande marocaine qui bat son plein à l'intérieur du royaume.
    Vive le peuple Sahraoui qui viendra à bout de ce colonialisme féodal marocain qui empoisonne toute la région.

  6. Nous sommes devenu un pays qui protège et héberge des dictateurs. C'est fou !!!

  7. De l'époque de la Mecque des révolutionnaires àa l'époque de l'asile des tortionnaires…

  8. Je prie Dieu que ce régime paye très cher le mépris dont il nous a gratifié depuis l'indépendance, ils doivent payer tous à commencer par Bouteflika pour haute trahison.

  9. Tremble carcasse, comme disait Napoléon, tu tremblerais encore plus si tu savais ce qui t'attend. Ya dine Oukkavache.

  10. Nous ne pardonnerons jamais au régime algérien les décennies d'humiliations et de manipulations! Les frères Bouteflika ont rajouté à notre peine, en volant et en insultant le peuple algérien! Le compte à rebours a commencé pour les cleptomanes de Nedroma!

  11. M. Karim Saadi : Selon la press algérienne l'armée populaire est la plus puissante de l'Afrique et vous ne pouvez pas malgré tout ca libérer le Sahara et les Sahraouis, vous parlez bcp mais vous n'êtes pas capable d'intervenir sur le terrain. Libérer le Sahara c'est le rêve des généraux d'Alger sans se réaliser.

  12. Le Matin ne mérite pas d'étre infesté par des opportunistes Marocains, obsédés par les Sahraouis.

  13. @ ranaferhanine bezafbezaf

    Je partage totalement votre avis. Merci. Cela redonne de l’espoir, quand on voit de tels points de vue sincères. Je pense, que c’est le vœu le plus cher, de millions d’Algériens. Que Dieu vous entende inchallah.

  14. L'armée la plus puissante d'Afrique !!!!! en quoi !!! les généraux les plus mafieux ça oui… Une armée qui n'est même pas capabale de libérer et de sécuriser les montagnes d'Alger..

  15. Cette mafia,cette secte d'Oujda, ces truands, ces bandits de grands chemins, les planqués de Nador, Oujda, Tunis, les révolutionnaires des boites de nuit des années 1954-62 qui on violé le pays, usurpé leurs statuts, anéanti l’Algérie avec les DAF et ceux qui on sucé le pays sous le sigle du FLN de 1962 de la mangeoire doivent tous être jugés et même ceux morts à titre posthume, à l’image de Boussouf, Boukharouba, Messadia et toute la pègre!

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