Cession du CPA : l’intérêt national a prévalu !

Par Rym Imsat

Je rappelle aux lecteurs que le blog Benchicou d'abord, puis Le Matin ont publié, ces derniers mois, des articles fort intéressants mettant en évidence les risques d'une privatisation opaque et techniquement médiocrement argumentée du CPA. J'ai personnellement signé un certain nombre de commentaires allant dans ce sens en insistant particulièrement sur l'épineuse question des 900 millions de dollars de créances douteuses (crédits qui ont fui les pays entre 1997 et 2005). J'ai eu aussi à évoquer l'absence de réelles contreparties à une cession qui n'aurait profité, en réalité, qu'au repreneur. Enfin, j'ai tenté de mettre en exergue certains aspects du potentiel du CPA, dont, en particulier, une enveloppe cash annuelle(couverture des importations) de plus de 4 milliards de dollars qui devrait pouvoir être rentabilisée sans qu'il soit besoin de privatiser la banque. Je ne peux donc qu'applaudir à la décision que viennent de prendre les autorités algériennes au sujet de ce dossier. Par ailleurs, il n'est pas inutile, me semble t-il, de souligner que, parmi les raisons à l'origine de la suspension du processus de privatisation, certaines sont vraisemblablement liées à des considérations politico sécuritaires. La cession du CPA aurait, en effet, conféré au repreneur français une place excessivement voire dangereusement dominante sur la scène financière algérienne (point non évalué exhaustivement par les décideurs). Autre aspect technique, celui-là connecté aux stratégies de groupe et aux interférences de toutes sortes susceptibles de provenir de certaines filiales (du groupe français) en rapport avec le blanchiment d'argent, le financement du terrorisme, les paradis fiscaux. Le principe de précaution a heureusement fini par prévaloir dans un contexte marqué par les pressions multiformes des clans oligarchiques locaux et étrangers.

Rym Imsat

Rédaction
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4 commentaires

  1. non malheureusement … l’interet du pays n’a pas prévalu ;quand on sait que ce projet de privatisation date de 1992 …l’Algérie est adepte de ce genre de volte face inattendue et ceci confirme le peu de sérieux et de crédibilité de nos institutions ;tous les investisseurs potentiels (et leurs ambassades ) -tous secteurs confondus- regardent ceci avec interet et se disent maintenant :"Augmentons nos engagements dans les pays voisins (Maroc, Tunisie), plus accueillants et hospitaliers, et les Algériens feront fuir leurs fonds vers ces pays la ; et du coup nous allons récupérer, sans mettre un sou en Algérie, une bonne partie des actifs solvables de ce pays" .
    Nous dépensons déjà prés d’1 milliard de dollars pour nos vacances en Tunisie et le gouvernement Algérien nous empêche de dépenser un autre milliards au Maroc parce qu’il verrouille la frontière terrestre à l’ouest.

  2. "le principe de précaution a fini par prévaloir" la grosse blague de l’année…
    le pays s’engouffre de plus en plus dans la médiocrité

  3. Peut-on connaitre un jour la liste des 350 clients qui ont bénéficié de 900 milllions de dollars de crédit devenus des créances douteuses?

  4. La seconde étape, aprés la décision de geler le processus de privatisation, consistera vraisemblablement à assainir les rouages de la banque, et, partant, à régler la question des créances douteuses ainsi que d’autres problèmes de fond liés aux opérations extérieures.
    Mais il n’y a pas que cela : on peut, en effet, soutenir l’idée selon laquelle les autorités, ayant pris conscience de l’inutilité d’une privatisation qui aurait été au demeurant risquée à tous points de vue, et d’abord au plan stratégico sécuritaire, vont s’atteler à repenser la gouvernance du CPA en toute indépendance, en toute autonomie. Je précise que le concept de sécurité auquel je renvoie est à appréhender dans sa dimension financière avec tous ses effets potentiels, directs et/ou collatéraux sur le pouvoir de décision de l’Etat. En conséquence, je persiste et signe : la décision de l’Etat algérien souverain est à inscrire dans une optique prudentielle pertinente et indiscutable !
    Enfin, je me permets de faire un rapprochement pour clarifier les choses : quand Renault a décidé d’implanter une usine au Maroc, tout le monde a dit (à juste titre) : " Renault est une entreprise économique libre d’agir à sa guise dans ses choix d’investissement". Eh bien, pourquoi ce qui est valable pour une entreprise, ne le serait-il pas pour un Etat qui détient, par définition, tous les attributs de la souveraineté ?
    Rym Imsat

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