Tamalt, l’inutile assassinat. Par Mohamed Benchicou

A ceux qui ignorent le prix de la liberté de dire, répondez "Tamalt".

A ceux qui chercheront où trouver le droit de pensée, dites qu’il a été mis en terre dans un cimetière du côté de Bachdjarah. A ceux qui désespèreront de la liberté, rappelez-leur que depuis le premier verbe égorgé, sur les tombes des poètes assassinés, ont toujours poussé mille plumes endiablées.

Ecris, mon fils, que je n’ai pas pleuré Cette nuit noire où ils m’ont fait prisonnier

Car, vois-tu, je ne pouvais ignorer Qu’au même moment naissait un citronnier.

Ecris, ma belle, qu’à l’instant de tes larmes, Quand tu compris que j’allais te laisser,

Dans un parc d’Alger, malgré les gendarmes, Un jeune nouveau couple allait s’embrasser.

Voilà trois jours que je suis sans voix sur ce crime. Oui, ce crime, car, au risque de fâcher ceux qui, parmi mes confrères, ont trouvé matière à épiloguer sur la mort de Talmat, à analyser les « dessous » de l’affaire, à commenter les explications du directeur de la prison, il n’y avait rien à dire sur la mort de Tamalt, rien d’autre que de désigner les meurtriers. Tamalt n’est pas mort de ne s’être pas alimenté. Tamalt est mort assassiné ! Et les assassins sont au pouvoir ! Ils se cachent derrière Dieu et la patrie, ils se soignent pour ne pas mourir, mais ils oublient que la malédiction n’est pas de mourir ; la malédiction, c’est de survivre à ses propres enfants qu’on vient de tuer.

Mohamed Tamalt n’est pas mort en prison. Tamalt est mort dans l’Algérie soumise à un pouvoir grabataire, asservie à une bande de vieillards assoifés de pouvoir et que terrorise cette chose qu’ils ne contrôlent pas, les réseaux sociaux. Ils ont si longtemps vécu à la tête du pouvoir, qu’ils ont pu à la naissance de leur cauchemar, un monde du numérique où le journalsime n’est plus affaire du journaliste, celui qu’on peut terroriser, acheter ou, au besoin, tuer; le journalisme, c’est-à-dire le privilège d’informer, de commenter, d’analyser, de contredire, de révéler, est devenu le privilège de chaque homme et de chaque femme de ce monde ! Que pouvez-vous faire, vieux dictateurs et vous qui leur servez d’écuyers chapardeurs, que pouvez-vous contre cette terrible invention de l’homme qui octroie la liberté de penser sans passer par votre harem médiatique, qui vous caricature et qui révèle vos comptes off-shore ?

Que faire contre cette irrésistible progression du savoir et de la démocratisation du savoir ? La corrompre ? La contrôler ou plutôt « l’encadrer » comme le dit si bien votre ministre de la Communication dont on soupçonné les qualités de majordome mais pas le talent de bouffon ?

Rien ! Vous ne pouvez rien contre ce monde où vous n’avez plus de place ! Vous vous croyez vivants, vous êtes déjà morts et chaque jour qui passera vous mourrez un peu plus, et dans une indignité croissante ! Vous êtes le passé, Tamalt était l’avenir ! Vous croyez avoir tué le futur, vous n’avez qu’inscrit votre nom parmi les sinistres et pitoyables criminels qui, tout au long de l’histoire, ont misérablement essayé de bloquer la marche du monde, avant de se faire piétiner par ce même monde.

Ecris qu’ils m’ont arraché à ma mère Sans saluer la Méditerranée.

Mais qu’à l’heure où l’on m’emmenait aux fers,

Je disais bonjour à un nouveau-né.

Ecris que lorsque se bouclaient mes chaînes Qu’on me ligotait, ce soir tamisé

A cette heure, dans le Djurdjura et nos plaines Cent mille coquilles de moineaux se brisaient.

Tamalt était notre fils à tous. Il aurait pu être le vôtre aussi, si vous étiez de la trempe de Mandela, du vieux Mohamed V, de Ben M’hidi ou de Jefferson. Il aurait suffi de respecter son opinion, ne pas le condamner pour un dessin ou une opinion, tout au moins aurait-il fallu le rendre à sa famille après l’avoir incarcéré quelques mois. Mais non ! Vous vouliez faire expier jusqu’à la mort ce chenapan qui a osé porter atteinte à un prestige que vous n’avez pas. Jusqu’au bout ! Jusqu’à la mort ! Vous avez fait avec Tamalt ce que vous avez fait avec moi : écraser, laisser mourir ! J’ai eu la chance que Tamalt n’a sans doute pas eue : compter sur des soutiens parmi les détenus, le personnel de la prison et, à l’extérieur, parmi des femmes et des hommes que je n’oublierai jamais, des confrères, des patriotes, des avocats, des gens du peuple, ce peuple que vous ne connaissez pas, j’ai eu la chance de m’appuyer sur mes frères, mon épouse, mes enfants, sur des associations et des personnalités internationales…

Rappelez-vous, c’étaient pendant les années où Chakib Khelil transférait l’argent du pétrole algérien vers des comptes en Suisse et dans des comptes off shore. Oui, c’est tout cela qui m’a sauvé la vie. Mohamed Tamalt n’a pas eu cette chance. D’autres temps, d’autres moeurs, d’autres gens. Il en est mort. Mort pour que continue la marche du monde. Un monde qui se rappelera de Tamalt, pas de ses bourreaux

Ecris, ma fille, qu’au clic de la serrure Quand sur moi les portes se refermaient,

Un berger vit une chose de la nature : S’ouvrir une montagne de fleurs parfumées…

Ecris, frère, à quoi bon baisser le front ? Tu seras bien seul à bouder le ciel.

Car, mille bras, je les vois de ma prison, Mille bras se lèvent à l’appel du soleil.

Ecrivez tous, soldats, amants et amantes, Je l’ai su d’une puce sur ma paillasse nue,

L’épine se casse, la mort impuissante…

Sous la plaie, la nuit, la vie continue.

Mohamed Benchicou

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18 commentaires

  1. Chechia bien basse , Monsieur Benchicou pour ce poème poignant.

    Mais je ne sais pas encore comment on peut mourir autrement que prisonnier, en Algérie.

  2. Pendant que vous étiez en prison vous avez écrit que vous vous battiez contre des juges froids et impassibles et des éditeurs , des juges et des éditeurs qui vous ont interposé un autre ennemi qui ne leur soit pas par trop inégal : Khobz eddrarri ! Un ennemi que vous ne saviez pas par quel coté le prendre mais très efficace pour décourager les plus tenaces , un ennemi qui leur fait plus peur que la volonté de se saisir de l'autorité judiciaire dont ils sont investis pour pour prononcer des jugements justes et équitables. Un ennemi qui les enfonce dans les bas-fonds du déshonneur et de l'aliénation comme si le reste du monde n'a pas d'enfants à nourrir.

  3. bello !!!
    "la malédiction, c'est de survivre à ses propres enfants qu'on vient de tuer."

    si seulement ces vilains pouvaient capter et comppendre le sens de vos mots reproduits ci-dessus.

  4. belIissimo .

    "Ils se cachent derrière Dieu et la patrie, ils se soignent pour ne pas mourir".

  5. Tous des vieilles casseroles ,des cançereux , malades a cause de ce que vous dites ici :
    "cette terrible invention de l'homme qui octroie la liberté de penser sans passer par votre harem médiatique, qui vous caricature et qui révèle vos comptes off-shore ?"

    Thanemirth a mass Benchicou

  6. ils meritent amplement cette estocade qui leur est assené par la plume de sidhoum Mohamed Benchicou

  7. Oui, M.B., c'est un crime; un crime de lèse majesté sans aucune trace de majesté en ces lieux où ne survivent que les chiens! cette clique ressemble en tous points à MASSU, SOUSTELLE and co et le peuple ne veut pas regarder la réalité en face.

  8. Oui M Benchicou, même la mort ne veut pas de ces vieilles carcasses qui sentent la pourriture. Elle les laisse se décomposer encore plus dans l'indignité et le déshonneur. L'histoire ne retiendra de leur passage que la descente aux enfers du peuple Algérien.

  9. Que ce monsieur repose en paix. Il a ete assassine par des etrangers a ce pays que meme les pieds noirs disaient etre le plus beau pays au monde. Des tontons macoutes a la solde de ces etrangers sont en trein de tuer pour quelques douros. Silence on tue et le peuple abruti dort.

  10. La mort de TALMAT fait de lui un MARTYR, cette puissante symbolique réveillera bien des consciences au sein de notre pays, où tant d'autres valeureux ont payé de leur vie , pour l'indépendance, encore une fois confisquée .Rappelons nous la sublime phrase du MARTYR Tahar DJAOUT " Si tu parles, tu meurs, si tu te tais ,tu meurs alors parle et meurs".
    A croire que nous ne sommes pas assez virils pour déloger cet infâme pouvoir par le Glaive, ils ont même réussi à déshonorer une Armée qui les avait amenés au sommet de l'Etat et , en guise de remerciements, ils ont souillé de leur bave immonde , la dignité de ceux qui les ont portés aux nues. Le Pays entier est pris ,en otage par un Clan , une minorité de prédateurs sanguinaires sans foi ni loi et personne n'y trouve à redire . Tout le monde est content de son sort du moment qu'on leur sert "la soupe" préparée avec la chair de leurs propres enfants, L' Algérien est devenu un néo-cannibale à son corps défendant , aveugle et résigné , sans aucune velléité de réaction, un estomac sur pied dans un corps de zombie.Méritons-nous ceci, méritons nous ceux-là ?

  11. Après avoir assassiné :Le Grand Colonel CHABANI, MEDEGHRI, KHEMISTI,BOUDIAF, et magouillé la mort du Grand Si MOHAMED Alia Haouari Boumédiène, et saboté Le Colonel Tahar ZBIRI, et l'assassinat manquée du Président BOUMEDIENNE, vous voila maintenant vous assassiné les journalistes ?. Malheur à vous bouteflika et ton clan de malheur.

  12. Que les ane-gériens lassument ou pas, ce que vous dites ici:

    "Tout le monde est content de son sort du moment qu'on leur sert "la soupe" préparée avec la chair de leurs propres enfants, L' Algérien est devenu un néo-cannibale à son corps défendant , aveugle et résigné , sans aucune velléité de réaction, un estomac sur pied dans un corps de zombie."

    C'est la cruelle verité,

    Honte a nous aussi car nous sommes complices par notre passivité qui n'a que trop duré .
    jusqu'ä quand, allons accepter cette terreur criminelle ??

  13. Merci Benchicou.
    1. C'est un meurtre et rien d'autre.
    2. Comment oserparler de Bouble/peuple, soumis impuissant a une bande de vieilles carcasses – Qui sont les carcasses, faut-il bien se demander, non? N'est-ce pas la justement, la preuve que cette histoire de Bouble, n'est autre qu'une delusion, propre au agenouille's…

    Vive la Kabylie Libre, Independante et SOUVERAINE.

  14. @Rabah IBN ABDELAZIZ
    Vous vous rendez compte de ce que vous écrivez, vous mettez Chabani, Khemisti, et Medeghri du même côté de l'histoire que Boumedienne. Mais Boumedienne c'est lui qui a fait assassiner ces trois grands PATRIOTES et beaucoup d'autres plus grands que lui. C'est lui l'origine du mal que vit l'Algérie à l'heure actuelle. Il est le géniteur, la matrice originale de ce système il est le diable en personne.

  15. What a beautiful Poem Mr Benchicou, and what a powerful essay ! Thank you Sir.

    I have also written a poem to the memory of Mohamed Tamalt. It is certainly not as powerful as yours. Here it is.

    " Brave men of courage and convictions never die.
    Free men, who use their God given right to speak and write freely never die.
    Courageous souls who defy brutality, mediocrity and ignorance never die.
    Defiant human beings, who refuse to say sorry to their torturers never die
    Stubborn free men who take the blows from their jailers with a smile on their bloody face never die.
    Honorable Human beings who scream freedom while being tortured never die.
    TAMALT IS ALIVE !"

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