Révision constitutionnelle : qui va mettre en pratique la séparation des pouvoirs ?

À voir l’enchantement de quelques esprits pourtant éclairés devant ce qu’il faut bien appeler un gros coup de Jarnac, on réalise que le clan Bouteflika vient de réussir le hold-up parfait : sans rien changer du dispositif politique douteux qu’il a mis en place, sans rien concéder de ses funestes projets, sans lever l’hypothèque Saïd Bouteflika, le clan est absout de tous ses péchés, les grands comme les petits, et son chef promu Eminence démocrate, grandissime Eclaireur pour la postérité.

Par Mohamed Benchicou

Il suffisait de rédiger une loi fondamentale « séduisante » pour les âmes tendres, et le tour est joué ! Abdelaziz Bouteflika nous aura laissé un beau texte et Amar Saâdani pour le travestir, une Constitution « moderne » et la pègre au pouvoir pour la piétiner, un document que personne ne respectera et une Assemblée de maquignons pour la mépriser.

Il eût fallu offrir à cette Constitution les institutions qui vont avec. Qui va mettre en pratique la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice et tutti quanti ? Saâdani ? Tliba ? Bensalah ? On ne confie pas l’orfèvrerie à des forgerons. Bouteflika a pris la précaution de verrouiller l’armature politique du régime clanique, avant de dévoiler la nouvelle loi.

Trois siècles avant Bouteflika, Robespierre avertissait : « Le véritable moyen d’anéantir les abus qui causent les malheurs publics est d’aller droit aux sources principales d’où ils découlent. Or la première source des malheurs d’un Peuple, ce sont les vices de son gouvernement aussi l’expérience nous prouvera-t-elle bientôt que l’Artois doit attribuer la plupart des siens aux vices qui ont dénaturé la véritable Constitution à qui son administration était confiée. »

C’est pourquoi l’une des règles majeures de la démocratie veut que la Constitution vienne après l’élection, au suffrage universel, d’une assemblée légitime dont le rôle est, précisément de rédiger une nouvelle Constitution. Une volonté sincère de démocratiser le pays aurait dicté au président qu’il s’ouvre au peuple pour élire de nouveaux représentants conformes au nouvel idéal constitutionnel. Ce n’est pas ce qu’il a fait.

L’Algérien attendra que Tayeb Louh et Amar Saâdani, apparatchiks de l’ancien régime, édifient le nouveau régime démocratique, c’est-à-dire qu’ils se fassent hara-kiri. « La loi est-elle l’expression de la volonté générale lorsque le plus grand nombre de ceux pour qui elle est faite ne peuvent concourir, en aucune manière, à sa formation ? Non… Que serait votre Constitution ? Une véritable aristocratie… Et quelle aristocratie ! La plus insupportable, celle des riches ! » Qui a dit cela ? Robespierre toujours ! (Discours d’avril 1791).

Dans des Républiques travesties comme la nôtre, où les contre-pouvoirs sont neutralisés, où la force prime sur le droit, les belles constitutions sont faites pour être violées. Bouteflika le sait bien, lui qui a piétiné un nombre incalculable de fois le texte fondamental : 114 fois si on en croit Ali Yahia Abdenour.

Nous serons plus modestes : dans cette série de chroniques, nous en citerons six ! La première n’est autre que… Cette révision constitutionnelle qui est complètement anti constitutionnelle. Que dit la Constitution algérienne en vigueur ? Dans son article 174, elle impose que toute révision constitutionnelle soit « soumise par référendum à l’approbation du peuple dans les cinquante jours qui suivent son adoption. »

La révision constitutionnelle est d’abord approuvée par le peuple avant d’être promulguée par le président de la République. Contourner le référendum populaire et s’en remettre au seul Parlement n’est autorisé par l’article 176 que « lorsque de l’avis motivé du Conseil constitutionnel, un projet de révision constitutionnelle ne porte aucunement atteinte aux principes généraux régissant la société algérienne, aux droits et libertés de l’Homme et du citoyen, ni n’affecte d’aucune manière les équilibres fondamentaux des pouvoirs et des institutions… »

Or, cette révision que propose le président est loin d’être mineure : elle modifie des principes généraux régissant la société algérienne, elle s’étale sur les droits et libertés de l’Homme et du citoyen, elle change les équilibres fondamentaux des pouvoirs et des institutions.

Mais qui s’en plaindra ? On aura bâillonné le petit peuple une fois de plus. Mais cette fois-ci, dira Amar Saâdani, c’est pour son bien.

M. B.

(A suivre)

11 commentaires

  1. Une Constitution tirée par les cheveux comme pour nous dire : Faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais / La séparation des pouvoirs pourquoi faire ? Sauf pour courrir le risque d'être destitué ou admis d'office à la retraite / Les Kabyles , Ah ! Les kabyles, je les aime tous mais de loin et de dos / Ne me demandez pas d'inventer plus que je ne peux faire , corriger mes graves erreurs du passé en copiant et en réapprenant les enseignements de mes prédecesseurs dans les textes de l'ancienne Constitution ,c'est déjà beaucoup pour moi pour ne pas en faire dautres.

  2. Tout est dit dans cet éditorila, sauf ceux qui se voilent les yeux peuvent croire en un miracle, alors que l'imposture et la trahison finale du pouvoir se consommera définitivement.
    Le peuple est mis hors sujet, encore dans une monarchie ses sujets sont appellés au vote, le jeu se vérouille définitivement sans point de retour.
    Cette semaine, la préparation de la succession de Said Bouteflika va mettre un nouveau gouvernement, tout a été décidé et peu importe les faux démentis démentiels des uns et des autres:Bouchouareb sera premier ministre et Tilba le gros d'Oued Souf ministre, le circuit est fermé;
    Un président malde et traitre et un premier ministre fils de harki et agent patenté des services Francais tout comme Said Bouteflika avec son tel cellullaire crypté et offert par la DGSE francaise pour les décisions ultimes et l'expertise de Paris qui gère l'Algérie depuis ce coup de grace de leur "val de grace fermé".
    Tout le monde le sait et sans cette ingérence Francaise qui expertise toutette phase depuis la rédaction du nouvel épisode constitutionnel, jusqu'à influer sur le type de relations que Bouteflika devra avoir avec les autres puissances.
    Autrement c'est le retour à la "Marseillaise francaise" et à leur mère patrie ces sans origines que constitue l'appareil milataro-policier du clan de Bouteflika.
    Pire qu'un coup de Jarnac, c'est offrir l'Algérie par le clan des "marocains apatrides" à la france.
    Bouteflika, homme diminué dans sa virilité de male, malade, autonarcissique et pervers jusqu'aux os n'enfinit pas de savourer sa vengeance, cet hybride formaté par Houari Boumedienne, premier criminel de l'Algérie indépendante après Abdelhafid Boussof.
    Le gouvernement Bouchouareb sonne le glas de ceux imprudents comme Toufik et autres généraux qui ont fait preuve d'absence de perspicacité.
    Préparer la succession de Said Bouteflika est la priorité des priorités de Bouteflika, la constitution n'est que diversion pour des guignols.
    Bouteflika veut réussir le scénario syrien et lybien (tous deux un échec) par la grace de la France et du don des milliards de dollars aux voyou du groupe de Chicago, et Obama cela ne va pas le blanchir il sera toujours un Black président pour se taire.
    Au fait un pays ou un peuple ne se libère d'une dictature ou d'un hold up historique que par les armes.
    Ainsi soit il ca viendra surement, à la guerre comme à la guerre tout sera et va etre permis dans cet état défaillant depuis 1962, par la fause unité nationale et le refuge confugurationnel du pays tracé par le crayon du colonisateur francais.
    Sid Bouteflika règnera sur le néant, certitude qu'il avalera comme de l'arsenic, et le destruction finale est déclarée par cette parodie constitutionnelle Bouteflikiste.

  3. Vous avez très bien compris, c'est de la poudre aux yeux, un faux président., cela donne quoi à votre avis ???

  4. pensez réellement que le peuple va se bousculer pour voter. à vous 4 mandats et aux futurs présidents 02. je suis persuadé que si vous étiez en bonne santé, vous vous taillerez des mandats à votre guise. vous avez échoué, le peuple vous hait et je vous jure que je vous hais. je préfère voir un film au lieu d'écouter vos coyotes car je n'ai pas envie de réfléchir. plus que quelques mois sinon vers la fin de ton mandat et tu répondras devant le tout puissant le malheur du peuple.
    je vous hais

  5. Quand la chaise roulante rejoindra mes grandes mères, où boulevard des allongées, elles discuteront avec lui pour la mise en place de sa fausse nouvelle constitution, avec du charme, elles parviendront à la convaincre en lui soufflant quelques chansons des poèmes des femmes Kabyles.

  6. l'algerie ,c'est le plus ignorant pay dans le monde, ils ne savent rien faire,ils ont passe 50ans seulmnet comment modifier la constitution.

  7. Il en a rien à foutre de votre mépris, pendant qu'eux se remplissent leur comptes à l'étranger, nous on crève sous le soleil.

  8. D'abord, il faut que cela existe réellement, il y a rien dans les lois Algérienne, mise à part du vent qui passe à travers les textes sans importances.

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