L’appel des 19 et le privilège des survivants du pouvoir

C’est avec une humeur maussade que Mme Zohra Drif nous rappelle ce privilège des survivants de pouvoir disposer du prestige des morts : «Il est hors de question alors que nous sommes, nous Moudjahidin en vie, d’accepter que soit bradé notre pays !».

Par Mohamed Benchicou

La dame, qui cumule avec bonheur les honneurs du passé et les ambiguïtés du présent, aura su, une fois de plus, émouvoir moins par la sincérité de ses propos que par l’énormité de ses désaveux : « On est en train de vivre un abandon caractérisé de la souveraineté nationale et de l’indépendance du pays. Il faut que le peuple sache quelle est la nouvelle politique du président Bouteflika ».

Nouvelle ? L’ancienne Moudjahida de la Bataille d’Alger informe ses compatriotes de ce qu’ils savent déjà depuis bien longtemps! Elle semble découvrir, avec quelques décennies de retard, une réalité qu’elle a souverainement ignorée et, disons-le, contribué, sans le vouloir, à travestir : la stratégie du pouvoir, depuis 1999, est bâtie exclusivement sur la consolidation des conditions politiques du pouvoir à vie avec tout ce que cela suppose de mépris des institutions nationales et de marchandages du soutien de quelques capitales occidentales et quelques monarchies arabes.

La Moudjahida ne s’explique pas ce soudain asservissement de l’Algérie à des intérêts privés et étrangers. Et si ce n’était que la conséquence directe du démantèlement du DRS, c’est-à-dire de l’élimination, avec l’appui de forces étrangère, du seul contre-pouvoir à Bouteflika à l’intérieur du système ?

Le chef de l’État, débarrassé de cet adversaire qui a contrarié bien ses plans, est désormais libre de s’adonner à sa politique antinationale au grand jour. Parmi les décisions antinationales avortées, le projet de cession de Naftal aux Qataris. Dans les documents qu’a pu se procurer El Watan, l’ancien ministre algérien de l’Énergie proposait aux Qataris rien moins que de leur céder les nouvelles stations-service de l’autoroute Est-Ouest après leur «rodage» par l’entreprise algérienne Sonatrach.

Chakib Khelil écrit, en effet : «La gestion de ces stations-service sera assurée dans un premier temps par Sonatrach durant moins de deux ans. Après cette période, nous ferons en sorte que les infrastructures réalisées soient transférées pour le bénéfice de votre groupe par le biais d’un avis d’appel d’offres international selon les termes et les conditions que nous avons déjà décidés. Étant convaincu de la réussite de cet important projet, nous resterons toujours prêts à vous assister dans des projets que vous désirez mettre en œuvre». Autrement dit : «Venez faire des affaires avec notre propre argent !»

Cette conception peu glorieuse de gérer l’économie de l’Algérie s’était élargie, rappelons-le, à la dilapidation de notre principale richesse, le pétrole. Le bradage de Naftal que se préparait à fomenter Chekib Khelil s’intégrait dans une vaste stratégie de démantèlement de Sonatrach, lui-même entrant parfaitement dans le cadre d’une démarche plus vaste : asservir l’Algérie aux appétits de l’affairisme étranger, qu’ils soient Occidentaux ou Arabes.

Et le Président, dans tout cela ? Des correspondances de Khelil datant de 2008 et 2009 sont édifiantes : «Nous vous garantissons que le projet démarrera sous l’égide de notre président de la République Abdelaziz Bouteflika, et qu’une attention particulière est réservée à ce projet, écrit Chakib Khelil aux Qataris. La politique économique de notre ami le président Abdelaziz Bouteflika est consistante et nous donne des garanties pour la réussite de l’implémentation de notre projet. C’est ce que nous avons déjà déclaré à votre émissaire et ce que notre ami mutuel vous a fait remarquer. Nous serons bientôt en mission à Genève (Suisse) et pourrons vous rencontrer si vous êtes disponible.»

Aussi n’y-a-t-il pas, Madame, de «nouvelle politique» de Bouteflika ; il y a juste un contexte politique qui a changé par le démembrement du DRS et qui donne au chef de l’État la liberté d’action qu’il ne possédait pas. L’homme conduit désormais une politique d’asservissement à des lobbies nationaux et étrangers sans personne pour le contrarier ! Voilà pourquoi, Madame, vous parlez de «décisions prises au cours de ces derniers mois et qui nous paraissent absolument incompatibles avec le président Bouteflika que nous avons connu».

Le reste relève de la fable et de la petite tactique politicienne. Ainsi, et bien que l’on a fini par renoncer à savoir, avec Louisa Hanoune, où finit la plaisanterie et où commence la politique, l’on reste ébahi devant l’inventivité du Parti des travailleurs dont la toute dernière performance a consisté à parler d’une tentative de coup «d’État politique» contre le président Bouteflika, un pronunciamiento qui serait fomenté pour les intérêts de «l’oligarchie» (ce qui est sans doute le cas), par deux ou trois intrigants qui privilégieraient la France et par un gouvernement qui a «tendu sa main à la mafia, et sanctionné le peuple !».

Le gouvernement coalisé avec la mafia et avec un lobby pro-français pour usurper des attributions à un pauvre chef de l’État esseulé et innocent de toutes ces magouilles ? Un député du même parti déclare, solennel, que ce projet de Loi de finances ne reflète pas « les orientations et les choix du président de la République qui ont été exprimés dans les deux dernières Lois de finances ».

Quelles orientations ? Celles qui ont mené à la ruine financière du pays ? Celles qui, depuis quinze ans, ont privilégié les importations à la production nationale et de suspects « investisseurs » émiratis aux chefs d’entreprises algériens ?

Il y a quelque chose à la fois de méprisable et de déshonorant dans cette infâme et grossière tactique d’un groupe redevable au Président de quelques strapontins à brouiller la lecture de la scène politique et à nous dresser le portrait surréaliste d’un Bouteflika «moudjahid, jaloux de la souveraineté nationale », « respectueux des lois de la République » et « attaché à la légalité républicaine ».

Quand Mme Zohra Drif, révoltée par deux articles du projet de la Loi de finances 2016 qu’elle qualifie de «violation caractérisée de la légalité républicaine» et de décisions «contraires à la personnalité du Bouteflika que je connaissais», elle parle de quel président ? Celui qui, en 2004, invalida la candidature de Benflis par «la justice de la nuit» et les dobermans ou celui qui imposa le FLN de Saâdani en foulant aux pieds le Conseil d’État ?

Celui qui tritura la Constitution pour rétablir le pouvoir à vie ou celui qui mit au placard le Haut Conseil de l’Énergie afin de mettre Chakib Khelil en position de gestionnaire exclusif du pétrole algérien avec les résultats que l’on sait ? Mais il est vrai qu’à l’époque, la Cour savait dissimuler ses mystères…

M. B.

Rédaction
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9 commentaires

  1. Ces ramassent les fonds d'assiettes, cherchent un moyen pour se rappeler à leur maître qu'ils existent encore.

  2. Pas de problème madame la moudjahida, l'ère des seigneurs de la guerre est ouverte, juste le temps des reconfigurations, le temps de la dislocation de l'Algérie a commencée en 1999 par Le faux moudjahid Abdelaziz Bouteflika larbin de Houari Boumedienne un autre Moudjahid de la Hrira des frontières ouest.
    La peur pour l'Algérie merçi madame la moudjahida épouse d'un moudjahid, mais alors à votre age , vous ne passez passez votre fameux flambeau révolutionnaire qui s'éteint par la force des ages grabataires.
    Cela ne sera plus votre révolution mais disons avec respect cela est votre compromission dans les tiédeurs bienveillantes du pouvoir actuel.
    L'avenir ne vous concerne plus madame la moudjahida, à un age les temps calendaires sont comptés, mais pour ceux qui sont encore "Boutonneux-Ados" là ca sera leur affaire de survie, et, oui votre génération a tout consommé, alors quoi de nouveau en Bouteflika et cette bizarrerie de nouvelle politique…?? Déchéance et vieillesse sont terribles en meme temps.

  3. Dommage ya si Benchicou !
    Votre fixation limite schizophrénique sur les Boutef vous égare. Vous êtes pourtant au fait de tant de choses dont nous autres ne percevons que les miasmes.
    Vous nous parlez d’un temps que même les mioches de vingt ans connaissent. Nous autres aussi étions là ya boureb, même si c’est de loin qu’on regardait, nous avions vu des choses, ou du mois nous croyons avoir vu, ce qui , certes, ne nous autorise pas à élever notre niveau pour spéculer, comme vous, mais nous autorise kamim à radoter, en sbivant un ku au bar.

    Cette Dame, comme tous les rentiers de la guerre de l’indépendance, ne s’inquiète ni pour Boutef ni pour l’Algérie : Elle a traversé et la guerre et le temps d’après sans une éclaboussure ni éclats avec une témérité et une adresse redoutables.
    Ce qui l’inquiète c’est qu’elle croit qu’on est en train de brader l’héritage et, avec, lbegra litahleb !

    Je ne comprends pas comment, avec toutes les données que vous avez pour nous aider à éclairer plus l’horizon , vous nous servez du réchauffé. Qui ne sait pas que ces gens-là ne sont pas des parangons de l’opposition au système mais plutôt des affidés disponibles pour défendre bec et ongles le gâteau ?

    Mais vous, finalement, vous cautionnez à l’insu de votre propre plein gré , le brouillage de l’horizon, en réduisant le questionnement au fait de savoir si Boutef sait ou pas, alors que ce n’est même pas là qu’il est le lézard et que ce n’est pas sous cette roche là qu’il faut chercher l’anguille.

    Je crois qu’en vérité vous n’en savez pas plus que moi et ma belle-mère et que vous avez lancé votre spéculum dans le sable pour attraper les gogos convertis que nous sommes. Ne suis-je pas capable de sculpter quelque chose qui serait ipitite un veau d’or, ma3za, oula ghorab, pitite bien que oui pitite bien que non, mais!

    Sauf si votre interprétation nécessite une exégèse approfondie, après lecture, vous m’avez pommé dans vos conjectures, et j’en suis à me demander si ce n’est pas moi qui ne vous aie pas suivi.

    Finalement je crois que je ne saurais régler son compte à ma mauvaise conscience qu’en décidant que si vous êtes, comme ma belle-mère au fait des ragots d’alcôves, vous n’êtes pas dans le secret des Dieux.

    Voila, comment à cause de vous je suis obligé de faire, comme Onan à l'auberge , ma tambouille tout seul avec des couleuvres que j'ai attrapées mwamim.

    Ce qui les inquiète c’est de ne pas savoir si leur part est bradée avec le reste ou si le bail emphytéotique que la révolution leur a concédé pour service rendu allait se terminer brusquement ou être cédé à des gens qui n’auront aucun scrupule à le leur rétrocéder plus tard.

    Moi, je me dis qu’ipitite à quelque chose malheur est bon. On pourra plus facilement racheter l’Algérie au qataris plus tard que nourrir le moindre espoir de voir les héritiers lâcher quoi que ce soit !

    Ce que je dis ne vaut sans doute rien pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup, car je joue du piano de…

    Mais qu’est-ce que je radote, j’ai bu combien d’anisettes, en apéro ?

  4. "le portrait surréaliste d’un Bouteflika «moudjahid, jaloux de la souveraineté nationale", "respectueux des lois de la République" et "attaché à la légalité républicaine"." Du pipeau avec lequel on nous a tout le temps envouté . Ils n'ont rien vu de la violation des articles de la constitution pour rempiler par deux fois de suite , ils n'ont rien vu des scandales de corruption à Sonatrach , l'autoroute est -ouest impliquant la pégre internationale et toutes les détournements de capitaux levés par le DRS. L'Aristocratie à l'algérienne qui fait dans le patriotisme et la défense de son palais royal celui qui a fait ses priviléges et son statut de caste au pouvoir. Une autre diversion politique pour nous éloigner du veritable problème de fond.

  5. Ya si Mohamed, à qui destinez-vous cette réflexion? Si c'est à nous autres, ne vous inquiétez pas; nous l'avons intégrée depuis belle lurette. En revanche, si celle-ci a une quelconque prétention de s'adresser aux premiers concernés (Boutef, Khélil et la clique), eh bien je crains que la tentative ne soit vaine, une fois de plus.
    Ma yella dh'les consciences (comme on dit pompeusement), nous les cherchons encore de l'autre côté de la Méditérannée. Il parait que l'Algérie, après avoir infligé une lourde défaite au pauvre Zimbabwé, a toutes les chances de décrocher son billet qualificatif pour le Mondial 2018. Ne voila-t-il pas un sujet, un vrai, qui risque de fédérer plus d'Algériens que la ruine de Sonatrach ou la faillite du pays.
    Bél3ârbia, Yéjma3 Rabbi awaliss depuis belle lurette ma chère Lucette!

  6. J APPROUVE ET J' ADHERE ä ceci: L'avenir ne vous concerne plus madame la moudjahida, à un age les temps calendaires sont comptés, mais pour ceux qui sont encore "Boutonneux-Ados" là ca sera leur affaire de survie, et, oui votre génération a tout consommé, alors quoi de nouveau en Bouteflika et cette bizarrerie de nouvelle politique…?? Déchéance et vieillesse sont terribles en meme temps.

    ils ont tout consommé et comment !!!! qu'ils se cachent plutot que d 'essayer de brouiller les cartes pour nous cofondre sur la destruction FLNiste

  7. tu es chichement par le pétrole de ce pays et tu m'aime pas ce pays mieux que n'importe quel ALGÉRIEN

  8. Si tu parlais en français algerien ou en arabe ou tamazight on pourrait peut etre apprendre un peu plus de toi que de celui que tu critiques

  9. Ardjou kane , ya si lmodéro, squremdhagh le réponsage aki inou imouh arwal :

    Ce que je voulais dire c’est que les forums sont plus des foires d’empoigne que des congrès où l’on ramène sa science. On donne des opinions derrière des pseudos et parfois même derrière des faux pseudos, sans avoir à étayer avec références et notoriété ou à soutenir l’argumentation si tenté qu’on ait argumenté. Il n’en va pas de même pour l’article commenté ou auquel on réagit. L’article lui doit être documenté soutenu référencé.

    Il suffit de comparer les articles, les chroniques, les contributions, qui elles sont élaborées réfléchies, soignées , aux réactions ou aux commentaires de leurs auteurs qui valent largement les nôtre, ya Moh arwal !

    Un exemple ? Vois l’article de Kacem Madani . Haine hostilité di la rubrique "Humeur": muqel comment il est soutenu et élaboré puis dans sa réponse à un commentaire nagh dans son commentaire de mon commentaire: un tacle damjtituh kane , il a sorti sa mikhrayeuse !

    Amek athnid nessentaq autrement, ile3nayek !

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