8 mai 1945 en Algérie : complot colonialiste ou plan insurrectionnel ?

« Le monde doit savoir que la nation algérienne existe, malgré les dénégations françaises, qu’elle veut liberté et indépendance et qu’elle revendique son emblème », extrait du livre d’Annie-Rey Goldzeiguer, dans « aux origines de la guerre d’Algérie ».

De façon générale, si toute la période coloniale s’est reposée sur un véritable quiproquo, comme dirait Charles Robert Ageron, en 1945, le malentendu atteint son point culminant. En effet, au moment où toute la planète s’apprête à retrouver une liberté dangereusement menacée par Hitler, il est tout à fait normal que le peuple algérien veuille la même chose. D’autant plus que deux ans plus tôt, les représentants « indigènes » – notamment les plus modérés, dont la tête d’affiche est Ferhat Abbas – ont subordonné leur participation à l’effort de guerre en contrepartie de concessions substantielles. D’ailleurs, à la fin du conflit, la conférence de San Francisco ne donne-t-elle pas raison aux mouvements anticolonialistes en décrétant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ?

Toutefois, pour que les revendications algériennes soient entendues, les modérés créent une organisation politique, appelée les amis du manifeste et de la liberté (AML), en mars 1944. En un laps de temps record, les AML fédèrent les courants nationalistes. « La direction s’étoffe donc pour répondre à l’afflux des adhésions (500 000 environ). Ferhat Abbas s’adjoint Ibrahimi des Oulémas. Le PPA délègue Hocine Asselah pour accompagner Abbas dans ses tournées de propagande dans tout le pays », écrit l’éminente historienne. Cela dit, à partir du moment où les modérés acceptent le principe d’ouverture, la ligne politique ne peut pas rester figée. Du coup, au congrès des AML en mars 1945, les modérés sont mis uniment en minorité. Bien qu’ils ne quittent pas le mouvement qu’ils ont créé une année plus tôt, désormais, son orientation leur échappe totalement ou peu s’en faut.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce rassemblement national commence à inquiéter les autorités coloniales. Ainsi, en dépit de la ferveur mondiale pour la liberté, ces dernières s’activent en vue de court-circuiter la dynamique nationaliste. Celui qui s’occupe de ce plan machiavélique est Pierre-René Gazagne, haut fonctionnaire du gouvernement général. Le plan Gazagne consiste alors à provoquer les nationalistes pour leur asséner un coup fatal. « Attendre une infraction pour les atteindre, et il assure que plus de cinquante cadres nationalistes ont été ainsi arrêtés et neutralisés », témoigne le haut fonctionnaire en 1946.

Du coup, en réagissant à la déportation de Messali Hadj, à Brazzaville, les militants du PPA, devenus entre-temps l’ossature des AML, décident d’investir la rue, «en marge de la tradition fête syndicale», pour réclamer la libération du père fondateur du projet indépendantiste. Dans toutes les grandes villes, à l’instar d’Alger, d’Oran ou de Blida, pour ne citer que les principales, les nationalistes algériens défilent. Là où c’est possible, ils se joignent au cortège de la CGT. Ainsi, en plus des revendications habituelles, pour la première fois, ils sortent le drapeau national. Si, dans les petites villes, les manifestations se terminent sans grands heurts, il n’en est pas de même des deux principales villes, Alger et Oran. Selon une enquête d’Henri Alleg, pour la journée du 1er mai 1945, sept manifestants ont laissé leur vie ce jour-là.

En tout cas, conformément au plan Gazagne, «les autorités saisissent l’occasion pour frapper avec vigueur et décapiter le PPA qui vient de faire preuve de son aptitude à mobiliser les masses algériennes et à les encadrer. Les arrestations « préventives » dans l’Oranie, l’Algérois et à Constantine permettent de démanteler les organisations locales et obligent les militants à se camoufler, rendant aléatoire les liaisons avec la direction», note l’historienne. Partant, c’est avec une grande vigilance que les AML s’apprêtent à célébrer l’armistice, sauf à Alger et à Oran où la répression est encore vivace.

En revanche, dans les villes où les manifestations n’ont pas dégénéré, les AML veulent montrer à la face du monde le désir des Algériens à vivre sans tutelle. En tout état de cause, dans toutes les manifestations, il est recommandé que les drapeaux alliés soient fièrement brandis. De la même manière, il est aussi recommandé de sortir l’emblème national. À la veille de l’armistice, à en croire Annie-Rey Goldzeiguer, la section locale des AML de Sétif reçoit des ordres précis : « La manifestation pacifique du 8 mai doit se dérouler sans armes (même pas un canif), mais les slogans doivent apparaître sur les banderoles et le drapeau algérien doit être brandi au milieu des drapeaux alliés », écrit-elle.

Quoi qu’il en soit, bien que les instructions soient respectées par les manifestants, il n’en demeure pas moins que les autorités coloniales s’en tiennent au plan préalablement défini par Gazagne. A Sétif, le 8 mai 1945, dès l’apparition du drapeau algérien, les policiers exigent son retrait. Voilà comment Annie-Rey Goldzeiguer raconte cet instant fatidique : « Vous savez combien le drapeau est sacré [répond le porte-drapeau] et quand il est sorti, il n’est plus question de le remiser. Lorsque les policiers ont voulu le saisir, ils se heurtent à un véritable rempart humain. C’est ainsi que la fusillade éclate. » Il commence alors un déchainement de violence sans commune mesure. À la suite d’une période de pacification de deux mois, le général Duval promet une paix de dix ans.

Pour conclure, il va de soi que les autorités coloniales n’avaient pas d’arguments à opposer aux aspirations de liberté des Algériens. Et qui plus est, « les indigènes » ont grandement contribué à la libération de la métropole. Hélas, le sentiment de la grandeur de l’empire l’emporte sur l’idéal de liberté. Pour garder ce vaste territoire, il fallait mettre en œuvre un plan diabolique. Qu’en est-il 70 ans plus tard ? La version selon laquelle les autorités coloniales ont déjoué un plan insurrectionnel est la plus répandue. Faux, écrit Annie-Rey Goldzeiguer. « Comment le PPA pouvait-il lancer une insurrection alors que ses rangs étaient éclaircis par les arrestations et que son leader était déporté en un lieu très lointain ? Quant aux AML, s’ils avaient décidé d’une action révolutionnaire, Ferhat Abbas et le docteur Saadane se seraient-ils laissés arrêter au gouvernement général, le 8 mai au matin », s’interroge l’éminente historienne.

Boubekeur Aït Benali

10 commentaires

  1. De quelle Algerie parle-t-on?! Celle de BenBoulaid ou celle de BenBella?
    L'une innée, algerianiste basée sur l'Esprit purement algerien, et l'autre etrangere, anti-algerienne, basée sur l'ideologie importee de l'arabo-islamisme.
    ………………la prevue, on est encore entrain de vivre une crise identitaire qui en est la consequence directe d'une Algerie qui n'a plus RIEN d'algerien.

  2. Le problème de l' Algerie et des algériens autochtomnes n’est pas la France ni le Maroc ni le colonialisme ni le sionisme ni ni ni ……etc ni rien d’autre qui émane de l’étranger.
    Le problème réside au sein de chaque être algérien dans son comportement au quotidien et à chaque seconde durant tout son parcours et sa vie dans ce bas monde ! en un mot pourquoi
    l' algérien n' arrive pas à discuter sérieusement calmement une seconde avec son homologue algérien sans violence et avec écoute active et surtout avec sens de responsabilité individuelle et donc collective , en assumant et en reconnaissant, le cas échéant, ses erreurs à l’ égard d' autrui sans jamais jeter la patate chaude sur l' autre et en se disculpant systématiquement de ces méfaits …cette posture à elle seule suffit pour comprendre l' échec INFINI de l' Algérie dans sa globalité depuis l' indépendance, en dépit de ces milliers de milliards de $ gagnés depuis 1962 !
    l' argent est juste un moyen mais les idées qui sont toujours les maitres dans toutes les situations avec comme objectif final de la vie : la joie de vivre et la joie de partager avec ceux qui ont en besoin le plus …la meilleurs offrande pour un grand malheureux est bel et bien l' accueil le sourire et le mot qu' il faut pour soulager ses fardeaux de malheurs et de désespoir : ces mots ne coutent rien et leur valeur est infiniment plus grande que tous les avoirs en $ et en euros de la planète entière ….car ça vient du cœur …au diable le pétrole le $, le matériel et surtout : le chantage ODIEUX et sans limite par la mémoire et par les malheurs !

  3. Tout le monde s'apprétait à cet évenement … sauf FAFA … où l'on a célébré et applaudi Pétain jusqu'aux dernières semaines avant la chutte de de sa capitale !!!

  4. VOICI LES EXCUSES OFFICIELLES DE LA FRANCE PRÉSENTÉES AU PEUPLE ALGÉRIEN PARUES DANS LE MONDE ENTIER ET AU DELÀ DE NOTRE UNIVERS !

    Pardon Algérie.

    Pardon pour les dispensaires, les écoles, les universités, les aéroports, les ports, la civilisation. Pour le réseau routier et ferroviaire. Pardon pour les vaccins, l’alphabétisation, la mise en valeur de terre. Pardon d’avoir fait passé pendant toute la quatrième république l’équipement de la Kabylie ou du Constantinois avant celle de la Creuse ou du Cantal.
    Pardon de vous avoir laissé en 62 un pays avec les plus solides infrastructures du monde non-occidental, en dehors d’Israël, et alors que l’Asie était encore à feu et à sang. Pardon d’avoir surpayé le gaz et le pétrole au nom de la culpabilité coloniale.
    Pardon d’avoir été aussi cons. On aurait dû, c’est vrai, ne jamais y aller. Ou alors y aller façon anglo-saxons aux Amérique ou en Australie. On y serait resté sans être dérangés.
    Pardon, encore aujourd’hui, d’accueillir les pires déchets que votre société tordue et corrompue peut produire, de soigner votre président au Val de Grâce à la moindre rage de dent tant vous avez si bien foutu en l’air tout ce qu’on vous a laissé.
    Ça y est, les excuses sont faites.

  5. "… En revanche, dans les villes où les manifestations n’ont pas dégénéré, les AML veulent montrer à la face du monde le désir des Algériens à vivre sans tutelle. En tout état de cause, dans toutes les manifestations, il est recommandé que les drapeaux alliés soient fièrement brandis. …"

    AML voulait montrer au monde qu'elle voulait un mari plus virulent que fafa, et elle l'a eut. De grace laissez les morts tranquiles !

  6. Les Auschwitz du colonialisme Français en Algérie ont bel et bien existés , n'en déplaise au Ministre Zitouni qui botte en touche pour disculper ou accorder des circonstances atténuantes à la France qui elle n'a pas oublié de rendre hommage au sacrifice de ses combattants de la victoire du 8 mai 45.Il a fait un peu dans la négation de l'histoire pour éluder les questions qui fâchent et faire oublier le devoir de répentance de la France sur le génocide perpétré à Guelma , Sétif , Kherrata , Melbou , les Auschwitz de son système colonial en Algérie.

  7. toutes les réalisations faites par la France en Algerie, effectuées avant tout, dans son intérêt et celui des colons, ne peuvent en aucun cas, effacer le génocide commis sur la population algérienne, la déportation des nationalistes et résistants, l’enrôlement obligatoire des jeunes, pour faire ses guerres, l' expropriation des paysans de leur terre, au profit de "taulards" et de mercenaires, venus des 4 coins de l'Europe., Mais en ce qui concerne la repentance, la France ne le fera pas, parce quelle a en face, un régime corrompu, impopulaire, constitué de" personnalités" qui s'accrochent a ses "jupons" pour se soigner et s'y installer avec leurs progénitures,

  8. lisez les archives 1939-45 de votre police et vous ouvrirez les yeux sur une réalité incontestable et sur un tableau pas des très rejuissant !!! de collaboration à l'excés !!!

  9. La nation algerienne existe ,oui!

    Mais elle n est pas ni arabe ni orientale ni maghreb arabe!

    Elle est juste nord africaine en méditerranée occidentale ,amazigh identitairement et humainement arabophone,kabylophone,francophone et amazighophone!

    En somme UNE ALGERIEALGERIENNE!

  10. La libération de FAFA, la liberté et l'honneur de ses enfants d'hier (et d'aujourd'hui !!!) sont en grande partie dues aux sacrifices de centaines de milliers d'américains, d'anglais, de canadiens, d'australiens, de polonais, de belges, de russes … mais … aussi des milliers d'embrigadés de force de l'afrique du nord et noire !!!

    Rappelons pour les amnésiques, que même la date du débarquement n'a pas été communiqué à Degaulle !!! à qui on avait refusé d'en faire partie … lui et ses hommes !!!

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