À ma mère, l’unique big-bang de mon univers !

Autant que je me souvienne maman, tes moments de bonheur ne se comptent guère plus que sur les doigts d’une main. De courts instants rares et furtifs, noyés dans un océan de chagrin qui s’acharnait sur toi et agitait ta vie, jour et nuit, pour te malmener sans égards ni retenue.

Je me souviens de ces après-midi d’automne où l’enveloppe d’un ciel menaçant amplifiait l’angoisse et la mélancolie dans lesquelles te plongeait l’absence de mon père, ton mari. Ces interminables moments d’une jeunesse rayonnante qui ne débordait de rien d’autre sinon de patience et d’attente, au milieu du temps qui semblait te narguer en suspendant son vol, à des heures pas du tout propices à ton bonheur. Ces instants cruels d’une douleur décemment contenue pendant lesquels, pour verser plus de larmes, tu me serrais dans tes bras, moi le petit dernier, comme pour puiser, de ces étreintes maternelles, l’énergie du désespoir et les forces nécessaires pour t’accrocher à une raison de vivre et chasser l’ombre de cet homme toujours manquant. Cet homme parti ailleurs -pour mieux revenir et construire notre avenir nous disait-on- happé très vite par le tourbillon d’un exil féroce pour te laisser seule avec 3 enfants, alors que tu n’avais pas encore consumé tes vingt-ans.

Je me souviens de ces prières que tu murmurais au ciel, à la tombée de la nuit, pour combattre tes peurs, en attendant des lendemains meilleurs qui tardaient à se profiler pour te délivrer de ce cauchemar interminable, rempli de solitude et d’abandon. Ce ciel, que j’appris, en guise de coup de main à la mesure de mon enfance, à questionner aussi, finit par me lasser par sa surdité et son silence complice déjà, à mes yeux d’enfant, devenu insensé.

Je me souviens de ces nouvelles que notre oncle nous livrait de son frère aîné, en lisant des encarts de journaux, le soir au coin de la cheminée. Ces premières nouvelles qui annonçaient son arrestation pour «port d’arme prohibée» suivie d’une condamnation pour «association de malfaiteurs et atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat», et les suivantes qui le disaient tantôt détenu à Nancy, tantôt à la prison d’El-Harrach et tantôt transféré à celle de Berrouaghia.

Je me souviens de ces deux ou trois soirées où l’on annonçait enfin son retour. Retour dont l’imminence donnait à ton visage des teintes radieuses et blafardes à la fois. Ce visage, très vite assailli par un flot d’incertitudes, se transformait en terrain de combat sur lequel s’affrontaient la joie et la tristesse, celle du bonheur de le revoir pour un ou 2 soirs et l’inquiétude d’un autre départ.

Je me souviens, et tu me l’as rappelé récemment, de cette journée de révolte où les femmes du village avaient organisé une marche sur les sentiers qui menaient au campement militaire pour hurler et gémir de tout leur saoul contre l’armée coloniale qui avait embarqué tous les hommes, en représailles à un coup du FLN. Je me souviens de ces cris de lamentations que tu communiquais, dos contre poitrine, à l’enfant que tu portais à califourchon, lequel les transformait en sanglots incessants. Tu avais beau lui dire à cet enfant hébété par la puissance de ces complaintes qui fusaient de cette foule compacte «Soussam a’emmi, ourtsougadh, dha’sena3mal kane !» (tais toi mon fils, c’est de la comédie, ne t’inquiètes pas!), rien n’y fit, je braillais de plus en plus fort, comme pour mieux amplifier tes sanglots que je ressentais comme une douleur de plus, une douleur de trop, même simulée, portée à une nature éplorée.

Je me souviens de ces soirées de folies sur la place du village où les hommes et les femmes dansaient à l’endiablée pour fêter le départ des roumis, pendant que, à l’écart, tu ne faisais qu’observer et faire semblant d’apprécier. Je t’épiais du coin de l’œil et comprenais bien que ton mari n’étant pas là, cette fête n’était pas pour toi. Je me souviens que pour t’entrainer sur la piste, une vieille du village t’avait lancé : « Aller, viens danser aussi Ouardia, et inchallah, Ouhrich reviendra ! ». Elle a su faire mouche la petite fadhmouche ! Et pour ne pas irriter les Dieux que, pour toi, elle venait d’invoquer, tu osas quelques petits pas et déhanchements timides et furtifs, histoire de ne pas contrarier cette incantation prononcée pour ton mari et son retour, l’unique synonyme à ton bien-être et ses contours.

Oui, il est revenu un soir d’avril, à la fin d’une journée éclatante, empaqueté dans un cercueil, pour enterrer tes derniers espoirs, tes ultimes illusions ! Tu n’avais que 37 ans ! L’âge ou la vie commence pour les autres, la tienne soudain s’arrêtait, et nos ennuis ne faisaient que commencer.

Je me souviens de cette gifle, portée avec violence sur ta joue gauche par mon oncle, moins d’un an après la mort de mon père. Ce jour-là ma mère, du haut de mes seize ans, pour une fois, comme jamais plus de ma vie, j’avais envie de tuer !

Je me souviens de cette convocation au tribunal d’Alger, suite à une plainte déposée contre nous par cet oncle insatiable, lequel, non satisfait de piller l’héritage de tous les biens accumulés par mon père juste avant la guerre, s’était mis en tête et appliqué pour nous chasser et nous confisquer les dernières ruines du toit ancestral dans lequel nous étions retranchés et entassés.

Je me souviens de l’air et du regard hautains que Mme la juge jetait sur toi car elle trouvait anormal que tu ne comprennes pas l’Arabe, allant jusqu’à te le reprocher, osant te signifier un « lazem t’at3almi » que tu ne saisissais pas. Malmenée par une vie ingrate et un oncle vorace, te voilà devenue, pour couronner ton destin, étrangère sur ta propre terre!

Je me souviens de cet instant où mon départ se précisait, quand tu eus cette formidable réaction face à ceux qui s’en inquiétaient et n’y voyaient que malédiction, une de plus, pour toi : « França n’mi thelha, yewbi yidhess arawiss ! » (L’exil de mon fils est plaisant, il emmène ses enfants !). Qui d’autre que toi pouvait énoncer tel postulat ?

Je me souviens enfin de ces premières années d’exil, au milieu de la décennie de barbarie, quand, à chaque fois que je te faisais part de l’envie de te revoir, tu m’en dissuadais, l’instinct de protection toujours intact, par un discours clair et direct «alla ammi, quimdhina, dhagui l’3ivadh amkhech la’theneken» (Non mon fils, restes où tu es, les hommes comme toi, ici on les abat !)

Je me souviens de tant et tant de choses, mais aujourd’hui je veux apaiser mon âme et te demander pardon maman ! Pardon de n’avoir pu tenir ma promesse faite à mon adolescence, à la perte de ton mari, celle d’être toujours présent à tes côtés ! Et si je devais un jour faire mon chemin de croix, c’est celui de mon infidélité envers toi !

Ta vie, la nôtre, ne fut pas un conte de fées, nos cauchemars nous fussent toujours infligés par des proches. Il ne se trouvât personne pour alléger le fardeau de la veuve et des orphelins auquel le sort nous avait cantonnés. Alors, quand les tiens, au lieu de te défendre, te pillent, pourquoi ne pas chercher protection ailleurs et partir se réfugier sous des ciels plus cléments, là où l’humanisme n’a pas perdu ses derniers pions, et résiste encore aux appels «d’onques» démons?

Comme tant d’autres, je suis parti aussi maman parce que rien d’autre ne se profilait, à l’horizon de ce pays martyrisé par une bande d’aventuriers, pour ma descendance, la tienne, à part cet enfer, celui que tu as vécu et duquel tu nous as si élégamment et si dignement extirpés.

Tu t’es bien battue ma mère, et quoi que ta lignée accomplisse loin de la terre ancestrale, en Amérique, en France ou ailleurs, elle n’oubliera jamais que ses succès et ses triomphes, elle les doit, avant tout, à cette grand-mère courage restée debout sur cette colline de Kabylie, celle qui a porté le fardeau de tant de souffrances, pour tracer, contre vents, tempêtes et toutes sortes de malveillances, les chemins qui ne mènent nulle part ailleurs qu’à des endroits où règne la résilience.

Kacem Madani

8 commentaires

  1. Que Dieu leur accorde longue vie bien qu'ils soient "morts" à la vanité de cette vie .

  2. A la mer, l'unique oreille tendre pour recevoir mes adieux.

    Je lisais ces mots de K.Men qui m'ont donné une indescriptible amertume, et une aigreur insuportable remonta de mes tripes. C'est phisiologique chez moi, ce sont là des précurseur hormonaux qui accompagne toujours tout rappel de souvenir. Allez savoir pourquoi tout se qui concerne mon enfance me buggue la nostalgie.
    Je pensais donc à à ce que j’allais dire à propos de ce que j’ai ressenti, quand le téléphone sonna. C’était un ami qui m’appelait su le fixe.
    – Où es-tu, adin qessamikh,
    – G’ ggemoun, a ddekiregh aslène que je lui réponds ! Traduisez par Washington vous autres les 3arabityoune kalimoune exclusifs.
    – Tu sais ce qui arrivé a Sma3il. Non ! Jissipas a Sidi.
    Comme j’ai l’âge cruel où on voit partir ses amis, et comme je le savais malade, j’ai pensé un in instant qu’il était mort.
    – Yemouth ?
    Arrête de plaisanter, me dit-il, pas lui : son fils.
    C’est son doute dur de faire le deuil de ses parent, mais de son fils, c’est comment ?
    Cette nouvelle m’a zeblouné l’âme et surement bâclé ce post, que j’ai hésité à en envoyé.

    Les souvenirs qu’on porte en soit sont d’une impitoyable lucidité, quand ils nous reviennent longtemps après en mangeant tikervavine (ti3rsvanin) en guise de madeleine de Proust. Pour certains ils les suivent pour d’autres il les hante. En vérité c’est dans mes cauchemars qu’ils me visitent ils déboulent de mon placard ou j’ai enfouis ce que j’ai refoulé.
    Moi, ma mère a complètement disparu de mes souvenirs, et comme mon père était un émigré l’idée de père n’a pas eu le temps se faire en moi non aussi. Je ne me souviens pas avoir était malheureux, mais je ne saurais dire, pour contredire et paraphraser Nizan, que j’étais un enfant et que c’est le plus bel âge de la vie. Je n’ai pas eu d’oedipe ni aucune idée matricide, et cela ne m’a jamais manqué. Comme il n’y avait pas d’adolescence à mon époque Je n’ai pas eu besoin de cela pour passer à l’âge adulte. J’ai été comme ces enfants de la chanson de Brel : Vieux avant d’être adultes. J’ai eu une enfance tellement insignifiante qu’elle n’a pu me construire ce lien qu’on trouve aussi avec la maman.
    Je me dis des fois que suis né extra utéro, ou in-vitro. J’étais un enfant purement biologique. Il n’y pas de choc à l’exclusion de l’utérus, je n’ai pas été secoué à la naissance non plus. Tous le monde sait que nos mamans (celle n’ zikheni) n’avait pas les moyens intellectuels pour se payer une dépression du postpartum. J’ai même été m’en fabriquer, un lien pour justifier mon amnésie filiale. Et comme je suis une vraie une énigme pour la psychopathologie je me suis bidouillé une enfance que j’ai cabossée artistiquement pour lui donner de quoi accrocher le regard réprobateur de mon psy.
    Putain d’enfance ! D’où vient cette amnésie, ya din qessam ! Je me dis des fois que j’ai dû quand même énucléer un chat, accrocher des casseroles à la queue d’un chien, voler des figues de chez mes voisins. Rien que nada !
    Ce n’est que plus tard au cours de mes recherches que j’ai cru comprendre çà. Mon cerveau m’a débarrassé de mon enfance pour ne pas entraver mon exil, il a fait de la place pour la rigueur théorique et la rationalité. Je ne sais pas si vous connaissait ce phénomène, où des dents de lait qui ne sont pas tombées à l’enfance, repoussent au crépuscule de la vie ? Non, vous ne connaissez pas laisser tomber. C’était juste une parabole pour vous dire que des souvenirs m’ont re-poussé si ce n’est Alzheimer qui me les a fabriquer pour me fabriquer une nostalgie conforme à mon archéopsychopathologie.
    J’étais donc né g’adaynin (une écurie) (parce que une vache vêlait aussi pendant que maman accouchait de moi. Alors forcement, vu le prix des veaux à l’époque, on avait monté la vache à ar waggens, pour s’occuper de son accouchement qui s’annonçait difficile. Ma maman n’avait pas de lait, j’ai tété la vache, le veau était donc mon frère de lait. Quand a papa, c’est plus tard que je lui ai réglé son oedipe. En lisant Sartre qui écrivait : il n’y pas de mauvais père : c’est le lei de paternité qui pourri la relation. Putain que je suis dit : Moi je n’ai jamais eu de relation avec mon père zimigri, je ne saurais être un mauvais fils, non, pus : alors je l’ai zappé. Je n’ai donc pas commis comme tout fils qui se respecte commis de parricide œdipien, pour rompre avec lui.
    Exit le père, exit la mère, dans le magasin des souvenirs. Que reste-il ? Des frères et sœurs ? Oui : sept exactement, mais qui m’on fait regretter plus tard de ne pas avoir été un veau.
    Je ne sais pas si on vous a raconté cette histoire des deux fugitif n’Teryèle l’ogresse. Un Oiseau, thavouzegrayezth, les suivait pour effacer les traces de leurs pas. Moi, c’est ce qu’ont fait mes frères et sœurs. Ils ont effacé toute trace qui pouvait me rappeler ou me fonder une quelconque légitimité.
    Je disais que, moi, je n’avais pas besoin d’excuses pour partir, c’était bien avant la décennie noire que je n’ai vécue que de loin. Je n’ai pas connu de décennie rose non plus.
    Il y a quelque temps, un autre exilé en pèlerinage dans son village d’origine, avait eut cette pensée : mon village est mort. Un autre parlait ici même des vestiges de nos ancêtres, sans se rendre compte de toute l’ampleur que ce mot avait. Moi c’est à leur ravage que j’ai pensé. Mais, bon : les morts sont tous de braves types, ya Sidi.

    Je lui disais que chacun a son histoire, avec l’exil. Ô combien j’aurais aimé me trouver une excuse comme la décennie noire ou avoir ce regard embué par la culpabilité et la nostalgie sur les ruines de mes illusions de jadis.

    La vérité, c’est d’aimer sans promesses, il a dit lui !

    C'est pas tout,: j'ai un enterrement!

  3. A la mer, pour son oreille attentive lors de ma traversée et pour voir accueilli tous mes remords et mes adieux dont personne n’a voulu.

    Non de Dieu ! L’émotion m’a foutu la tremblote, je ne vois plus les touches de mon clavier, je ne vois mes fautes qu’une fois le crime commis. Je renvois le post que de toutes les façons je n’ai pas le temps de corriger. Que les puristes me pardonnent, le modéro aussi, de l’importuner .

    Je lisais ces mots de K.M qui m’ont rempli d’amertume pendant qu’une aigreur insupportable envahissait mon estomac. C’est toujours comme ça, à chaque fois que mon enfance radine malgré moi, c’est le branle bas dans ma physiologie.

    je pensais à ce que j’allais dire à propos de ce que j’ai ressenti, quand le téléphone sonna. C’était un ami qui m’appelait sur le fixe.
    – Où es-tu, adin qessamikh,
    – G’ ggemoun, a ddekiregh aslène que je lui réponds ! Traduisez par Washington, vous autres les 3arabityoun kalimoun exclusifs.
    – Tu sais ce qui est arrivé a Sma3il.
    – Non ! Jissipas a Sidi.
    Comme j’ai l’âge cruel où on voit partir ses amis, et comme je le savais malade, j’ai pensé un instant qu’il était mort.
    – Yemouth ?
    Arrête de plaisanter, me dit-il, pas lui : son fils.
    C’est son doute dur de faire le deuil de ses parents, mais de son fils, c’est comment ?
    Cette nouvelle m’a zeblouné l’âme et surement bâclé ce post, que j’ai hésité à en envoyer.

    Les souvenirs qu’on porte en soi sont d’une impitoyable lucidité, quand ils nous reviennent longtemps après en mangeant tikervavine (ti3esvanin) en guise de madeleine de Proust. Pour certains ils les suivent pour d’autres ils les hantent. En vérité c’est dans mes cauchemars qu’ils me visitent ils déboulent de mon placard ou j’ai enfoui tout ce que j’ai refoulé.

    Moi, ma mère a complètement disparu de mes souvenirs, et comme mon père était un émigré l’idée de père n’a pas eu le temps se faire en moi aussi. Je ne me souviens pas avoir était malheureux, mais je ne saurais dire, pour contredire et paraphraser Nizan, que j’étais un enfant et que c’est le plus bel âge de la vie. Je n’ai pas eu d’oedipe ni aucune idée matricide pour compenser, et cela ne m’a jamais manqué. Comme il n’y avait pas d’adolescence à mon époque je n’ai pas eu besoin de cela pour passer à l’âge adulte. J’ai été comme ces enfants de la chanson de Brel : Vieux avant d’être adulte. J’ai eu une enfance tellement insignifiante qu’elle n’a pu me construire ce lien qu’on trouve aussi avec la maman.

    Je me dis des fois que suis né extra utéro, ou in-vitro. J’étais un enfant purement biologique. Il n’y pas de choc à l’exclusion de l’utérus, je n’ai pas été secoué à la naissance non plus. Tous le monde sait que nos mamans (celle n’ zikheni) n’avaient pas les moyens intellectuels pour se payer une dépression du postpartum. J’ai même été m’en fabriquer un lien pour justifier mon amnésie filiale. Et comme je suis une vraie énigme pour la psychopathologie je me suis bidouillé une enfance que j’ai cabossée artistiquement pour lui donner de quoi accrocher le regard réprobateur de mon psy.

    Putain d’enfance ! D’où vient cette amnésie, ya din qessam ! Je me dis des fois que j’ai dû quand même énucléer un chat, accrocher des casseroles à la queue d’un chien, voler des figues de chez mes voisins. Rien que nada !

    Ce n’est que plus tard, au cours de mes recherches que j’ai cru comprendre çà. Mon cerveau m’a débarrassé de mon enfance pour ne pas entraver mon exil: il a fait de la place pour la rigueur théorique et la rationalité. Je ne sais pas si vous connaissez ce phénomène, où des dents de lait qui ne sont pas tombées à l’enfance, repoussent au crépuscule de la vie ?
    Non, vous ne connaissez pas, laisser tomber. C’était juste une parabole pour vous dire que des souvenirs m’ont re-poussé, si ce n’est Alzheimer qui me les a fabriqués pour me constituer une nostalgie conforme à mon archéopsychopathologie.

    J’étais donc né g’adaynin (une écurie) (parce qu' une vache vêlait aussi pendant que maman accouchait de moi. Alors forcement, vu le prix des veaux à l’époque, on avait monté la vache ar waggens, pour s’occuper de son accouchement qui s’annonçait difficile. Ma maman n’avait pas de lait, j’ai tété la vache, le veau était donc mon frère de lait. Quand a papa, c’est plus tard que je lui ai réglé son oedipe. En lisant Sartre qui écrivait : il n’y pas de mauvais père : c’est le lien de paternité qui pourri la relation. Putain que je me suis dit encore : Moi, je n’ai jamais eu de relation avec mon père zimigri, je ne saurais être un mauvais fils, non, plus : alors je l’ai zappé. Je n’ai donc pas commis comme tout fils qui se respecte de parricide œdipien, pour rompre avec lui.

    Exit le père, exit la mère, dans le magasin des souvenirs. Que reste-il ? Des frères et sœurs ? Oui : sept exactement, mais qui m’ont fait regretter plus tard de ne pas avoir été un veau.

    Je ne sais pas si on vous a raconté cette histoire des deux fugitifs n’Teryèle l’ogresse. Un Oiseau, thavouzegrayezth, les suivait pour effacer les traces de leurs pas. Moi, c’est ce qu’ont fait mes frères et sœurs. Ils ont effacé toute trace qui pouvait me rappeler ou me fonder une quelconque légitimité.

    Je disais que, moi, je n’avais pas besoin d’excuses pour partir, c’était bien avant la décennie noire que je n’ai vécue que de loin. Je n’ai pas connu de décennie rose non plus.

    Il y a quelque temps, un autre exilé en pèlerinage dans son village d’origine, avait eut cette pensée : mon village est mort. Un autre parlait ici même des vestiges de nos ancêtres, sans se rendre compte de toute l’ampleur que ce mot avait. Moi c’est à leur ravage que j’ai pensé. Mais, bon : les morts sont tous de braves types, ya Sidi.

    Je lui disais que chacun a son histoire, avec l’exil. Ô combien j’aurais aimé me trouver une excuse comme la décennie noire ou avoir ce regard embué par la culpabilité et la nostalgie sur les ruines de mes illusions de jadis.

    La vérité, c’est d’aimer sans promesses, il a dit lui !

    Je vous quitte, j’ai un enterrement.

  4. J'arrive où je suis étranger

    Rien n'est précaire comme vivre
    Rien comme être n'est passager
    C'est un peu fondre comme le givre
    Et pour le vent être léger
    J'arrive où je suis étranger
    Un jour tu passes la frontière
    D'où viens-tu mais où vas-tu donc
    Demain qu'importe et qu'importe hier
    Le coeur change avec le chardon
    Tout est sans rime ni pardon
    Passe ton doigt là sur ta tempe
    Touche l'enfance de tes yeux
    Mieux vaut laisser basses les lampes
    La nuit plus longtemps nous va mieux
    C'est le grand jour qui se fait vieux
    Les arbres sont beaux en automne
    Mais l'enfant qu'est-il devenu
    Je me regarde et je m'étonne
    De ce voyageur inconnu
    De son visage et ses pieds nus
    Peu a peu tu te fais silence
    Mais pas assez vite pourtant
    Pour ne sentir ta dissemblance
    Et sur le toi-même d'antan
    Tomber la poussière du temps
    C'est long vieillir au bout du compte
    Le sable en fuit entre nos doigts
    C'est comme une eau froide qui monte
    C'est comme une honte qui croît
    Un cuir à crier qu'on corroie
    C'est long d'être un homme une chose
    C'est long de renoncer à tout
    Et sens-tu les métamorphoses
    Qui se font au-dedans de nous
    Lentement plier nos genoux
    O mer amère ô mer profonde
    Quelle est l'heure de tes marées
    Combien faut-il d'années-secondes
    A l'homme pour l'homme abjurer
    Pourquoi pourquoi ces simagrées
    Rien n'est précaire comme vivre
    Rien comme être n'est passager
    C'est un peu fondre comme le givre
    Et pour le vent être léger
    J'arrive où je suis étranger
    Louis Aragon

  5. Diversion de circonstance par le pouvoir, le débat est ailleurs, car il n'y a ni démocratie ni famille en algérie, demandez aux sociologues ce qu'ils pensent. .Cherchez vous à connaitre le "sexe des anges", drole de débat pour parler de soupe sans soupiére, encore moins d'un modéle de famille régie par un code de conduite comme le code rousseau des auto écoles.
    Seul un pays sous dévelloppé et taré politiquement comme l'algérie veut tout codifier à sa maniére, et, pourtant le Code civil est là, alors au diable vos singeries usées.
    Faites toujours de la diversion et les violences vont aussi se diversifier,

  6. bravo une belle photo et un texte magnifique monsieur Kacem, j'ai les larmes aux yeux, votre mère vous l'avez bien immortalisée en cette journée du 8 mars

  7. J’avoue que malgré mes six décennies passées, j’éfface une petite larme (une grosse pour être honnête) en écrivant ce commentaire, ya Si Madani, et que j’ai à peine eu la force de lire le texte tout entier tant il ravive de douleurs passées mais encore trop vivaces. Les “anciens” nous racontaient que le monde repose sur une corne de bœuf. Je crois que nous devrions changer ce mythe et raconter à nos propres petits-enfants que le monde repose sur les épaules d’une mère. Tous nos diplômes, toutes nos pérégrinations à travers le monde entier nous raménent finalement à la conclusion que nos mères analphabètes connaissent (ou connaissaient dans le cas de la mienne) la vie et le monde mieux que nous.

  8. Hommage au grand courage et le sacrifice de cette mère et de toute sa génération !!!

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