Le changement en Algérie est-il possible sans la jeunesse ?

Il est dans la vie des situations dont on ne sait pas s’il fallait en rire ou en pleurer. Des situations ridicules qui nous privent d’émotions parce qu’inclassables, hors-série, hors-norme, et de surcroît synonymes de dilemmes.

La tragicomédie n’est-elle pas cet art théâtral où il est permis aux protagonistes de rire d’eux-mêmes, de leur vécu et de leurs actes en même temps qu’ils en pleurent ? Pris dans les remous d’une réalité de plus en plus confuse, le sort de notre patrie n’en est pas loin. Car, il n’émeut presque personne que ce soit à l’intérieur des appareils du régime qu’au sein des rangs de cette opposition qui nous intrigue chaque fois par ses divisions et ses dissonances, combien nombreuses quand les bas-fonds, eux, bouillonnent de rage. Qu’espère-t-on de cette Algérie qui s’endort sur ses lauriers pendant que d’autres pays, parfois de moindre importance, s’activent pour stimuler leur économie, rehausser leur statut à l’échelle de la planète, se développer et se moderniser ? Que puisse-t-on attendre de cette Algérie qui mouline dans le vide, qui ne produit presque rien de ses mains et qui fait fuir sa matière grise et sa jeunesse, comme pour se venger d’elle-même ? Cette Algérie qui, à la moindre polémique, sort la muselière de la censure pour bâillonner les bouches et les esprits moins ou très peu enclins à avaler la pilule de la médiocrité.

Ce pays de «merveilles» comme me dirait un ami qui refuse de se penser, penser et repenser sur son destin, son histoire ; ses personnalités ; ses monuments ; sa mémoire, son avenir sous le fallacieux prétexte de l’unité nationale. J’ai l’impression que s’il y avait des subterfuges et des alibis dont nos responsables aient fait excessivement usage de par le passé pour doper l’inconscience citoyenne, ils en auront assurément marre aujourd’hui. Pour cause, la fatigue dans le corps de la société se ressent de façon évidente, les deux mâchoires de l’étau que sont la corruption et la mauvaise gouvernance nous enferment dans l’impasse, les chantiers de l’Etat traînent, l’incompétence se serre les coudes dans les dédales administratifs, les grèves sillonnent presque tous les secteurs, et je vous épargne en ce papier la nausée d’énumérer les multiples scandales financiers et autres bévues qui éclatent çà et là aux plus hautes sphères de la hiérarchie dirigeante, accompagnés tantôt de black-out total, tantôt de lapsus de langage qui frisent le comique, et le plus souvent par la simple désignation de boucs émissaires n’ayant fait, à vrai dire, qu’appliquer les directives de leurs supérieurs, de nos jours, pourtant en fuite et hors d’atteinte de la justice ! En un mot, l’ascension de la fièvre de la colère dans ce climat électrique est inéluctable. Un spectre déformant et imprévisible susceptible de virer au vinaigre.

Qui peut croire pardi aux fadaises des réformes et de la volonté du changement alors que, chez nous, rien ne fonctionne correctement à commencer par les classes désertées ces derniers jours de nos écoles en raison des mouvements sociaux intempestifs, et en terminant par le grand vide qui règne dans les couloirs du siège de la magistrature suprême à Al-Mouradia? Personne à moins qu’il y ait des fous ou des idéalistes ! Ceux qui en souffrent le plus sont nos jeunes. Formés sous le parrainage idéologique d’une école défaillante et sans repères (sinistrée selon l’excellente formule de feu Mohamed Boudiaf), baratinés par les faux idéaux d’une histoire travestie, tiraillés entre la boussole orientale et l’attraction occidentale et rongés par la précarisation inquiétante du marché du travail, ils paient au prix fort l’impéritie bureaucratique de la gérontocratie. Celle-ci est le mal parallèle du système. Système mais lequel en effet ? Sans doute, ce gouffre mental, culturel, social, politique sans aspérités à l’intérieur duquel s’est forgé cette idéologie de l’assistanat et ses corollaires : la tutelle et le mépris. Présente partout, collée à ses privilèges, têtue dans ses réflexes, uniformisée dans sa pensée, déconnectée par rapport au monde, cette gérontocratie-là forme cette engeance frustrée du tutorat, auréolée des glorioles d’une guerre à laquelle en 2015 trois tiers d’algériens de la nouvelle génération n’y connaissent que très peu ou presque rien du tout, hélas. Ce qui revient à mettre dans le même bénitier le mal, ses symptômes et ses effets collatéraux.

Or, quand on prive cette jeunesse de la prise de parole sur la place publique, quand on évite avec hypocrisie d’en faire cas, quand on ferme les portes et les fenêtres à toute brise printanière, on se déconsidère nous-mêmes dans cette culture du mépris et d’asphyxie, laissant le bateau de la nation se noyer dans l’entropie et la torpeur. Objet d’affliction générale pour certains, sujet de moquerie et de misérabilisme pour d’autres, la jeunesse de mon pays est, à proprement parler, un phénomène trop banalisé qui s’est depuis longtemps laissé tripoter les méninges par la propagande officielle avant de s’être vu enfin épuiser dans toutes ses possibilités de résistance à la pression : chômage, précarité, incompréhension, hogra, dégradation de cadre de vie, etc. Vaincue par la lourde artillerie de ce que j’appelle « l’hypnose sociale » à savoir l’A.N.S.E.J et le reste, elle s’est réfugiée dans la paresse, la frime et l’esbroufe, essorées par l’agrégat rentier du «moins effort, plus de richesse», insidieusement relayé par les success-stories des «golden-boys» de la corruption systématisée. Ce qui équivaudrait à une dégénérescence lente et en mode mineur de toute implication sociale de cette tranche vitale de notre population, son engagement, ou sa participation à la construction citoyenne de l’Algérie nouvelle. Ce n’est d’ailleurs pas étonnant que j’ai vu, il n’y a pas si longtemps, un documentaire diffusé par l’une des chaines télévisées du terroir où l’on critique la nonchalance et la fainéantise du jeune algérien par rapport aux travailleurs asiatiques. Ce stéréotype est-il vrai ? Et puis si c’était le cas, la faute est à qui ? A ce jeune berné par son environnement «moralement» pollué ou à ces caciques qui ne rêvent que du confort du fauteuil, quitte à brader toute valeur du travail, de ponctualité, du sérieux, d’assiduité et d’attachement au pays.

En réalité, s’il y a une force capable de fomenter le changement, ce serait cette jeunesse aujourd’hui martyrisée. Cette jeunesse qui se mortifie malheureusement en Algérie dans sa marge, qui se vieillit avant terme, qui se suicide à petit feu dans sa majorité et à grand feu pour certains «les plus malchanceux». Cette jeunesse à laquelle on n’a pas appris l’exercice de responsabilités, le sens des défis et la symbolique de la patrie pour s’attendre, effet de miracle aidant, à un changement en perspective.

Kamal Guerroua

12 commentaires

  1. Ce message s'adresse aux chiens de garde du régime.
    Pendant la décennie noire, c'est ce peuple que vous matraquez aujourd'hui qui s'est soulevé avec armes et courage pour se mettre de votre côté. Aujourd'hui force et de constater que vous êtes du côté de l'injustice et de la hogra (tamhaqranit) et comble de l'ironie vous êtes avec vos égorgeurs d'hier.
    Rien n'est éternel. Tout a une fin. Et ce jour-là, l'Algérien reconnaîtra les siens. Ne nous dites surtout pas ce jour-là que vous obéissez aux ordres de vos supérieurs. Vous avez prêté serment pour servir l'Algérie pas les généraux corrompus comme vous d'ailleurs.
    Ce jour est proche.

  2. L'évidence crève pourtant les yeux !
    A Alger, le régime a mobilisé 40 000 miliciens, il n'est plus question de la police nationale et républicaine, mais de SS au service d'un régime crapuleux, vous pensez que le pouvoir va tolérer des marches à Alger qui vont de surcroît le discrédité, tant que le rapport de force est de leur côté, jamais ils ne lâcheront un iota des privilèges qu'ils ont acquis, il suffit juste de se rappelé de comment le trio Ben Bella, Boumediene et Bouteflika se sont accaparés du pouvoir pendant l'été 1962, pour comprendre une chose qui relève de l'évidence même, celui qui a pris le pouvoir par la ruse, le complot et la violence, ne pourra pas le lâcher de façon pacifique, le jour où les peuplades de ce territoire appelé Algérie, s'il en reste encore une ou deux, décident de faire le ménage cette fois-ci le vrai, ce pouvoir crapuleux partira, sinon, les discours, les marches, les articles et tout le reste, ça ne marchera pas, tellement de gens ont essayé des décennies durant sans succès, de véritables patriotes de grande valeurs sont mort opposants sans avoir bouger cette mafia, d'autres sont devenus tellement vieux, d'autres ont connu un sort dramatique en étant assassinés, car ils ont procédé par la naïveté, d'autre ont pêché par orgueils, comme c'est le cas pour le moment, croyant au bon sens de nos nouveaux colonisateurs, il faut passer à autre chose ou se taire, un colonisateur ne vient pas pour partager son savoir, ou apporter le développement, si c'était le cas ça se saurai depuis des siècles, il vient pour piller les richesses, asservir les peuples, sinon il serai resté chez lui, Bouteflika à lui seul est un don de Dieu pour l'Algérie, alors fumons du thé et restons éveillés le cauchemar continue.

  3. en France, le FN dit que les politiciens ont ouvert les portes à l'emigration magrebine pour changer le peuple français toujours à gueuler et faire la greve, en Algerie où l'opposition c'est du khorroto, le gouvernement est en train de faire kif kif aujourdhui l y a que la police l'armée et les barbus qui recrutent top

  4. Bonjour
    @ Mr Guerroua
    La question est plutôt:
    Est-ce que le changement peut être parfait et radieux en remplacant les débiles septuagénaires analphabetes, mafieux et prédateurs par une jeunesse lettrée dynamique, honnête et laborieuse ?? La réponse est mega oui. !! Le plus tôt sera le mieux.

    Par contre, le problème est plutôt comment faire ??.
    C'est à cette jeunesse de décider avant qu'il ne soit irréversiblement trop tard car les dégats sont énnormes et la tragédie profonde.
    Rabah Benali

  5. "On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps."A. Lincoln.

  6. Le pondule. Les changements il y en a sans arret… La question est lequel vous souhaitez. Sinon, pourquoi necessairement Alger ? Les Douars Lybiens ont ferme' les vannes, et c'est le monde entier qui a mis leur dossier sur la table, au conseil de securite' !!!!! Tant que les INTERETS ne sont pas menace's, vous pouvez chanter et accuser les moineaux – le fromage est dans le bec du corbeau – et ne descend que rarement par-terre. D'ou la question: Pourquoi le petrole s'achemine-t-il a travers Arzew ? Heureusement, que la bananiere du Polisario n'est pas en place – la, on n'y aurait vu que dalle! D'ailleurs, n'y aurait-il pas une pipeline, droit sur l'Atlantique ?

    Pour faire bouillonner alger, il faudrait fermer son port. Pour fermer le port, il faut fermer les caisses ailleurs(impossible) – pour fermer les caisses, il faut fermer les robinets, ou du moins le port d'arzew !

  7. .
    Un colonisateur ne vient pas pour partager son savoir, ou apporter le développement, si c'était le cas ça se saurai depuis des siècles, il vient pour piller les richesses, asservir les peuples, sinon il serai resté chez lui,.
    dixit Uchen Lkhela

    Uchen Lekhela merçi pour cet 'éclairage qui lève les doutes sur la nature de ce pouvoir mafieux,ça vaut la peine de le dire et redire pour une meilleur prise de conscience collective

  8. Le temps que cette jeunesse prenne conscience de ce qu'elle endure , elle soupirera : " ah si jeunesse savait ". Le temps est comme le glaive si tu ne le coupes pas , il te coupe . Entre temps nous passons une partie de ce temps à commenter nos états d'âmes , sans pour cela pouvoir apporter un quelconque atout pour le changement et le changement quand il survient personne ne pourra prétendre en être l'initiateur . Tout ce qui se fait sur la scène sociale n'est en fait qu'une échéance qui prélude à une variation . "Daouame el hale âla el hale minel mouhale " Chaque seconde apporte un élément nouveau à la composition des décors des situations . Qui peut imaginer que des projets se trament dans les coulisses et Dieu en est intimement informé . Comme les animaux , les humains ont des caractères et des dispositions , même sur le plan de la constitution physique . C'est ainsi que celui qui rêvait de devenir ingénieur, finit médecin, ou travailleur manuel finir chauffeur . Nous pouvons aussi trouver des sportifs qui commencent par une discipline (athlétisme par exemple) finir footballeur ou autre sur conseil d'un éducateur ou sur une motivation personnelle à laquelle il n'a jamais fait attention .
    Il est passé combien de temps depuis l'indépendance ? Des tas de jeunes sont devenus vieux , et les vieux sont morts . En remontant le temps , nous nous trouverons toujours à commenter les différentes périodes sans pour cela être convaincus de pouvoir faire quelque chose qui aurait donné une situation, une autre Algérie que celle que nous avons vu . Les personnages politiques ou militaires n'ont fait finalement que jouer un destin que nul ne leur avait prédit . Relevant du mystère Divin , personne n'a pu prévoir l'arrivée de Saadani, le départ de Belkhadem . C'est parfaitement minuté que tout arrive à point pour qui sait attendre ..

  9. oui bien sure,rien n' est du au hasard il existe bien une force supérieure qui agit là ou il faut ,au moment qu'il faut mais cette volonté divine agit et se manifeste en nous et par nous.

  10. Bonjour

    A lire les commentaires et avis de certains parmi nous, ont se croirait embarqués dans l'univers d'un Finkielkraute le philo (plutôt ou le "philou") qui se serait définitivement mis en "kamis" channel "savattes" Nike.

    Si pour ce philosophe "philou" tout se raméne au génie sioniste et la shoah est seule tragédie référence exclusive de l'humanité, nos "philous" à nous, nous expliquent que tout est "Mektoub" et programation divine

    Newton aurait meux fait de bouffer la pomme au lieu de se poser des questions stupides à la limite du la Yadjouz. Donc notre tragédie n'est que le fait du prince. He….!! non, de dieu !!.
    Alors acceptons là avec douceur et docilité et attendons dieu qui nous le rendra.

    Nous voilá donc enfin appaisés, les marocains d'algerie, momie à leur tête c'est "Mektoub".

    Qui aurait dit des SNP de hamam douteux imposer leur loi aux enfants de Massinissa,de la Kahina ou de Amirouche ….??. Tout est "Mektoub" et le pic au c..l deviendrait supportable et même agréable.

    Donc si changement il y aurait, il passerait par les SNP Avec le bon vouloir et la bénédiction divine.

    Maatoub a bien dit "attass attass" (attass = dort pour les bèrbères arabisés) La nuit est encore longue, bien longue !!. Rabah Benali

  11. @Moh Arwal : Avant d'écrire ce n'était pas vous , en rédigeant votre commentaire il vous a semblé que c'était vous , maintenant c'est écrit noir sur blanc pas comme vous le vouliez mais comme c'était écrit que vous l'écriviez ! Même la ponctuation y est .

  12. Un petit droit de réponse ne ferait pas de mal . Déjà que le mektoub nous contraint à nous confiner dans nos tanières improvisées faisons en sorte que nous nous considérons comme "vivants" puisque les autres nous ont "tués" .

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