Les visages, mirages et contre-images d’Abdelaziz Bouteflika

Le 1er octobre 2014, Hamid Grine, le ministre algérien de la Communication, indiquait qu’une « méga-exposition » exhibera, dans le cadre mémoriel du 60e anniversaire du 1er Novembre 1954, des photographies focalisant l’attention sur la notoriété céleste d’Abdelaziz Bouteflika.

À cette heure, nous ne savons pas encore combien des 1.600 clichés prévus tapisseront la scénographie d’une célébration convenue à Alger, Oran, Constantine ou Adrar, qui affrètera cette simulation ponctuée de poses et caricatures ? Si elle laisse supposer à un chant du signe, il s’agira sans doute plutôt de la liturgie honorifique d’un « commandeur des croyants » né le 02 mars 1937 à Oujda, ville située à la frontière algéro-marocaine. Le futur ploutocrate fréquentera en 1950 l’École de scoutisme Hassania et intègrera six années plus tard l’Armée de libération nationale (ALN) comme contrôleur général de la cinquième wilaya. Devenu, dès 1958, le secrétaire particulier du colonel Houari Boumediène, il accompagnera la progression d’un chef d’état-major qui le nommera à l’indépendance ministre de la Jeunesse, des Sports et du Tourisme puis en 1963 celui des Affaires étrangères par intérim, un office confirmé après le putsch du 19 juin 1965 mené contre la « dérive égotiste » d’Ahmed Ben Bella. C’est sous l’aile protectrice du fameux « Clan d’Oujda » que « Abdelkader El Mali » (le surnom attribué à Bouteflika lorsque celui-ci balisait en 1960 le front malien) mènera sa barque sur le fleuve tranquille des décennies 60 et 70, cela avec d’autant plus de quiétude que son mentor au cigare et burnous (Boumediène) possédait tous les rênes d’un pouvoir « super-visé » par la Sécurité militaire (SM). Le verrouillage territorial confortait alors sa posture de négociateur, un rôle largement démontré les 22 et 23 décembre 1975 dans le salon VİP de l’aéroport d’Alger où, en face à face avec le Vénézuélien İlitch Ramirez Sanchez, dit Carlos, il y mènera à deux reprises des pourparlers au terme desquels tous les otages kidnappés le 21 décembre, au siège de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), seront relâchés. Cette victoire diplomatique lui vaudra les louanges des monarchies du Golfe et des États-Unis, pays dont la Central intelligence agency (CİA) savait pourtant parfaitement que l’Algérie fournissait armes, bases logistiques et camps d’entrainement à des réseaux libertaires et undergrounds, une aide alimentant le mythe d’une « Mecque révolutionnaire » garante des damnés de la terre et autres opprimés de l’impérialisme occidental. Le jovial Abdelaziz Bouteflika entretiendra ce prestige ou chimère (faisant de la contrée des « Barbaresques » la porte-parole du tiers-monde) jusqu’au soudain décès (en décembre 1978) de Boumediène, un évènement marquant le déclin d’un proscrit boudé en janvier 1979 par des militaires qui, à ses dépens, choisiront Chadli Bendjedid. Écarté vingt quatre mois plus tard du Comité central du Front de libération nationale (FLN), l’ex-tour centrale de l’échiquier politique sera accusée en 1983 par la cour des Comptes du détournement de 60 millions de dinars (environ 570.000 euros) transférés dans une banque helvétique (une somme que l’actuel Président certifiera avoir en partie remboursée). Monnayant des services à l’échelle sonnante et trébuchante de consultations internationales, l’exilé trimbalera ses casseroles jusqu’à sa réintégration au cœur d’un système à la chape de plomb si fissurée depuis les événements sanglants du 05 octobre 1988 qu’il ne résistera pas au coup de semonce que constituera le résultat des élections locales du 12 juin 1990 (les islamistes du Front islamique du salut remportant alors la majorité des communes) et encore moins au séisme que provoquera le premier tour des législatives de décembre 1991. İl présageait de la victoire fondamentaliste du duo Madani-Belhadj et conduira à la « destitution constitutionnelle » de Chadli Bendjedid puis à une guerre civile larvée qui, plutôt que d’émousser les effets désastreux de trente années d’islamo-conservatisme, écumera la vague du Mouvement islamique armé (MİA) suivie quelques mois plus tard de celle des Groupes islamiques armés (GİA). Les ressacs extrémistes charrieront les répliques sui generis de militaires éradicateurs opposés aux réconciliateurs, une guéguerre qui refroidira nombre de corps et dont fera les frais Mohamed Boudiaf, apostrophé en catimini (alors qu’il coulait des jours heureux au Maroc) en vertu de sa légitimité révolutionnaire et assassiné le 29 juin 1992 en direct live pour avoir sous estimé sa garde rapprochée et raillé des « vieux singes » comme Larbi Belkheïr (ou Belkhir), Smaïl Lamari et Khaled Nezzar. À la recherche d’une seconde tête de proue derrière laquelle l’appareil caporalisé a (depuis Ahmed Ben Bella) pour habitude de se cacher de façon à manigancer ses intérêts militaro-industriels, ces trois pièces montées auront, entre temps, mis sur orbite le général de corps d’armée Mohamed Lamine Mediène, dit Toufik, l’entremetteur de la reconversion d’un Abdelaziz Bouteflika interpellé une première fois pour occuper le fauteuil de ministre-conseiller du Haut comité d’État (HCE, installé après le meurtre de Boudiaf). Ce pôle conjoncturel et temporaire sera occupé par Ali Kafi de juillet 1992 à fin janvier 1994, mois qui voyait le ministre de la Défense, Liamine Zeroual, pallier aux carences du tout-sécuritaire en prenant par défaut (puisque trop exigeant, « l’enfant d’Oujda » rejettera l’offre des généraux) le relais de la période de transition, cela jusqu’à sa consécration du 16 novembre 1995 à la tête de l’État. L’initiateur du dialogue national et de la « Rahma » (pardon) sera néanmoins prié de s’éclipser dès septembre 1998 au profit du « vengeur masqué » (Bouteflika) qui cette fois sautait sur le strapontin réglé à sa taille et visée. L’élection présidentielle anticipée du 15 avril 1999 le propulsera au firmament étoilé d’un autre consensus dont il deviendra le postulant arboré et adoubé, notamment par le factotum du Département du renseignement et de la sécurité (DRS) : Toufik ou « Tou(f)flik ». À la pointe des services secrets depuis le 04 septembre 1990, ce maître-intendant de la « Maison Algérie » supervisait déjà la Direction centrale de la sécurité de l’armée (DCSA), une citadelle habilitée à régulièrement lui adresser des procès-verbaux.

Il sera à ce titre le grand ordonnateur de l’ascension bouteflikienne tant son autorité sur la Direction du contre espionnage (DCE), le Département de la documentation et de la sécurité extérieure (DDSE) fera de lui un « faiseur de Rois » bénéficiant de surcroît d’une entière autonomie d’action, une prépondérance jusque-là inégalées (sa dépendance au ministère de la Défense restant purement formelle). Sa naissante et puissante structure (le DRS) posera les bornes stratégiques d’un maillage territorial duquel rien ni personne échappera, cela en regard de la (déjà) paradisiaque et sacro-sainte stabilité, une « Assise de l’inculture » à polir sur le lissage de l’équilibre des forces en présence car indissociable de la « concorde civile » ré-exploitée dès l’été 1999. Gratifié par le décret présidentiel du 10 janvier 2000, puis une « moussalaha el wataniya » (« Réconciliation nationale ») adoptée par référendum (et peut-être bientôt déguisée en constante nationale), le nouveau pacte empêchera les victimes de la furie intégriste de recourir à la justice pour demander des réparations, de contester une pseudo-amnistie réduite à la dimension congrue d’une peau de chagrin par celui qui (au sujet des juvéniles despérados montés au maquis) osera avouer : «Si j’avais leur âge, j’aurais fait comme eux», comme donc le commando du chacal (autre nom de Carlos) qui le 21 décembre 1975 prenait d’assaut l’immeuble du 10 Karl-Lueger Ring (situé à Vienne, en Autriche) puis en otage 42 personnes. Abdelaziz Bouteflika et son ascenseur de service « Touf(l)ik » bichonneront l’alliance Armée islamique du Salut (AİS) et Armée populaire nationale (APN), un accord circonstancié devenu la clef d’une voûte d’intelligibilité si coercitive et spécifique qu’elle permettra d’échafauder quatre mandats successifs, d’amplifier la carrière et les prérogatives de chacun des deux acolytes (« Boutef » et Toufik), de taire la répression du « Printemps noir » qui d’avril à juin 2001 fauchera en Kabylie la destinée de plus d’une centaine d’adolescents, ces néo-martyrs d’une région escarpée mise à l’index et dont les figures intellectuelles militeront en faveur du boycott de L’Année de l’Algérie en France. Aux yeux des principaux signataires du manifeste anti-Djazaïr 2003, participer à cette manifestation c’était trahir «(…) la mémoire de milliers d’innocents (…), le combat citoyen (…), les forces démocratiques (…), nos défunts artistes morts dans l’anonymat.». Depuis que circulait l’idée même d’un rejet massif de la saison culturelle, quelques voyants s’étaient mis au rouge, des signaux éclairant davantage la « Lettre ouverte à ceux qui nous gouvernent », plaidoyer au sein duquel le chanteur İdir écrivait que «Certains me disent qu’il ne faut pas boycotter cette Année de l’Algérie, mais participer et parler, dénoncer…Participer à l’année de quelle Algérie ? Celle de Massinissa ou celle du gendarme qui l’a assassiné ?». Si aucun message n’avait intimé une quelconque désertion, le parolier Benhamadouche fera remarquer que «(…) les boycotteurs, comme les non boycotteurs se démarquent, tous et clairement, du système politique en place. Les uns boycottent parce qu’ils refusent de servir de vitrine démocratique à un Pouvoir (assassin). Les autres ne boycottent pas pour occuper cette scène qui leur servira de tribune de dénonciation et de revendication (…)». Les frondeurs mettaient en fait dos à dos «(…) la violence des hordes islamistes et (…) un Pouvoir illégitime, autoritaire, répressif et dictatorial». Au travers de son article « Le pays apocryphe en représentation », Boubakeur Hamidechi cherchait à savoir si «les émouvants appels de Benflis destinés à mobiliser le microcosme artistique et intellectuel autour de la très controversée Année de l’Algérie en France.», n’avaient pas d’autres raisons que «(…) la simple crainte d’une forte désaffection ?». Pour certains cercles culturels et idéologiques, l’événement «(…) ne sera qu’un artifice en trompe-l’œil destiné à « booster » le Régime», à soutenir la réélection d’Abdelaziz Bouteflika. İmprégnée d’aspirations ou d’une mentalité courtisane, la majeure partie du personnel culturel et artistique ignorera les désapprobations étalées par des « berbéristes » que Mohammed Raouraoua ignorera en assurant aux intéressés qu’ils allaient participer au «(…) plus grand événement culturel jamais organisé par l’Algérie (depuis) le Festival Panafricain d’Alger de 1969.». L’actuel président de la Fédération algérienne de football remplaçait alors au poste de Commissaire général le galonné Snoussi, lequel cartographiait quelques semaines plus tôt le vaste rendez-vous franco-algérien comme un champ de manœuvre à transformer en véritable plan de séduction. Ce que nous nommerons une recapitalisation symbolique reposait sur les facteurs suivants: la France est un pays dont l’activité est largement suivie par les médias étrangers, visité par plus de 60 millions de touristes, où les communautés maghrébines qui y résident constituent autant de sources à même de nourrir une vision plus conforme et améliorée de l’Algérie.

Travaillant sur sa nouvelle image, le conseiller culturel de Bouteflika, Mohamed Bouyed, affirmait que ses traits et contours étaient à affiner à l’épicentre de la capitale française, lieu tactique où il y avait lieu d’agir, d’intervenir pour réviser le commentaire néfaste que des journalistes renvoyaient du pays, et par conséquent «(…) casser leur référencement». Djazaïr 2003 servant dès lors à «(…) changer le point de vue du monde occidental et même arabe (…)», à adoucir une opinion jusque là défavorable, le quotidien El Watan du 09 avril 2001 notait à juste titre que cette « Saison »«(…) se présente comme une très vaste opération de marketing puisqu’il s’agira de vendre un autre visage de l’Algérie en France, actuellement ternie par une campagne médiatique autour du thème « qui tue qui ? »». Veillant au bon déroulement des manifestations et à leur appréciation, le Premier ministre Ali Benflis soulignera à son tour, devant les députés de l’APN (Assemblée populaire nationale), que le but espéré était bel et bien «(…) de donner une image réelle de l’Algérie (…), de réhabiliter l’image de notre pays, dénaturée par certains médias étrangers». Aussi, des réquisits voulus au départ incontournables, comme par exemple ceux «(…) de la qualité et de l’originalité dans la conception et la réalisation», passeront à la trappe, la notion de singularité artistique étant suppléée par une dimension collective que soutiendra le département algérien des arts plastiques, à la tête duquel se trouvait Hellal Zoubir. Celui-ci sera ensuite rejoint par Malek Salah (chargé de la jeune création), et ces deux envoyés spéciaux du ravalement façades de la « Maison Algérie » iront en France persuader les quelques récalcitrants que L’Année de l’Algérie en France n’était pas celle des généraux, et à travers eux du piédestal gravitationnel de sa majesté Abdelaziz Bouteflika. La « Saison française » fournissant une opportunité à des auteurs et créateurs heureux de pouvoir prendre une bouffée d’air après l’étouffement et les carnages de la « Décennie tombale », beaucoup d’entre eux espéraient que l’interlocution artistique puisse convenir à des rencontres fructueuses pouvant, au possible, aboutir à des contacts avec des galeries, voire à une monstration qualitative ou plus internationale. Mais, décidée dans l’optique de redorer le blason d’une « Famille révolutionnaire » en quête de réhabilitations, ce replâtrage pléthorique, généraliste et quantitatif que sera Djazaïr 2003 momifiera donc la Personne de l’artiste, servira pour l’essentiel à renflouer le capital symbolique perdu et à thésauriser les intérêts économiques ou militaro-industriels.

Après son discours de clôture du 18 décembre 2003 au sein d’un amphithéâtre de la Sorbonne, la « cheville ouvrière de la Concorde nationale » sera prorogée en avril 2004 à la présidence de la République. Abdelaziz Bouteflika validait le 29 septembre 2005 la charte portant « Réconciliation nationale » par le truchement d’un second plébiscite censé (dans la continuité logique de la « Concorde » et « Rahma » voulue par Liamine Zeroual) rétablir définitivement une paix civile, soigner les ex-« Citoyens de beauté » des cauchemars et de la culture de la violence, façonner une nouvelle image de l’Algérie et, par là même, son retour au sein de la communauté internationale. Médaille perlée d’autosatisfactions, la grâce présidentielle se trouvait dorénavant entièrement dédiée à la seule célébrité de Bouteflika, et non pas aux intrépides soldats du Service de coordination opérationnel et de renseignement antiterroriste (SCORAT) ou aux braves gardes communaux et patriotes qui réclameront normalement, et à maintes reprises, leur part de considération. Mais les missi dominici du premier locataire d’El Mouradia ne l’entendront pas de cette oreille et continueront à alimenter le mythe de l’homme providentiel qu’il s’agissait maintenant de sanctifier, surtout depuis la connaissance d’un ulcère à l’estomac qui le soumettra en novembre 2005 à suivre en urgence des soins à Paris, plus exactement à l’hôpital militaire du Val de Grâce. Cette première alerte, qui le maintiendra presque deux mois éloigné des jeux de couloirs de son Palais, ne laissera pas indifférent le général Mediène, plus vraiment disposé à lui rétrocéder un troisième tour de manège. Ce ne sera qu’après plusieurs tractations de coulisses qu’il laissera passer, à la barbe de ses opposants, et grâce à une manipulation constitutionnelle digne des oukases staliniennes, le dernier des Mohicans, celui qui par son image emblématique maintenait encore active les mystifications et élucubrations de la « Famille révolutionnaire ». C’est probablement pour cela que seront étouffés les scandales financiers qui, germant autour de l’entreprise d’hydrocarbures Sonatrach, réanimeront sa réputation de pickpocket, de kleptomane généreusement « repris en charge » (toujours à l’institution militaire du Ve arrondissement de Paris) en avril 2013 au titre d’un AVC, acronyme d’Accident vasculaire cérébral et que nous convertirons au sein d’un texte antérieur en : Arrêtez Vos Clowneries. Les quatre mois d’absence seront jugés trop contraignant pour un Toufik qui lui fera comprendre que trop, c’est trop, qu’il ne pouvait encore cautionner l’enfumage, lessiver l’autel de son quatrième sacre, le laissait diriger par procuration un pays que le New York Times du 08 novembre 2013 disait (avec son article « Politiquement à la dérive, l’Algérie s’accroche à ses vieux démons ») aux mains d’une «(…) poignée de personnes aux intérêts conflictuels», et par conséquent «(…) bloqué dans un état de limbes». Évoquant la déficience du chef de l’État amorphe et inaudible, le journal américain notait que la paralysie de son équipe gouvernementale était «(…) l’un des symptômes les plus apparents du malaise de la nation et de la méfiance de la direction politique.», décrivait le pouvoir algérien comme opaque car chapeauté par «Une gérontocratie résistant au changement», comme une version contemporaine du Kremlin tant il «(…) se compose essentiellement d’une armada de généraux, de fonctionnaires du renseignement ainsi que de l’entourage du Président». Voilà donc le tableau peu reluisant d’un regard extérieur que nuancera toutefois le Forum France-Algérie inauguré le mardi 12 novembre 2013 dans la capitale française. Ces régisseurs prétendaient, via la thématique ou festival « L’Algérie en mouvement », pouvoir «Corriger l’image de l’Algérie en France et mettre en évidence le talent de sa jeunesse». Baptisée YAA, l’exposition de la petite galerie parisienne « Talmart » (située près de la « Fontaine Stravinsky » ou du « Centre Beaubourg ») coopérera (du 12 au 30 novembre) à une représentation plus adéquate de Djazaïr par le concours de cinq artistes algériens ou algéro-européens (Walid Bouchouchi, Sadek Lamri, Nawel Louerrad, Sadek Rahim et Amina Zoubir). Se déroulant également à Aubervilliers, Montreuil et Nanterre (jusqu’au 16 novembre), l’événement venait amender des idées reçues divulguées en décembre 2012 par une étude de l’İnstitut français d’opinion publique (İFOP) mentionnant que seulement «26% des Français avaient une bonne image de l’Algérie».

 L’expert américain Malka Haim modifiera lui-même cette mauvaise impression en disant le 26 novembre 2013 (au Centre international des études stratégiques de Paris) que les États-Unis «(…) ne connaissent rien de l’Algérie, même pas son histoire, peut-être parce qu’il n’y a pas une importante communauté d’Algériens ou d’Américains qui ont vécu en Algérie pour vendre son image et créer des passerelles (…)». Abdelmalek Sellal envisageait un autre pont relationnel lors d’une rencontre parisienne avec les figures de la communauté algérienne en France. Le samedi 07 décembre 2013, le chef de l’Exécutif y expliquera que «L’opacité a été notre seul moyen de nous protéger lors d’une période trouble, désormais révolue», que l’Algérie n’était pas le sanctuaire « des flics et des généraux », mais immobilisée par une «Dictature de la bureaucratie» et non Les problèmes de santé d’un Président grâce auquel le pays «(…) traverse une période de stabilité», est au vert à l’instar des «Bons résultats de la politique de réconciliation nationale (…), œuvre d’un seul homme (…) qui (l’)a réussi au moment où on était à plus de 200.000 morts». İl encensait un ex-ministère des Affaires étrangères qui, après avoir longtemps laissé planer le doute sur son devenir proche, faisait connaitre une dizaine de jours avant la date butoir de dépôt des candidatures devant le Conseil constitutionnel son désir de façonner une véritable quadrature du cercle plombant tous les espoirs de décantation de la vie politique, économique, culturelle et artistique.

L’annonce publique du 22 février 2014 marquait l’esprit d’Algériens complètement sonnés par autant d’outrecuidances, par un passage en force balisant le chemin d’une insupportable campagne électorale pendant laquelle sa boîte postale, caisse de résonnance et courroie de transmission Abdelmalek Sellal, vantera, avec d’autres affidés, son bilan, cautionnera à satiété, et au fil de meetings de plus en plus chahutés, que malgré une longue nuit terroriste, l’Algérie demeurait un gage de clarté : un horizon de stabilité. Trompeuse, l’apparence sera largement altérée par l’affaire Khalifa, Sonatrach ou celle de l’Autoroute Est-Ouest, par les passe-droits, circuits ou trafics et trafiques d’influence, par l’archaïsme de ses administrations et institutions, par un enseignement et un système de santé moribonds, par donc un panorama plutôt pâle. İl restait d’autant moins flatteur que le journal L’Expression du 03 décembre 2013 révélait les conclusions de la Cour des comptes, laquelle relèvera, au sein de l’avant-projet de loi sur le règlement budgétaire de 2011, les mêmes anomalies que celles de l’exercice précédent, soit une gestion des fonds marquée par le manque flagrant de justifications des décaissements ou du versement des subventions aux associations, de transparences au niveau des règles et procédures d’exécution des dépenses publiques. La juridiction constatait après la manifestation Tlemcen, capitale 2011 de la culture islamique des allocations budgétaires sans évaluation, que le département de Khalida Toumi ne délivrera, à cette occasion, aucun relevé et encore moins au sujet d’un Fonds national du patrimoine culturel n’ayant du reste jamais fait l’objet de contrôles. D’autres dysfonctionnements apparaîtront dans la manipulation des subventions attribuées au secteur du livre, domaine où des ouvrages seront édités et financés avant même l’intervention d’une commission de lecture, le ministère de la Culture prenant la mauvaise habitude d’inscrire «(…) annuellement de nouvelles opérations, alors que celles déjà individualisées connaissent un faible taux d’avancement ou n’ont pas été lancées». L’intendance beylicale de l’argent méritait des éclaircissements et des émoluments sérieux plutôt que le dilettantisme ordinaire et coutumier d’une nation que l’Organisation non gouvernementale (ONG) « Transparency international » classait le 03 décembre 2013 au rang des plus frappées par les malversations tous azimuts. L’indice de perception de la corruption (İPC) notifiait qu’elles progresseront à vitesse grand « V » sous le règne ou tutelle d’un Bouteflika soutenant mordicus le projet de Grande Mosquée d’Alger érigé moins à la gloire d’Allah qu’à la sienne, qu’à une vanité le poussant à vouloir coûte que coûte rivaliser avec celle que Hassan II édifiera à Casablanca. Beaucoup d’Algérois condamnent cette folie divine en mettant en exergue l’urgence d’un hôpital fonctionnel qui aurait évité à l’autoproclamé doublure de Boumediène d’aller à deux reprises se faire soigner au Val de Grâce. L’accusé préfère attester conjoncturellement de son existence à travers la lucarne hertzienne pour, tel un pantin articulé par les véritables donneurs d’ordre, livrer au monde la pire des iconographies, une dévaluation symbolico-hypnotique que le Centre national de documentation de presse et d’information (CNDPİ) s’empressera d’atténuer en éditant, après le « dépouillement » du 17 avril 2014, un album retraçant son parcours tiers-mondiste et sa « diplomatie agissante« . İl présentifiait le statufié dépositaire et dignitaire des armoiries de la Révolution, non pas comme un « iceberg de stagnation », mais en train de recevoir Fidel Castro ou Che Guevara à Alger ou d’assister en 1966 à la cérémonie de rapatriement de la dépouille de l’Émir Abdelkader. Le catalogue photographique le comparait de la sorte à celui qui synthétisait le renouveau dans l’authenticité religieuse et révolutionnaire, la jonction entre les deux courants de la résistance populaire à l’occupation d’un intrus venu de l’extérieur pervertir l’immaculée conception. Récursive, cette référence à un legs et aux habitus culturels, pervertissant l’essentialisme islamique, sera maintenue intelligible en Algérie car elle structure la manière de capter la prédominance exogène et d’objecter les «(…), dérives lourdes de menaces de certaines expressions politiques et littéraires (…)», tonnera Abdelaziz Bouteflika au sein de son discours de clôture du 18 décembre 2003 marquant la fin de L’Année de l’Algérie en France.

Portant justement sur des perversions idéologiques et descriptives, son allocution « Culture et civilisations, quel dialogue ? » soulignait qu’à «(…) certaines périodes, on a ainsi construit de toutes pièces en Occident une image de l’Orient, et de l’İslam (…)». Si l’exigence généraliste autorisait à délivrer en 2003 «(…) la richesse du dialogue entre deux pays (…)», elle incluait donc que les artistes assistent «(…) la reconstruction positive de l’image de l’Algérie (…)» et prennent partie en faveur de «(…) leur différence et spécificité» et non aux hiérarchies d’un centre dont l’entendement hégémonique à tendance à galvauder «(…) l’image que l’on se construit de l’autre (…)», à épancher ce fameux « rayonnement à l’étranger » qui sert à exalter une vieille prétention universaliste aux tonalités ou relents messianiques et monarchiques.

Inhérente aux « Lumières », cette notion énergétique, faisant au XVIIIᶱ puis XIXᶱ siècles des génies littéraires et artistiques européens les phares avancés de l’intelligence planétaire, s’est vue remplacée par celle « d’extension culturelle et artistique », un paradigme sur lequel se sont braqués en Algérie des cercles conservateurs qui n’acceptent toujours pas d’admettre la particularité historique de l’Hexagone, et donc le rang que la France à l’intention de préserver afin de «(…) donner d’elle-même l’image d’un pays moderne et créatif et non celle d’un pays englué dans son glorieux passé», stipulait Alain Lombard dans son livre Politique culturelle internationale, le modèle français face à la mondialisation. Également confrontée à cette dernière, les philistins et autres béotiens de l’Algérie préconiseront de l’anti-cosmopolitisme, prêcheront le repli identitaire, proscriront l’élargissement du champ artistique en bridant toutes les frontières, des barrières que tenteront de lever les auteurs ou créateurs de la pluralité des goûts, notamment le Festival des Cultures Méditerranéennes qui fin octobre 2014 modulait l’image diversifiée des pays de la rive méridionale.

Pour cela, l’objectif du projet (né en 2005) sera de faire ressortir la créativité des plasticiens, de provoquer des dialogues fructueux nés parfois d’une complémentarité, d’un enrichissement mutuel ou bien issus de la vulgarisation du patrimoine immatériel, donc d’une interlocution esthétique fécondée au creux des expressions du sensible. Accueillis par l’UNESCO, des artistes et intellectuels de 14 pays du pourtour méditerranéen (Algérie, Égypte, Espagne, France, İtalie, Jordanie, Liban, Libye, Maroc, Palestine, Portugal, Syrie, Tunisie et Turquie) collaboreront à des cérémonies qui, organisées en partenariat avec Culture Sud et l’İnstitut du monde arabe (İMA) comprendront plusieurs volets (la formation, la production et la promotion) axés sur les échanges associatifs et régionaux, la sensibilisation des publics au rôle de la Culture et de ses répercussions dans le développement social, la valorisation et le rapprochement des générations occupant deux périphéries trop souvent distanciées. Les jonctions et amabilités débuteront le 20 septembre (à la veille de la Journée mondiale de la paix décrétée le 21 septembre) et se poursuivront pendant plus d’une semaine afin de créer une synergie autour des Arts et de la Culture, de fédérer le plus grand nombre d’intervenants publics et privés (sans distinction d’origine et de religion), de rassembler tous ceux disposés à œuvrer en faveur des valeurs humanistes contraires à l’anti-progressisme des obscurantistes algériens. Leurs rhétoriques incendiaires désigneront, depuis le Programme de Tripoli de mai-juin 1962, un ennemi externe ou potentiel au service d’un capitalisme souterrain prisé par une bourgeoise rampante, elle-même accusée de faire le lit du néo-colonialisme et de mettre en danger l’unanimisme de façade.

En tant que dernier rempart d’une adhésion communautaire née lors de la phase historique du consensus, le Département du renseignement et de la sécurité (DRS) se postera toujours comme le garant de la bonne image que le pays doit transmettre à son ou ses « Autres ». Aussi, le patron « Touf(l)ik » hésitera à enjoliver celle d’un grabataire absent des sommets internationaux ou forums décisionnels, cela d’autant plus que son anti-narcissisme l’incite à réifier ou raréfier sa propre effigie. Sibyllin, l’amateur des coups de billard à plusieurs bandes, c’est-à-dire des pseudo-résolutions appâtées pour susciter le tournis chez les prétendants à la sécularisation, minimalise volontairement la duplication de sa photo, une restriction floutée que les examinateurs des fonts baptismaux, de la transversalité et de l’interactionnisme tentent de dissiper au sein d’un(e)  » blog-aux-sphères » à la fois concentrées et disparates, ramassées et tentaculaires tant l’élu de l’ « État-Armée surveillance » (« Boutef ») se trouve à l’intersection de toutes les bienveillances politico-médiatiques sans pour autant disposer des cordes permettant de faire carillonner les divers cloches du Temple. L’ensemble des ficelles reste en effet aux mains du général des corps « dés-armés », cet adepte des nœuds gordiens et de la planification des esprits, des enquêtes administratives et institutionnelles, de l’appareil judiciaire et électoral, de l’atomisation des syndicats et associations autonomes. Obnubilées par une éventuelle insurrection, ses cellules interlopes peaufinent l’épiderme des vigilances maladives, des infiltrations anti-épicuriennes et paranoïaques pour affaiblir le temps de réactions des opposants, endormir une opinion intégrant mécaniquement la logique bourdieusienne d’une violence symbolique, donc l’impossibilité de changer les choses par la désaliénation, par la confrontation directe à une prétendue « Famille révolutionnaire » qui, sous couvert du registre séquentiel de la Guerre de Libération nationale, donne le sentiment que tout tourne autour de Bouteflika. Hors, le nom de cet ex-troufion de l’Armée des frontières habite la liste des abonnés absents du combat anticolonialiste, est inscrit nulle part dans les premiers chapitres scolaires réservés aux prémices du déclenchement du Mouvement libérateur. Maintenu longtemps à la lisière des événements, il sortira du bois au moment opportun de l’affichage attestant du passé de djounoud et ne sera visible qu’au niveau de l’épisode consacré à « L’Algérie et les questions internationales » puisqu’après ses palabres et villégiatures diplomatiques, commencera une traversée du désert (celle de l’après boumediénisme) de laquelle le banni des « Affaires étranges » émergera sein et sauf. C’est vraisemblablement aussi en regard à ce born-again que les aplaventristes docteurs Jekyll lui prêtent une longue vie en le maintenant sous perfusion, en le casant au milieu d’un théâtre au funeste décorum.

L’éclipse solaire « Boutef » prétend y faire rayonner le culte de sa dévotion alors que le miroir de la vérité ne dévoile qu’un clown refusant la dernière révérence, de baisser le rideau, d’en finir avec les rites liturgiques de l’idolâtrie, avec une piété transformée en pitié. Ses dernières scénettes et facettes livrent un spectacle affligeant, un feuilleton que retiendront au final les Algériens, même si ses soutiens lui greffent en interface quelques respirations en concoctant donc une monstration de photographies narrant les envolées lyriques et tribulations «Du moudjahid, homme de paix, de stabilité et de progrès», fanfaronnera Abdelmalek Sellal.

Le Premier ministre maintiendra le 05 juin 2014 que l’improbable Révolution arabe «(…) est derrière nous» parce que la « Réconciliation nationale » corrobore «(…) un projet civilisationnel (qui) concerne tous les Algériens depuis l’indépendance.», réunira quatre mois plus tard (le 11 septembre, au siège de la wilaya) les élus APW/APC, le wali d’Alger et ses délégués, des opérateurs économiques et culturels, le commandant de la Gendarmerie nationale et le directeur général de la Sûreté nationale (DGSN) pour décider d’un schéma d’urgence visant à refaire d’une « Alger-la-Blanche » abandonnée à ces impedimenta que sont les bidonvilles et traînes savates, la vitrine du pays. Les pouvoirs publics se préparaient à soigner son image dégradée, à la restaurer pour lui redonner celle d’antan, à l’embellir en cassant les tabous qui paralysent une citée méritant d’attirer plus de visiteurs. À l’écoute des nouvelles mesures héliotropes, le ministre de la Communication se réglait sur la même longueur d’ondes en estimant donc primordial d’afficher, sur les cimaises ambulatoires du 60e anniversaire du déclenchement de la Révolution, le panégyrique d’un dirigeant d’exception à placer sur les mêmes paliers hagiographiques et registres archétypaux qu’Abane Ramdane, Mohamed Boudiaf, Krim Belkacem, Zighoud Youecf, Ben Boulaïd, Djamila Bouhired, Zohra Drif, Larbi Ben M’hidi ou Mourad Didouche. Entrouvrir les portes du Panthéon pour se faire valoir comme une icône centrale et incontournable, procède d’un subterfuge enclenché depuis quelques mois au sein des manuels éducatifs où il s’agit présentement d’inscrire le patronyme Bouteflika en Lettres d’or. Ainsi, le quotidien El Watan du 12 novembre 2013 confirmait que le livre d’histoire des élèves de la 4e année moyenne résumait cette obsession puisque s’y réfléchissent 14 épreuves achalandées en guise d’alibi à un désir farouche de mythification ou sacralisation, à une volonté tenaces de devenir un repère mnémonique, une détermination à laquelle répondra donc le flagorneur ministre de la Communication. Après avoir appelé le 12 octobre 2014 à «(…) instaurer la culture du mérite et de l’optimisme», averti de la prochaine homologation d’une Agence de promotion de l’image de l’Algérie (APİA), Hamid Grine demandait à la presse de promouvoir «La meilleure possible du pays», de ne pas colporter celles « destructrices » qu’émettent les milices de Daesh ou Jund al-Khilafa. Maîtrisant les réseaux de la toile, ils s’y promènent allégrement pour faire du crime télévisé une arme de propagande et diffuser la sordide décapitation de l’alpiniste Hervé Gourdel via une vidéo que Hassane Zerrouky dira avoir visionnée. Dans le périodique en ligne Le MatinDz du 25 septembre 2014, l’éditorialiste de L’Humanité en retiendra une «(…) image salissante pour l’Algérie (…), pour les islamistes (…), pour ce pouvoir politique qui a fait croire aux Algériens à un traitement politique du terrorisme islamiste, et ce, à travers deux lois (…), sans que l’on oblige les tueurs amnistiés à demander pardon aux familles des victimes, (…). Et si l’on s’avisait à rappeler les crimes commis par ces islamistes (…), on s’expose à des poursuites judiciaires, (hors) cet assassinat, signe (…) l’échec de cette politique dite de réconciliation nationale. Voilà donc le pouvoir politique confronté à une situation qui met fin à l’image qu’il s’efforce de construire sur le plan international, celle d’un régime politique ayant non seulement réussi à réduire l’islamisme armé (…). C’est peut être contradictoire, mais le constat est là : c’est la fin des illusions». Le rideau que n’ont pas voulu baisser ses valets-émissaires met en effet à nus les leurres de quinze années de mascarades et d’inconsistances, des incomplétudes flagrantes remarquées au cours des heures initiales de l’enlèvement du guide de montagne enlevé en Grande Kabylie puisque la nouvelle de son enlèvement transitera d’abord par le canal du ministère français des Affaires étrangères.

C’est avec Abdelmalek Sellal que s’entretiendra de la tragique situation François Hollande, un Président dont l’implication médiatique contrastait nettement avec la disparition des radars de sa seigneurie « Boutef », à tel point que des meneurs politiques insistaient de nouveau sur la léthargie des institutions, sur une impotence tellement avérée qu’elle devait de facto déclencher l’application de l’article 88 de la Constitution (il évoque l’empêchement pour raison de santé, relate un cas qui, autorisant à constater une vacance du pouvoir induite par la maladie, incite par principe à anticiper des élections). La dernière apparition de « L’Homme de l’ombre » remontant au 21 septembre 2014, le périodique El Watan du 08 octobre se faisait l’écho des rapporteurs constatant sa non présence lors de la prière de l’Aïd El Adha, amplifiait la cacophonie ambiante en titrant «L’absence de Bouteflika alimente la rumeur : Où est passé le Président ?». İl faudrait, à notre sens, peut-être arrêter de proroger de telle interrogation tant, rétorquait déjà le New York Times du 08 novembre 2013, «Qu’avec ou sans Bouteflika, le système ne pliera pas». Polémiquer à outrance sur son état physique ou sur les images maquillées par un proche entourage le sortant de manière intermittente pour témoigner d’un être capable de recevoir des délégations étrangères, ne sert en définitive pas à grand-chose. C’est d’ailleurs l’avis que partageait le militant des droits de l’homme ou membre fondateur du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Mokrane Aït Larbi. Souvent interpellé par le journal El Watan, ce non moins avocat y intervenait le 07 octobre 2014 pour proposer une option de sortie de crise, soumettre l’idée d’une issue « à la Chadli Bendjedid » (prié d’abdiquer en janvier 1992), inciter les militaires à convaincre enfin l’indéracinable plante fanée de démissionner au bénéfice d’une respiration transitoire «Susceptible de remettre le pays sur les rails».

L’ex-sénateur énonçait par là même une autre feuille de route que celle délimitée par une procédure de contrainte (permise par la Loi fondamentale) et dont ne veulent pas davantage entendre parler les aides de camp d’El Mouradia. Aussi, et dans le but justement de taire les racontars, ils arrangeront une scène montrant le soir du 08 octobre 2014 (au 20H de l’ex- chaîne unique), Bouteflika en compagnie de Lakhdar Brahimi. Le journal L’Expression écrira le lendemain que le Président passait, avec un expert de choix, «(…) en revue la situation dans le Monde arabe», inspectait de son œil cosmique ce qui se trame à tel ou tel endroit du globe. On aurait voulu instaurer un autre « foutage de gueule » que l’on ne s’y serait pas pris autrement. Les Algériens gobent l’enfumage sans mots dires, ne bougent pas par peur des représailles sanglantes qu’Amar Ghoul évoquait insidieusement à Boumerdès lors des premières universités d’été de son parti Tadjamou Amel Djazaïr (TAJ). Le ministre des Transports y stipulait encore une fois que «La stabilité du pays est une ligne rouge à ne pas franchir», que plutôt que de se révolter, il valait mieux «Consacrer l’entente nationale et resserrer les rangs, en vue de contrecarrer toute menace externe (car) l’Algérie est ciblée».

La sociologie des conflits servait en la circonstance à vendre l’image d’un pays reconnu comme carrefour anti-djihadiste et géostratégique, à inscrire la « Concorde civile » dans le prologue d’une future Constitution qui, censée changer la donne politique, demeure pourtant en berne ou en veille à cause donc de l’évanouissement répété du Roi Ubu, des récurrentes chamailleries entre chefs du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), l’état-major de l’Armée et les conseillers de la Présidence. Les frictions brouillent les nécessaires cohésions, fragilisent et déstabilisent fortement les opérations de services secrets que Bouteflika voulait complètement démanteler. Rodés et érodés, ils tiennent debout et restent aussi vigilant que les unités navales des garde-côtes de la façade maritime Est (relevant de la 5ème région militaire). Dans la matinée du 08 octobre 2014, ils interceptaient au large de la plage de Sidi Salem (cité populaire d’El Bouni, wilaya d’Annaba), à 08 miles au nord-ouest du Cap Rosa, quinze harraga embarqués sur un énième radeau d’infortune. Agés entre 19 et 32 ans, les jeunes récidivistes filaient à l’anglaise pour quitter leur douar avec la ferme intention de rejoindre une des rives du sud de l’Europe, comme souhaitaient le faire récemment leur acolytes du même quartier, neuf fugitifs (âgés de 22 à 25 ans) stoppés cette fois à 11 miles nautiques au nord de Ras El Hamra. Si sauvés à temps, ils auront eu plus de chance que les trois portés disparus de la semaine précédente, rien ne semblait pourtant décourager les aspirants à l’émigration clandestine.

Depuis le mois d’août 2014, plusieurs dizaines d’aventuriers furent attrapés en flagrant délit, dont huit à vingt miles marins au nord de Ghazaouet (dans la wilaya de Tlemcen) et dix-sept (trois étaient originaires d’Alger) à l’aube du 15 septembre. Pour dissiper la vigilance des patrouilleurs d’Annaba, ils appareilleront vers minuit à partir de la plage déserte de « Chatt », wilaya d’El Tarf, et navigueront loin des côtes (à onze miles nautiques au nord de Ras El Hamra). Ces fuites en avant confirmaient la recrudescence des départs sans retour d’Algériens à la recherche d’un eldorado enchanteur puisque, selon les chiffres publiés par le think tank américain Pew Research Center, durant la période s’étalant de 1999 à 2013, environ 840.000 autochtones quitteront leur pays (contre 110.000 durant les années 1990, des données basées sur celles de l’Office de la migration internationale des Nations Unies). Pour arriver à ce point de rupture avec ses fondements traditionnels, il faut vraiment déprécier les images exhumées de la repentance nationale offerte aux psychopathes d’un soit disant « intégrisme résiduel », ne plus supporter la prestance subliminale et guignolades d’un « Boutef » perché sur le trône caudataire de l’infamie, refuser la violence symbolique obligeant à se prosterner devant sa fratrie, à faire la part belle aux simulacres et faux-semblants de dévots lascifs gravitant autour de figures contrefaites et de parodies surréalistes promettant la panacée du meilleur des univers pour enjoliver la garniture des miroirs aux alouettes, distiller les intoxications occultant les perspectives fédératrices.

Il faudra éventuellement attendre une baisse vertigineuse du prix du baril pour que s’estompent les effets anesthésiants de la mobilisation citoyenne, à moins que la monstration de photographies chargée de brosser le portrait du « suprême des Dieux », et d’en mettre plein les prunelles, marque les frémissements d’une destitution, et dans la foulée ceux d’une réelle reconversion du système. Mais, si Martin Luther King avait pour habitude de rêver, pas nous !

Saadi-Leray Farid, docteur en sociologie, Secrétaire du Groupe autonome de réflexions sur l’art et la culture en Algérie (GARACA).

12 commentaires

  1. C'est le détournement de la gloire et des retentissements de la révolution anti-colonialiste d'un peuple tout entier au profit d'une seule personnalité. Tout a une fin , sauf la honte de ceux et celles qui s'échinent à détourner notre histoire et l'épopée de tout un peuple , ses héros et ses héroïnes qui ont consenti le sacrifice suprême pour éxalter l'image d'un seul homme .

  2. Vos articles sont des trop long, ça n'encourage les gens à les lire, un résumé aurait plus d'impact que des pages noircies, ne faites pas comme Monsieur Mebtoul, qui prend l'économie pour de la littérature! Tanemirt.

    RMII

  3. Eh bien ,oui on aimerait bien voir quelques photos de lui quand il était ministre des affaires étrangères de celui qui la fabriqué et éduqué de la même façon que lui à Oujda dans le hammam de sa maman !avec toutes les tares de mégalomanie,d'arrogance,de dictateur,de rancunier,d'anti authenticité,d''anti Kabyle ,de haineux,de revanchard,mais on aimerait surtout voir quelques photos de lui des années 1972-75,celle du journal le Monde ou il était ivre mort ,celle des nuits parisiennes,Beyroutiennes,londoniennes bien arrosées ou il s'envoyait en l'air avec les blondes européennes,et les jolies libanaises ou sa dulcinée Layla Boukli l'animatrice de la zéro qu'il adorait et qui avait refait surface quand il était revenu en 1999-2000;Oui!oui,soyez avec des couilles au moins une fois dans votre chienne de vie!mais cela m'étonnerait de la part des gens bas qu'on achète ,qu'on soudoie avec l'argent du peuple et l'argent sale!

  4. La sociologie ne me donne pas l eau pour étancher ma soif . Les intellectuels , remplissent des

    pages qui décrirvent les proprietés de l eau. Nous ,qui vous lisons ,on a soif et on

    veut de l'eau ,que de l'eau pour etancher notre soif .

    Ces textes ne donnent pas de réponse au contraire apres lecture,on se retrouve avec beaucoup

    plus de questions qu'avant de les lire.Les livres a lire sont en nous memes. C est là que nous

    devons chercher:pas dans les bouquins, fusse t il le saint coran!!!

  5. NOTE supplementaire:

    Pour ne pas être mal interprété a propos du saint coran je precise que je le respecte
    Je veux dire simplement que si on ne fait pas la lumiere en soit meme il nous servira a rien de le lire car le message ne passera pas: La juste comprehension manqueras en suivra mauvaise application.
    Lire sans comprendre c est chasser sans prendre.

  6. Dans un cirque ce qui prime c'est le spectacle, l'Algérie est à ce stade en attendant l'écroulement des "Chapiteaux":
    & Bouteflika est usé et avant son départ récemment dans une clinique privée Suisse, il envisage de se désister de sa fonction, il n'en peut plus à l'inverse de son diablotin de frére trés inquiet des suites.
    & Medien devra suivre le rapide départ et impromptu de Fakhamatouhou, ce dernier emportera vec lui ses généraux (les généraux de Bouteflika, et, oui l'armée à réellement ses clivages claniques et régionalistes, ce n'est pas une vue des esprits , ce clivage est réel )
    &Un foutoir d'intérim n'est pas encore mis au point aprés son départ , c'est un véritable "Casse tete chinois" pour le systéme.Les puissances occidentales ont également leur divergence aussi.
    Le Bordel d'une élection successorale présente des risques majeurs de ne pas parvenir à une élection successorale sans violences.
    Votre long article a fini dans sa conclusion, par vous rapprocher de la vérité d'une fin de régne troublée, alors, ou se trouve l'intéret de cette manifestation ou "exposure"de photos?
    Bouteflika et tous ceux qui l'entourent sont des imposteurs, alors cherchez toujours une posture de changement.

  7. L’algérie ,un pays de tortionnaires depuis plus de 50ans.La SM sous les ordres de kasdi merbah et de zerhouni ,POUR LE COMPTE DE BOUMEDIENNE,puis ensuite le DRS de médienne et de tartag ,pour le compte de généraux et du clan de bouteflika ont ensanglanté l’algérie.

    Témoignage du commandant Lakhdar Bouregaa, de la wilaya IV durant la guerre de libération nationale, arrêté en 1967 par la police du colonel Boukherouba, torturé et condamné à 30 ans de prison.

    Quand les bravaches de Ghardimaou torturaient et condamnaient les Hommes de Novembre. Témoignage du Commandant Bouregaa. dans vive l’algerie(128) bouregaa

    voir tout le récit des tortures subies par le commandant Bouregaa de la part de SM (sécurité militaire) Zerhouni était déjà le sanguinaire que la kabylie a découvert lors des massacres des kabyles en 2001 !

    http://www.lematindz.net/news/15296-mds-hommage-a-toutes-celles-et-tous-ceux-morts-pour-la-republique.html

    Une drôle de justice

    J’ai passé près d’une année dans l’obscurité la plus totale. Je ne quittai s une cellule que pour me rendre dans une autre cellule. Je ne reçus aucune visite. Personne ne m’a appelé par mon nom pendant toute cette période. J’avais perdu tout contact avec l’humanité, à l’exception des gardiens de la prison, si on peut encore parler d’humanité en ce qui les concerne.

    J’apercevais parfois leur tenue sombre. La notion de lumière perdait son sens. On m’interdisait de lire et d’écrire. Je fus empêché de me changer pendant quatre mois. Mes vêtements partaient en lambeaux, et tout mon corps en souffrait. Mon état physique se dégradait, du fait des privations et de la torture.
    Je fus maintenu dans ces conditions inhumaines jusqu’en juillet 1969.
    Alors que j’avais perdu toute notion de temps et de calendrier, un gardien est venu, un jour, ouvrir la porte de ma cellule. Il me fit sortir dans le couloir. Je redécouvrais la lumière. J’étais aveuglé. Je ne pus la supporter. Je m’évanouis. J’avais un handicap visuel, que je n’ai jamais réussi à soigner.
    Moi non plus, je ne sortirais pas indemne du » sous-marin « , si jamais je devais en sortir vivant.
    Je fus emmené par des éléments des services de sécurité vers le tribunal militaire d’Oran, appelé » cour révolutionnaire « . J’y croisai, pour la première fois, le regard de certains des accusés qui, comme moi, avaient séjourné en prison pour les mêmes accusations. C’était un moment pénible, mais émouvant. Je pus lire des regrets, des reproches dans ces
    regards, mais aussi beaucoup de respect partagé. Il y avait notamment Ali Mellah, Layachi Amirat, Maammar Kara, ainsi que d’autres, des officiers, des chefs de bataillons, des chefs d’unités, des militants.
    J’étais surpris par la composition hétéroclite de la cour. Elle comprenait des officiers, des anciens de l’ALN, mais aussi d’autres, qui provenaient des promotions Lacoste, ces hommes formés par l’ancien gouverneur d’Algérie pour prendre le relais du colonisateur. Je me demandais comment ils pouvaient cohabiter. Mais je me rendais aussi compte à quel
    point Boumediene avait réussi à écraser tous ces hommes, pour les mettre à son service.
    Certains membres de la cour portaient la robe traditionnelle des magistrats, mais d’autres étaient venus en tenue d’officier, arborant grades et décorations. Je constatai que quelques uns avaient accédé au grade de colonel pendant ma détention. C’était la première promotion de colonels depuis l’indépendance.
    La salle du tribunal fut envahie par un public nombreux, composé de proches des accusés et de curieux venus assister à la condamnation de ceux que la presse avait présentés comme de dangereux criminels. Un climat particulier régnait alors. Le pouvoir avait réussi à créer des conditions favorables pour organiser le procès selon sa volonté. Nous fûmes présentés comme des criminels aussi dangereux que des nazis. Une grande campagne avait été orchestrée autour du procès, jusqu’à convaincre l’opinion publique que nous étions le Mal.
    Dans l’enceinte du tribunal, le climat était particulièrement tendu. La cour était présidée par Mohamed Benahmed Abdelghani, colonel, futur ministre de l’intérieur, futur chef du gouvernement, le chef d’une équipe de fossoyeurs venus enterrer des victimes déjà détruites par la prison et les sévices.

    Il était secondé par Ahmed Draïa, futur patron de la police et futur ministre, et Mohamed Touati, futur idéologue du régime.

    En pleine séance du tribunal, sont arrivés les responsables de la sécurité militaire. A leur tête, le colonel Kasdi Merbah, patron de la SM, futur ministre, chef du gouvernement, accompagné de Yazid Zerhouni, un de ses adjoints, futur ministre de l’intérieur.

    Ils s’installèrent sur des sièges au premier rang. Ils avaient des cartables, dont ils tiraient des dossiers, des documents par paquets, qu’ils mirent bien en évidence, face aux magistrats. Ils voulaient visiblement les impressionner, pour les pousser à prononcer les condamnations les plus sévères.
    C’était un jeu très curieux. La plupart des membres de la cour étaient considérés comme suspects dans la tentative de coup d’état de Tahar Z’Biri, y compris le président de la cour, Abdelghani. Un des détenus l’a d’ailleurs publiquement accusé d’avoir participé aux préparatifs du putsch.
    Cet homme aurait donc pu se retrouver parmi les accusés. Il était leur juge. La simple présence de Kasdi Merbah et Yazid Zerhouni lui rappelait la précarité de sa situation. Il devait donc se montrer d’autant plus zélé, pour prouver à Boumediene sa fidélité. Et le seul moyen de prouver sa loyauté devait l’amener à nous enfoncer.
    La dérive a commencé aussitôt après l’ouverture de ce procès marathon. Il était clair qu’il ne serait guère question de justice. Les accusations les plus absurdes s’alignaient contre nous, alors que le vocabulaire utilisé n’avait aucun rapport avec la justice. On entendait beaucoup plus des mots comme » impérialisme « , » réaction « , » sionisme « , que ceux supposés être utilisés traditionnellement dans les tribunaux. On ne parlait pas de loi, d’article, de procédure, de code pénal, de preuves, mais de contre-révolution de suppôts de l’étranger et de déstabilisation. Nous sommes rapidement devenus des agents de l’impérialisme et de la réaction, comme si ces grands mots venaient de trouver la preuve de leur existence en Algérie. La loi, principal fondement des sociétés civilisées, était totalement bafouée.
    Le président de la cour a lu un long discours, rédigé par des officiers de la sécurité militaire. Il lisait difficilement, il ânonnait, sans même saisir le sens de ce qu’il disait. Il nous a ensuite appelé à la barre les uns après les autres. Certains ne pouvaient se tenir debout, conséquence de la torture et des sévices subis pendant le long séjour en prison. Personne ne nous a demandé les circonstances de notre arrestation, ni où nous trouvions depuis cette date. Torture, méthodes particulières d’interrogatoire, détention dans les cachots, tout ceci fut occulté.
    Quand est arrivé mon tour, je me suis levé, face au président de la cour, Abdelghani. Il a cité les charges retenues contre moi. après une courte pause, il m’a posé une première question :
    – Quelle a été ta participation à la guerre de libération ?
    – Je souhaiterais être dispensé de répondre à cette question dans les conditions actuelles, répondis-je aussitôt, car le passé ne jouit plus d’aucune considération. Comment allez-vous tenir compte de mon passé militant alors que je suis accusé d’être un agent de l’impérialisme, de la réaction et du sionisme ? Je ne pense pas que mon djihad puisse avoir la moindre crédibilité face à l’ampleur de ces accusations…
    Il me coupa sèchement :
    – La cour veut, à travers cette question, confirmer que tu es un spécialiste de l’agitation. Tu es le grand opposant, ajouta-t-il ironiquement.
    Nous savons que tu es un homme qui a participé à de multiples révolutions. Tu sais ce que je veux dire, comme nous savons à propos de quelles révolutions nous allons t’interroger.
    Je voyais où il voulait m’entraîner. Je décidai donc de répondre calmement à toutes ses questions. Mais l’atmosphère changea très rapidement,
    quand il m’accusa d’avoir organisé un projet d’attentat contre Houari Boumediene. Je ne pus me contenir :
    – Personne, parmi ceux qui me connaissent, ne pourra croire que je suis homme à tremper dans un assassinat. L’assassinat ne fait pas partie de mes principes, et ma morale révolutionnaire le rejette. Quand j’ai vu que la méthode de gouvernement de Houari Boumediene menait le pays à la dérive, je l’ai combattu par les armes, puis au sein du FFS, et enfin après le soulèvement du 11 décembre. Je remercie Dieu d’avoir réussi à sauver Tahar Z’Biri. Tout mon combat contre Boumediene a été public.
    Je l’ai mené de ma seule volonté. Quant à l’assassinat, à l’organisation d’attentats et de manière générale, tout ce qui vise à frapper un homme dans
    le dos, tout ceci ne fait pas partie de ma morale, ni de mes méthodes d’action. Vous le savez très bien.
    Abdelghani m’a interrompu :
    – Ne dis pas » Boumediene « . Il faut dire : » Monsieur le Président « .
    – J’ai pris l’habitude de l’appeler Boumediene. Si vous voulez que j’utilise une formule plus respectueuse devant vous, cela ne me fera aucun
    mal.
    Tout en fouillant dans le dossier, contenant des centaines de pages, il reprit :
    – Ce que tu as dit à l’instruction n’est pas conforme à la réalité. Le tribunal ne fait pas confiance à tes déclarations.
    Le président de la cour parlait en français, aussi bien lorsqu’il s’adressait à moi que quand il parlait à ses assistants. Il n’a pas prononcé un mot en arabe.
    Je décidai de prendre l’initiative :
    – Si je dois répondre à d’autres questions pour permettre d’établir la vérité, je suis prêt.
    Il sortit alors une lettre. Il l’étala devant lui, et commença à en lire des extraits :
    – Tu as rencontré Krim Belkacem. Vous avez eu de longues discussions sur l’avenir de son organisation. Après une pause, il ajouta :
    – N’essaie pas de nier. L’auteur de la lettre est un témoin oculaire.
    Il cita le nom de l’auteur : le commandant Azzeddine. C’est l’un des deux hommes qui avaient assisté à ma rencontre avec Krim Belkacem.
    Parmi ceux que j’avais vus, c’est lui qui se montrait le plus enthousiaste pour pousser Krim à agir contre Houari Boumediene.
    Je ne fus pas surpris d’entendre ce nom. Je le connaissais bien. Je connaissais son aptitude à la trahison et son opportunisme. C’est lui qui avait longuement pleuré Si Lakhdhar, dans l’espoir de le remplacer au sein du Conseil de la Wilaya IV. Il avait fini par y arriver. Il avait saisi toutes les opportunités pour servir les puissants du moment, là où il s’est trouvé.
    Mon opinion sur sa moralité et sur le sens de ses engagements se trouvait confirmée.
    – Si je dois être jugé par cette cour, je refuse d’être jugé par correspondance, dis-je à mon tour. Je ne pense pas qu’il y ait un seul tribunal au monde qui fonctionne de cette manière. Si vous tenez absolument à présenter cette lettre comme preuve contre moi, pourquoi ne pas évoquer mes contacts avec l’ambassade d’Algérie à Rabat ? Pourquoi refuser
    d’en tenir compte, alors qu’ils peuvent constituer des preuves à décharge et influer sur votre jugement ? J’aurais pu rester à l’étranger, mais mon innocence m’a poussé à rentrer dans mon pays et affronter le régime selon d’autres règles. Et puis, s’il faut absolument avoir recours à ce genre de témoignages, pourquoi ne pas ramener le témoin lui-même ? Je suis convaincu qu’il est ici même, à Oran. Peut-être même est-il devant la porte du tribunal, ou dans une pièce à côté…
    Le procureur, Ahmed Draïa, a demandé une suspension de séance. Je n’avais pas eu le temps de m’asseoir que trois personnes me menottaient et m’emmenaient hors de la salle. J’étais assailli par le doute. Ne seraient-ils pas tentés de m’exécuter sur le champ ? J’en étais là de mes pensées quand surgit devant moi le procureur, Ahmed Draïa, en compagnie d’un officier, Hassan Merabet. Sur un ton qui m’a surpris, car dépourvu de haine, il m’a demandé :
    – Qu’est-ce que tu entendais par cette » justice par correspondance » ?
    – Une cour révolutionnaire ne peut tenir compte d’une lettre portant d’aussi graves accusations, répondis-je. Qu’est-ce qui vous prouve qu’elle est authentique ? Vous risquez de prononcer une condamnation à mort sur la base d’un document suspect. Il serait plus juste de convoquer l’auteur de la lettre.
    Il ordonna aux gardiens de me ramener dans la salle du tribunal. Je fus invité à me lever pour entendre le verdict prononcé contre moi, après trois jours de procès. La peine était de trente années de prison ferme.
    J’étais condamné à vingt années de prison pour avoir participé à la rébellion de Tahar Z’Biri du 11 décembre 1967, et à dix années de détention pour avoir fait partie de l’organisation de Krim Belkacem. La peine prononcée était plus lourde que ce que le procureur avait requis !

  8. "…..Le futur ploutocrate………" pourquoi commencer comme ca

    Il est tout!!!!! sauf un Plouc(pas de mepris);votre analyse demarre donc tres mal. Dommage;merci tout de meme pour "les infos"

  9. " Quand on n' a plus d'avenir dans son pays on fouille dans les gloires du passé avec G.G." Plus malhonnête est l'ascension , plus dure sera la chute ." Rendez donc au peuple son FLN historique , son indépendance et son aura révolutionnaire dont vous en avez fait votre propre affaire!

  10. Pour Hamid Grime -de grimer, travestir,maquiller,tronquer et que sais-je encore ?..- il est loin le temps des marguerites, pardon, je voulais dire des cafés littéraires et du café de Gide…

  11. Bonjour
    Tel définit par Larousse, le mot "Plouc" est trop noble pour qualifier P'ti Mario.
    Les Algeriens de l'Ouest du pays diront plûtot ; "M'Gh'lalat ma ya3rafcht Bouh" !! ou bien:
    "Ferkh zaid fi hammam".
    Rabah Benali

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