Katia Bengana, celle qui a dit non aux Barbares

Chaque jour est un miracle qu’il faut saisir au vol. Le temps s’enfuit, il emporte avec lui la vie souvent courte des uns et des autres.

Mais la mémoire collective vient parfois ressusciter le passage sur terre de celles et de ceux qui ont marqué leur temps. Katia Bengana en fait partie. Dans les pays autoritaires, l’oubli est institutionnalisé ; il est question d’abîmer la mémoire collective pour que personne ne se souvienne de ceux qui se sont battus contre justement cet ordre établi, contre l’injustice, contre la dictature, contre l’intégrisme, contre les errements infinis de ceux qui ont usurpé le pouvoir depuis de longues années. En Algérie, ceux dirigent le pays n’ont jamais été légitimes ; l’armée des frontières avait tué, déjà durant l’été 1962, plus de 1000 Algériens pour prendre le pouvoir. La suite, toute la suite, jusqu’à la dernière mascarade électorale du mois d’avril 2014, n’est que la continuité de ce vaste chantier de destruction d’un pays merveilleux. Quand au début des années 1990, commence la guerre contre les civils, j’étais journaliste à Alger ; j’ai vu de près l’ébranlement de ce cycle infernal des violences multiples. Irresponsable, la mafia au pouvoir qui avait, par tous les moyens, encouragé depuis de longues années, les islamistes en les opposant, bien souvent, aux militants de la démocratie, de la culture berbère, se retrouvait dépassée par un ogre qu’elle avait nourri. Il faut bien rappeler que les islamistes algériens radicaux qui avaient fait l’Afghanistan et d’autres territoires de l’apprentissage de la violence n’avaient jamais été inquiétés par le pouvoir en place. Certains d’entre eux se baladaient allègrement avec des armes durant la courte parenthèse démocratique générée par les tragiques événements d’octobre 1988. Au moment où les militants de la démocratie se bagarraient entre eux pour des futilités, la situation du pays ne cessait pas de se détériorer. Et ce n’est pas Mohamed Boudiaf qui pouvait l’arranger, lui qui avait accepté une mission impossible, lui qui avait dit que les Kabyles avaient voté kabyle durant les élections locales comme s’ils pouvaient voter pour des extraterrestres. Et ce n’est pas non plus, Liamine Zeroual, un homme sans aucune vision politique, nommé chef de l’état le 30 janvier 1994, qui pouvait arrêter le mal. Katia Bengana a été assassinée un mois après cette nomination. Le 28 février 1994, Katia Bengana a été sauvagement éliminée par des islamistes armés à Meftah, près d’Alger.

Quel était le tort de cette jeune fille, encore lycéenne ? Eh bien, son tort, aux yeux des monstres qui ont mis fin à sa vie, est d’avoir refusé de porter le voile. Peut-on tuer une jeune fille ainsi, facilement, pour une raison aussi triviale ? Comment un pays qui a fait une guerre de libération durant plus de 7 ans contre l’une des plus grandes puissances colonialistes est-il tombé dans une ignorance et une barbarie pareilles ? Pourquoi et comment les combats de nombreuses générations pour la démocratie, la dignité, les libertés, la culture berbère, n’ont pas pu juguler l’autoritarisme des militaires et l’intégrisme sournois et tragique des islamistes radicaux ? Que faut-il faire aujourd’hui pour honorer véritablement la mémoire de Katia Bengana et de toutes et tous ceux qui sont tombés sous les coups des barbares islamistes ? Comment gérer la cassure au niveau de l’aspiration démocratique qu’il y a entre la Kabylie et le reste de l’Algérie ? Ce seront, peut-être, les réponses à ces questionnements qui pourraient faire avancer le combat pour la liberté et réhabiliter ainsi la mémoire de Katia Bengana et de ses semblables. Katia Bengana restera comme un symbole pour tous ceux qui se battent pour la liberté. Celle qui repose désormais à Ifnayen, dans la vallée de la Soummam, dans cette Kabylie qui n’accepte jamais l’indignité et l’injustice, restera dans la mémoire collective comme un symbole fort de cette quête admirable et éperdue de la liberté. Katia Bengana a donné sa vie pour que toutes les femmes amazighes, de par le monde, ne se laissent jamais faire par les ennemis de la vie, les oppresseurs d’ici et là, les fous d’Allah, les misogynes d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Le souvenir de Katia Bengana viendra toujours nous rappeler que sans la liberté de la femme, une société est toujours mutilée, toujours amoindrie et perdue…

Youcef Zirem

10 commentaires

  1. Se croyant être libérée et décolonisée , la femme Algérienne s'est retrouvée recolonisée et asservie sous une autre forme , une recolonisation insidieuse et hypocrite qui vient lui dicter sa façon de s'habiller , qui restreint ses libertés et l'empêchent de s'ouvrir sur le monde qui nous entoure. On lui demande de respecter ses bourreaux d'hier , d'accepter les offrandes et les cadeaux de leur protecteur , de se fondre dans la reconciliation et la paix qui lui fait sa fête par le chantage et la soumission aux diktats de ses bourreaux d'hier et des nouveaux tartufes en puissance. Des bigots imposteurs en costume-cravate qui déménagent leurs pénates avec leurs enfants dans des appartements à Paris et qui y vont s'y soigner royalement et qui lui demandent à elle de s'emmitoufler dans un hidjab comme dans un sac de pommes de terre. A mon avis , la femme Algérienne d'aujourdhui doit se battre encore pour s'arracher au piège de cette connerie de réconciliation nationale comme l'avaient fait Katia Bengana et les autres martyres de la démocratie et de la liberté.

  2. l islam n oblige personne a porter une tenue
    il faudrait plutot parler des filles qui se font violer en toute impunité
    mais ca c est pas un sujet qui vous interesse bien sur

  3. L'Islam politique ou une version du Neo-bolschevisme ou Neo-Nazisme!

  4. l'histoire du voile commence ainsi : un jour, un homme, d'arabie saoudite, d'afghanistan, ou du pakistan, ou peut être même du yemen a décidé de faire rentrer dans la tete des gens que dieu s'est improvisé styliste, (loin de moi le blasphème) il a alors dessiné le hijab, le nikab, la bourka et je ne sais pas quoi encore et il a dit voilà : ça c'est l'habille islamique pour les femmes, tout le reste c'est kofr oua ilhed. bien sur les gens ont cru cet homme (qui je le rappelle n'est pas le prophète) et depuis le business du hijab-nikab etc a connu beaucoup de succès.
    c'est pour cela que certains illuminés ont décidés un jour que certaines femmes algériennes qui pourtant s'habillaient d'une façon respectable (mais en dehors de cette gamme sacrée), mériteraient la mort. ils n'ont pas réfléchi à deux fois, et ont commencé à semer la mort.

  5. 1- Et ce n'est pas Mohamed Boudiaf qui pouvait l'arranger, lui qui avait accepté une mission impossible,
    2- Et ce n'est pas non plus, Liamine Zeroual, un homme sans aucune vision politique, nommé chef de l'état le 30 janvier 1994, qui pouvait arrêter le mal. Katia Bengana a été assassinée un mois après cette nomination. Le 28 février 1994, Katia Bengana a été sauvagement éliminée par des islamistes armés à Meftah, près d'Alger.
    c'est du délire tout simple.

    Pourquoi s'en prendre à boudiaf? Celui qui a redonné espoir au algériens, celui qui a accepté de mourir pour son pays et verser son sang sur cette terre Algérie pour qu'un jour de ce sol naitront des hommes comme Abane, Benmehidi et des femmes comme Bouhired, Hassiba et beaucoup de petits Omar.
    Pourquoi s'en prendre à Zeroual? et écrire qu'il est sans vision alors qu'il a remis en place les institutions, et donner la première constitution démocratique à l’Algérie pour qu'un jour les algériens puissent vivre dignement sur cette terre Algérie.

    Katia, comme Boudiaf, a acceptée de mourir que de se soumettre.
    Katia, comme Zeroual, a voulu que les algériens soient libres.
    Zeroual a été trahi par tous les pourris de la politique algérienne du plus vieux au plus jeune.
    Entre 1996 et 1998, la horde, du clan de malheur venu des frontières en 1962, s'est acharnée contre l’Algérie et les algériens et Zeroual n'avait qu'une solution remettre son mandat avec l'espoir que les élections pouvait barré la route au clan. Mais il y avait tant de traitres à la nation que le clan a pu gagner la partie. A partir de 1999 le clan s’est attaqué aux institutions et la constitution de 1996, et ce n’est pas un hasard.
    Mais demain sera un jour nouveau pour les algériens, demain, l’Algérie renaitra et revivra, justement parce que Mohamed BOUDIAF, Liamine ZEROUAL ET KATIA BENGANA ont tenu tête au clan de malheur et sa horde.

  6. Il faut déjouer le complot (ou le piège ) de l'enfermement idéologique dans lequel veut nous jeter le système politique actuel . Il faut " casser la baraque" , démolir les murs et enjamber les barrières de l'enclos théocratique par lequel il veut cerner et surveiller de prêt la femme Algérienne. A mon avis , la femme Algérienne doit s'ouvrir sur le monde extérieur qui nous entoure , s'émanciper et aspirer aux mêmes droits , libertés et valeurs universels. C'est aux hommes de se corriger et de se changer pour créer un monde meilleur , un monde fraternel et juste , un monde respectueux des différences , même Michael Jackson a insuflé la solution de par sa chanson : Man in the mirror.

  7. Les choses changeront, le jour ou cette expression generique "femme Algerienne", deviendra ma mere, ma soeur, ma epouse et ma fille,… une parente. Mais on s'en eloigne, pour eviter d'etre directement et personnellement interpelle's – pour eviter de faire face anotre LACHETE'.

    Je reclame la Katia et renie les millions de Zombies qui s'inventent toutes les theories du monde pour justifier leur soumission pure et simple et la trahison des Martyrs de la revolution. Ne vous inquietez, la Katia n'est pas morte, elle en exile VOLONTAIRE comme moi et tant d'autres qui refusons la soumission et dison notre ferme NON, a tous ces usurpateurs auquels vous cedez ces titre de president, ministre, general, et je ne sais quoi d'autre…

  8. Et Ait Ahmed qui a voué toute sa vie de militant à la défense des libertés et de la démocratie ,quel était l'attitude des journalistes des années 90 vis à vis de cet homme ?

  9. la femme algerienne ne se bat plus, elle a mis le voile et Katia est morte pour ne pas le mettre, si belle et si jeune morte de la main d'un fou, encore un sacrifice pour walou, paix à son ame et la patience à sa famille kayane rabi

  10. Cher Kadri, pour moi, l'islam est une plaie béante et purulente qui pourrit le monde civilisé, s'il n'existait pas, l'humanité vivrait en paix, c'est un fait !

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