"Lexla", l’album céleste de Si Moh

Si Moh est un interprète au verbe fulgurant. Un météorite dans l’espace de la chanson d’expression kabyle.

Ses fans le savent, Si Moh est un artiste réservé, il préfère la scène aux entretiens, composer plutôt que parler. Sans doute par modestie. Il chante et fait vibrer les fils de sa guitare par passion pour la chanson.

Depuis quelques semaines, Si Moh nous est revenu avec Lexla. Un album profond, très « si mohien ». Un opus à écouter pieusement, en silence, pour se laisser bercer par le ressac de cette poésie tantôt joyeuse (rarement), tantôt mélancolique. Réflexive.

Dans les compositions de cet artiste, la guitare relayée par le violon est toujours en majesté et la poésie portée au firmament. Avec « Lexla », Si Moh est égal à lui-même : immense. Le compositeur-interprète donne ici la pleine mesure à ses questionnements existentiels.

« Lexla » ce sont onze titres tressés en notes musicales puissantes, limpides. L’album a été sorti en France par la jeune maison de disques Sud Culture/Izlan. L’amour, le sens de notre vie, la justice, les faux semblants, l’humanité,…de nombreuses thématiques sont abordées par cet album. D’abord l’amour lointain. « Naddam » (L’insomnie) dit les rêveries du chanteur, le surgissement de la femme aimée, la transfiguration de ces moments de solitude profonde qui traversent la nuit. C’est connu Si Moh chante l’amour avec des paraboles, ses textes sont à ce titre d’une grande et touchante pudeur. « Lexla » (Là où je croyais être seul), une très fable philosophique admirablement tressée. « Celui qui croit les lieux vides/Là où nulle âme ne semble vivre/ Lui seul est vide de bon sens » (*) lâche en chute de la chanson Si Moh, une manière profonde de nous rappeler qu’on n’est jamais seul en ce bas monde. Serait-ce un clin d’œil du poète à ses convictions religieuses ? Qu’importe pour nous, l’essentiel est dans ce beau texte. « A chaque chose sa bête noire/ A chaque Pharaon, son Moïse/ les comptes s’équilibrent ainsi/Au besoin refaits tes comptes », chante Si Moh dans « Ddeb », une autre belle chanson que les puissants de tout acabit devraient méditer au lieu de se croire éternels. 

Ttayfa (Les Vestiges) convoque le passé, les siècles, la vie qui continue. Avec gravité Si Moh assène en conclusion de son texte : « Suivez le vent, visitez les êtres humains/Vous en trouverez qui enchaînent et d’autres qui brisent les chaînes/ Dites-leur : n’en cherchez pas la raison/ A chaque génération ses réalisations/Chaque vestige rappelle ses bâtisseurs ».

« Yettgalla », « Telli-d allen is », « Ini-D adhlil », et une moisson d’autres textes irriguent cet opus d’une poésie sagace, habillée de notes musicales sobres.

« Lexla », en vrai, se suffit à lui-même. Il est à écouter, à méditer. A partager si nécessaire.

Hamid Arab

(*) Les traductions sont de Amar Ameziane sous l’oeil vigilant de Si Moh.

« Lexla » de Si Moh chez Sud Culture/Izlan

Site internet : www.izlan.eu

Rédaction
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13 commentaires

  1. A la différence, peut-être (????), d'Idir, Si Moh est resté, malgré les années, très "terroire". L'universalité de sa musique (pourtant kabyle par la force des choses) s'impose aux oreilles, averties ou non. Pas besoin, dans ce cas, de duos improbables (suivez mon regard ..) pour signifier cette universalité.

    Nous pourrions même paraphraser un certain Ch. De Gaulle en disant " …le coeur parle aux coeurs …", pas besoin d'interprètes ou de traducteurs. Des amis, tout ce qu'il y a de plus normand, à qui j'ai fait écouter les fameux " Swigh nwigh akmétsough" , " Tsaryél" , " Ourgagh Themmouthédh" …et d'autres ont tout simplement BU et SAVOURé du Si Moh pur jus.

    Si Moh, c'est aussi, comme pour celles et ceux de la génération Aït Menguelette, les souvenirs de nos premiers tourments amoureux, juste avant l'avènement des barbus. Le pain manquait, mais qu'est-ce que nous étions heureux! C'est peut-être l'âge aussi.

    Quoi qu'il en soit, Si Moh est à la chanson (kabyle) ce qu'est l'amour d'une mère pour son enfant; tellement sincère et désintéressé ! Cela mérite, au minimum, l'achat de son album au lieu de le télécharger gratuitement.

  2. Dans ce nouvel opus, Si-Moh se surpasse! Chaque titre est un cantique à l’état pur, un hommage étincelant à cette merveilleuse langue Kabyle! Chaque rime fait jaillir des flots d’émotions incessants, tant le verbe épouse la mélodie et fait de chaque mot une note musicale complémentaire pour les transformer en symphonies symbiotiques. Il n’est pas besoin de comprendre le Kabyle pour apprécier la musique, mais Dieu que c’est beau ce lyrisme Berbère à nul autre pareil!

    Merci d’ainsi faire partie de ces grands poètes qui nous rendent un peu de fierté solennelle, ces instants où la saveur se mêle à l’amertume dans une procession impérieuse de l’oreille au cœur, la laissant pénétrer jusqu’au plus profond de nos âmes éperdues pour remuer, et parfois apaiser, les contours de moult angoisses héritées de nos aïeuls, ces ancêtres que l’Histoire a de tous temps décimés!

    Tanmirth Si-Moh !

  3. Wahmagh pourquoi Zi Charles fait l'éloge de Zi Moh, et comme par hasard notre coyote de la confrérie fait partie de la zone, il a même déclassé Idir, Mohammedh rassoul Allah, même les oiseaux arrêterons un jour de chanter en écoutant notre peut être! , c'est plus que la philosophie, c'est de la mohiétude!

    Mais au lieu de demander aux gens d'arrêter le free download, plutôt demande à l'ONDA de payer les artistes d'abord! Sinon le double canon va nous sortir une loi, Hadopdz!

    Urgagh Tamutedh,

  4. SiMoh est un grand chanteur compositeur et interprete. Il ya juste une probleme: il enregistre tous ces albums dans un tunnel ! tres mauvais enregistrements qui rendent ses oeuvres impossible a apprecier.

  5. Qu'ajouter de plus à ce que tu as si bien dis -foin de voussoiement !-
    mon cher Kacem, sinon que ces chansons ont un supplément d'âme – comme le
    poignant fado et l'infiniment nostagique saudade cap- verdienne-
    Salut !

  6. Vous ne vous reposez jamais? Même l'appréciation d'une oeuvre musicale est liée au "zi" et au reste?

    Saviez-vous, vous qui avez l'air d'être si fier de votre athéisme ou votre aversion pour l'islam, saviez-vous que cela tend à devenir ringard. En gros, les gens n'en ont presque plus rien à secouer que vous soyé athé, agnostic, musulman, chrétien ou témoin de Jéovah ?

    Optez alors pour quelque chose qui soit, au moins, d'actualité, à la page.

    Si vous peinez à en sortir, je vous invite à vous rapprocher de l'un de nos valeureux imravdhéne qui saura faire sortir ijénniwnik avec quelques potions magiques dont nous gardons le secret. Si besoin, nous autorisons le Boulaouane rouge associé à quelques vkhor pour assurer la guérison de "nos" pauvres patients.

    Je ne sais pas pourquoi, mais une voix me dit que votre acolyte ne saurait tarder de rappliquer. Nous verrons bien si mes prévisions d'amravédh sont justifiées.

  7. C'est curieux cette obsession de jugement par l'appartenance? Waqhila S'lughnekch aman imravdhens amiss t'mourth!

  8. Hello Mohand ! Quand l’oreille est dotée d’un spectre de réception large, toutes les musiques du monde nous emportent, chacune à sa façon. De mon point de vue, être universel c’est avoir des tympans qui fonctionnent bien au delà de la gamme des 20kHz attribuées à l’homme par dame nature.

    Rien que pour le plaisir du partage : Yasmin Levy, une andalou juive, pas très célèbre
    http://www.youtube.com/watch?v=o55EljQWv14
    Farid Si Amer, du groupe Tayfa, un Berbero Breton pas très connu chez nous non plus
    http://www.youtube.com/watch?v=C3kZp-XV6G8
    Bonne écoute !

    Il paraît que notre Ferhat national nous prépare un nouvel album, comportant un duo avec Idir. Espérons qu’il saura rivaliser avec les 4 œuvres intemporelles que sont :1- Chants révolutionnaires de Kabylie ; 2- Chants berbères de lutte et d’espoir ; 3-Lzzaer 20 iseggasen ; et 4-Tyghac n’ddkhir. Je garde jalousement ces 4 albums dans ma collection depuis plus de 15 ans. Les éditions originales, avec le petit fascicule d’accompagnement, sont quasiment introuvables sur le marché. Quand il sera président de la Kabylie, je les revendrais aux enchères !…LOL
    J’ai eu la chance d’assister à l’un de ses derniers spectacles, il ya 6-8 ans. J’avais invité un ami Breton guitariste. Il était vraiment épaté par son style et étonné qu’il ne soit pas aussi célèbre que Idir. Peut être que son entourage ne lui a pas assez dit qu’il avait le talent pour rivaliser avec les plus grands !? Je crois sincèrement qu’il avait beaucoup plus de chance de ressembler à un Mandela avec la musique qu’avec la politique! Mais bon, c’est mon avis, pas partagé par beaucoup apparemment !…LOL
    So long !

  9. Alla aghma! Vous devez avoir de mauvaises copies. Je possède 4 albums de Si-Moh, achetés à Tizi-Ouzou, dont le célèbre Hemlagh, et ils sont tous d'excellente qualité!

  10. Les commentaires du vénéré Pharaon ont le mérite d'être, on ne peut plus clairs: la petite minorité de déracinés Kabyles porte désormais un nom : la communauté des zizis, au sens Pierre Perret ! Il ne nous reste plus qu’à lancer un SOS anticipé aux organisations habilitées à défendre les minorités en danger, car la nôtre est ciblée de toutes parts! On aura vécu pour voir se transformer en fierté, la stupidité des hommes ! Du boulaouane Marocain siouplait !

  11. Vous voyez à Zi Ramesses II, à trop vouloir vous apporter la nuance et la contradiction, je me retrouve à pratiquer la même langue " soignée" que vous (pffff!!).

    Admirez donc (sous ma plume bien sûr!) : " … En gros, les gens n'en ont presque plus rien à secouer que vous soyé athé … ", Le "é" de "soyé" mériterait à lui seul un Goncourt.

    Appréciez encore : " …une voix me dit que votre acolyte ne saurait tarder de rappliquer …" , La préposition "de" fait carrément tâche comme l'on dit, le " à " aurait amplement fait l'affaire. Mais que voulez-vous? Thés'3ârkémagh'thé'nt !

  12. Azul !
    Jes suis en train de visionner la vidéo de Yasmin Lévy "La Alégria"
    Cette bonne femme, à l'instar de Billie Holiday -mais dans un tout autre
    registre- est capable de vous tirer des larmes (chez nous, seuls Idir et Slimane
    Azem sont capables, à mes yeux -j'allais dire "à mes oreilles" !- de nous faire chialer (1)
    Ah, peut-être aussi Ferhat Imazighen Imoula -rappelle toi la fameuse'émission de Bernard Pivot
    -bouillon de culture- A mon tour de te conseiller une émission : "cultures d'islam" de Abdewahab Meddeb sur France Culture -en voilà une radio qu'elle est bonne !- Plus précisément l'émission
    consacrée à Françoise Atlan -agrégée de musicologie et soprano. Cette bonne femme, née pourtant en France, de parents sepharades de Bougie, chante divinement bien l'andalou.
    (1) j'utilise cette expression argotique par pudeur.
    PS : Tu te "branches" sur "france Culture"- podcasts et tu suis le boeuf comme dirait l'autre !

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